Le fusil d’assaut AK-47, plus connu sous le nom de Kalachnikov, est une arme emblématique dont l'histoire est riche et complexe. C’était une fierté russe, avec 100 millions d’exemplaires vendus sur la planète. Et un nom, une marque, qui ont été de toutes les batailles depuis le milieu du XXème siècle.
La kalachnikov est la fille de Mikhaïl Kalachnikov, né en 1919 dans une famille paysanne de la république de l'Altaï. Il s'engage dans l'Armée rouge à 19 ans et entre à Kiev dans une école de mécanique spécialisée dans la fabrication de tanks. Blessé dès la première année de guerre, il a alors l'idée de créer un fusil d'assaut maniable et fiable, à grande puissance de feu. S'inspirant du MP44 allemand, Kalachnikov, qui n'est alors que sergent, commence à dessiner du fond de son lit d'hôpital.
Après quelques projets abandonnés, il conçoit plusieurs modèles qui intéressent sa hiérarchie. En 1947, l' Avtomat Kalashnikova AK-47 est née, avec une cadence de tir de 600 coups par minute. L'arme ne va cesser de se moderniser et surtout de s'alléger au point de ne plus peser en 1953 que 3,8 kg avec ses 30 cartouches. Sa robustesse, sa fiabilité, sa vibration modérée en tir automatique qui lui permet de rester précise à 300 mètres sont autant de « qualités » qui en font la meilleure arme individuelle du monde.
Aujourd’hui, Kalachikov a su diversifier ses activités puisqu’on trouve sous cette marque des vêtements, des parapluies, des montres, des couteaux, une vodka et même des mini-kalachnikovs à offrir en cadeau-souvenir.
L’usine, d’où sortait l’arme la plus vendue au monde, au fin fond de l’Oural, à 1700 kilomètres de Moscou, va être privatisée. La Kalach aux mains du privé... De quoi faire se retourner dans sa tombe, son créateur, Mikhaïl Kalachnikov, lui qui jusqu’à sa mort en 2013, était très fier d’avoir inventé une arme peu onéreuse, simple à utiliser, mais surtout au service du régime communiste.
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Ce fusil d’assaut a été utilisé sur le terrain pour la première fois en 1956, lorsque l’Armée rouge déferle sur Budapest et d’autres régions de Hongrie pour réprimer la révolte populaire dirigée contre la politique imposée par l’URSS. Officiellement, il a été adopté en 1951 sous l’appellation « AKM ». En fait, il faudra attendre 1959 pour qu’il soit distribué en grand nombre à l’Armée rouge. Par la suite, tous les États qui intégraient le Pacte de Varsovie ont eu le droit de le fabriquer chez eux. « C’est un cadeau de notre pays », dit M. Kalachnikov dans le livre-interview d’Elena Joly (Ma vie en rafales, éd. Seuil, 2003, p. 172). Ce n’est que plus tard que la kalache sera fournie aux mouvements d’insurrection d’inspiration communiste.
Les militaires français ne seront donc confrontés à cette arme ni en Indochine (1945-1955), ni lors de l’expédition du canal de Suez (1956), ni en Algérie (1954-1962). C’est au Liban, en 1978 que, pour la première fois, des soldats de notre pays sous drapeau onusien se trouvent sous le feu de ce fusil-mitrailleur. Ils ont en face d’eux des fedayin palestiniens particulièrement aguerris. Plusieurs Français sont tués ou blessés. Le colonel Salvan, qui commandait le 3ème RPIMA (Régiment parachutiste d’infanterie de marine), reçoit 18 projectiles, mais il s’en sortira. La même année, lorsque les parachutistes du 2ème REP sont largués sur Kolwezi pour sauver des centaines d’expatriés français et belges menacés par les « Tigres » du général Nathanaël Mbumba, ils sont pris sous des tirs nourris d’AK-47 et d’AKM.
C’est à la suite de ces déboires que l’état-major sort des cartons un projet ≡ de fabrication d’un fusil d’assaut. Ce sera le Famas (fusil d’assaut de la manufacture d’armes de Saint-Étienne). L’armée française en est dotée en 1983. Conçue dans des laboratoires par des ingénieurs de haut niveau, tout le monde s’accorde pour dire qu’il s’agit d’une petite merveille technologique - complètement inadaptée au terrain. Dans le même temps, l’armée soviétique se dote de l’AK-74, une version améliorée de l’AK-47 dont la particularité essentielle est d’être chambrée à un calibre plus moderne, le 5.45 mm.
En 1984, les services de renseignements français parviennent à se procurer plusieurs exemplaires améliorés de l’AK-74 et, lors d’essais effectués à Satory, ils ne peuvent que constater sa qualité. Toutefois la version ancienne de la kalachnikov, la bonne vieille AK-47, demeure indétrônable au sein de nombreuses armées, milices et guérillas. Au fil des ans, on retrouve l’AK-47 en Irak, en Afghanistan, au Liban, en Somalie, en Amérique Latine, etc. Et aujourd’hui en Syrie, au Mali, en Centrafrique… Partout où la poudre parle. En 2012, plus de 20 000 militaires français ont été engagés en opérations extérieures, principalement en Afghanistan, au Liban, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Kosovo, en Centrafrique…
Souvent, la kalachnikov est l’arme des deux camps. Et lorsqu’un conflit se termine, elle devient une marchandise qui change de main. La Libye est probablement aujourd’hui l’une des principales sources d’approvisionnement des islamistes. Et en Afghanistan, par exemple, la police a été dotée de 15 000 AK-47 fournis par la Croatie. Des armes que les forces armées croates n’utilisent plus, a dit le ministre de la défense. Le transfert s’est fait avec la bénédiction et l’aide des États-Unis, « pour soutenir les efforts de la communauté internationale tendant à instaurer et à renforcer la paix et la stabilité dans ce pays ».
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Parfois, les approvisionnements sont moins lisibles. Ainsi, le black-out semble de rigueur sur les 20 000 kalachnikovs découvertes dans les cales d’un cargo battant pavillon du Sierra Leone arraisonné en mer Égée en novembre 2013. Depuis la dislocation de l’Empire soviétique, puis le démantèlement de la Yougoslavie, la kalachnikov est devenu un business des réseaux mafieux.
En France, son apparition lors de règlements de comptes entre bandes rivales de moyenne délinquance marque les esprits, mais les autorités s’inquiètent plus de son utilisation lors d’attaques de transporteurs de fonds.
Devenu général, Kalachnikov s'emploie à rendre la fabrication de l'AK-47 plus économique. Une mitrailleuse est mise au point sur les mêmes principes, la PK Poulemiot Kalashnikova , adoptée en 1961. « Le plus difficile, c’est de faire simple », répétait Mikhaïl Kalachnikov ≡ . Cette devise est reprise au fronton du « Consortium Kalachnikov » créé par Vladimir Poutine. Le nom de l’inventeur du célèbre fusil d’assaut est ainsi associé à un programme massif de réarmement de la Russie.
Sur les dix ans à venir, il est prévu un budget de plus de 500 milliards d’euros. Une véritable armada : 28 sous-marins, 50 navires de surface, 600 avions, 1 000 hélicoptères, des centaines de missiles, des satellites militaires et… l’AK-12. Parmi les principales innovations apportées au modèle précédent, l’AK-74, on trouve un viseur infrarouge, un pointeur laser et plusieurs autres petits trucs sympathiques. Certains parlent d’une mise à jour uniquement cosmétique… Alors, un coup médiatique ! Pas nécessairement. En fait, cette nouvelle version joue sur la modularité. Un peu comme le châssis d’une voiture peut être utilisé sur plusieurs modèles.
En tout cas, cette arme, abandonnée un temps par l’armée russe, vient de retrouver sa place. Et pas uniquement pour le symbole. Car les stratèges pensent que les guerres à venir pourraient bien ressembler à des combats de rue. Son terrain de prédilection. D’ailleurs, les forces de sécurité intérieure, comme la FSB (service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, créé en 1991, après l’éclatement du KGB) en seront dotées. Et probablement certains policiers.
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Mais il y a aussi un enjeu économique : 90 % des AK-47 et des AK-74 qui circulent de par le monde ne sont pas de fabrication russe. De nombreux pays refusent le copyright. L’arme est fabriquée et commercialisée par une quinzaine d’États, sans aucune licence. Le manque à gagner pour la Russie serait de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros par an.
La kalachnikov, pourtant conçue pour combattre les Allemands, n’a jamais été utilisée lors d’un conflit « traditionnel ». On peut dire qu’elle a échappé à son créateur ≡ pour suivre un chemin inattendu qui aboutit aujourd’hui à s’interroger sur le rôle qu’elle a joué, tant sur la psychologie des guerres que sur la psychologie des sociétés.
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