Envie de participer ?
Bandeau

Dans l'histoire de la déportation et de l'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, l'épisode de l'insurrection du ghetto de Varsovie occupe une place à part. Pour la première fois, en avril 1943, quelques centaines de jeunes gens y ont résisté les armes à la main à l'armée nazie.

Contexte Historique et Mise en Place du Ghetto

En septembre 1939, les troupes allemandes étaient entrées dans la ville, où habitaient quelque 393 000 Juifs - un tiers de la population de la capitale polonaise. Dès octobre 1939, les hommes sont contraints au travail forcé. Un décret du Gouvernement général, daté du 28 novembre, décide alors de mettre en application les mesures ordonnées par Reinhardt Heydrich, chef du bureau central pour la sécurité du Reich RSHA, dans une circulaire diffusée une semaine plus tôt : « aryanisation » des entreprises, concentration des Juifs dans les grandes villes, création de conseils juifs (Judenräte), dont les membres sont soit désignés par les Allemands, soit issus de l'ancienne communauté.

Au mois de mars 1940, le quartier où résident les Juifs de Varsovie est désigné comme « zone d'épidémie ». Le Judenrat a charge d'en barrer les voies d'accès par des murs. En août 1940, la ville est officiellement divisée en trois quartiers : l'allemand, le polonais, le juif. Mais c'est le 12 octobre 1940, la veille de la fête juive de Yom Kippour, que les Allemands annoncent par haut-parleurs la création d'un « quartier juif ». En fait, il s'agit d'un ghetto, comme ils en ont déjà établi un à Piotrkow en octobre 1939 et à Lodz, rebaptisé Litzmannstadt, en février 1940. Dès lors, il sera interdit aux Juifs de résider ailleurs, aux « aryens » d'habiter le ghetto.

Le 16 novembre, le quartier est bouclé. On y installe les Juifs déportés des bourgades environnantes, puis d'Allemagne et d'Autriche. Au total, ce sont 150 000 réfugiés qui affluent. Des milliers d'entre eux errent sans abri ou s'entassent dans les immeubles. Un document allemand de 1941 précise que le quartier juif couvre 403 hectares, que sa population est de 410 000 personnes, selon un recensement effectué par le Judenrat, de 470 000 à 590 000, selon des estimations allemandes ; 550 000 semble le chiffre le plus probable.

La faim est durement ressentie et le typhus fait rage : on compte 61 000 décès entre janvier 1941 et juillet 1942. Une minorité échappe au sort commun ; elle habite dans les quelques rues considérées comme luxueuses et fréquente certains lieux de distraction. La vie s'organise. Les militants de diverses associations liées à des partis politiques créent des dispensaires, des orphelinats, des centres pour les réfugiés, des cantines populaires et surtout un important réseau de comités d'immeubles - plus de 2 000 dès septembre 1940 -, qui, lorsque le ghetto sera assiégé, construiront des abris et des écoles. Les offices religieux sont célébrés clandestinement.

Lire aussi: L'Armée Française en 1939

Surtout, phénomène unique dans l'histoire, le ghetto écrit, le ghetto archive : « Tout le monde écrivait. Journalistes et écrivains, cela va de soi, mais aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants. » L'historien et militant sioniste Emmanuel Ringelblum mit alors sur pied une véritable entreprise d'archivage de la vie du ghetto.

L'Organisation de la Résistance

Les premiers récits des meurtres de masse perpétrés par les nazis arrivent au ghetto à l'automne 1941. Dès lors, Oneg Shabbat se consacra aussi à informer le monde. Jusqu'en avril 1942, les Allemands se sont totalement désintéressés de ces groupes clandestins. Une cinquantaine de militants des mouvements sociaux, mais aussi des Juifs enrichis figurant sur leurs listes, sont fusillés dans la rue par des officiers SS. Dès lors l'idée d'une résistance armée grandit dans l'esprit des dirigeants des mouvements politiques.

A l'été 1942, Hermann Höfle, commandant l'état-major spécial chargé des rafles, arrive à Varsovie, à la tête d'un commando. Au rythme de 5 000 à 7 000 déportés par jour, le ghetto se vide. Une gare a été aménagée sur l'Umschlagplatz, d'où partent les trains pour le centre de mise à mort de Treblinka, à 120 kilomètres de là. La déportation a duré sept semaines. Quand elle se termine, le 12 septembre 1942, il reste 33 400 Juifs dans le ghetto ; 8 000 ont réussi à passer du côté « aryen ». Furent épargnés, en principe, les Juifs travaillant dans l'administration du Judenrat, dans la police juive ou dans les ateliers installés par les firmes allemandes. S'y ajoutent une trentaine de milliers de clandestins.

Pendant la déportation, chacun était uniquement préoccupé de sa propre survie et de celle de ses proches. Mais à l'automne 1942 tout le monde a compris la terrible réalité. L'idée d'une résistance armée a pris forme. Elle se concrétise en octobre 1942, lorsque naît l'Organisation juive de combat OJC. A sa tête, un responsable de l'Hashomer Hatzaïr, Mordekhaï Anielewicz, âgé de 24 ans. Son principal souci est de se procurer des armes. Il demanda de façon pressante à l'organisation de Résistance polonaise Armia Krajowa de lui en fournir.

Les Armes de la Résistance

On connaît moins bien l'histoire d'une autre organisation militaire, l'Union ou Alliance militaire juive simplement mentionnée dans les ouvrages sur le ghetto de Varsovie. Elle avait été créée en janvier 1940 à partir des éléments juifs d'un réseau clandestin d'officiers et de sous-officiers. Ses premières opérations, l'OJC les mène contre la police juive, contre les membres du Judenrat proches des Allemands, contre des Juifs agents de la Gestapo.

Lire aussi: L'Évolution de la Cartouchière Française

Le 18 janvier 1943, le ghetto s'éveille comme à l'habitude. Les ouvriers qui travaillent à l'extérieur trouvent les sorties bloquées et distinguent des déplacements de soldats et de gendarmes de l'autre côté du mur. A 7 h 30, les unités allemandes pénètrent dans le ghetto. Lors de ce court combat, plusieurs Allemands sont blessés et tués. D'autres groupes agissent par surprise, pratiquant une sorte de guérilla. Les habitants du ghetto se terrent dans les abris, les rues sont désertes. Le baptême du feu du 18 janvier 1943 marque une rupture.

Contraints d'abandonner le système des rafles, les Allemands le remplacent par des convocations. Mais quand les ouvriers des ateliers de menuiserie ou les brossiers sont convoqués pour être déportés, ils ne se présentent pas. L'OJC est désormais soutenue par tout le ghetto. Chacun lui paie l'impôt, y compris le Judenrat. Pendant les quatre-vingt-sept jours qui séparent les premières actions armées de l'insurrection, la résistance s'organise.

L'Insurrection d'Avril 1943

Le 19 avril 1943, à 2 heures du matin, les premiers rapports des postes de guet installés par l'OJC indiquent que des gendarmes allemands et des policiers encerclent le ghetto. C'est l'alerte pour tous les groupes de combat. La population civile se cache dans les bunkers, les caves, les souterrains aménagés à cet effet. A 5 heures, les Allemands pénètrent, par petits groupes, sur les terrains vagues qui entourent le ghetto.

A 7 heures, ils avancent, en deux colonnes serrées et au pas cadencé, dans les rues apparemment désertes du ghetto central. La première colonne, qui marche en chantant, est attaquée et obligée de battre en retraite, en abandonnant des blessés. La seconde tente de prendre position au croisement des rues Mila et Zamenhof. C'est alors que les groupes de combat, ceux de l'Organisation juive de combat comme ceux de l'Alliance militaire juive, ouvrent le feu. Cette première attaque fera 12 morts et blessés dans le camp allemand.

Le lendemain, les combats reprennent. Le général Stroop a changé de tactique et veut prendre les maisons une par une. Mais les combattants juifs tirent des toits ou des abris. C'est ainsi que, dans le rapport qu'il rédige quotidiennement du 20 avril au 16 mai 1943, le général SS Stroop rend compte de l'attaque du ghetto de Varsovie :

Lire aussi: Mle 1939 Petter : Un aperçu complet

« Encerclement du ghetto à partir de 3 heures. A 6 heures, les Waffen SS au nombre de 16/850 [16 officiers, 850 soldats] effectuent un nettoyage de ce qui reste du ghetto. Les Juifs et les bandits ouvrent un feu nourri et méthodique sur nos unités. Ils arrosent de cocktails Molotov notre tank et les deux engins blindés. Le tank prend feu à deux reprises. Sous la pression du feu ennemi, nous effectuons le repli de nos unités engagées. Nos pertes en cette première attaque se chiffrent à 12 hommes. »

Les Allemands avaient en effet décidé d'entreprendre la liquidation totale du ghetto le 19 avril 1943, jour de la Pâque juive. Le « nettoyage » dura trois semaines.

Au plus fort des combats, ils déploient plus de 2 000 hommes lourdement armés, bénéficiant du soutien de l’artillerie, des blindés et de l’aviation. En face, chaque combattant de la résistance juive dispose d’un revolver, de dix à quinze balles et de 4 à 5 grenades à main.

Dès lors, Stroop a carte blanche. Maison par maison, chacun des 24 secteurs est systématiquement incendié puis rasé au bulldozer. Malgré l’aide ponctuelle de la résistance polonaise, le combat est inégal. Les Allemands ne s’aventurent plus dans les rues du ghetto avant d’avoir usé des gaz asphyxiants, du feu et de la dynamite. Les occupants sont enterrés vivants, asphyxiés et carbonisés.

Le 8 mai, le poste de commandement de la résistance juive, rue Mila, est anéanti. Il n’y a pas un survivant pour raconter comment sont morts les chefs de l’insurrection.

Entre le 19 avril et le 16 mai 1943, les Allemands comptent 16 tués et 85 blessés. Plus de 7 000 Juifs furent tués pendant la liquidation du ghetto. 7 000 furent assassinés à Treblinka et 42 000 autres furent déportés vers des camps de concentration et de travail forcé du district de Lublin.

Hommage et Mémoire

Grâce aux contributions financières de la communauté juive, un monument de onze mètres de haut, conçu par le sculpteur Natan Rapoport et l’architecte Leon Marek Suzinet, dont les sculptures sont en bronze, a été érigé à la mémoire des héros du ghetto de Varsovie et inauguré le 19 avril 1948.

tags: #insurrection #1939 #armes #a #feu #histoire

Post popolari: