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A quelques exceptions près, les établissements de réserve générale de munitions (ERGMu) ont été créés en 1917 dans l’expectative d’un stockage de munitions et de la constitution de stocks de réserve générale. Cela en raison d’un accroissement des productions d’armement, mais aussi de l’entrée en guerre des USA au coté des alliés, et de la nécessité de pouvoir donner aux ravitaillements de ce nouvel allié les points de première destination aux munitions débarquées dans les ports français.

Une étude du fonctionnement des chemins de fer pendant la guerre de 1914-1918 montre en particulier que l’ERGMu d’Aubigné se trouvait à cette époque être le point de première destination des munitions débarquées à Brest.

La Création et les Premières Années

C’est en 1917 que fut décidée la création à Aubigné d’un entrepôt de réserve générale de munitions pour assurer un important stockage de munitions d’artillerie de tous calibres. Cette installation prend forme par la cession du 9 février 1919 concernant 70 hectares de terrain qui ont été vendus pour y établir un dépôt de réserve de munitions.

D’ailleurs, le maire de l’époque adresse une demande au préfet de la Sarthe pour qu’il intervienne auprès des autorités compétentes, les propriétaires des parcelles de terrains cédées, peu fortunés, n’ont toujours pas été payés mais continuent d’acquitter des impôts fonciers au titre des parcelles et de ce fait sont fort embarrassés par cette situation.

Officiellement, c’est donc par le décret du 14 octobre 1919 qui déclare d’utilité publique et d’urgence l’acquisition des terrains nécessaires au maintien de l’entrepôt de réserve générale d’Aubigné, que le président de la république Raymond POINCARÉ officialise la naissance du dépôt.

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Il s’est donc passé deux ans entre l’idée de créer un dépôt et celle de son installation définitive, ce qui est extrêmement court pour un tel projet. Les terrains feront l’objet de cessions onéreuses ou d’expropriations en se référant à la loi du 3 mai 1841.

A Paris, le 25 octobre 1919, le sous-secrétaire d’état de l’administration générale écrit au préfet de la Sarthe. Il joint à ce courrier une ampliation du décret du 14 octobre 1919. Ce courrier demande au préfet de joindre le directeur de l’entrepôt de réserve générale d’Aubigné pour faire procéder à l’acquisition des parcelles nécessaires à l’établissement de l’ERGMu.

Le 15 octobre 1919, le capitaine IDOUX, premier directeur, mentionne que 70 propriétaires sur 160, soit un peu plus de 40% des propriétaires ont consenti, dès le lendemain de l’affichage du décret d’installation, à effectuer une cession amiable avec l’État. Les autres propriétaires ont jusqu’au 31 décembre 1919 pour effectuer une cession amiable sinon ils encourent l’expropriation.

Par courrier du 13 août 1920, le lieutenant-colonel ROYER directeur de l’entrepôt, fait connaître au préfet du département que 41 propriétaires n’ont pas encore accepté les offres de l’administration et lui fait part que ces cas sans importance devraient se régler sous 3 à 4 jours.

A la suite de ce document, le directeur de l’ERGMu envoie le 6 novembre 1920 une missive au préfet en lui rappelant que, par mesure d’économie et surtout en conformité des prescriptions récentes du Ministre de la Guerre, que les convocations des jurés seront faites administrativement par ses propres soins par l’intermédiaire de la gendarmerie au lieu « de charger les officiers ministériels de ces formalités ».

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Le 22 novembre 1926, toutes les acquisitions des terrains requis pour la création de l’entrepôt sont entièrement liquidées.

En fait, la prise de possession des terrains de l’entrepôt a été effective depuis le 13 juin 1918. Les travaux commencés fin 1917 (déboisement, terrassement, construction de bâtiments et de magasins) se terminèrent en 1931.

Ils débutèrent par un aménagement sommaire du cantonnement et les bâtiments furent d’abord de modestes baraque ADRIAN. Le réseau voie ferrée, assez important était de 51 km.

Effectifs et Travailleurs

Les effectifs de la garnison furent particulièrement importants en 1919 (12 compagnies d’infanteries en instance de démobilisation). Il y avait sur le camp des chinois et ce bien avant les indochinois. Ces chinois demeuraient entre VAAS et le camp d’AUBIGNE, ils vendaient des oiseaux et vivaient de ce commerce.

Des travailleurs indochinois vinrent ensuite et furent affectés aux travaux de terrassement et principalement à l’édification des merlons dans les secteurs de VAAS et d’AUBIGNE. Ces travailleurs venaient d’unités dissoutes et attendaient d’être rapatriés chez eux.

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Les premiers ouvriers civils ne furent embauchés qu’à partir de 1919. Le camp ne commence à travailler qu’à partir de 1921, année où il y avait 13 ouvriers puis 40 en 1924.

En 1920, la 2ème compagnie du 4ème bataillon d’ouvriers de l’artillerie (4ème BOA) vient tenir garnison à Aubigné et assure jusqu’en 1940 tous les travaux de manutention et d’entretien des munitions dans les secteurs.

Les premiers convois de munitions provenant des dépôts des armées arrivèrent à partir de 1920. L’ERGMu ne disposant alors d’aucun moyen de traction, une locomotive poussait les rames de wagons jusqu’à l’entrée des secteurs, et de là des chevaux tiraient les wagons jusqu’aux aires de stockages.

Les premiers stockages sont organisés en plein air, sur des emplacements déjà préparés, des tôles assurant la protection contre les intempéries.

Le 6 mai 1933 est signé le décret de classement de l’ERGMu, décret qui paraîtra au journal officiel du 20 décembre 1936.

Relations avec les Communes Voisines

Dès l’édification de l’ERGMu d’Aubigné et son extension sur la commune de Vaas, les rapports entre Aubigné via l’Etat et Vaas ne sont pas au beau fixe. En effet, il suffit pour s’en rendre compte, de lire cet extrait du registre des délibérations du conseil de Vaas en date du 22 août 1933 :<

<< Camp d’Aubigné, redevance pour frais de casernement. Monsieur le Maire donne lecture au conseil d’une lettre de Monsieur l’Intendant militaire du Mans, l’informant qu’aux termes de la loi du 18 mai 1918 une redevance pour frais de casernement est imposée au profit de l’Etat à toutes les communes où se trouvent stationnées des troupes.

Que par la dépêche n° 1114/2 Monsieur le Ministre de la Guerre prescrit que la taxe exigible au titre des frais de casernement devait être appliquée à la commune de Vaas sur laquelle sont situés les casernements de la troupe et la plupart des logements du personnel militaire de l’Entrepôt d’Aubigné, et ce à compter du 1er janvier 1933, au taux actuel de 30 francs par homme et de 8 francs par cheval, ce qui ferait d’après l’effectif approximatif 100 hommes à 30 francs = 3000 francs et 10 chevaux à 8 francs = 80 francs, soit au total une somme annuelle d’environ 3080 francs.

Le conseil municipal après avoir délibéré ; Considérant que le personnel militaire de l’Entrepôt n’est pas recensé dans la commune de Vaas et que cette dernière ne retire aucun profit du fait du stationnement sur son territoire du détachement du 4ème B.O.A. ; Considérant d’autre part que la commune ne possède même pas les ressources suffisantes pour envisager les dépenses qui lui seraient nécessaires ; Proteste énergiquement contre l’application à Vaas de la taxe de casernement dont il s’agit. >>

En fait, depuis l’installation définitive de l’ERGMu d’Aubigné, le 14 octobre 1919, l’on s’aperçoit que le dépôt siège au ¾ sur la commune de Vaas. Ce « duel » administratif ne cessera pendant 3 ans.

Un second document confirme ce « duel » entre la commune de Vaas et l’Etat, il est daté du 29 décembre 1933 ;<< Monsieur le Maire soumet au conseil municipal la lettre de Monsieur le Sous-Préfet de La Flèche concernant les frais de casernement qui sont réclamés à la commune par l’autorité militaire pour les troupes cantonnées au camp d’Aubigné sur le territoire de la commune de Vaas.

Le conseil après avoir délibéré ; Considérant que la présence d’un entrepôt dans la commune de Vaas, sans développer en quoi que ce soit sa prospérité, a apporté dans la vie normale de ces milieux agricoles une gêne réelle en provoquant d’abord un certain renchérissement des denrées sans aucune compensation appréciable pour l’ensemble des habitants, et surtout en rendant plus difficile et plus onéreux le recrutement d’ouvriers qualifiés pour les artisans ruraux et même celui des ouvriers agricoles pour les fermiers ; Que le commerce dans une petite agglomération de 673 habitants comme Vaas étant pratiquement inexistant, on peut parler sérieusement des avantages qu’il aurait pu retirer de la présence de l’Entrepôt dans lequel il existe au surplus des coopératives qui lui enlèvent le seul bénéfice appréciable pouvant lui revenir ; d’autre part la viande est acheté au Mans et l’épicerie à Château du Loir ; la présence de l’Entrepôt telle qu’elle résulte s’est traduite par un accroissement de charges des services d’assistance scolaire et de voierie dans le budget communal sans que la valeur des centimes servant de base aux impositions locales ait sensiblement augmenté depuis l’installation du camp et sans que les ressources de la commune se soient trouvées accrues.

Monsieur le Maire avise le conseil que lors du dernier recensement de la population soit en 1931, les militaires (Officiers, Sous-officiers et leurs familles, ainsi que les soldats) du camp d’Aubigné ont été recensés comme faisant partie de la commune d’Aubigné-Racan alors que la majeure partie du camp et notamment la partie habitée se trouve sur Vaas à l’exception d’une ou deux maisons.

Il fait ressortir que c’est la commune de Vaas qui reçoit les enfants dans ses écoles ce qui occasionne à la commune de Vaas des dépenses (construction de classes). Le conseil après examen approuve Monsieur le Maire et demande à Monsieur le Préfet de vouloir bien trancher cette grave question.

Le dit camp d’Aubigné ne s’appelant camp d’Aubigné que parce qu’il est desservis par la gare d’Aubigné alors qu’il se trouve pour la plus grande partie sur Vaas. Fait et délibéré les jours et mois et an ci-dessus et ont signés au registre les membres présents.

La Seconde Guerre Mondiale

A la mobilisation de 1939, la garnison accroît considérablement ses effectifs militaires qui atteignent 1800 hommes. Le tonnage stocké s’élève alors à 62 000 tonnes de munitions, principalement de l’artillerie, et 2500 tonnes de gargousses.

Un desserrement de stockage est effectué dans la forêt de Bercé (18 km de l’ERGMu) où est créé un dépôt de campagne. Dans le même temps, le ravitaillement des armées s’effectue à cadence accélérée à raison de 3 à 4 trains par jour.

En 1940, année de la déroute, malgré le courage et l’abnégation dont font preuve les combattants, le camp d’Aubigné doit plier bagages. La drôle de guerre, au camp, voit donc partir sur les routes les Indochinois, le personnel civil, des maîtres de chiens qui doivent, la rage au ventre, abattre leur compagnon qui termine leur route les pattes en sang.

Un convoi s’est constitué sur la route où se mêlent des voitures avec des matelas sur le toit et des charrettes. Ce cortège amorce un même mouvement, celui de l’exode. Mais tout le monde ne prit pas la même direction. En effet des volontaires emprunts de courage n’hésiteront pas à œuvrer jusqu’à l’extrême limite pour équiper et charger un dernier train de munitions.

Le reste du personnel est parti jusque dans la Creuse et le Lot et Garonne, à Loubes Benac.Pendant ce temps, des personnels civils et deux sous-officiers artificiers ont piégé les embranchements de la voie ferrée.

Cet acte montre à lui seul une ferme résolution de ne pas laisser l’occupant utiliser les moyens de communications pour y véhiculer les nombreux trains de munitions présents dans le dépôt.Des marteaux sont fabriqués en grande quantité afin de couper sur les obus les frets afin d’empêcher les occupants d’utiliser les munitions.

Le 15 juin 1940, à l’approche des troupes allemandes, la compagnie du 4ème B.O.A, met hors d’usage les moteurs des locotracteurs et vide la citerne à essence, distribuée gratuitement à la population des environs, puis reflue vers le sud. La proximité des communes de Vaas et Aubigné ne permet pas de faire de destructions dans les parcs de stockage, juste les embranchements des voies.

Un coffre-fort est enterré au pied des couleurs afin qu’il ne tombe pas aux mains des allemands. Le 18 juin 1940, Le Mans est occupé, le lendemain c’est le tour de La Flèche. En fait, la Wehrmacht traverse le département sans avoir à livrer de véritables combats.

Les baraquements sont debout, il n’y a plus qu’à les occuper. L’infrastructure est disponible afin de recevoir les munitions et les troupes allemandes. A sa tête, un officier d’origine autrichienne qui, le temps de son commandement ne témoignera qu’un excès de zèle ou d’actions coercitives envers la population.

Cet officier préviendra ou fera prévenir les communes alentours lorsqu’il sera décidé de faire sauter le dépôt.De 1940 à 1944 les troupes d’occupations utilisent l’établissement dans lequel ils y entreposent des munitions de toutes origines. Ces munitions sont françaises, allemandes, russes, tchèques ou encore italiennes.

En outre, le dépôt sert à la fabrication de l’explosif pour les V1 et les V2.L’E.R.G.Mu est exploité normalement par l’occupant, avec la participation forcée d’environ 40 personnels civils, réquisitionnés pour effectuer des travaux de manutention et de servitudes diverses.

Aucun de ces employés n’est resté à l’E.R.G.Mu à la libération. Le tonnage des munitions des troupes d’occupations est de 15 000 tonnes. Le 6 et 7 mai 1944, dans la journée, un premier bombardement a lieu sur la poudrière de Malpaire, commune de Précigné.

Ce bombardement a duré environ 30 minutes et a détruit à plus de 70% cette poudrière, site de l’actuelle usine ALSETEX.Sur Aubigné - Racan, ce sont plusieurs vagues de Lancaster du Bomber Command, volant entre 500 et 1000 mètres qui ont pour objectifs la voie ferrée Tours-Le Mans, tronçonnant cette dernière aux points kilométriques 397.7 - 294 - 294.2 - 294.8, ainsi que la route départementale 76.

Les maisons de Vaas et d’Aubigné - Racan souffrent du bombardement suite aux effets de souffle des explosions, brisant toitures, vitres et cloisons. Malgré ces deux bombardements ayant provoqué une vive émotion, aucune évacuation n’a été nécessaire, aucun incendie ne s’étant déclaré.

Dans la nuit de ce même jour, le dépôt est bombardé pour empêcher les Allemands de faire parvenir des munitions sur la côte normande. L’escadrille qui bombarde cette nuit là est la 576ème escadrille composée de Lancaster ND 783 à laquelle appartient le groupe Lorraine (Squadron 342) des forces aériennes françaises libres, équipé de Boston III.

Ce bombardement a été rendu possible grâce aux résistants qui ont balisé le camp, donnant ainsi les repères nécessaires aux bombardiers.Le bombardement est précis, hormis deux bombes tombées dans la campagne dont une sur une ferme...

Évolution et Fermeture

En juillet 1996, la fermeture progressive de l’ETAMAT de Thouars est annoncée. En 1999, le parc devient groupement technique de la Défense du 2e régiment du matériel de Bruz (Ille-et-Vilaine). À l’occasion des 100 ans du camp militaire, des anciens personnels militaires et civils se sont retrouvés samedi.

« Ce dépôt permettait à la fois d’assurer un stock de réserve de munitions, l’accueil de munitions provenant des ports de l’Atlantique et le ravitaillement des États-Unis, nouvel allié de la France. La Seconde Guerre mondiale a marqué la vie du camp. Le site a connu l’occupation allemande avec la Kommandantur installée à Vaas.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1944, le camp a été bombardé par les alliés. En 1994, l’ERGMu a pris l’appellation d’Étamat, Établissement de matériel d’Aubigné-Racan. En juillet 1998, ce dernier apprend aux personnels la décision de fermeture du site.

En 100 ans d’existence, une seule femme militaire a exercé à l’Etamat. Claudie Bleas y a travaillé de 1995 à 2001. « Maréchal des Logis, j’ai successivement été secrétaire du groupement des services généraux, à l’administration des achats finances et secrétaire de commandement. Je suis partie en opération extérieure, à Sarajevo, d’octobre 2000 à avril 2001, où j’étais gérante du foyer.

La dépollution pyrotechnique de l’Etamat a été menée de 2006 à 2012. Plusieurs entreprises y sont installées.

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