Les États-Unis sont confrontés à une crise persistante de violence armée, qui soulève d'importantes questions sur le contrôle des armes à feu et la sécurité publique. Les études sur le sujet sont sans ambiguïté : les États où circulent le plus d’armes sont également ceux qui connaissent le plus d’homicides par balle.
Les travaux menés sur le sujet outre-Atlantique sont clairs : plus le nombre d’armes à feu en circulation est élevé, plus les violences commises par arme à feu augmentent. Les États ayant une proportion importante de leur population détentrice d’armes à feu connaissent des taux d’homicides supérieurs de 114 % à ceux ayant une population moins armée.
Une étude publiée en 2013 sur le lien entre la possession d’armes à feu et les homicides commis par arme à feu a établi une corrélation claire entre les deux : à chaque fois que la première augmente de 1 %, le taux des seconds augmente de 0,9 %. Elle note également que la part armée de la population a décliné entre 1981 et 2010 : de 60,6 % d’adultes équipés, cette part a chuté à 51,7 % en 2010, la majeure partie de cette baisse s’étant concentrée dans les années 1990 (de 59,6 % à 52,8 % entre 1991 et 2001). En conséquence, le nombre d’homicides commis par arme à feu a lui aussi décliné : de 5,2 pour 100 000 en 1981 à 3,5 pour 100 000 en 2010 (soit une baisse d’un tiers).
Une revue de la littérature scientifique du centre de recherche sur la prévention des violences de l’université Harvard indique que la disponibilité d’accès aux armes à feu est un facteur de risque bien établi par de nombreuses études. Les hommes et les femmes courent un plus grand risque d’être victimes d’un homicide par balle dans les endroits où il y a davantage d’armes.
De même, une revue qui regroupe cent trente études publiées dans dix pays différents indique que les travaux scientifiques menés depuis 1950 ont établi l’efficacité des restrictions légales sur le nombre de morts dus aux armes à feu lorsqu’elles sont adoptées rapidement. Certaines dispositions contrôlant l’achat des armes, telles que la vérification du casier judiciaire, sont particulièrement critiques dans la lutte contre la criminalité.
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Le taux de morts par arme à feu chute néanmoins dans les Etats où des restrictions existent (comme l’interdiction des fusils d’assaut, l’obligation d’entreposer l’arme dans un endroit sécurisé ou l’obligation de proposer un cran de sûreté).
A l’inverse, les études indiquent que le fait d’autoriser des législations de type « stand your ground » (« défends ton territoire », qui autorise à tirer sur quelqu’un si on se sent menacé) ou qui réduisent le contrôle sur l’achat des armes peut accroître le taux d’homicides. En revanche, les résultats suggèrent que l’interdiction de certaines armes à feu ne constitue pas une mesure efficace pour lutter contre les meurtres par arme à feu, même s’il est aussi possible que les effets de ce type de mesure soient difficiles à mesurer sur des études à court terme.
Les opposants à toute régulation mettent souvent en avant d’autres facteurs pour expliquer la violence commise avec des armes à feu, comme les troubles mentaux. Ce n’est pourtant pas le cas, les personnes ayant des troubles mentaux sont plus souvent victimes de violences qu’autrices. D’autres facteurs expliquent bien mieux ces violences, comme l’alcoolisme, la dépendance à la drogue, la pauvreté, le contexte familial ou encore la facilité d’accès à ces armes.
Les travaux et simulations qui ont été menés montrent également que la possession d’armes à feu ne permet pas aux gens qui en ont ou en portent de se défendre ou de stopper un tueur en série. Les détenteurs d’armes échouent largement à se défendre en de telles situations avant de se faire tuer.
Si l’on associe naturellement les victimes des armes à feu aux homicides, ce sont pourtant bien les suicides qui représentent 60 % des morts par balle aux Etats-Unis chaque année. Bien que l’influence des restrictions sur le taux de suicide global ait été à plusieurs reprises étudiée, elle ne fait pas l’objet d’un consensus parmi les chercheurs.
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Les études portant sur le Canada, la Nouvelle-Zélande ou l’Australie indiquent que restreindre le port d’arme n’a pas diminué le taux de suicide car d’autres méthodes se sont progressivement substituées à celle des armes à feu. Les résultats de deux autres études portant sur les Etats-Unis (publiées en 2003 et 2013) indiquent pourtant que les Etats fédéraux ayant les lois les plus protectrices ont un taux de suicide inférieur à celui des Etats où le port d’arme est facilité.
Les résultats de la recherche suggèrent, en revanche, que l’accessibilité des armes à feu accroît le nombre de suicides chez les jeunes, pour qui il est établi qu’elle représente un facteur de risque majeur, parce que l’arme à feu est un moyen simple et facile de mettre fin à ses jours. Le suicide est, aux Etats-Unis, la deuxième cause de mortalité chez les 15-34 ans.
Les USA ont le plus haut taux de possession d'armes à feu du monde : 88 personnes sur 100 auraient une arme. Selon une autre enquête de 2004, il y avait 283 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis. En 2011, dans un sondage de l'institut Gallup, 47% des Américains déclaraient avoir au moins une arme à feu à leur domicile. Aux États-Unis il y a toujours plus d'armes à feu mais moins de personnes armées.
Les meurtres par armes à feu aux USA sont au nombre de 10 000 par an selon des associations américaines. Aux Etats-Unis, on compte plus d'un meurtre par arme à feu toutes les heures, soit presque 28 homicides par jour ou encore 10 129 meurtres en 2018 (compteur). Toutefois, les Etats-Unis n'ont pas le record pour le nombre de meurtres par armes à feu : ce record appartient au Honduras, suivie par le Salvador et la Jamaïque.
Les États-Unis détiennent le record du taux de mortalité par armes à feu dans les zones hors conflits. En ce qui concerne uniquement les homicides par armes à feu, les chiffres y sont les plus élevés parmi les pays industrialisés : après un pic en 1993 de 17.048 victimes, le nombre de morts par an s’est stabilisé autour de 11.000 (en 2003, 11.041). Toutefois, ces chiffres restent disproportionnés en comparaison des chiffres européens : en 2002, les USA ont connu 10.801 homicides pour 275 millions d’habitants tandis que l’UE a compté 1.260 homicides pour 376 millions d’habitants. Cela signifie que, proportionnellement, il y a 12 fois plus d'homicides par arme à feu aux Etats-Unis qu'en Europe.
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Les statistiques américaines des crimes perpétrés à l’aide d’armes à feu sont également très élevées : en 2003, on en dénombrait 347.705, soit 119,6 pour 100.000 habitants.
Sur les 875 millions d’armes en circulation, 650 millions, soit 75% sont aux mains de civils. Avec 270 millions d’armes, les Etats-Unis se placent en tête de liste, suivis par l’Inde (46 millions d’armes), la Chine (40 millions), l’Allemagne (25 millions) et la France (19 millions). Les Etats-Unis comptent également la plus forte concentration d’armes en fonction de sa population avec 90 armes pour 100 personnes. Viennent ensuite le Yémen, la Finlande et la Suisse.
| Pays | Nombre d'armes détenues par des civils (estimations) | Taux d'homicides pour 100 000 habitants (Année de référence) |
|---|---|---|
| États-Unis | 270 millions | Variable, environ 4-6 (selon l'année) |
| Inde | 46 millions | Moins de 2 |
| Chine | 40 millions | Très faible, moins de 1 |
| Allemagne | 25 millions | Très faible, moins de 1 |
| France | 19 millions | Faible, environ 1-2 |
| Honduras | Non disponible | Élevé, environ 30-40 |
| Jamaïque | Non disponible | Très élevé, environ 40-50 |
Pour la France, il n'existe pas de données disponibles détaillées postérieures à 1999 (voir base de données du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès - INSERM). Le nombre total de décès par arme à feu cette année-là était de 2607, soit 4,4 pour 100.000 habitants.
Voici une répartition des décès par arme à feu en France en 1999 :
Il est important de noter que les décès par arme à feu peuvent être des suicides, des homicides ou des accidents. Quels que soient les pays, il n'existe pas de données précises sur les blessés.
Les armes sont devenues la principale cause de décès chez les jeunes Américains, surpassant les accidents de la route, selon une récente étude des autorités sanitaires qui montre une forte hausse des homicides par balle aux États-Unis, comme la tuerie dans une école du Texas qui a fait 19 morts parmi des écoliers ce mardi.
En 2020, 4368 enfants et adolescents jusqu'à 19 ans sont morts de blessures causées par une arme à feu, soit un taux de 5,4 pour 100.000 personnes de cette population, selon un tableau publié par les Centres de prévention et de lutte contre les maladies. Les homicides comptent pour près des deux-tiers de ces décès. En comparaison, 4036 décès ont été imputés aux accidents de la route dans cette catégorie d'âge.
L'écart s'est graduellement réduit avec la baisse des accidents de la circulation due à des mesures d'amélioration de la sécurité routière au fil des ans, alors que les décès par armes à feu augmentaient. Les deux courbes se sont croisées en 2020, selon les dernières statistiques disponibles, et les résultats ont été analysés dans une lettre au New England Journal of Medicine la semaine dernière.
Selon les auteurs de cette lettre, les nouvelles données coïncident avec d'autres études sur une hausse de la violence par arme à feu durant la pandémie de Covid-19. Les raisons de cette augmentation sont multiples, mais "on ne peut pas supposer qu'elle reviendra à des niveaux pré-pandémiques", écrivent-ils.
Le tableau des CDC montre que près de 30% des décès étaient des suicides, un peu plus de 3% des décès accidentels et les causes étant indéterminées pour 2% des cas. Un petit nombre d'entre eux est qualifié d'"intervention légale", c'est-à-dire des décès survenus lors d'interactions avec les forces de l'ordre.
Les jeunes Afro-Américains sont victimes d'armes à feu de manière disproportionnée, avec quatre fois plus de risques de mourir par balle que les jeunes Blancs, pour qui les accidents de la route représentent un plus grande menace.
Géographiquement, le taux de décès par arme à feu est le plus important dans la capitale américaine Washington, suivi par la Louisiane et l'Alaska.
La violence des armes à feu est une « crise de santé publique », a déclaré l’administrateur de la santé publique (Surgeon General) des Etats-Unis, qui a, pour la première fois, publié un rapport complet faisant de ce sujet une priorité sanitaire et recommandant une série d’actions pour lutter contre ce fléau. Il souligne notamment que les armes à feu sont depuis 2020 la première cause de décès chez les enfants et les adolescents aux Etats-Unis, devant les accidents de la route.
Un tel rapport doit surtout permettre de sortir le sujet du seul domaine politique, pour le placer sur le plan de la santé publique, a dit sur CNN Vivek Murthy. Il a fait valoir qu’un rapport publié par l’un de ses prédécesseurs sur les conséquences néfastes du tabac avait permis de mobiliser différents acteurs et déclenché une série de mesures.
En 2022, 48 204 morts étaient liées aux armes à feu dans le pays, ce qui inclut les suicides. Près d’un Américain sur cinq a un membre de sa famille qui est mort par armes à feu, y compris par suicide. Plus de la moitié de la population a vécu, directement ou par ses proches, un événement impliquant l’usage d’une arme. La violence par armes à feu touche par ailleurs de façon disproportionnée les personnes noires, souligne le rapport.
Ses recommandations incluent un stockage des armes plus rigoureux, la vérification généralisée des antécédents des acheteurs, la confiscation des armes pour les personnes dangereuses comme les conjoints violents, ainsi que l’interdiction des fusils d’assaut et des chargeurs à grande capacité.
De telles mesures, soutenues de longue date par le président démocrate Joe Biden, demandent un accord politique au Congrès pour une mise en place au niveau fédéral. Les Républicains s’opposent largement à ces mesures en vertu du deuxième amendement de la Constitution américaine, qui protège le droit de porter une arme à feu.
Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades. Ce terme de « fusillades de masse » (mass shootings en anglais) désigne des tueries faisant au moins quatre victimes, mortes ou blessées. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés.
Mais ces mass shootings ne sont que la partie visible du chaos engendré par les armes à feu. En effet, bien que les fusillades de masse dans les écoles/supermarchés/églises attirent davantage l’attention des médias, les dégâts causés par les armes à feu sont bien plus nombreux au sein des foyers et des maisons. Les armes à feu sont donc un véritable fléau aux États-Unis (qui connaît un taux d’homicide par armes à feu en moyenne 25 fois plus élevé que celui d’un autre pays développé).
Au cours des 145 premiers jours de 2022, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse. Le fait d’avoir accès aux armes à feu aux États-Unis triple le risque de suicide.
Le 14 mai, le pays a été secoué par la tuerie de Buffalo. Dix personnes, dont une majorité d’Afro-Américains, ont été abattues par un jeune suprématiste blanc de 18 ans. N.B. Le 24 mai, un autre jeune de 18 ans a tué 21 personnes (dont 19 enfants) dans une école d’Uvalde au Texas. Le 1er juin, un homme d’une trentaine d’années a tué au moins quatre personnes dans un hôpital de Tulsa, dans l’Oklahoma. Le 9, une autre tuerie a provoqué la mort de trois personnes à Smithburg dans le Maryland.
Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années. Les experts avancent plusieurs explications :
La Covid a favorisé l’isolement et la prise de position sur de nombreuses questions et a ainsi divisé les concitoyens. Or, lorsque l’empathie pour les autres citoyens décline, la criminalité augmente. Mais il y a aussi eu une certaine rupture entre les citoyens et le gouvernement. En effet, d’après Gallup, 80 % des citoyens ne sont pas satisfaits par la direction du pays pendant la pandémie.
Certains affirment même que cette relation singulière que les États-Unis tiennent vis-à-vis des armes à feu relève d’une forme sombre de l’exceptionnalisme américain.
Plusieurs mesures sont envisagées pour lutter contre la violence armée :
11 avril 2022 : Joe Biden a durci la réglementation des armes dites « fantômes ». Ces armes sont dangereuses, car non réglementées. Elles ne sont pas traçables et n’existent actuellement pas au regard de la loi. Le gouvernement américain a donc décidé de sévir contre les fusils artisanaux achetés et vendus sans registre. On estime que le nombre de ce que l’on appelle les « ghost guns » a été multiplié par dix en cinq ans (entre 2016 et 2021). Alors même que ce type d’armes à feu a été utilisé lors de plusieurs tueries de masse.
24 juin 2022 : Joe Biden signe une loi qui permet enfin de renforcer le contrôle des armes à feu dans le pays. Ces mesures visent à renforcer la sécurité des écoles, à assurer un meilleur contrôle de la vente illégale d’armes, à limiter l’accès des personnes dangereuses aux armes à feu et enfin à financer des programmes de soutien psychologique. Le projet de loi Enhanced Background Check Act of 2021 est quant à lui en suspens.
Descendre dans les rues pour lutter contre les armes à feu, c’était le projet des manifestations « March for Our Lives » qui se sont déroulées en 2018, en réaction à la fusillade de Parkland. Ce mouvement a été amplifié sur les réseaux sociaux grâce à des hashtags tels que #NeverAgain, #MarchForOurLives, #WhatIf et #IWillMarch.
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