Une trentaine de personnes voulaient rendre hommage à tous les gilets jaunes blessés depuis le début du mouvement. Et pour cette douzième, les manifestants ont voulu rendre hommage à ceux qui ont été blessés au cours des différents actes. Sur le même thème, les "gilets jaunes" appellaient de nouveau à manifester ce samedi en Moselle comme partout en France.
Une dénonciation des violences policières, devant la caserne CRS de Châtel-Saint-Germain. L'endroit n'est pas choisi au hasard. Pendant 4 heures ce samedi, environ 30 gilets jaunes étaient postés devant la caserne CRS de Châtel-Saint-Germain. Le but : dénoncer les violences policières depuis le 17 novembre en rendant hommage à tous ceux qui ont été blessés, notamment par flashball, depuis le début du mouvement.
Pour marquer les esprits, les gilets jaunes ont misé sur l'image choc. Dans le groupe, des bandages, du faux sang qui dégouline. Mais aussi, des yeux éclatés, comme celui de Christophe. "C'est totalement volontaire. Il faut que ça soit choquant et percutant à la fois. Il faut que tout le monde réagisse à la violence des coups que l'on reçoit par les forces de l'ordre sur les manifestations."
L'occasion pour Cindy de dénoncer les difficultés des handicapés au quotidien. Elle est valide, mais elle pose à côté de ses collègues gilets jaunes en fauteuil roulant. "Heureusement pour moi c'est une mise en scène, mais je vois à quel point c'est dur pour eux, et c'était une manière pour moi de leur faire un petit clin d’œil aussi." Après une matinée passée dans le calme devant la caserne, tout le monde est allé à Metz pour défiler dans le centre-ville. 150 personnes étaient de la partie.
La revue britannique The Lancet vient de publier une étude, réalisée auprès des CHU de France, sur la nature et le nombre de blessures recensées liées aux tirs de lanceurs de balles de défense (LBD). C'est la première fois que l'on établit des données scientifiques sur cette question.
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En près d'un an, de nombreux cas de blessures par LBD (ex-"flash-balls"), ou "lanceurs de balles de défense", ont été signalés à la suite du mouvement des "gilets jaunes". Jusqu'alors, ces informations circulaient surtout sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui et pour la première fois, une publication scientifique recense et documente ce phénomène : on la retrouve ce samedi 2 novembre dans la revue britannique The Lancet.
Les conclusions médicales sont claires : lésions oculaires (traumatisme rétinien, lacérations des paupières, rupture du globe oculaire), fractures du visage (mandibule, zygomatiques), dommages au cerveau... Neuf cas d'énucléations (où l'on a dû retirer l’œil) sont mentionnés. Une première version de l'étude du Lancet, parue en août dernier, précise que les blessures au LBD font ressortir des caractéristiques communes : "fragmentation des os et blessures sévères des tissus mous, ce qui donne un éclairage sur le mécanisme de projection à grande vitesse des balles en caoutchouc".
Les auteurs de l'étude expliquent avoir "tiré des leçons des problèmes rencontrés avec ce type de blessure", et conseillent d'établir un nouveau protocole de soins à destination des hôpitaux pour mieux les prendre en charge. "Une chirurgie précoce est nécessaire pour améliorer le pronostic visuel, le résultat esthétique, et diminuer l'importance des séquelles", précisent-ils.
Des séquelles dont peut attester Jérôme Rodrigues, l'un des leaders des "gilets jaunes" : il a lui-même perdu un œil suite à un tir de LBD pendant une manifestation. "Au-delà de perdre un œil, il faut voir toutes les conséquences que ça engendre derrière. Sur la vie de tous les jours, sur l'état physique, psychologique... C'est très compliqué", explique-t-il à France Inter.
Selon le journaliste David Dufresne, la parution de ce document scientifique est "affligeante" pour le gouvernement français : "Ces chiffres n'ont jamais été donnés par le ministère de l'Intérieur. Il est capable de nous dire au projectile près combien de LBD ont été tirés dans l'année, combien de grenades lacrymogènes... Mais il est incapable de nous dire la quantité de blessures infligées par les mêmes armes."
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L'ONU avait, en mars 2019, réclamé une "enquête approfondie" sur l'usage des LBD. Sans succès. "Devant l'évidence scientifique, le gouvernement devrait dire : on passe à autre chose, on arrête", insiste David Dufresne.
Depuis le 17 novembre 2018, 2 500 manifestants et 1 800 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon le ministère de l'Intérieur.
A quoi va ressembler l'acte 12 des Gilets jaunes? Et avec trois mots d'ordre : « justice pour les blessés, hommage aux victimes, interdiction des grenades et du flash-ball ». « C'est une marche en leur honneur, il faut venir déguisé en blessé : un bandage, des bandelettes, du faux sang etc. » « Il faut qu'on ait le maximum de monde et que, samedi prochain toute la France monte à Paris » a enchaîné, depuis sa cabine de camion, le chauffeur routier.
Si le mot d'ordre de rendre hommage aux blessés était prévu depuis plusieurs jours déjà, la blessure de Jérôme Rodrigues à l'œil, samedi, à Paris, pourrait renforcer la mobilisation. Depuis sa chambre d'hôpital, le manifestant franco portugais, très populaire également au sein des Gilets jaunes, a relayé ce lundi l'appel à manifester pour l'acte 12 : « Je compte sur vous les gars. Venez nombreux dans la rue samedi. Venez en toute passivité, ne cassez rien, ne faites rien de mal parce que ça desservirait la cause et notre message. »
Les principales figures des Gilets jaunes, plus ou moins brouillées depuis quelques semaines sur la stratégie à suivre, se rejoignent sur cet appel à manifester en soutien aux blessés. Et s'est déjà projeté dans la suite, en appelant -là aussi, comme Eric Drouet- à la grève générale le 5 février prochain. Et de lancer comme défi à chaque manifestant de « ramener au minimum deux personnes » : « Ça peut ramener beaucoup beaucoup de monde.
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Lors de la manifestation parisienne du 1er décembre, David, tailleur de pierre de 31 ans, avait été atteint à la mâchoire par un tir de LBD 40. Le 1er décembre dernier, David, tailleur de pierre de 31 ans, était venu des Yvelines avec sa compagne pour défiler sur les Champs-Élysées et soutenir le mouvement des gilets jaunes. Mais malgré son intention de manifester "pacifiquement", cette journée a pris une tournure dramatique.
Touché au visage par un tir de flashball lancé par les forces de l'ordre, le jeune homme a subi de graves blessures à la mâchoire, dont les détails médicaux font froid dans le dos: fracture maxillaire droite, fracture alvéolaire, perte de substance osseuse, perte de 4 dents (bientôt 3 de plus), fracture des ptérygoïdes et perte de 2.5 cm de lèvre supérieure. Pour "se reconstruire", le jeune homme a donc décidé de lancer une cagnotte pour financer ses "soins physiques et psychologiques". "Depuis l'accident je me retrouve sans emploi car j'étais tailleur de pierre en intérim, donc je n'ai plus de revenu et je ne sais pas si je vais pouvoir reprendre mon emploi un jour", explique David.
Selon son récit de la journée, le gilet jaune assure être "tombé" sur des CRS alors qu'il tentait de quitter les lieux avec sa compagne et que la tension "montait" dans les rues de Paris. "Arrivés à vue d'œil à environ 10 mètres des CRS, l'un d'eux me fait un tir avec une balle LBD 40x46mm en pleine mâchoire", détaille David, alors qu'un tireur de flashball devrait viser le torse ou les membres supérieurs, mais jamais la tête.
Selon une enquête d'Envoyé spécial diffusée le 13 décembre dernier, David a décidé de "saisir la justice" contre l'État avec l'aide d'une avocate qui milite pour l'interdiction des balles en caoutchouc et des grenades GLI-F4, un autre engin policier responsable de mutilations. "On a trop de blessés très graves aujourd'hui, que ce soit des personnes énuclées, qui n'arrivent plus à marcher... On va beaucoup trop loin dans la militarisation du maintien de l'ordre", déclarait maître Lucie Simon à nos confrères de France 2.
Depuis un mois, le flashball, aussi appelé "lanceur de balles de défense (LBD)", a provoqué de nombreuses blessures au cours des manifestations de gilets jaunes, ou en marge de la mobilisation des lycéens. Le 5 décembre, par exemple, un jeune de 17 ans a été grièvement blessé par un tir de flashball au lycée Simone de Beauvoir de Garges-lès-Gonesse, provoquant l'indignation des professeurs, parents et élèves.
Malgré ces violences, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a rejeté mardi 18 décembre la requête urgente de manifestants touchés par des tirs de lanceurs de balle de défense qui lui demandaient d'en interdire l'utilisation en France. "La Cour ne fait droit aux demandes de mesures provisoires qu'à titre exceptionnel, lorsque les requérants seraient exposés - en l'absence de telles mesures - à un risque réel de dommages irréparables", a rappelé la CEDH dans son communiqué.
Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne, a expliqué dans un entretien donné à Franceinfo qu’il estimait avoir été visé par un tir de lanceur de balles de défense samedi. M. Boyard, qui souffre d’un œdème au pied suite au choc, a indiqué qu’il participerait à la manifestation des lycéens prévue le 5 février et a appelé tous les lycéens à manifester et à bloquer leurs établissements. Il a également demandé au ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, qu’il le reçoive « soit comme représentant syndical de l’Union nationale des lycéens, soit, désormais, comme victime, et avec d’autres victimes des violences policières. »
Le directeur de la police nationale a dû rappeler les conditions d'utilisation. Dans le lexique des Gilets jaunes , le LBD 40 figure en bonne place. Il s'agit d'un lanceur de balles de défense (LBD) fabriqué en Suisse et utilisé par les policiers et les gendarmes en France. Il a peu à peu remplacé le flash-ball (qui est aussi un lanceur de balle de défense), qui était privilégié jusqu'à présent. L'arme non létale est notamment censée être plus précise.
L'emploi de cette arme doit répondre aux principes de "nécessité et de proportionnalité" et être soumis à des "conditions opérationnelles" telles que le respect des "intervalles de distance propres à chaque munition". Elle peut être employée en cas d'"attroupement" susceptible de troubler l'ordre public, "en cas de violences ou voies de fait commises à l'encontre des forces de l'ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu'elles occupent". "Ces circonstances correspondent aux émeutes urbaines auxquelles les policiers sont actuellement confrontés". Le lanceur de balles de défense "peut constituer une réponse adaptée pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse".
Il n'existe pas de bilan officiel du nombre de blessés par LBD dans les manifestations des Gilets jaunes. "Le nombre de tirs, nous ne l’avons pas, puisqu’il n’est pas consolidé. Donner des chiffres maintenant serait approximatif, et très rapidement faux, donc, pour nous, pas opportun", a commenté lundi le ministère de l'Intérieur auprès du Monde .
Tout juste sait-on que depuis le début du mouvement et jusqu'au 11 janvier, soit la veille de l'acte 9, l'IGPN, la police des polices, avait été saisie de 207 signalements de violences policières. Mais on ignore combien sont liés à l'usage de LBD. D'après le décompte du service de fact-checking de Libération , qui s'appuie sur les travaux du collectif militant "Désarmons-les", au moins 69 "gilets jaunes" ou journalistes ont été blessés par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation et au moins 14 d'entre eux ont perdu l'usage d'un oeil.
Selon une source policière citée par l'AFP, sur la seule journée d'action du 12 janvier, au moins 5 manifestants ont été grièvement blessés "vraisemblablement" par des tirs de LBD. Ces derniers jours, plusieurs témoignages ont été rapportés.
Voici les spécificités du LBD 40 : Contrairement au flash-ball, le LBD se porte à l'épaule, comme un fusil. Il est de fait muni d'un viseur. Ses balles sont de calibre 40 mm, contre 44 pour le flash-ball. La portée de ses balles semi-rigides est plus longue.
Son utilisation avait déjà fait polémique dans le cadre des manifestations de lycéens, avec plusieurs cas d'élèves grièvement blessés. Le Conseil d’Etat s’est penché mercredi sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD ou Flash-Ball) par les forces de l’ordre, liés à des dizaines de blessés dans les manifestations des Gilets jaunes, et dont les adversaires réclament la suspension dans toutes les opérations de maintien de l’ordre.
A la veille de l’acte XII des Gilets jaunes, samedi, la question de l’emploi du lanceur de balles de défense (LDB, Flash-Ball de son nom commercial) se pose avec une acuité nouvelle, en particulier à la suite de la blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, l’un des participants au mouvement. Le Conseil d’Etat devait d’ailleurs se prononcer avant cette nouvelle journée de manifestations sur une éventuelle suspension de son usage par les forces de l’ordre.
C’est ainsi que débute la vidéo réalisée par « Les mutilés pour l’exemple ». Antonio a été blessé le 24 novembre : il a reçu à ses pieds une grenade GLI-F4 qui a traversé sa chaussure et s’est incrustée dans son pied droit. Début janvier, il était toujours en arrêt de travail.
« Les mutilés pour l’exemple » ne sont pas encore un collectif formel, mais ils pourraient bien le devenir. Il s’agit au départ d’une rencontre entre Robin Pagès, mutilé au pied par une grenade GLI-F4 à Bure le 15 août 2017 et des blessés du mouvement des gilets jaunes. « Nous partageons des souffrances difficile à imaginer pour les autres, et nous n’en pouvons plus de voir grossir nos rangs », explique t-il à Basta!.
Ils donnent rendez-vous à 14h devant tous les commissariats et gendarmeries de France. « Venez avec des bandages, des béquilles, un pansement sur l’œil ou tout ce qui pourrait symboliser la mutilation du peuple par l’État » précise la page de l’événement.
« Ce qu’il s’est passé est absolument inacceptable, le monde entier doit savoir que l’État français a arraché une main ou un œil à 21 manifestants en deux mois [1] ! Nous bien sûr on doit réapprendre à vivre avec nos handicaps, avec tout ce que nos traumatismes impliquent. Mais il ne faut pas se cacher que ce sera très difficile.
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