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Deux récents courriers de lecteurs demandent à affiner ce que nous avions écrit précédemment sur ces armes basiques des années 60-70, à ne pas confondre avec la production espagnole actuelle qui est d’un tout autre niveau, mais bien moins importante.

Contexte Historique

Il faut se replacer dans le contexte de l’immédiat après-guerre : l’Espagne avait eu le temps de se remettre de la guerre civile quand les industries allemande, belge, française avaient subi le pillage de l’Occupation, et les anglo-saxonnes, pris du retard, concentrées sur l’effort de guerre.

L’armurerie du pays basque autour du noyau Eibar-Elgoibar put alors fournir des armes solides et basiques dont la production stéphanoise entretint à dessein, et à tort, la réputation que l’acier employé « était tout juste bon à ferrer les ânes » !

Les mouches, ayant justement changé…d’ânes, ce sont maintenant les Turcs qui sont dans le collimateur.

Eibar, située dans le pays basque espagnol, est célèbre pour son industrie armurière qui prend ses racines à la fin du Moyen-Âge. Elle est connue depuis cette époque comme la « Ciudad Armera » (la ville armurière).

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L’industrie armurière espagnole fut assurément la dernière à fonctionner, autour de son centre historique d’Eibar, au pays basque, comme le faisaient encore les grands centres européens de Liège ou de Saint-Etienne, une cinquantaine d'années plus tôt, dans une impressionnante chaîne de savoir-faire et de sous-traitants.

Fabrication et Matériaux

En 1960, l’emploi d’un acier plus ductile favorisait le travail manufacturier à l’ancienne employant beaucoup de main d’œuvre, sur peu de pièces internes (voir ci-dessous l’intérieur simplissime d’un Zabala) mais qui fut mortel vingt ans plus tard pour Eibar, quand il fallut adopter les alliages au chrome-molybdène, et la technologie des superposés et semi-automatiques maîtrisée alors par les Italiens.

Cet acier plus dur, léger et solide nécessitait des outils plus forts, plus chers, plus fréquemment remplacés, (ce que firent par exemple les Japonais avec, derrière un fort contrôle qualité des usinages), mais l’acier plus doux et moins cher à travailler durait plus longtemps, au besoin, en ajustant sans cesse.

C’était un des points forts autrefois sur lequel la production actuelle de juxtaposés d’import pourraient bien s’inspirer.

Pression et Normes

On nous fait remarquer que le chiffre de 850 kg/cm2 courant sur les entrées de gamme de cette période sur un 12/70, frappé sur la table des canons, serait trop faible pour tirer les cartouches actuelles ?

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En fait il y a confusion sur la pression de service ou de travail, et celle d’épreuve bien sûr, le plus souvent supérieure de deux tiers.

L’Espagne n’adopta les préconisations CIP de 1969 que cinq ans plus tard, mais avant la Grande-Bretagne (1980) où les anciennes manières de mesurer durèrent jusqu’en 1989.

Les Fusils Artisanaux Espagnols

Les fusils artisanaux espagnols ne rivalisent aucunement en qualité de fabrication avec leurs homologues anglais, belges ou français, même s'ils s'en inspirent dans leur aspect au point parfois de les copier jusqu'au plus infime détail de forme ou de finition. Ils ne peuvent encaisser les mêmes cadences de tir, ni garantir la même fiabilité et la même longévité.

Mais ils sont aussi proposés à des tarifs, en neuf comme en occasion, très inférieurs ; qui en font, au moins pour les meilleurs d'entre eux, de bons achats en terme de rapport qualité-prix.

Exemple : Arizaga et le Fusil Colibri

Un exemple de fusil fabriqué à Eibar est le suivant :

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  • Calibre 12/70
  • Bascule en acier poli avec patine grise
  • Décor gravé de cervidés sur les parois latérales
  • Mécanisme fonctionnel, système de fermeture Greener
  • Canons juxtaposés de 70,2 cm avec bronzage s’éclaircissant
  • Logo Colibri sur le dessus des départs des deux canons
  • Poinçons espagnols et indication 18,2 sur les deux canons
  • Bascule par clé d'ouverture classique
  • Sécurité de détente avec bouton coulissant
  • Bois en noyer clair avec quadrillage

Caractéristiques supplémentaires :

  • Longueur : 1134mm
  • Marquage : Hijos de F. Arizaga Eibar, Escopetas « Colibri »
  • Matricule : EX 60190
  • Poids : 3,10 kg

Laurona : Modernisation et Défis

Laurona dans les décennies 70-90 tenta de ménager la chèvre et le chou en lui insufflant une bonne dose de modernisation, mais en vain.

Les « bonnes années » de Laurona, au début des années 80 font que l’on trouve encore de nos jours, des quantités d’occasions de cette marque avec des armes d’un bon rapport qualité-prix, pas toujours géniales côté esthétique, mais solides et endurantes.

La firme ne se différencie de l’intense production du bassin d’Eibar qu’en 1960 quand elle déménage de la rue des Jardins vers la colline de Mutazegui, et où elle s’adjoint de nouveaux associés dont Fernando Martin, un commercial de chez Star qui la rejoindra complètement en 1971 pour inspirer une forte dynamique vers l’export adossée à un superposé développé à partir de 1965 par Eduardo Iraegui, ancien ingénieur de chez Star également.

Ce modèle 67, se différenciait de ce qui se faisait déjà, mais de manière artisanale (chez Sarasqueta par exemple) par une fabrication ultra moderne à l’époque de microfusion, associée à un chromage dur, une première en Espagne, après accord et brevet avec le groupe allemand Fiedrich Blasberg.

Ce superposé, continuellement amélioré (1973), déboucha sur des modèles sport (1983-1985), nantis de chokes amovibles, adaptables (Silhouette), aux côtés d’une production large de juxtaposés Anson ayant fait leurs preuves, de fusils à platines H/H, des mixtes (12+9,3X74R) des carabines renommées (Pizzaro, Savana) doubles ou simples, parfois à base de canons belges Delcour.

Un bon exemple de la complexité de la chaîne de sous-traitants est illustrée par la fabrication du superposé précité dont les canons (âme de 18.5 classique de l’époque des débuts du ball-trap) en acier forgé F125 venaient de chez Transmeca (Barcelone), la microfusion de chez Ardesa en Biscaye ou Ecrimesa (Santander) avant d’arriver à Eibar.

Un vaste bassin armurier où on trouvait chez Campana, du gros ouvrage comme les monoblocs frettés et soudés et bandes en alliage d’argent à 45%, mais aussi plein de petites pièces : les ressorts (Panpo), les percuteurs (Agitor), broches et tiges-guides (Ascasibar), plaques de crosses en bakélite (Arranaga) ou caoutchouc (Barrena).

Les bois arrivaient de France, Turquie, Azerbaïdjan, en grosses billes débitées par la scierie Mutiloa, mises à sécher un an, avant d’être ébauchées à l’usine sur des machines numériques permettant d’en faire huit d’un coup !

Les premières difficultés de l’entreprises virent le jour avec l’arrivée simultanée de la production turque et brésilienne, et surtout la crise de la peseta maintenue artificiellement à un niveau élevé qui nuisit à l’export et joua certainement dans l’arrêt (1988) de la sous-traitance pour Winchester.

Problèmes et Réparations

Tous les problèmes de détentes trop dures, de crosses trop longues bien qu’ennuyeux sont faciles à réparer si on a accès à un armurier compétent, et un peu de patience.

Parfois, c’est un problème difficile à identifier, mais les canons non réglés sont rédhibitoires sur un juxtaposé.

Le fusil ne placera pas la gerbe de chaque canon à quelques centimètres l’une de l’autre, et le fusil ne tirera pas proprement justement là où vous en avez le plus besoin, c’est-à-dire le second et dernier coup, sur une cible pas ou mal touchée.

Sur le toit de l’usine Laurona, un tunnel de 28 mètres vérifiait la convergence, et tous les canons impropres étaient impitoyablement refoulés.

Tableau Récapitulatif des Marques et Modèles

Marque Modèle Caractéristiques
Arizaga Colibri Calibre 12/70, bascule acier poli, décor gravé
Laurona Divers Superposés et juxtaposés, modernisation dans les années 70-90
Pedro Gorosabel Hunter Juxtaposé, fabrication à Eibar

tags: #fusil #juxtapose #espagnole #histoire #fabrication

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