Les fusillades aux États-Unis entretiennent systématiquement le débat sur le droit de posséder et de porter une arme à feu, et soulèvent la question de sa légitimité.
Aux Etats-Unis, le port d’arme est d’abord réglementé au niveau fédéral, puis par chaque état. C’est dans la Constitution, la loi suprême du pays, qui s’applique dans chacun de ses cinquante États. Le deuxième amendement de ce texte, rédigé en 1791, le garantit : « Le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé. » Il est précisé que cela permet de pouvoir constituer des milices pour défendre, si nécessaire, la sécurité de l’État. En effet, peu de temps auparavant, les Américains avaient fait la révolution pour chasser les Anglais et fonder une démocratie.
Ce texte a donné lieu à maintes controverses sur son interprétation, et les pontes en robe longue de la Cour Suprême ont eu des difficultés à énoncer une règle d’application claire et uniforme.
La Cour Suprême a décidé qu’« un particulier peut posséder une arme à feu ; mais que ce droit n’est valable que pour se défendre ».
Chaque État a une législation différente sur le sujet, et les lois valables chez certains d’entre eux ne traversent pas les frontières des autres. Chaque Etat a ses propres lois sur le port d’armes, et décide s’il est nécessaire d’avoir un permis pour en porter et en utiliser une. Un permis est nécessaire, mais il est délivré par l’autorité locale (shérif ou police), et à leur totale discrétion. Le permis est ensuite délivré par le « Florida Department of Agriculture and Consumer Services » en Floride, est valable 7 ans et coûte environ 120$.
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En voiture ? En Floride, montrer son arme en public sans raison légitime équivaut à une agression à main armée, passible d’une peine de 3 ans d’emprisonnement. Ces utilisations « justifiées » d’une arme doivent toutefois être motivées par la crainte d’un danger imminent, d’une violence infligée qui serait susceptible d’entraîner la mort ou de sérieux préjudices corporels.
Des sénateurs américains démocrates ont vivement dénoncé jeudi les pratiques commerciales d’un fabricant américain d’armes petites, légères et létales. La société WEE1 Tactical vend en effet un fusil semi-automatique conçu spécialement pour les enfants : le JR-15.
Le Junior-15, inspiré d’un modèle de fusil d’assaut utilisé dans plusieurs fusillades meurtrières, est « absolument écœurant », a condamné le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer. « La dernière chose que nous devrions faire, c’est réduire la taille de ces armes de guerre et les commercialiser auprès d’enfants », a-t-il déclaré, exhortant l’Agence américaine de protection des consommateurs (FTC) à ouvrir une enquête sur son fabricant.
Le JR-15 ou Junior-15 pèse à peine 1 kg pour une taille de 80 cm et est livré avec des chargeurs d’une, cinq ou dix cartouches de calibre 22 long rifle. Livré avec des chargeurs d’une, cinq ou dix cartouches de calibre 22 long rifle, il a été commercialisé pour la première fois en janvier 2022 à un prix de 389 dollars, environ 360 euros.
WEE1 Tactical le décrit comme « un bout de la liberté américaine » destiné « aux amateurs de petite taille ». Sur son site Internet, la société met en scène une fillette blonde, regardant à travers le viseur d’un de ces fusils sous la neige.
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Sollicitée par l’Agence France presse (AFP), l’entreprise a défendu la commercialisation de son arme, qui possède selon elle « un mécanisme de sécurité » présent sur aucun autre fusil.
« Face à l’épidémie de violence armée chez les jeunes et aux fusillades », une arme comme celle-ci « ne devrait tout simplement pas exister » a martelé Chuck Schumer. Il a pris pour exemple le cas d’un enfant de 6 ans, qui a blessé par balle son institutrice au début du mois dans une école de Virginie.
Un participant tient un fusil semi-automatique de style Stag Arms AR-15 lors de la réunion annuelle de la National Rifle Association (NRA) au George R. Brown Convention Center, à Houston, Texas, le 28 mai 2022. L'AR-15 est le fusil le plus vendu aux États-Unis, Il en existe plusieurs versions, mais globalement c’est un fusil semi-automatique qui a donné sa version militaire le M16. Un Américain sur vingt en possède, ce qui représente 6 % de la population, environ 16 millions d’adultes. Le fusil semi-automatique AR-15, c’est surtout l’arme la plus utilisée lors des fusillades.
On peut citer les récentes et les plus connues : l’école d’Uvalde au Texas en 2022, celle de Sandy Hook 10 ans plus tôt, mais aussi Buffalo, Parkland, Orlando, San Bernardino ou encore Aurora.
Une enquête Ipsos pour le Washington Post permet de mieux cerner les propriétaires de ces AR-15. Quelque 400 propriétaires de ce fusil ont été interrogés, pour leur demander pourquoi ils possèdent cette arme ? D'autres questions ont également été posées. À savoir ce qu'ils font de ces armes ou à quelle fréquence ils tirent ? Il ressort de cette étude que ce sont le plus souvent des hommes, blancs, âgés de 40 à 65 ans.
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"Je veux pouvoir protéger ma femme, mon chien et moi !, assure Glenn Amsberry, enseignant à la retraite de 80 ans dans l’Oregon, interrogé sur le site du journal. Ensuite, c'est amusant d'aller au stand de tir et de tirer sur cible. Je pense que c'est beaucoup trop politisé. Je pense que tout a été politisé par des gens qui ne savent même pas ce que c'est !" Parmi les réponses qui reviennent le plus pour justifier d’avoir un AR-15, on retrouve pêle-mêle les loisirs, le tir sur cible, la chasse.
C'est un sujet qui revient régulièrement à la une de l'actualité au gré des fusillades, les armes à feu sont omniprésentes aux Etats-Unis, y compris donc dans les supermarchés. Le point de départ, c'est le second amendement de la Constitution qui garantit le port d'armes pour tous les citoyens américains. L'idée qu'il y a derrière, c'est que chacun a le droit de se défendre. C'est pour ça que c'est un marché colossal avec environ 20 millions d'armes à feu qui sont achetées tous les ans.
Aujourd'hui, j'étais encore dans l'Arkansas, par exemple, et bien dans une ville de 50.000 habitants, ce qui n'est vraiment pas une grande ville pour les Etats-Unis, il n'y avait pas moins de 15 armureries, dont un supermarché. Le leader de la grande distribution ici, c'est Walmart. Il vend des armes à feu dans la moitié de ses 4.000 hypermarchés.
Alors concrètement, il y a un comptoir et derrière, dans le magasin dans lequel j'étais, il y avait une trentaine de fusils et de carabines. Alors, ce n'est pas en total libre-service puisqu'il y a un vendeur, mais ce n'est pas beaucoup plus compliqué que de se faire couper une tranche de jambon au rayon charcuterie. Ce qui explique aussi que les Américains en achètent autant, c'est le prix qui est beaucoup plus bas que chez nous. Ici, le modèle le moins cher coûtait moins de 150 dollars.
Et puis, il y a une autre image qui est frappante, c'est la vente des cartouches. Là, pour le coup, c'est du total libre-service. Vous mettez une boîte de cartouches dans votre chariot comme si vous mettiez une boîte de petits pois ou un paquet de gâteaux. C'est vraiment un monde très différent de celui que l'on connaît.
Cela dit, la multiplication des fusillades a amené les distributeurs à reconsidérer la question. En 2015, les fameux hypermarchés Walmart ont arrêté de vendre des fusils d'assaut semi-automatiques. Là, on parlait quand même d'armes de guerre. À chaque fois qu'il y a des fusillades, le débat revient et Walmart fait parfois des concessions. En 2018 par exemple, après une fusillade en Floride, Walmart avait relevé l'âge minimum pour l'achat d'armes et de munitions à 21 ans. En 2020, même chose. Après une fusillade à Philadelphie, Walmart avait annoncé suspendre la vente d'armes. Mais la suspension n'est par principe que temporaire. Les fusils sont donc revenus dans les rayons. Et aujourd'hui, on en trouve dans plus de 2.000 hypermarchés aux États-Unis.
Un juge fédéral a levé l’interdiction de vendre des armes à des jeunes de moins de 21 ans. Après 55 ans d’interdiction, les armuriers américains peuvent désormais vendre des pistolets à des jeunes de moins de 21 ans. Au États-Unis, la majorité est à 21 ans. Cette décision du 10 mai 2023 est un revers important pour les associations de lutte contre les violences par armes à feu puisqu’elles cherchent depuis longtemps à interdire la vente de fusil d’assaut aux mineurs.
La loi qui interdisait la vente de pistolets aux mineurs date de 1968 mais cela n’empêchait pas les jeunes de se procurer des armes lors de ventes privées, dans des salons ou par leurs parents. Pour faire tomber la loi, la haute Cour, à majorité conservatrice, s’est appuyée sur la Constitution américaine et plus particulièrement sur le droit des Américains à porter une arme hors de leur domicile. elle a également jugé que les seules restrictions possibles devaient s’inscrire dans l’Histoire du pays.
Pour le juge qui a levé l’interdiction, « la loi et ses décrets d’application ne sont pas cohérents avec l’Histoire et les traditions de notre Nation, et ne peuvent donc pas tenir ». « Depuis des temps immémoriaux, les jeunes se conduisent comme… des jeunes.
Avant 1934, il n’y a pour ainsi dire aucune législation sur les armes aux Etats-Unis. Dans les années 20, la société Auto-Ordnance, qui commercialisait les pistolets-mitralleurs Thomson, a fait fabriquer 15 000 pistolets-mitrailleurs Thompson modèle 1921 par Colt. L’arrivée sur le marché de ce type d’arme, alors en vente libre, a coïncidé avec l’entrée en vigueur de la loi prohibant la fabrication et la vente d’alcool sur le territoire des Etats-Unis (Wolestead Act).
Les gangs se livrant à la fabrication clandestine et la conterbande d’alcool ont alors proliféré et se sont livrés à une lutte sans merci pour le contrôle de leurs « territoires commerciaux ». Un fait divers particulièrement sanglant, le « massacre de la Saint Valentin », et la généralisation des incidents criminels impliquant des armes automatiques amène à l’établissement du « National Firearm Act » en 1934 qui établit, pour les armes d’une dangerosité particulière, (les armes automatiques, les carabines et fusils à canon court et les réducteurs de sons) une législation contraignante.
Lors de la révision de la loi en 1968, suite à l’assassinat du président Kennedy, le législateur laissera globalement inchangé le régime des armes automatiques. La taxe requise pour chaque vente, même entre particuliers, ainsi que le régime d’une autorisation préalable, a limité la prolifération des armes automatiques. Dans les années 1980, les armes automatiques inquiètent de nouveau. Là encore, le progrès technologique est passé par là, et les petits pistolets mitrailleurs (de type MAC-10 ou MAC-11) sont particulièrement prisés par les criminels liés au trafic de drogue. Leur faible encombrement et leur grande puissance de feu en font des engins redoutables.
Ce texte est toujours, dans les grandes lignes, celui qui est en vigueur aujourd’hui. Il interdit strictement la fabrication ou l’importation d’une arme automatique (sauf pour les forces de police ou l’armée). La transformation d’une arme semi-automatique en arme automatique est punie d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 20 ans.
35 ans après le compromis de 1986, on constate l’efficacité de cette loi. - Tout d’abord, le passage de la loi en 1986 a immédiatement fait « sortir du placard » les armes automatiques anciennes qui pouvaient être détenues sans autorisation. - Ensuite, sous l’effet de la rareté, le prix des armes automatiques s’est envolé, les plaçant hors de portée des criminels. Un MP44 se vend 35 000 dollars aux enchères ; un M16 25 000. - L’interdiction de la fabrication et de l’importation a permis de limiter la prolifération de telles armes. En particulier, les importants surplus d’armes automatiques issus des pays de l’Est dans les années 1990 n’ont jamais pu rentrer sur le territoire américain.
ARMES À FEU - Santa Fe, Parkland, Columbine, Sandy Hook, Virginia Tech... Les États-Unis ne comptent plus les fusillades mortelles en milieu scolaire. Dans la plupart des cas, les assassins, des jeunes de moins de trente ans, parfois même des adolescents, empruntent leurs armes à un parent ou un ami, qui les possédait légalement. La dernière tuerie majeure a eu lieu au Texas, dans le lycée de Santa Fe. Dix morts, abattus par un élève. Dans cet État, aucun permis n'est nécessaire pour les fusils et les carabines. Et ceux-ci sont toujours en vente libre, jusque dans des grandes surfaces, comme dans de nombreux États.
Alors qu'un million de personnes sont descendues dans les rues le 24 mars dernier pour exiger plus de contrôle des armes à feu lors de la "Marche pour nos vies", le débat pour un renforcement de la législation s'embourbe. Le HuffPost a donc voulu savoir s'il était toujours aussi facile de se procurer un fusil automatique ou un pistolet, en se rendant chez Walmart, le numéro 1 mondial des supermarchés.
Depuis le 28 février 2018, deux semaines après la tuerie de Parkland (17 victimes), l'entreprise a annoncé qu'elle ne vendrait plus d'armes ni de munitions aux moins de 21 ans. Un geste qui ne l'empêche évidemment pas de continuer à disposer de rayons où s'empilent les fusils à lunettes, pistolets automatiques et autres boîtes de balles dans grand nombre de ses magasins.
Notre reportage démarre en Californie. Non loin des bureaux du HuffPost à Los Angeles, nous arpentons un premier Walmart pour tenter de vérifier l'application de ces nouvelles résolutions. Nous nous retrouvons minuscules dans le dédale des rayons surdimensionnés de l'enseigne de Torrance, au sud de la ville. L'expédition tourne court. "Nous ne vendons plus aucune arme", nous renseigne bientôt une vendeuse en uniforme bleu et jaune. Depuis 2003, et après des centaines d'infractions aux strictes lois californiennes, du fait même de ses employés, l'entreprise a effectivement arrêté de vendre la moindre arme à feu dans ses magasins.
Depuis quinze ans, dans le "Golden State", vous ne trouvez plus que des fusils et pistolets à air comprimé. Vestiges d'un temps révolu, seuls munitions et viseurs habitent encore les vitrines. Si des armureries proposent encore aux Californiens d'acheter leurs armes à feu, la législation locale est de toute façon l'une des plus restrictives du pays. En magasin et pour 25$, vous serez soumis à un test écrit. Il vous faudra répondre correctement aux trois-quarts des trente questions pour obtenir un permis. Ce dernier devra ensuite être renouvelé tous les cinq ans. Et pour finir, vous devrez maîtriser l'utilisation de votre nouvelle acquisition: la démonstration de l'usage de l'arme en toute sécurité vous sera demandée face à un employé du ministère de la Justice.
Mais tous les États américains ne sont pas aussi fermes quand il s'agit de "gun control". Passée la frontière californienne, nous conduisons jusqu'à Glendale. Bienvenue dans une immense zone commerciale éventrée par les autoroutes et les voies rapides, dans la banlieue de Phoenix, la capitale de l'Arizona. Premier arrêt: le Walmart de la Northern Avenue. L'État a beau être plus permissif que son voisin, entre le rayon pêche et celui des barbecues, nulle arme à feu en vitrine. Et pour cause, un vendeur nous arrête rapidement: "Nous sommes situés trop près d'une école pour être autorisés à vendre des armes. Pour vous donner une idée de la politique maison, on n'a même pas le droit de vendre d'alcool". En effet, pas une bouteille à l'horizon sur les 10.000m2 de la grande surface. Il nous renvoie vers une autre enseigne, à quelques kilomètres de là.
À la sortie du parking en direction du Walmart de la 95ème Avenue, nous croisons effectivement la Glendale High School, son terrain de football américain et ses hordes de lycéens. Une quinzaine de minutes plus tard, se dressent à nouveau les hangars immenses de l'enseigne bicolore. À l'entrée, la même disposition du même étalage de marchandises se déroule pour la troisième fois devant nos yeux. Cette fois-ci, entre les cannes à pêche et les glacières de pique-nique, une dizaine de fusils trônent, sous clé, à la verticale dans une vitrine transparente et isolée du reste des allées et rayons en libre-service par un comptoir. Un brin suspicieuse, une employée en veste sans manche nous aborde: "Je peux vous aider?" L'évocation de notre métier de journaliste et notre accent français achèvent d'installer sa méfiance.
Pour la troisième et dernière fois, nous ne ressortirons pas d'un Walmart avec un fusil de chasse sous le bras. Et pour cause: "Nous ne pouvons pas vendre d'arme aux étrangers." La vendeuse nous explique ensuite qu'en Arizona, où règne une législation plus flexible qu'ailleurs aux États-Unis, il faut présenter un certificat de domiciliation dans l'État, avoir plus de 21 ans et satisfaire aux vérifications du FBI. Avant l'achat, la police fédérale américaine lance effectivement une brève enquête sur le client et ses antécédents. Ici, les règles en vigueur chez Walmart sont donc plus rigoureuses qu'au niveau local dans le "Sunset State". Ce dernier place la limite d'âge pour posséder une arme à 18 ans, ne délivre pas de permis d'État, ne liste pas les propriétaires et interdit même aux administrations de vérifier les antécédents d'acheteurs potentiels.
Au fil des tueries, Walmart, le leader américain de la grande distribution s'est ainsi distingué des armureries classiques par le durcissement progressif sa politique de vente d'armes à feu.
Les fusillades sont un fléau récurrent aux États-Unis où le droit de posséder des armes est garanti par la Constitution. Les armes à feu sont très répandues aux États-Unis : 1 Américain sur 4 en possède. Régulièrement, des fusillades font des victimes, mais le nouveau président, Donald Trump, refuse d’interdire les armes dans son pays. L’auteur de la fusillade de lundi 27 mars à Nashville avait acheté légalement sept armes à feu. Elles sont, on le sait, en vente libre aux États-Unis.
En 2021, les armes à feu ont causé plus de 47 000 morts aux Etats-Unis, dont 26 000 suicides, selon le site Gun Violence Archive, qui fait référence. Jeudi, le président Joe Biden a une nouvelle fois exhorté les parlementaires à interdire les fusils d’assaut de toute urgence.
| Année | Nombre Total de Décès par Armes à Feu | Nombre de Suicides par Armes à Feu |
|---|---|---|
| 2021 | 47,000+ | 26,000 |
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