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La "Kalach" se décline en fait en plusieurs versions. Ce fusil d’assaut créé à la fin de la deuxième guerre mondiale par Mikhail Kalachnikov, est une arme de calibre 7,62 mm. Elle présente selon les spécialistes l’intérêt d’être simple d’utilisation et fiable dans des conditions climatiques variées, de la jungle au désert.

Genèse et Évolution de l'AK-47

L’AK47 d’origine a subi de nombreuses évolutions et a été copié et fabriqué dans de nombreux pays de l’ancien bloc soviétique. Ainsi, il existe des modèles chinois, yougoslaves, hongrois, finlandais, bulgares, etc.

L'ascendance allemande du STG-44

Les origines de l’AK-47 n’ont rien de mystérieuses, puisque l’arme s’inspire très ouvertement du fusil d’assaut Sturmgewehr 44, aussi appelé STG-44 (ou MP-43 et 44 dans ses premières versions). Le concepteur du STG-44, l’ingénieur allemand Hugo Schmeisser deviendra d’ailleurs, après sa capture par l’Armée Rouge, un des adjoints de Mikhaïl Kalachnikov.

Mais l’arme s’inspire également d’un autre produit de l’arsenal soviétique : la carabine semi-automatique Simonov, ou SKS, dont les mécanismes de verrouillage, d’approvisionnement par lames-chargeurs et de détente seraient apparemment copiés sur le fusil M1 Garand et la carabine USM1. Mais le véritable coup de génie de l’AK-47, ce n’est pas tant l’arme que sa munition : la prolifique 7,62 x 39 mm, modèle 1943, dérivée (elle-aussi) de la munition allemande du STG-44, la 7,92 x 33 mm Kurz, diffusée à partir de 1941.

Le premier chiffre correspond (en théorie) au calibre, c'est- à-dire au diamètre du projectile, le deuxième à la longueur de l’étui, ce dernier souvent et improprement appelé douille (on ne parle en réalité de douille qu’à partir du calibre 20 mm).

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Durant la seconde guerre mondiale, l’armement d’infanterie présente un défaut tactique et technique qui donne du fil à retordre aux ingénieurs de tous les camps : il n’existe pas encore d’armes individuelles intermédiaires réunissant les avantages de pistolet-mitrailleur (légèreté, praticité, faible encombrement et bonne cadence de tir) et ceux du fusil (portée et puissance d’impact). En bref, le fusil d’assaut reste à inventer.

Mais avant de songer à l’arme en elle-même, il faut commencer par trouver une munition qui soit le meilleur compromis possible entre encombrement, poids, précision et puissance, tout en permettant une cadence de tir élevée avec un faible recul. La solution prend tout d’abord la forme de la 7,92 x 33 mm Kurz allemande, déclinaison raccourcie de la 7,92 × 57 mm Mauser, utilisé aussi bien dans le fusil Kar-98k que dans la célèbre MG-42. Une fois récupérée et copiée par le camp soviétique, elle donne naissance à la 7,62 x 39 mm M43.

Seules ces versions raccourcies permettent un tir en rafales courtes, sans que l’arme ne pointe vers le ciel, sous l’effet du recul et du mouvement de la culasse. Les fusils d’assaut ne sont pas conçus de toute façon pour des rafales soutenues, même si l’arme peut techniquement le faire. Mais elles conservent tout de même une puissance et une précision suffisantes pour des tirs 'efficaces' jusqu’à 400 mètres.

L’arme polyvalente que l’infanterie attendait peut désormais naitre. Comparativement à sa grande rivale plus tardive, la munition 5,56 x 45 mm OTAN, la munition soviétique a une vitesse initiale relativement lente (720 m/s contre 960 m/s pour la munition OTAN) mais un poids d’ogive supérieur.

L’énergie cinétique étant une combinaison du poids et de la vitesse, c’est la munition soviétique qui l’emporte avec près de 2000 joules de puissance initiale contre 1700 environ pour la munition OTAN. Le poids de la munition soviétique implique aussi qu’elle conserve plus longtemps cette énergie sur trajectoire, avec à l’arrivée une puissance d’impact très supérieure à la munition OTAN à distance équivalente. C’est entre autres cette différence de puissance qui expliquera le succès de l’arme par rapport à la très prolifique famille M-16 américaine.

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Caractéristiques Techniques et Diffusion Mondiale

Au-delà des caractéristiques économiques de sa diffusion, qui porte plus à considérer la Kalachnikov comme un legs empoisonné de l’URSS stalinienne, l’arme a naturellement des caractéristiques techniques qui ont très largement contribué à son succès. Le fusil d’assaut, dénommé Avtomat Kalashnikova et officiellement mis en service dans l’Armée Rouge en 1947 (d’où AK-47) est une arme simple d’emploi, rustique, facile à démonter et à entretenir. C’est l’arme idéale du fantassin. Bien que son cran de mire puisse être réglé en hausse pour des tirs jusqu’à 1 000 mètres, la portée pratique maximale est d’environ 400 mètres, pour une cadence de tir théorique de 600 coups par minute, limitée, comme toutes les armes, par les risques d’échauffement et d’usure prématurée du canon (la cadence pratique plus proche des 150 coups par minute).

L’ingénieur soviétique, ancien député de la Douma et général de l’Armée rouge parmi les plus décorés de Russie, aurait pourtant exprimé quelques regrets à propos de « l’utilité » de son invention, lors d’une exposition récente sur « son » arme. Originellement associée à l’Armée Rouge sous Staline et au Pacte de Varsovie, la Kalachnikov est devenue, au fil du temps et de sa diffusion incontrôlée, l’arme symbole des mouvements révolutionnaires, toutes tendances confondues.

Le mouvement indépendantiste FRELIMO au Mozambique, d’obédience marxiste-léniniste, fera d’ailleurs figurer l’arme sur son drapeau, devenu emblème national officiel depuis 1983. Avec le Guatemala, le Mozambique est ainsi le seul pays à faire figurer une arme sur son drapeau (même si la Kalachnikov se retrouve aussi sur les armoiries du Timor-Oriental).

Mais aujourd’hui, au grand dam de son inventeur, l’arme est désormais plus volontiers associée au grand banditisme et aux mouvements terroristes. Une raison évidente à cela : du fait d’une licence libre, d’une relative facilité de fabrication et de stocks gigantesques issus pour partie de l’ex-URSS, l’arme est la plus diffusée au monde : il existe une Kalachnikov pour 70 habitants sur Terre, soit 100 à 110 millions d’exemplaires environ.

Du coup, l’arme est l’un des carburants principaux de tous les trafics d’armes de la planète. Si en France, une ‘Kalach’ en bon état peut se négocier entre 500 et 2 000 euros dans certaines banlieues, il est toujours possible de s’en procurer une pour quelques centaines de dollars sur le marché de Bakara à Mogadiscio.

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La Kalachnikov dans la Culture et les Conflits Modernes

Sa silhouette, reconnaissable entre toutes à son chargeur courbe, est associée à la plupart des conflits qui déchirent la planète. Ces dernières années, le fusil d'assaut AK-47 est aussi devenue une arme fétiche des trafiquants de drogue en France.

Dans les rues de Marseille (sud-est), la kalachnikov et ses nombreuses variantes sont apparues dans nombre des règlements de comptes liés au narcotrafic local: ils ont fait une cinquantaine de morts en 2023, un record. Selon un bilan provisoire, un total de 105 fusils d'assaut ont été saisis cette année dans les seules Bouches-du-Rhône, le département dont Marseille est le chef-lieu, en hausse de 50 % par rapport à 2022. La police en a déterré jusque "dans des bosquets, au pied des immeubles".

L'anecdote, rapportée à l'AFP par la préfète de police de Marseille Frédérique Camilleri, illustre la place prise dans l'arsenal des dealers par cette arme capable de cracher en rafale des balles de 7,62 mm. Au niveau national, les pistolets automatiques de calibres 6,35 et 9 mm restent les plus utilisés par les organisations criminelles, note le chef de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), Yann Sourisseau.

La kalachnikov ne l'est que dans "15 à 20 %" des homicides et tentatives d'homicides entre trafiquants, précise-t-il. Mais désormais, les "réglos" à grandes rafales de "kalach" entre trafiquants ne se cantonnent plus aux traditionnels quartiers des banlieues de Paris, Lyon ou Marseille. Des villes moyennes comme Cavaillon (sud), Besançon (est) ou Evreux (ouest) ont également été touchées en 2023.

Symbole de puissance

Après avoir été "l'arme fétiche des révolutionnaires", le fusil d'assaut, réputé fiable et robuste, "est aujourd'hui le symbole de la puissance du voyou de cité", explique le journaliste Frédéric Ploquin, auteur de nombreux livres sur le banditisme dont "Les narcos français brisent l'omerta" (2021, éditions Albin Michel). "C'est très bien pour tirer en masse, créer un sentiment d'insécurité chez ses rivaux en leur montrant que tu peux les toucher sur leur territoire", abonde Nils Duquet, chercheur et directeur de l'Institut flamand pour la paix.

Parfois glorifiée - souvent factice - dans des clip de rap ou des jeux vidéos, l'arme séduit des trafiquants de plus en plus jeunes, biberonnés aux réseaux sociaux mais peu expérimentés, d'où la multiplication des victimes collatérales. A Dijon ou à Grenoble (centre-est), on a vu des trafiquants cagoulés âgés de 16-17 ans se mettre en scène et tirer en l'air avec une kalachnikov", rapporte Jean-Baptiste Perrier, professeur de droit privé et de sciences criminelles à l'université d'Aix-Marseille.

La police a donné un nom à ces démonstrations de force: les "fantasia", ces traditions équestres du Maghreb pendant lesquelles des cavaliers tirent en l'air de concert en simulant un assaut.

Filière des Balkans

"En Europe, on trouve surtout des kalachnikov Zastava M70, de fabrication serbe", explique Nils Duquet. "Elles sont apparues dans les quartiers après l'an 2000. La guerre des Balkans a mis sur le marché des milliers d'exemplaires", retrace Frédéric Ploquin.

Au début, seuls les criminels aguerris avaient les "connexions nécessaires" pour s'équiper, selon Nils Duquet. La contrebande d'armes, beaucoup moins rémunératrice que les stupéfiants, est un "trafic de fourmis": seuls de petits lots traversent les frontières à la commande.

Mais à mesure que le réservoir grossit, "les prix diminuent et ça devient un peu plus facile pour des petits criminels" d'en acquérir, poursuit M. Duquet. "De 3.000 euros il y a dix ans, elle se négocie aujourd'hui autour de 1.500 euros avec mille cartouches", affirme Frédéric Ploquin.

"A Marseille, on peut acheter une Kalachnikov, comme on achète un pain au chocolat", déplorait le maire de la ville, Benoit Payan, en 2021.

Tableau des Caractéristiques Techniques de l'AK-47

Caractéristique Valeur
Calibre 7,62 mm
Portée pratique maximale Environ 400 mètres
Cadence de tir théorique 600 coups par minute
Vitesse initiale de la munition 720 m/s

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