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Laguiole est en train de se réapproprier son nom, ce qui pourrait paraître comme relevant d’un certain ethnocentrisme laguiolais, mais il se trouve que c’est bel et bien la vérité.

Le député Yves Censi et le maire de Laguiole, Vincent Alazard, gagnent la bataille législative. Le député et le maire de Laguiole peuvent se flatter d'avoir fait évoluer positivement les choses... Laguiole a modifié la loi française.

Les enjeux de la protection du nom Laguiole

Tout a commencé en février dernier lorsque le député Yves Censi a amené le secrétaire d’État Frédéric Lefebvre sur le terrain. Ce dernier a ainsi pu mesurer l’acuité du problème en discutant avec le maire, Vincent Alazard, qui lui a expliqué qu’il devait demander l’autorisation de faire un logo pour sa commune à une personne privée qui, il y a de nombreuses années, en a acheté les droits.

Yves Censi a alors impulsé la mise sur pied d’un groupe de travail, qui a débouché sur le vote d’un amendement porté par Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Parallèlement, et conformément au droit européen, la procédure d’IGP (identité géographique protégée), instaurée par le projet de loi, va permettre de protéger les savoir-faire artisanaux de la même façon que l’on protège la qualité des produits alimentaires.

Dans le même élan, il a été prévu un décret obligeant à informer les collectivités lorsqu’on veut se servir de leur nom. Les offensives commerciales, parfois douteuses, devraient donc, à présent, être contenues dans un cadre réglementaire.

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En clair, n’importe qui pourra continuer à fabriquer des couteaux "Laguiole", comme aujourd’hui, mais, à présent, ils ne pourront pas revendiquer cette IGP, véritable fibre identitaire synonyme de qualité. Le consommateur y gagnera en lisibilité, ce qu’il demandait d’ailleurs depuis bien longtemps.

Le texte va arriver devant le sénat. "Il ne comporte que des avancées, et j’espère qu’il n’y aura pas de recul, dans quelque domaine que ce soit" précise Yves Censi. À partir du moment où les savoir-faire régionaux seront plus facilement détectés, les entreprises et les territoires qui les abritent, s’en porteront mieux.

Une démarche qui ne réjouit pas tout le monde... Et, a-t-il observé, "il y a des dénominations devenues génériques (Laguiole, Vichy, Sèvres, etc), des noms communs, il faut donc être attentifs à des difficultés judiciaires".

Lutte contre la contrefaçon

Pour la septième année consécutive, le musée privé du Couteau de Laguiole présente l'exposition « Contrefaçon, sans façon ! » Cette exposition est réalisée par l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) et le Comité national anti-contrefaçon (CNAC) avec le concours de l'Union des fabricants (UNIFAB), des Douanes, de PSA et de Renault.

Elle met l'accent sur la thématique de la « contrefaçon dans la vie quotidienne » et notamment sur le secteur de l'automobile. On peut y voir des contrefaçons de pièces automobiles ainsi que d'objets de la vie quotidienne : lunettes de soleil, cigarettes, iPhone, stylos, briquets, robots ménagers… Tous ces objets ont été prêtés par le musée de la Contrefaçon de Paris.

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« En ce qui concerne le couteau Laguiole, nous ne pouvons pas parler de contrefaçon, puisque ce couteau qui existe depuis plus de 150 ans est tombé dans le domaine public international. Mais nous dénonçons les importations pakistanaises et chinoises qui portent le nom Laguiole sans préciser que l'objet en question a été produit au Pakistan ou en Chine, laissant croire au consommateur qu'il s'agit d'un véritable Laguiole » explique Christophe Durand, le directeur du musée.

Faux cosmétiques, fausses plaquettes de frein… La contrefaçon représente de 5 à 10 % du commerce mondial, 38 000 emplois perdus en France, 10 % du marché mondial des médicaments et 5 à 10 % des pièces automobiles dans l'UE.

« La contrefaçon est un fléau pour les entreprises et un danger pour la santé et la sécurité des consommateurs.

Le couteau Laguiole dans la vie quotidienne

En France, le laguiole passe pour le couteau d'un terroir où l'on aime manger. En Aveyron, il est une sorte de lame à tout faire de la vie ordinaire. Un outil presque. Il sert pour les casse-croûtes, pour ouvrir une bonne bouteille, pour couper une ficelle… « L'un de mes clients l'utilise pour curer sa pipe !

La tradition du Laguiole

Isabelle Calmels est la propriétaire de la coutellerie du même nom, installée rue du Bosc à Rodez. Une jolie échoppe à l'ancienne créée en 1927 ; héritée de son grand-père, Jules, et de son père Jacques. Mais la belle épopée des Calmels et du laguiole, c'est Pierre-Jean qui l'a introduite en 1829, en inventant la fameuse lame : un couteau pliant, pratique, utilitaire avant tout.

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Dans sa boutique, ni bois, ni aluminium, ni design excentrique à la Philippe Stark ou à la Sonia Rykiel. Pas même un de ces coloris fantaisistes qui ont envahi les coffrets de couteaux de table. « Tout ça je ne fais pas. Moi je ne vends que la tradition : des couteaux une, deux ou trois pièces au manche en corne. C'est ça l'Aubrac et ses vaches ».

Isabelle Calmels est une puriste. Et ça vaut aussi quand on évoque l'abeille, censée garantir l'authenticité de la pièce : « Pour moi, c'est une mouche. Et l'explication, elle est toute simple : en coutellerie, cette partie-là s'appelle la mouche ! ».

Dans son magasin, on trouve des touristes, venus quérir leur « passeport aveyronnais », mais aussi des agriculteurs du coin « qui se servent du laguiole pour tout. Je suis très fière de compter encore ce type de clientèle ».

Les prix démarrent à 40€, « jusque très haut. Mais on peut dire qu'avec 80 €, on a déjà un très bon matériel.

Elle n'est pas aussi bornée qu'elle le dit… Même si c'est vrai que le laguiole reste sa priorité, Isabelle Calmels commercialise aussi d'autres produits : quelques étains - « un petit plus qui me fait plaisir »- et des articles de cuisine : couteau à tartine, tomate, volaille ; ciseau ou pierre à aiguiser. « Je fais un peu de Thiers, parce que finalement, je ne suis pas sectaire… Un peu de Sauveterre, puisque c'est la région… Et des couteaux suisses, parce que c'est très bien.

Le Laguiole : Arme blanche ?

On a tout dit, tout écrit ou presque sur le légendaire laguiole, ustensile domestique que portent et transportent des milliers d'Aveyronnais couramment. À ceci près que le laguiole est une arme blanche de 6e catégorie.

«Quel que soit son type, on n'a pas à avoir un couteau sur soi. Et aux yeux de la loi, Isabelle Calmels a raison. Le laguiole, comme l'opinel ou le thiers sont des armes blanches de 6e catégorie.

Et pourtant la tradition a la dent dure : de génération en génération, en Aveyron comme ailleurs, on a son laguiole en poche, prêt à dégainer dès que se présente un branchage récalcitrant ou un fromage appétissant. Le laguiole est même un ambassadeur de choix de l'Aveyron à travers tout l'hexagone voire bien au-delà.

Alors, des milliers de porteurs de laguiole sont-ils pour autant des délinquants en puissance ? « Tout dépend évidemment des circonstances d'utilisation : il y a certes le cadre strict de la loi mais il y a d'un côté la cueillette des champignons et de l'autre les bastons », témoigne un représentant des forces de l'ordre.

« Tout est question de bon sens. On retiendra la loi stricto sensu en cas de menace ou de bagarre, on ne va pas s'amuser à verbaliser tous les gens. Et comment voulez-vous savoir qu'une personne est porteuse d'un laguiole : une fouille au corps nécessite un cadre légal très précis. Mais c'est vrai qu'il existera toujours une ambiguïté à avoir un couteau dans sa poche. Le tout est de gérer son utilisation en bon père de famille.

Manche en corne traditionnelle ou en plastique rose fluo, on décline désormais le laguiole sous des dizaines de formes, pour répondre à trois types de clientèles. L'utilitariste, pour qui le laguiole est un outil à tout faire ; le citadin, qui l'utilise souvent comme couteau de table ; le collectionneur, passionné par l'objet en soi. Et ça dure comme ça depuis des décennies.

En revanche, il s'avère que se développe une mode du « laguiole en ville ». Il serait à la mode de sortir son couteau à l'occasion d'un dîner en ville ou d'un banquet.

La Forge de Laguiole

Dans les ateliers des Forges de Laguiole, des colis d'objets destinés à être réparés arrivent tous jes jours, même s'ils n'ont pas été fabriqués par l'entreprise. « Tous les jours on reçoit des couteaux ou d'autres accessoires pour les réparer, raconte Thierry Moysset, gérant des Forges de Laguiole. Les gens sont persuadés qu'ils viennent de chez nous alors qu'ils ont été fabriqués en Chine ou ailleurs en France.

L'appellation « Laguiole » n'étant pas protégée - mise à part pour le fromage - n'importe quelle entreprise peut inscrire « Laguiole » sur son emballage. Et qui pense à vérifier le verso du plastique pour y remarquer en tout petit « made in PRC » (République Populaire de Chine) ?

Alors, Thierry Moysset a entamé un long combat : une dizaine de procès en cours, des conférences, une participation au nouveau Comité stratégique de la filière des industries des biens de consommation (qui réfléchit à la protection de la filière)… Une lutte à la Don Quichotte ? Pas si sûr.

Car les Forges ont également été auditionnées dans le cadre du rapport du député Yves Jégo sur la traçabilité des produits, rendu au président de la République en mai 2010. Or, à partir de ce rapport, le parlementaire a élaboré une résolution déposée à l'Assemblée nationale et au Sénat, visant à créer une identité géographique (IGP) industrielle.

L'équivalent de celle existant pour les produits alimentaires. « L'idée n'est pas d'interdire les produits chinois, précise le gérant, c'est de donner le choix au consommateur en identifiant clairement le produit. » Et de renchérir que « protéger l'origine du produit permet de protéger le savoir-faire et le territoire qu'il y a derrière.

Seul bémol : l'IGP industrielle ne restera qu'un doux rêve français tant que l'Union européenne n'en aura pas décidé autrement puisque les règles régissant le commerce sont de sa compétence exclusive. En attendant, les Forges de Laguiole misent sur un nouveau label « Marque France ».

Thierry Moysset met tout en œuvre pour que la Forge continue d'aller de l'avant.

À la sortie de Laguiole, direction les pistes et le village d'Aubrac, la lame de l'usine de la Forge darde le ciel du plateau. Plus qu'une histoire économique, celle de la renaissance du couteau de Laguiole a rejoint l'engagement pour un territoire lorsque certains, à l'instar du maire d'alors, Jean-Louis Cromières, déplorèrent la migration de l'activité coutelière vers Thiers.

Il aura fallu le feu sacré de passionnés pour qu'à la fin des années « 80 », celle-ci retrouve sa vraie raison d'être. Parmi d'autres, ces croisés qui portèrent la Forge de Laguiole sur les fonts baptismaux.

La manufacture Forge de Laguiole a vu le jour en 1987. Il s'agissait de l'aboutissement d'un projet de passionnés. En point d'orgue, le design de cette usine-atelier avec sa lame cinglant le ciel de l'Aubrac, émanant de la créativité de Philippe Starck. Tout un symbole.

Autour des Boissins, Costes et d'autres, la marche en avant était enclenchée. « ça a fonctionné très fort, et jusqu'en 2002, l'entreprise n'a fait que grossir », raconte aujourd'hui le nouveau PDG, Thierry Moysset. Jusqu'à ce qu'une partie des parts tombe dans l'escarcelle de Divisia, société spécialisée dans le luxe.

« La limite, poursuit Thierry Moysset, c'est que cette société n'avait aucun ancrage dans ce produit issu d'un héritage et d'un territoire. » Résultat, un aller simple vers le dépôt de bilan en avril 2007.

L'actuel responsable se souvient : « Quatre Aveyronnais ont lancé un cri du cœur, nous avons repris la société (lui, Jean-Marc Calvet, Jean-Luc Bessodes, et Christian Valat : N.D.L.R.) une semaine avant le dépôt de bilan, sinon, cela aurait été catastrophique. » Là, démarrait une nouvelle aventure avec la relance d'une société en grosse difficulté, puis derrière on s'est mangé une crise. » Plan social, inquiétudes, et remises en question s'imposèrent pour redresser la barre.

Parmi, les remises en questions se trouvent le leitmotiv de la créativité. Thierry Moysset le mesure et l'analyse. « Nous devons faire de la création une ambition, de l'invention une exigence, du nouveau une nécessité… et une entreprise comme la Forge ne peut innover que dans son héritage, qui est aussi son code génétique », analyse le chef d'entreprise.

« Nous avons loupé quelque chose ! Bien sûr, en relocalisant le laguiole sur sa terre d'origine, nous lui avons donné une aura, mais nous n'avons pas réussi à le protéger. C'est ce que Jean-Louis Cromières, ancien maire de Laguiole, disait au Point en janvier 2007. Car, faute de protection, le nom et la forme du laguiole sont utilisés sans contrôle. Partout dans le monde et n'importe comment.

C'est bien là dessus que Thierry Moysset met l'accent en se battant pour le « made in France », comme il l'a fait cet automne devant les caméras d'Envoyé Spécial...

Christian Valat : Un acteur clé de la coutellerie

Connu comme coutelier avec la création de Laguiole en Aubrac, à Espalion, en 1994, puis le rachat de la Forge de Laguiole, cet homme d’affaires de 57 ans a depuis investi dans la restauration parisienne, qu’il considère comme une valeur sûre.

Non seulement cet homme d’affaires aime diversifier ses placements, mais il est très joueur, capable de coups très risqués. Personnellement fasciné par l’aventure Concorde, il s’est un jour mis en tête d’acheter des morceaux de l’avion aux enchères lors d’une vente, à la Halle aux Grains, à Toulouse.

« Lors de cette vente, se souvient-il, il y avait 26 opératrices pour l’organisation et cinq chaînes de télévision pour couvrir l’événement. J’ai compris combien cet avion était cher au cœur des gens et je n’ai pas hésité à acheter pour 100 000 € de pièces.

De retour à Espalion, il fait plancher plusieurs designers sur le modèle du Laguiole Concorde. L’un des projets est choisi et Christian Valat propose au créateur un marché : soit 2 000 € tout de suite, soit 1 € par modèle vendu. Le designer, prudent, a choisi la somme sur l’heure. Il aurait peut-être dû réfléchir davantage.

tags: #laguiole #arbalete #centenaire #histoire

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