Le programme Tigre a été extrêmement long à mettre en place et remis en cause à de multiples reprises. C’est enfin un élément non négligeable de la coopération franco-allemande. On peut donc s’étonner que, dans les circonstances tourmentées qu’il a vécues, ce programme ait été malgré tout mené à son terme.
La coopération a finalement tenu grâce à la volonté politique très forte manifestée par quelques responsables de la défense dans les moments de blocage, et parce que c’était l’intérêt des principaux industriels. C’est aussi grâce à la compétence et l’énergie déployée par les équipes des services de l’armement et des armées.
L’origine du programme Tigre remonte au début des années 1970. La France disposait à l’époque d’une « aviation légère de l’armée de Terre » (ALAT) dotée d’hélicoptères de transport, d’hélicoptères de reconnaissance et, déjà, d’hélicoptères de combat dérivés d’appareils conçus initialement comme des appareils civils. Pour ces derniers, les hélicoptères Gazelle, légers et faiblement équipés pour le combat, la question de la succession commençait à se poser.
La RFA disposait également d’un hélicoptère léger antichar de jour, le Bölkow 105 (programme PAH1 ), et les opérationnels allemands assistaient avec envie à la naissance du programme américain Apache. Ainsi, dans le contexte d’emploi correspondant à la guerre froide, des fiches de caractéristiques militaires étaient élaborées en coordination entre les armées de différents pays.
En 1975, il a été décidé au plus haut niveau d’explorer en parallèle les possibilités de coopération sur les deux programmes d’hélicoptère antichar et de char lourd. Les travaux bilatéraux ont donc démarré officiellement lors d’une réunion de lancement organisée à Bonn. La perspective d’un char franco-allemand s’étant évanouie, le projet d’un hélicoptère armé était devenu l’une des rares opportunités pour poursuivre la coopération franco-allemande.
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C’est dans ce contexte que, partant d’expressions de besoin nationales, et après d’intenses négociations au plan européen et au plan bilatéral franco-allemand, la France et l’Allemagne signaient en novembre 1976 un premier accord pour étudier un hélicoptère armé commun, sur la base des caractéristiques militaires contenues dans l’accord FINABEL 9A12 du 19 juillet 1976.
Le Tigre est un appareil de combat air-air et de support développé en coopération avec l'Allemagne. Cet appareil à usage militaire muni d'un rotor à quatre pales, fut mis en service en 2003. Il est fabriqué par Eurocopter (désignation EC 665 chez ce constructeur), compagnie qui succéda aux divisions hélicoptères de l'Aérospatiale et de Daimler-Benz Aerospace AG.
Le Tigre fut le premier hélicoptère entièrement en matériaux composites développé en Europe, ayant par ailleurs, comme caractéristiques, un cockpit équipé d'écrans, une haute maniabilité lui permettant d'améliorer sa capacité de survie et l'incorporation de la technologie furtive. Cet appareil est capable de remplir un grand nombre de missions de combat, reconnaissance et surveillance, attaque anti-tank, appui aérien rapproché, protection de sites alliés, il peut opérer de jour, de nuit et par toutes les conditions de temps.
Aussi, il a été conçu pour évoluer dans des environnements hostiles issus de guerres biologique, chimique ou nucléaire, il peut encore être employé en milieu maritime, avec la possibilité de décoller depuis le pont d'un navire et de voler dans des conditions climatiques extrêmes.
Le Tigre a un haut degré de résistance aux impacts, avec l'indépendance et la redondance de plusieurs systèmes embarqués, les composants de propulsion, rotor, boîtier d'entraînement étant conçus spécialement afin d'être plus solides que les modèles habituels, le boîtier d'entraînement pouvant fonctionner sans lubrifiant pendant 30 minutes. Cet appareil à une faible signature radar et infrarouge due à l'étroitesse de son fuselage (1,10 m de largeur), sa structure en composite, l'utilisation de peintures absorbantes et la dilution des flux chauds des turbines, grâce à des évents par lesquels est injecté et mélangé à l'air évacué, une solution liquide diminuant significativement la température à la sortie, limitant ainsi considérablement la signature thermique de l'appareil.
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Cet hélicoptère est équipé de nombreux viseurs et capteurs incluant des éléments de type optronique. Le Tigre est piloté par un équipage de deux personnes placées dans des cockpits en tandem équipés d'écrans multifonctions (MFD), avec le pilote en position avant et le canonnier placé dans le siège arrière en position surélevée.
Le Tigre est un hélicoptère bimoteur de reconnaissance et d’attaque (HRA). D’une grande vélocité (250 km/h, soit plus de 4 km par minute), le Tigre dispose d’une autonomie pouvant varier de 2h30 à 4h00, en fonction de la configuration choisie.
Destinée à équiper l'hélicoptère d'attaque TIGRE, la tourelle THL30 intègre le canon de 30mm 30M781. Si la fonction antichar est initialement primordiale, le TIGRE doit aussi faire face à des engagements de moins haute intensité lesquels nécessitent une forte polyvalence du système d’armes pour lutter contre les nouvelles menaces dites asymétriques.
La THL30 est donc prévue dès la première version des hélicoptères TIGRE de l’armée française, la version HAP (Hélicoptère Appui Protection), laquelle doit pouvoir combattre d’autres hélicoptères et avoir une manœuvrabilité accrue pour les missions air-air. La clé de voûte des capacités offensives du TIGRE HAP sera donc son système d’arme de 30 mm, monté en tourelle dans le nez et capable d’engager des cibles terrestres et aériennes.
Au printemps 1995, les premiers tirs au sol ont eu lieu avec le prototype PT4 du TIGRE. Suivront les tirs en vol, avec plus de dix mille obus tirés lors des séances de vols d’essais. Dès ses débuts, la THL30 impressionne grâce au pointage automatique du canon vers la position qu’occupera la cible lorsque les obus l’atteindront.
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Le principal atout de la THL30 est sa précision (moins de 1/1 000 de radian en utilisation opérationnelle), permettant d'engager des cibles aériennes et au sol sur des distances importantes. Cette précision est rendue possible par l’utilisation de codeurs optiques d’angles dans la tourelle, développés à l’origine pour le char de combat Leclerc. La THL30 dont le poids est de 212 kg a un débattement de +/- 90° horizontalement et -25/+28° verticalement. Le positionnement stratégique sous le nez de l’appareil offre davantage de latitude que les POD ou les canons placés sous le fuselage.
Le canon 30M781 est une arme à motorisation électrique : celle-ci garantit des arrêts de tir dans des conditions optimales de sécurité de tir, réduit également les contraintes mécaniques sur l’arme et permet une arrivée des munitions sans à-coups. Cela augmente la fi abilité du tir et permet d'ajuster la cadence de tir en fonction des caractéristiques du porteur. Le calibre de 30 mm est celui offrant le meilleur compromis entre capacité de destruction, précision, masse et encombrement. La tourelle dispose ainsi d'une cadence de tir de sept cent vingt coups par minute.
Le système d’arme de 30 mm a fait ses preuves sur le théâtre d’opérations afghan, où le TIGRE est employé afin d’escorter les hélicoptères de manœuvre ou d’évoluer en binôme avec les Gazelles. Ils évoluent à l’avant et à basse altitude ; une configuration dans laquelle le canon offre alors une capacité de riposte immédiate et de tir en mouvement. La tourelle THL30 a ensuite été utilisée sur le théâtre libyen dans le cadre de l’opération Harmattan. Sa célérité d’alignement et sa précision permettait aux forces de réagir très rapidement en cas de rencontre avec l’ennemi.
Depuis, la THL30 a été opérée au Mali et en Centrafrique par l’armée de Terre française. La THL30 est manœuvrée via un système de visée numérique, grâce à des viseurs intégrés sous le nez et sur le toit de l'appareil. La THL30 est donc asservie au mouvement de tête du pilote ou du chef de bord, qui vise la cible du regard en alignant son réticule de cible.
Le système de conduite de tir désigne la cible avec le canon en quelques dixièmes de seconde (vitesse angulaire 90°/s) en tenant compte des mouvements du casque, de l'hélicoptère ; ceci autorise des tirs de réaction particulièrement efficace et en fait un moyen de soutenir les fantassins lors des opérations au sol. Le système de pointage et d’asservissement aux différents viseurs constituent des réussites techniques exceptionnelles.
La THL30 est une arme dont la maintenance est simple, avec un nettoyage du tube tous les 450 coups ou après chaque séance de tirs.
Les munitions dites 30 mm x 113, fabriquées par Nexter, sont identiques à celles du Mirage 2000C, avec une amorce à initiation électrique et protégée contre les interférences électromagnétiques. L’aviation légère de l’armée de Terre utilise deux types d’obus, l’OXAS (obus d’exercice) et l’OSPEI (obus semi-performant explosif incendiaire) pour le combat.
Conçues et fabriquées par NEXTER, les munitions de la THL30, de calibre 30x113 mm, sont adaptées à l’emploi en environnement électromagnétique sévère et surpassent les exigences des standards dans plusieurs domaines. Leur faible dispersion, leur sécurité d’emploi et leur fonction d’autodestruction limitent considérablement le risque d’effets collatéraux. Leur empreinte logistique réduite leur confère un ratio effi cacité/coût inégalé à l’échelle d’un déploiement opérationnel.
La phase d’élaboration du « standard 3 » de l’hélicoptère d’attaque Tigre est lancée. Ce futur standard, qui correspond à la rénovation à mi-vie du Tigre, améliorera principalement ses capacités de détection, reconnaissance et d’identification, ainsi que son armement.
Un second développement concerne la munition tirée par le canon de 30 mm 30M781 produit par Nexter. Bien que l’Obus Semi-Perforant Explosif Incendiaire (OSPEI) ait largement démontré son efficacité sur le théâtre afghan, il aurait été moins performant sur dans l’environnement sablonneux du Mali, où les obus s’enfonçaient profondément dans le sol avant d’exploser.
Le Tigre va disposer de nouvelles capacités de combat en réseau grâce à sa connexion avec le système SCORPION et sa communication directe avec les drones. Il pourra également bénéficier du système satellitaire de positionnement européen Galileo, en complément du GPS américain.
À ce jour, cent trente-cinq tourelles THL30 ont été produites, et équipent les hélicoptères des forces françaises, espagnoles et australiennes.
En attendant, le développement du Tigre RMV/MLU se précise, Airbus Helicopters, chargé de le mener à bien, s’étant félicité de « progrès significatifs récemment réalisés […] avec l’activation du banc d’essais ‘Hélicoptère 0′ », en vue du premier vol d’un prototype, l’an prochain. Ainsi, à l’exception de la propulsion, ce banc d’essai est une fidèle reproduction du cockpit du Tigre et de tous ses systèmes.
Trois prototypes serviront aux essais. Deux Tigre de l’ALAT et un autre des Forces aéromobiles de l’armée de Terre espagnole [FAMET] seront portés au standard RMV/MLU à cette fin. Les 60 Tigre [dont 18 espagnols] devant être concernés par ce programme seront modifiés à Albacete [Espagne], en « collaboration avec le site d’Airbus Helicopters à Marignane ».
« La rénovation à mi-vie telle qu’elle est envisagée à ce stade doit permettre des améliorations en portée de détection, de missile, de débattement du canon. Le Tigre devrait comporter aussi une part d’évolutivité, afin d’intégrer plus rapidement et sans des chantiers importants des innovations qu’on voit poindre, en matière de connectivité, de spectre des munitions, et pour permettre la coopération drone-hélicoptère tellement importante », avait résumé le commandant de l’ALAT, dans un entretien accordé à Air & Cosmos, en juin 2024.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Poids de la tourelle THL30 | 212 kg |
| Débattement horizontal | +/- 90° |
| Débattement vertical | -25/+28° |
| Cadence de tir | 720 coups par minute |
| Précision | Moins de 1/1 000 de radian |
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