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La chasse au bison (en anglais : buffalo hunting), a été une activité fondamentale pour les tribus des Indiens des Plaines en Amérique du Nord.

Le bison d'Amérique du Nord, originaire d'Eurasie, a migré par le détroit de Béring (comme les humains), et a remplacé, il y a 10 000 ans, le bison des steppes, une espèce plus grande à longues cornes, aujourd'hui disparue. On pense que cette espèce de bison s'est éteinte en raison d'un changement de l'écosystème et de la pression de la chasse à l'époque préhistorique, correspondant à l'amélioration des techniques à l'époque du site Clovis.

Le bison était ce que l'on appelle une espèce clé de voûte, c'est-à-dire dont l'empreinte sur l'environnement est disproportionnée. Le pâturage des bisons a façonné l'écologie des Grandes Plaines aussi fortement que les feux de prairie périodiques. Il est largement admis que les bisons étaient au centre du mode de vie des Indiens des Plaines.

Ce qui n'est pas contesté, en revanche, c'est que, avant l'introduction des chevaux par les Européens, des groupes de chasseurs amérindiens parvenaient à diriger des troupeaux de bisons dans des goulets d'étranglement fabriqués avec des roches et des branches, débouchant sur des falaises, d'où les bisons en pleine course se tuaient en sautant. Plusieurs lieux de ce type, appelés buffalo jumps (« sauts de bison ») se trouvent aux États-Unis et au Canada, tel le précipice à bisons de Head Smashed-In dans l'Alberta. Les grandes quantités de viande ainsi obtenues permettaient aux chasseurs de disposer d'excédents, dont ils se servaient dans des échanges commerciaux. Une méthode de chasse similaire aboutissait à conduire des troupeaux dans des enclos naturels.

Pour optimiser la ressource qu'était le bison, les Amérindiens pratiquaient une méthode spécifique de dépeçage, identifiée sur le site archéologique d'(en) Olsen-Chubbuck dans le Colorado. Cette méthode consiste à écorcher le dos afin d'obtenir la viande tendre juste sous la surface. Ensuite, les pattes avant sont coupées ainsi que les omoplates. Cela expose la viande située dans la bosse du bison, la viande des côtes et les organes internes. Après que tout a été exposé, la colonne vertébrale est alors coupée, et les jambes postérieures et le bassin enlevés. Enfin, le cou et la tête sont séparés du corps en un seul morceau. Cette méthode permettait de sécher la viande dure pour en faire du pemmican.

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Plus tard, lorsque les Indiens des Plaines ont obtenu des chevaux, il s'est avéré qu'un bon cavalier pouvait abattre facilement suffisamment de bisons pour nourrir sa famille et sa tribu, aussi longtemps que le troupeau se trouvait à proximité. Le bison fournissait la viande, le cuir, les tendons pour les arcs, la graisse, les bouses séchées pour faire du feu, et même les sabots, transformés en colle après avoir été bouillis. Quand les temps étaient durs, les bisons étaient consommés jusqu'au dernier fragment de moelle.

Les premières voies de circulation d'Amérique du Nord, à l’exception des chemins ancestraux des mastodontes ou des bœufs musqués et les itinéraires des Mound Builders, ont été tracées par les bisons et les cerfs au cours de leurs migrations saisonnières à la recherche de pâturages et de dépôts de sel. Beaucoup de ces voies, piétinées par d'innombrables sabots suivant instinctivement les bassins versants et le chemin des crêtes pour éviter les basses terres inondées pendant l'été et soumises aux congères pendant l’hiver, ont été suivies par les Indiens qui les ont utilisées comme terrain de chasse et sentiers de guerre. Elles ont été très utiles aux explorateurs et ont été empruntées par les pionniers.

Les voies de bisons sont typiquement orientées nord-sud, mais leur principale piste est-ouest - à travers la passe de Cumberland, le long du point critique de l’État de New York, du Potomac à la bifurcation de l’Allegheny vers les sources de l’Ohio, à travers les Blue Ridge Mountains vers le cours supérieur du Kentucky - préfigure le tracé du chemin de fer.

Selon l'historien Pekka Hämäläinen, les Amérindiens ont aussi contribué à l'effondrement de la population des bisons. Dans les années 1830 les Comanches et leurs alliés dans les plaines du Sud auraient tué environ 280 000 bisons par an, ce qui était proche du seuil de renouvellement dans cette région. L'introduction des armes à feu et des chevaux, cumulé à une demande et une exportation croissante de peaux et de viandes de bison, ont eu pour conséquence l'abattage d'un nombre toujours plus élevé de bisons chaque année. Par ailleurs, une longue et intense sécheresse a frappé les plaines du Sud de 1845 jusqu'aux années 1860, aggravant la diminution générale des troupeaux de bisons. Dans les années 1860, avec le retour des pluies, les troupeaux de bisons ont de nouveau augmenté.

Les dirigeants des sociétés de chemins de fer ont également souhaité l'élimination des troupeaux de bisons, susceptibles, en traversant les voies, d'endommager les locomotives si le train ne s'arrêtait pas à temps. Dans les montagnes et les collines où les conditions hivernales sont rigoureuses, les troupeaux trouvaient souvent refuge, à l'abri des vents, dans les tranchées artificielles formées par le tracé du chemin de fer. Ainsi, les troupeaux pouvaient retarder un train pendant plusieurs jours.

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Les peaux de bison ont été utilisées pour fabriquer des courroies de machines industrielles, des vêtements, et des tapis. Il y avait à l'époque une exportation massive de peaux à destination de l'Europe. On vendait aussi des amendements agricoles riches en calcium et oligo-éléments (phosphore, potassium, etc.) produits en brûlant des squelettes de bisons tués par les chasseurs et abandonnés dans la prairie.

Dans le Far West, la chasse au bison a très souvent été une grande entreprise commerciale, impliquant des équipes bien organisées d'un ou deux chasseurs professionnels, soutenus par une équipe de dépeceurs, d'hommes chargés de nettoyer les fusils ou remplir les étuis à munition, de cuisiniers, de palefreniers, de forgerons, de gardes pour la sécurité, de conducteurs de chariots, et de nombreux chevaux et véhicules. Des hommes ont même été employés pour récupérer les balles de plomb dans les carcasses et de les refondre.

Beaucoup de ces chasseurs professionnels, tels que William Cody (plus tard connu comme Buffalo Bill), étaient capable de tuer plus d'une centaine de bêtes à partir d'une seule position, et plusieurs milliers dans leur carrière. Un de ces chasseurs professionnels a prétendu avoir tué plus de 20 000 bisons. Une belle peau pouvait rapporter 3 $ à Dodge City, Kansas, et une très belle peau (idéale pour un manteau d'hiver lourd) pouvait se vendre 50 $, à une époque où un ouvrier gagnait au mieux un dollar par jour.

Les chasseurs localisaient généralement le troupeau tôt le matin, et se positionnait à un peu moins de 100 mètres, tirant en touchant le flanc des animaux au niveau des poumons. Ils préféraient ne pas viser la tête, car les balles en plomb avaient tendance à s'aplatir en touchant le crâne qu'elles ne parvenaient pas à transpercer, surtout si l'animal s'était roulé dans la boue et en avait gardé une croute asséchée sur la tête. L'animal touché agonisait lentement et discrètement jusqu'à ce que, soit ses congénères sentent le danger, soit l'animal blessé en attaque un autre, causant dans les deux cas la dispersion du troupeau. Si le chasseur s'y prenait habilement, il pouvait abattre un grand nombre de bisons en une seule fois. Les écorcheurs suivaient, et enlevaient la peau de la carcasse en se servant de la force d'un attelage de chevaux. Les peaux étaient préparées et empilées dans les chariots par d'autres membres de l'équipe.

Pendant une décennie, à partir de 1873, il y avait plusieurs centaines, peut-être plus d'un millier, de ces équipes de « moissonneurs » de peaux chassant au même moment, exaspérant les Amérindiens ou les chasseurs de viande individuels. Les prélèvements commerciaux de bisons ont sans doute été, sur l'ensemble du territoire américain, de 2 000 à 100 000 animaux par jour selon la saison, mais il n'existe aucune statistique précise. Il se disait que les chasseurs tiraient à une telle fréquence (avec des cartouches spéciales pour bison de type .50-90 Sharps), qu'ils avaient besoin d'au moins deux fusils, pour laisser le canon de l'un refroidir, parfois en le trempant dans la neige, tandis qu'ils continuaient à tirer avec l'autre. À la gare de Dodge City, des wagons entiers étaient remplis de peaux et envoyés vers l'est.

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Outre Buffalo Bill, d'autres personnages du Far West, célèbres pour d'autres raisons, ont été des chasseurs de bisons, notamment Wyatt Earp, Bat Masterson ou Pat Garrett.

La construction des premières liaisons transcontinentales ferroviaires entre l'Est et l'Ouest, dans les années 1860 et 1870, divisa la population de bisons en deux parties, le troupeau du Sud et le troupeau du Nord. Le troupeau du Sud trouva un dernier refuge dans le Texas Panhandle.

Comme la population des grands troupeaux déclinait, voyant que la pression sur l'espèce était trop grande, des propositions pour protéger les bisons furent discutées. Les premières propositions ne firent pas long feu, car les autorités considéraient que les Indiens des Plaines, fréquemment en guerre avec les États-Unis, dépendaient du bison pour leur mode de vie. En 1874, le président Ulysses S. Grant mit son veto à un projet de loi fédérale pour protéger les bisons, et en 1875, le général Philip Sheridan plaida devant le Congrès en faveur de l'abattage des troupeaux, pour priver les Indiens de leur source de nourriture.

Au milieu des années 1880, le bison d'Amérique était au bord de l'extinction. Dans les années 1890, il n'en restait plus que 800.

Aujourd'hui la chasse du bison sauvage est légale dans certains États américains et provinces canadiennes, où les troupeaux nécessitent un abattage pour maintenir une population stable. En Alberta, où existe l'un des deux seuls troupeaux de bisons sauvages depuis toujours en Amérique du Nord, au parc national Wood Buffalo, les bisons sont chassés pour protéger les bisons sans maladie réintroduits ou des troupeaux privés.

Dans le Montana, la chasse a été rétablie en 2005, avec 50 permis délivrés. La commission de la Pêche, de la Faune et des Parcs du Montana, a augmenté en 2006 le nombre de prises autorisées à 140 pour la saison 2006/2007. Les groupes de défense du bison sauvage affirment qu'il est prématuré de rétablir la chasse, étant donné le manque d'habitat pour le bison dans le Montana.

Des bisons ont également été réintroduits en Alaska en 1928, et des troupeaux à la fois domestiques et sauvages subsistent dans quelques parties de l'État.

Avant la colonisation européenne, entre 10 et 30 millions de bisons parcouraient le territoire délimité par les Rocheuses et les Appalaches, les États mexicains de Chihuahua et de Coahuila et les territoires du Nord-Ouest canadiens. Les preuves anthropologiques suggèrent que les peuples autochtones de ces régions ont chassé le bison pendant au moins 10 000 ans avant le contact avec les Européens. Le bison constituait une source fiable de nourriture et de richesse.

Tout dans l'animal avait son utilité : les peaux étaient assouplies et tannées pour les vêtements, les couvertures, l'art et le logement. Les cervelles étaient utilisées comme graisse pour le tannage des peaux, les os formaient des outils, la moelle était consommée pour son contenu nutritionnel et les estomacs étaient transformés en sacs ou en récipients. La viande de bison était souvent séchée pour être conservée, ou bien combinée avec des baies transformées et de la graisse de bison pour produire un mélange appelé pemmican. Enfermé dans un sac fabriqué à partir de l'estomac du bison, le pemmican pouvait être conservé pendant des années et permettait aux peuples chasseurs de subsister pendant les périodes de pénurie alimentaire.

Si les méthodes de chasse et d'utilisation du bison ont évolué au fil du temps, passant des lances et des chiens au tir à l'arc, le plus grand changement s'est produit lorsque le cheval a été introduit en Amérique du Nord. Les chevaux se sont répandus depuis les régions d'Amérique du Sud contrôlées par les Espagnols jusqu'au nord du Canada, probablement par le biais de routes commerciales indigènes préexistantes. Dans les années 1650, les colons prirent conscience de la présence d'Amérindiens à cheval après avoir rencontré les cavaliers apaches. L'introduction du cheval a diminué les coûts associés à la chasse au bison, ce qui a conduit certaines sociétés à délaisser l'agriculture au profit de la chasse au bison.

Le premier contact direct de ces sociétés avec les Anglais et les Français s'est fait indirectement par le commerce des fourrures. Les peaux de bison et le pemmican étaient échangés, bien qu'aucune de ces denrées ne soit aussi lucrative que les fourrures recherchées pour être revendues en Europe. Les peuples tributaires du bison tannaient les peaux depuis des siècles, mais le processus demandait beaucoup de travail et le cuir non traité provenant des peaux de bison n'était pas commercialement viable d'un point de vue européen.

Le rythme de l'extermination du bison s'est considérablement accéléré avec la construction du chemin de fer de l'Union Pacific entre 1863 et 1869. Une fois le chemin de fer terminé, les colons ont eu un accès sans précédent aux troupeaux de l'intérieur. Malgré cela, les récits historiques suggèrent que les colons et les communautés autochtones n'avaient pas prévu une extermination aussi rapide du bison. En fait, la construction du chemin de fer à travers les Grandes Plaines a été rendue possible grâce à une série de traités que les États-Unis ont négociés à la fin des années 1860 avec les Apaches, les Cheyennes, les Kiowas et les Comanches au sud, et les Sioux du Nord-Ouest et les Cheyennes du Nord.

Le sort du bison a changé en 1871 lorsque des tanneurs d'Angleterre et d'Allemagne ont mis au point une méthode commercialement viable de tannage des peaux de bison. La demande européenne de peaux a grimpé en flèche et, en réponse, les chasseurs de peaux ont inondé le territoire des bisons. On estime qu'en 1875, un million de peaux de bison ont été expédiées des États-Unis vers la France et l'Angleterre seulement. Les chasseurs de peaux se sont d'abord concentrés sur le troupeau du sud, plus accessible, et au printemps 1874, les troupeaux des plaines moyennes avaient été décimés. Un pays autrefois "noir et brun de bisons était devenu blanc des os blanchis au soleil". En 1879, le troupeau du sud était complètement éliminé.

Plusieurs chercheurs ont affirmé que le massacre des bisons n'aurait pas eu lieu si les droits de propriété avaient été bien définis. Or, ils étaient parfaitement définis par le biais des traités signés ; mais ils n'étaient tout simplement pas protégés. Les responsables militaires croyaient que les peuples autochtones ne s’installeraient pas vraiment dans les réserves tant que les bisons n'auraient pas été exterminés. Les généraux encourageaient activement leurs troupes à tuer les bisons pour la nourriture, le sport ou la "pratique", ou encore pour réduire la force des traités.

Ainsi, en moins de deux décennies, le noyau économique et social des grandes nations du bison a disparu. Au début des années 1880, il n'y avait plus de bisons, peu de gibier et des réserves alimentaires gouvernementales insuffisantes ou inexistantes. Les archives des postes de traite, des chefs autochtones, des fonctionnaires des Affaires indiennes et des médias font état d'une malnutrition et d'une faim généralisées parmi les populations autochtones. Les communautés ont eu recours à la consommation de chevaux, de mules, de nourriture souillée et de vieux vêtements pour éviter la famine. La ressource qui sous-tendait des siècles d'acquisition de savoir-faire a ainsi été éliminée.

Certaines communautés ont eu recours à la collecte des os de bison qui jonchaient les plaines après l'abattage et à leur vente comme engrais. L'activité économique et la mobilité étaient sévèrement limitées pendant cette période et laissaient peu de possibilités d'adaptation aux Amérindiens, du moins au début.

Les Amérindiens étaient confrontés à des contraintes strictes quant à leur liberté de mouvement au cours de la seconde moitié du 19e siècle et au début du 20e siècle. Les Amérindiens devaient généralement obtenir la permission d'un agent des Indiens pour quitter la réserve et les départs étaient découragés. Ce n'est qu'avec l'adoption de la loi sur la citoyenneté indienne en 1924 que les peuples indigènes ont obtenu la liberté de mouvement aux États-Unis, mais cela ne s'appliquait qu'à ceux nés après 1924.

Les auteurs démontrent que « la disparition du bison a eu des conséquences immédiates et négatives pour les Amérindiens qui en dépendaient et a entraîné un renversement permanent de leur sort. Alors qu'ils comptaient autrefois parmi les peuples les plus grands en taille du monde, cet avantage a été perdu après le massacre. Au début du vingtième siècle, la mortalité infantile était supérieure de 16 points de pourcentage et la probabilité de déclarer une profession inférieure de 29,7 points de pourcentage dans les nations dépendantes du bison par rapport aux nations autochtones qui n'ont jamais été dépendantes du bison. Jusqu'à aujourd'hui, le revenu par habitant est resté inférieur de 28 %, en moyenne, dans les nations à bisons.

Tableau Récapitulatif de l'Impact de la Disparition du Bison sur les Nations Amérindiennes

IndicateurNations Dépendantes du BisonNations Non-Dépendantes du Bison
Mortalité infantile (début du XXe siècle)Supérieure de 16 points de pourcentageRéférence
Probabilité de déclarer une professionInférieure de 29,7 points de pourcentageRéférence
Revenu par habitant (aujourd'hui)Inférieur de 28 % en moyenneRéférence

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