Dans le discours archéologique, la reconstitution des rapports sociaux devrait occuper une place centrale, à l'instar de l'anthropologie sociale. Il est de plus en plus évident que les seules explications fondées sur l’environnement, les techniques et l’économie ne suffisent pas pour reconstituer l’histoire des sociétés disparues.
Tout en muselant une partie de ses prétentions à reconstituer par le détail les sociétés définitivement disparues, les néolithiciens se sont penchés sur la question des organisations sociales et des éventuels rapports de domination et d’exploitation durant le Néolithique en Europe occidentale. Pour ce faire, objets et rites funéraires ont souvent été interrogés, considérant que la mise en scène de la mort pouvait nous renseigner sur l’état des rapports sociaux dans la vie.
Mais les problèmes d’interprétation ne manquent pas. Un des exemples les plus classiques de ces difficultés est celui de la plus ancienne colonisation néolithique du Danube en direction du Bassin parisien au cours de la deuxième moitié du VIe millénaire. Constatant que dans les « nécropoles » de cette époque les hommes comme les femmes et les enfants pouvaient avoir été accompagnés de biens rares et parfois luxueux, le risque a été pris de reconstituer une société égalitaire où il n’aurait pas existé de différences fondamentales de richesse d’un individu à l’autre, quels que soient leur sexe et leur âge.
Pour arriver à cette hypothèse conclusive, il a fallu faire abstraction d’une incertitude fondamentale : ces petits groupes de sépultures représentaient-ils vraiment toute la population des premiers colons néolithiques venus des plaines danubiennes ? Ou bien ne pourrait-il s’agir que d’une fraction réduite de la population, comme un lignage de statut particulier qui, seul ou davantage que les autres, aurait eu droit à être mis en terre avec un viatique funéraire de valeur, conforme à une certaine idée de leur suprématie sociale ?
Nous devons en effet constater que le corps de la majorité des morts du Néolithique ancien n’a pas reçu ce traitement spécifique qu’est l’inhumation : ainsi, sans parler des incinérations encore mal connues pour cette période, la plupart des défunts ont purement et simplement disparu sans laisser de traces archéologiques dans les mondes funéraires que nous explorons ; ou bien ont subi un traitement différent plus difficile à observer, car peu favorable à la conservation des restes osseux.
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À jouer les ethnologues du passé, le néolithicien se trouve maintenant confronté à différentes hypothèses contradictoires sur la structure sociale des colons rubanés : à une société égalitaire où une position sociale dominante pouvait être gagnée (mais pas héritée), s’opposerait l’idée d’un lignage dominant, peut-être comme ces colons polynésiens qui partaient en groupes sous la direction d’un chef héréditaire et de son lignage, dont le pouvoir reposait sur des conceptions religieuses de profondes inégalités sociales fondées sur le pouvoir et les richesses.
Le néolithicien manque en effet souvent de données pour arriver à replacer ses sujets d’étude - les « sociétés archéologiques » - dans les différents canevas proposés par les ethnologues et les sociologues qui se sont frottés à la préhistoire et qui ont tenté de proposer une classification supposée universelle, classification qui serait naturellement valable pour le passé comme pour les temps actuels.
De fait, la culture matérielle et les rites funéraires ne participent guère des préoccupations majeures des ethnologues, tandis que leur place est souvent fondamentale parmi les approches sociales de la Préhistoire.
Ainsi, à l’exception des Etats-Unis où l’anthropologie et la préhistoire œuvrent souvent sur les mêmes terrains dégagés des populations autochtones, des différences criantes se font jour entre ethnologues et préhistoriens ; ceux-ci ne se rejoignent guère que dans l’approche technique et sociale de la culture matérielle. Sur ce terrain d’entente, les différentes formes de perception (forcément imaginaire) des artefacts constituent sans doute des marqueurs identitaires ou, au contraire, des signes de différenciation qui nous racontent quelque chose sur les contextes sociaux et en particulier sur les rapports d’exclusion et de domination.
La partie occidentale de la Nouvelle-Guinée va, une fois de plus, nous servir de prétexte pour illustrer quelques-uns des signes de différentiation sociale : des signes de pouvoir et des signes du pouvoir - ce qui n’est pas tout à fait la même chose : les premiers peuvent être partagés par un grand nombre d’individus, tandis que les seconds sont réservés à une élite, un lignage, une poignée d’individus, voire à une ou deux personnalités exceptionnelles.
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Hormis dans quelques enclaves de la côte nord de West Papua, les premiers signes de différenciation sociale (du moins les plus immédiatement visibles) sont ceux qui, au regard de tous, marquent la domination des hommes sur les femmes. Il s’agit des attributs de pouvoir de tous les hommes initiés à l’encontre de toutes les femmes et des enfants non encore initiés. La société se trouve ainsi littéralement coupée en deux, les moments passés ensemble se limitant à certains travaux collectifs de préparation des jardins.
Pour se différencier du monde des femmes, les hommes se sont attribués la fabrication et l’usage des armes, l’arc et les flèches, les javelots et les lances, ainsi que les boucliers dont les motifs appartiennent au monde des esprits et de la mythologie des Créatures surnaturelles. Voilà bien l’expression évidente de la force et de la violence.
Tous les hommes sont donc par principe dominants, dans des sociétés plus ou moins violentes où la compétition sociale s’exprime d’abord par les attitudes de provocation, les guet-apens et les combats, allant jusqu’à des guerres de conquête. La valeur sociale de la guerre est également rehaussée par les prises de guerre et les armes trophées déposées dans les maisons sacrées, où les récits épiques viennent rappeler la puissance des chefs de guerre et leur pouvoir religieux qui ont donné la force aux hommes de faire fuir ou d’éliminer les voisins.
L’exploitation de la fécule du palmier sagoutier a bien permis de libérer la femme d’une partie des activités quotidiennes pesantes dans les jardins - condition première d’une certaine spécialisation artisanale - mais leurs productions destinées aux échanges marchands ou aux paiements compensatoires sont néanmoins strictement contrôlées par les hommes. Ce sont ainsi les hommes qui s’affichent fièrement avec les pagnes en perles de verre, des objets puissants pour acquérir de nouvelles épouses. Ce sont encore les hommes qui gravent ou peignent les signes mythologiques à la surface des poteries en cours de séchage, car ces motifs sont dangereux pour les femmes et les non-initiés.
Dans ces conditions, la notion de pouvoir est intimement associée à la plupart des artefacts ; cependant notre difficulté à lire le langage des signes risquerait de nous faire passer à côté de l’essentiel : la première fonction des pagnes en perles ou des poteries n’est pas tant de parader à la danse ni de conserver les aliments ou de les cuire, mais plus exactement - bien que ce ne soit jamais exprimé de la sorte - de fournir à l’homme les moyens de détourner à son profit le travail de la femme.
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Les porcs, élevés par les femmes, mais gérés, abattus, découpés et distribués par les hommes, viennent compléter le répertoire des gestes liés à la suprématie masculine : le pouvoir d’offrir en public, le pouvoir de sacrifier à la mémoire d’un leader de guerre, le pouvoir enfin de compenser la perte de vies humaines.
À côté des productions entièrement concentrées entre les mains des femmes mais manipulées par les hommes, il existe des fabrications strictement masculines. Nous avons déjà parlé des armes pour verser le sang ou briser les corps, auxquelles il faut même ajouter le bâton à fouir des femmes, car cet outil pour planter et désherber les jardins est taillé en pointe, comme le serait un javelot.
La fabrication des grands anneaux en nacre dans la vallée du Sepik moyen (Papua New Guinea) est de même strictement réservée aux hommes : les lourdes coquilles de bénitier géant (Tridacna) ont été pêchées en apnée près des Îles Mushu, puis échangées avec les gens de la côte ; de proche en proche, elles ont gagné l’intérieur des terres jusqu’à la région de Koboibus où les hommes sont spécialisés dans le sciage des blocs de nacre avec une cordelette sablée au quartz pilé et dans la mise en forme de grands anneaux destinés aux paiements compensatoires, en particulier pour acquérir des épouses.
Cette période se présente comme la mieux documentée et la plus populaire. Le Cro-Magnon est un homme de taille assez grande, entre 1,70 et 1,80 m pour les hommes et 1,67 m pour les femmes. Sa capacité crânienne, bien qu’inférieure à celle de Neandertal, est comparable à la nôtre (1.600 cc), son crâne présente une forme plus ronde que le Néandertal, avec un front plus large et plus élevé, et sa mandibule présente une saillie mentonnière (absente sur le Néandertal).
Cette culture magdalénienne (datée entre -15 et -20.000 ans) se fait connaître par des œuvres artistiques impressionnantes : 300 grottes ornées connues, peintes et gravées, et des abris sous roche comprenant des sculptures en relief souvent peintes, voire sculptées, gravées et peintes, soit quelque 5.000 œuvres d’art. Il nous a aussi laissé un art mobilier considérable, plus de 10.000 objets retrouvés conservés dans les collections publiques (sans parler des collections privées).
Il y construisait une maison rectangulaire avec des parois de branchage montées sur une bordure de pierres agencées au sol. Il la réalisait confortable, avec un sol recouvert de rameaux de fougères, parfois de lauzes ou de galets. La paroi calcaire de la falaise qui lui servait de fond d’habitation était parfois décorée ou sculptée.
Il connaissait aussi la technique de la hutte indienne qu’il montait lors de ses déplacements nomades. Il s’éclairait avec des lampes à graisse, cuisait ou grillait sa viande. Pour obtenir de l’eau chaude, la technique était simple: une bâche en peau remplie d’eau soutenue par un trépied dans laquelle on plongeait un galet brûlant retiré du foyer.
Il nous laissé nombre d’objets mobiliers usuels en pierre ou os, des colliers et des parures en os, en coquillage, des aiguilles en os montrant qu’il cousait ses habits à l’aide de nerfs d’animaux et de fibres végétales.
Il pratiquait aussi le troc et commerçait, car des nucléus en silex bergeracois très recherchés ont été retrouvés jusque dans le Basses Pyrénées. Dans la région des Eyzies-de-Tayac, on peut estimer que la population comptait plusieurs centaines de personnes, si ce n’est plus.
Ce qui inclut un certain nomadisme saisonnier pour la recherche du gibier qui avait dû se raréfier, mais aussi la pratique de l’élevage, comme celui des rennes (d’où les bolas pour leur capture), la conquête du cheval (tellement présent dans leur art) ainsi que des rudiments de culture agraire, car les traces de sédentarisation sont certaines. Il ensevelissait ses morts et parfois les déposait dans des grottes.
Il utilisait des résines et des fibres végétales connues par leur solidité pour consolider l’emmanchement des outils et pour des rudiments de tressage (transport des nucléus de silex ou confection de nasses pour la pêche). La couture ne lui était pas inconnue : à l’aide de poinçon en os et de perçoir en silex, Cro-Magnon perçait les cuirs pour coudre les pièces de son vêtement et les toiles de tentes avec des aiguilles à chas et des fibres de tendons ou de fines lanières de cuir.
Il était coquet et se confectionnait des colliers avec, par exemple, des coquillages percés au poinçon et enfilés sur un lien de suspension.
Tout montre donc que l’homme du paléolithique supérieur était intelligent, habile et astucieux pour traiter les problèmes quotidiens, qu’il avait une vie sociale, des échanges commerciaux, des rites funéraires et qu’il était sensible à l’art, avec certainement des échanges artistiques, car il peignait et sculptait dans le même style en différents endroits éloignés en Europe.
Le développement de la population, les chasses répétées ont certainement provoqué une raréfaction du gibier. La sagaie ne convenait plus car le jet ne portait plus assez loin. Il inventa alors un élément très simple, le propulseur.
| Période | Dates | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Paléolithique inférieur | De 3 millions d’années à 300 000 ans avant notre ère | Industrie lithique grossière, galets aménagés |
| Paléolithique moyen | De 300 000 à 30 000 ans avant notre ère | Homme de Neandertal, outillage moustérien et tayacien |
| Paléolithique supérieur | De 30 000 à 12 000 ans avant notre ère | Homme de Cro-Magnon, art rupestre, culture magdalénienne |
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