Le cuir n’est pas une matière naturelle, mais un matériau techniquement produit. En effet, il s’agit de réduire artificiellement autant que possible les caractères inutiles de la matière naturelle et d’y introduire les caractères utiles à des productions ultérieures. Nous étudierons donc les qualités recherchées dans la matière naturelle et tâcherons de préciser quels traits sont réduits ou ajoutés à la peau au cours des processus de transformation en cuir ou en fourrure pour en faire le matériau voulu.
Nous n’oublierons pas dans cette étude les questions du débitage et de l’outillage. En effet, dans la fabrication, il faut produire les engins qui sont de deux ordres :
Enfin, nous tâcherons de décrire et de comprendre autant qu’il est possible à travers nos sources la manœuvre ou tour de main, le geste étant dans l’outillage et l’outil étant autant geste qu’appareillage matériel.
Trois éléments vont déterminer les qualités potentielles de la peau, et conséquemment, du cuir ou de la fourrure qu’on en tire : l’espèce à laquelle appartient l’animal dont on prélève la peau, l’âge de son abattage et son état sanitaire.
Si l’on considère les raisons d’ordre social et culturel, bien distinctes de l’analyse technique que nous allons mener, il apparaît que les anciens n’ont pas pu choisir en toutes occasions la bête à abattre en fonction de la fin ou du produit envisagés. De fait, l’animal abattu peut avoir été choisi par commodité ou « par défaut », parce qu’il appartient à la vie quotidienne (espèces domestiques, mais aussi chien, ou ailleurs dromadaire, hippopotame) ou qu’il répond à un besoin immédiat (animal domestique, en cas de guerre par exemple).
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Au contraire, certains animaux ne peuvent être abattus en raison de tabous ou d’interdictions :
Finalement, notre seul corpus littéraire comporte la mention des peaux ou fourrures des animaux suivants : bovins, ovins et caprins (mouton, brebis, agneau, bélier, chèvre, bouc), suidés (porc, sanglier), cervidés (cerf, faon), canidés, cheval et âne, félins/fauves (lion, panthère, lynx), mustélidés et rongeurs (martre, lièvre, loutre et castor), ours, phoque et animaux plus exotiques (autruche, grue, dromadaire ou chameau, hippopotame). La peau de poisson (notre galuchat) n’est jamais citée pour de tels usages.
Le derme est lui-même constitué de deux parties : la « fleur » (formée d’un réseau de fibres) et la « chair » (fibres plus grossières) ; plus la fleur est épaisse, plus le cuir sera souple et fin, donc fragile. Or, cette proportion entre fleur et chair varie d’une espèce à l’autre. Il a par ailleurs été constaté, lors de l’étude récente d’échantillons au microscope, que la structure de la peau varie, pour une même espèce, d’un endroit à l’autre de l’animal (cou, ventre, flancs…) et que le cuir qu’on en tire n’a pas les mêmes caractéristiques.
Si les Anciens ne disposaient pas d’outils scientifiques suffisants pour évaluer exactement ces éléments qui ont une influence sur la qualité du matériau obtenu, il est probable qu’ils en avaient une connaissance empirique.
Le cuir obtenu à partir des peaux de bovins est le plus épais et le plus résistant, parce que la fleur représente dans la matière naturelle un sixième de l’épaisseur totale du derme chez l’adulte. Il est donc adapté à la réalisation d’objets nécessitant un matériau robuste, d’une certaine épaisseur, comme ceux soumis à des frottements répétés, à des coups : armes défensives (couche de cuir sur un bouclier, cuirasse, casques, couvre-mains du boxeur...), sangles et lanières (pièces de harnachement, laisses, muselières...), semelles, etc.
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De plus, ces objets étaient renforcés ou attachés par des clous (rivets de bouclier, clous de semelles, pièces métalliques de harnais...) : une certaine épaisseur du cuir est nécessaire en ce cas (3-4 mm au minimum) si l’on veut éviter, au moment de fabriquer l’objet ou de l’utiliser, qu’il ne se déchire.
La fleur représentant la moitié de l’épaisseur du derme, la peau des ovins et des caprins donne un cuir à la fois souple et résistant, parfaitement adapté à la confection d’articles qui doivent à la fois offrir une protection et permettre des mouvements aisés, comme les vêtements ou encore les empeignes de chaussures, ou d’objets pliables, déformables, dotés d’une certaine élasticité, propres donc à contenir d’autres objets variés ou liquides : outres, sacs... Les peaux non dégarnies étaient utilisées pour décorer les intérieurs (tapis, couvertures) ou pour certains vêtements.
Notons ici le nombre très limité d’occurrences de peaux de porc dans notre corpus : la fleur de ces animaux représente elle aussi la moitié de l’épaisseur totale du derme, et le cuir qu’on peut en obtenir se présente comme un matériau très souple et fragile. Toutefois, cela ne suffit pas à expliquer que « son utilisation pour la réalisation d’objets usuels n’a, jusqu’à présent, pas été constatée ». L’animal, en fait, est très souvent utilisé pour la consommation carnée (la peau et son lard).
Les Anciens ont pu noter également, certes tardivement dans notre corpus, une spécificité qui rend son usage extrêmement limité, voire déconseillé ou interdit dans certains domaines comme le sport et certainement l’armement (par exemple pour les énarmes de boucliers) : il déchire la peau de l’homme.
Les autres espèces de notre corpus sont plus occasionnellement utilisées : certaines sont prisées pour leur pelage (les fauves, notamment), dont on fabriquera une fourrure au cuir généralement souple ; certaines espèces non locales, comme le dromadaire ou l’hippopotame, offrent un derme peu fourni en fleur, donc un cuir épais, dans des contrées où les bovins sont rares ; les espèces de « circonstance » comme les cerfs, sangliers, faons..., lorsqu’elles sont prises à la chasse, sont, à cette occasion, traitées, mais souvent sommairement.
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Le « grain » de la peau, c’est-à-dire l’aspect de la surface papillaire, est déterminé par l’implantation des poils. Par conséquent, l’aspect du cuir varie selon les espèces : le grain du cuir sera petit et serré si la peau initiale est celle d’un mouton ou d’une chèvre ; il sera plus gros si elle provient d’un bovin.
Aristote, et après lui Pline, sans parler directement du grain d’une peau tannée, signalent la différence de dureté des poils en rapport avec l’épaisseur de la peau et le sexe de l’animal vivant :
La grosseur des poils, leur finesse et leur longueur varient selon les endroits, suivant les parties où ils se trouvent, suivant aussi la qualité de la peau. La plupart du temps, en effet, dans les peaux épaisses, les poils sont plus raides et plus gros.
La femelle a le poil plus fin dans les espèces qui ont des poils et ont la chair plus molle que les mâles.
Les poils qui sortent d’une peau épaisse sont rudes ; ils sont plus fins chez les femelles.
Un animal de petite taille, comme un ovin, un renard, voire un rongeur, permet de disposer, ipso facto, d’une petite surface de peau. Certes, plusieurs peaux tannées peuvent être assemblées pour former un objet de grande taille. Mais la relative petite taille des bêtes convient à la confection d’outres et gourdes, pour lesquelles il est préférable d’utiliser une peau non incisée, directement prélevée sur la bête par retroussement.
Un bovin, un dromadaire dans d’autres contrées, un fauve offrent une plus grande surface, utilisable comme peau entière pour couvrir un espace plus grand ou contenir davantage, ou encore débitable en des morceaux plus nombreux.
Nous ne disposons d’aucun document qui montre que certains animaux étaient élevés pour leur fourrure dans le monde grec. Les dépouilles des fauves (lions, panthères, lynx...) ou d’autres animaux sauvages (martres, lièvres, loutres, castors, cerfs, faons, ours, loups, renards...) proviennent de la chasse, et ces animaux sont précisément recherchés pour les qualités de leur pelage, mises en rapport avec l’utilisation qu’on compte en faire : la taille de la dépouille - coiffes confectionnées à partir des petites proies (alopekis, bonnet en peau de martre), vêtements de peaux ou couvertures pour les plus grandes -, mais aussi la longueur, l’épaisseur, la douceur, la couleur du pelage, si transformé soit-il au cours des opérations de tannage, déterminent les articles.
| Type de création | Description | Cuir utilisé |
|---|---|---|
| Protège papiers | En cuir marin doublé de parchemin. | Cuir de saumon |
| Pochette à billets | Cousue main au point sellier. | Cuir marron tannage végétal |
| Étui de ceinture pour Iphone 6 | Pour dégainer rapidement son smartphone. | Cuir tannage végétal, couleur châtaigne |
| Porte passeport | Décoré de coutures au point sellier. | Cuir fauve et noir lissé |
| Trousse de toilette de voyage | Pour rasoir, blaireau et lames. | Cuir au tannage végétal 1.5mm |
| Bracelet montre | Reproduction d’un modèle abîmé. | Cuir de vache au tannage végétal |
| Pochette à billets de banque | Commande d’après photos d’un article existant. | Cuir « gras » de vache 1.2mm au tannage végétal |
| Etuis pour couteaux droits | Pour couteaux forgés. | Cuir de vache au tannage végétal |
| Pochette ceinture pour téléphone | Pour ranger son portable sur les chantiers BTP. | Cuir noir |
| Pochette Macbook | Pour tablette ou ordinateur portable. | Cuir de vache tanné végétal |
| Carquois pour archet de contrebasse | Pour glisser son archet lors du jeu en pizzicato. | Cuir de vache au tannage végétal |
| Bracelet de force | 3 sangles réglables, fermeture par boucles. | Cuir de vache au tannage végétal |
| Corset et bracelets | Collaboration entre maroquinier et corsetière. | Cuir de vache fin et souple |
| Chaussons pour bébé | Idéal pour apprendre à marcher. | Cuir de vache au tannage végétal |
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