Le fusil Chassepot modèle 1866 est une arme emblématique de l'histoire de l'armement réglementaire français. Il marque une évolution significative avec son chargement par la culasse et sa cartouche en papier, permettant une cadence de tir plus rapide. Découvrons l'histoire de ce fusil, notamment sa fabrication en Espagne.
Le fusil Chassepot apparait dans un contexte d’innovation et d’industrialisation croissante. Le développement des machines-outils permet de généraliser la production de canons rayés plus précis. De plus, l’utilisation de cartouches à amorce au fulminate de mercure favorise la mise à feu par percussion ce qui augmente la cadence de tir à 7 à 8 coups par minute alors qu’elle était limitée à 2 à 3 coups par minute pour les fusils des guerres napoléoniennes.
L’origine du fusil GRAS trouve sa source dans la constatation amère que l’encrassement de la « cartouche papier » du CHASSEPOT a gravement handicapé l’usage de cette arme pendant le conflit de 1870. Malgré cela, de nombreux CHASSEPOT ont été fabriqués après 1870 pour compenser les pertes des armes prises par l’ennemi, et ne pas laisser désarmer les troupes en cas de nouveau conflit.
Suite à cette bataille, les études pour équiper l’armée française d’un fusil moderne vont s’accélérer et donnent naissance à un nouveau fusil : le fusil Chassepot ou fusil d’infanterie modèle 1866. La création d’une culasse étanche par l’ajout de caoutchouc contribue à éviter les projections brûlantes dans l’œil du tireur ce qui rend son utilisation facile et sûre.
Devant les énormes besoins en armes de cette époque l'industrie privée sera également mise à contribution. Afin de réaliser l'obturation et empêcher les gaz de s'échapper vers l'arrière la tête de culasse comporte un joint en caoutchouc vulcanisé, une première en cette période d'innovation technologique. Le système est fiable mais fragile, il a été adopté précipitamment afin de faire face aux menaces de guerre avec la Prusse et de ce fait le grand pas qu'aurait été l'adoption d'une cartouche metallique n'a pas été possible.
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La firme Cahen Lyon et cie, détentrice du brevet, ne pouvant assurer seule et dans les temps la fourniture de milliers d'armes commandées par l'Etat, fera appel à de nombreux sous-traitants dans toute l'Europe. C'est alors qu'on fit appel aux fabricants étrangers.
En furetant sur le net, je suis tombé (même pas mal ) sur un fusil Chassepot 1866 fabriqué en Espagne par Zuazubizcar Isla y Cia. Placencia et dont l'entrepreneur était la société CAHEN-LYON et Cie.
Il s'agit probablement d'une commande de 1867 par le gouvernement français de défense Nationale,suite à la défaite de l'armée française à Sedan, qui avait un besoin urgent de fusil pour la guerre contre les Prussiens. En fait, pour moderniser la troupe, Napoléon III voulait que soient fabriqués 400.000 fusils Chassepot pour le 1er janvier 1868. Les manufactures ne pouvant y parvenir, il est fait appel à la société Cahen-Lyon et Cie (à Paris, et non à Lyon) pour pallier à la fabrication. Cahen-Lyon ne pouvant elle même les produire, elle sous-traite avec des sociétés étrangères à Liège (B), Vienne (A), Londres (GB), Birmingham (GB), Brescia (I), Placentia (SP), et Stevens à Maestrich (NL).
On trouve donc de nos jours, des Chassepots Cahen-Lyon et Cie portant la raison sociale de toutes ces sociétés. Sans être très rares, ils ne sont pas aussi courants que les modèles produits par nos manufactures nationales.
Les Manufactures d’Armes Nationales sont Saint Etienne, Tulle et Châtellerault, les marquages étant respectivement S, T, C 1881.
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Voici un petit complément sur les quantités d'armes du système 1866 fabriquées à la manufacture de Saint Etienne: les premières armes complètes sont sorties de St Etienne en avril 1867: 378 fusils. Suivirent 3420 fusils et baïonnettes en mai. En octobre ce sont 11412 fusils et baïonnettes qui sortirent. En 1867 St Etienne sortit en tout 69864 fusils, 195136 en 1868 et 129000 en 1869.
Pour Châtellerault on sait que le modèle du canon sortit en août 1866 pour être envoyé à St Etienne, 13282 canons sortirent en octobre 1867 pour être pareillement livrés. La culasse type sortit en novembre 1866, le fusil type complet en janvier 1867. Tout fut expédié à St Etienne.
Saint Etienne fabriqua en tout 719000 fusils avant 1871. En juillet 1870 la manufacture sortait 350 fusils/jour, 450 en août et 550 en septembre.
Les armes fabriquées avant le 1° janvier 1871 sont marquées MI, ensuite ce sera MA. Depuis le 18 janvier 1871 les baïonnettes ne sont que marquées Saint Etienne + mois et année.
Dans ce même délai, 91781 fusils d'infanterie et 33068 fusils de cavalerie furent expédiés aux régiments. Respectivement 8276 et 2454 restèrent en magasin. 3651 fusils d'infanterie furent aussi réparés.
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| Année | Fusils d'infanterie | Fusils de cavalerie | Carabines de cavalerie | Mousquetons de gendarmerie |
|---|---|---|---|---|
| 1871 | 180 800 | 48 700 | ||
| 1872 | 168 200 | 45 700 | 5 | |
| 1873 | 135 123 | 15 198 | 16 204 | |
| 1874 | 159 964 | 11 119 | 18 800 | |
| 1875 | 60 425 | 3 323 |
Canon rayé de quatre rayures, daté « C 1866 » poinçonné « MI AF », tenon de baïonnette sur le côté droit. Longueur sans la culasse 80 cm, longueur du canon avec la culasse et la queue de culasse 1,01 m. Calibre 11 mm. Guidon sur embase cubique. Culasse en acier trempé sans marquage, elle est mobile et se compose du cylindre forgé d'une pièce avec le levier de manoeuvre, chien coulissant dans un cylindre relié au porte-aiguille par un manchon en T.
Monture en noyer avec cachet de réception de la manufacture « MI ... 1866 ».
La défaite de 1871 sonne le glas du Chassepot, ses défauts intrinsèques et les énormes pertes en matériels lui ont été fatals. L'adoption du Mauser 1871 par la Prusse accélerera son remplacement par le système gras 1874. Le Chassepot finira ses jours en arme de surplus vendues par St-Etienne.
Malgré tout il sera l'un des meilleurs fusils de son temps et inaugurera la fabrication en grande série au sein de manufactures d'Etat.
Le fusil Chassepot est une arme emblématique de l’Histoire de l’évolution de notre armement réglementaire. Au demeurant c’est une arme superbe d’une très belle construction faisant honneur à nos arsenaux.
En conclusion, le fusil Chassepot, bien que remplacé par des modèles plus modernes, a marqué une étape importante dans l'histoire de l'armement français et a contribué à l'évolution des techniques de fabrication et de la stratégie militaire.
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