Les notions d'espace privé et d'espace public sont polysémiques et peuvent être abordées sous des angles juridique, sociologique et philosophique. Ces espaces, bien que distincts, sont en constante interaction et leur définition évolue avec les mutations de la société, notamment avec l'avènement des nouvelles technologies.
Selon Habermas, l'espace public est un espace où se déroule la vie de la cité. C'est un lieu qui n'appartient à personne en droit, où s'exerce l'opinion publique en tant qu'arbitre et acteur des débats animant la société. En d'autres termes, c'est le lieu où l'homme exerce son rôle de citoyen.
C'est au sein de cet espace que s'opèrent des interactions sociales et intellectuelles entre les agents. En effet, c'est cet espace qui organise et distribue les relations entre les individus et c'est également dans cet espace que les motivations ainsi que les actions élaborées dans la sphère de l'intimité trouvent leur accomplissement.
Simultanément, c’est un champ de libertés beaucoup plus large que la liberté de circulation, liberté de manifestation, de parole et d’expression. Il représente aussi un espace moral et symbolique de liberté ne pouvant exister que dans une démocratie dans laquelle les différents acteurs sociaux, politiques, religieux, culturels, intellectuels peuvent discuter, s’opposer, délibérer. C’est pourquoi l’espace public forme le théâtre de l’opposition au pouvoir. Ce champ est cependant restreint par l’ensemble des lois, règlements et pratiques de maintien de l’ordre.
L’espace public devient espace politique quand il est sphère de décision, espace où il ne s’agit plus de discuter, mais de décider et d’agir. Il doit permettre de développer des références communes permettant de se comprendre, d’échanger, de construire le vivre ensemble.
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L’espace privé est une notion à géométrie variable. L’histoire montre que sa dimension est le résultat d’une lente conquête de la personne pour acquérir la reconnaissance de son individualité. En effet, la notion de vie privée suppose la notion d’individu et implique une liberté reconnue à celui-ci à deux titres.
Tout d’abord, en tant que citoyen disposant de droits et régi par des lois. Ensuite, en tant que personne privée dotée d’un espace privé distinct, à respecter et protéger. Mais, si l’espace privé est celui d’un groupe social fermé, la difficulté est de s’en libérer pour aller vers les autres dans un espace public commun en laissant derrière soi les règles, comportements et rites religieux de sa communauté.
Ce principe du droit au respect de la vie privée est affirmé dans les textes législatifs. En effet, l’article 9 alinéa 1 du Code civil stipule que « chacun a droit au respect de sa vie privé ». Ce principe est également inséré à l’article 8 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales.
L'apparition de l'Internet a eu lieu aux États-Unis en 1969, comme un outil pour l'armée afin de répondre à ses besoins stratégiques. Cependant, l’armée s’est vite aperçue que ce réseau n’était pas viable pour ce qu’elle voulait en faire en raison de l’impossibilité de le sécuriser complètement.
Ce projet sera récupéré par des universitaires américains qui vont en faire un réseau civil de partage des données en se basant sur les principes de liberté d’expression, d’égalité, de pluralisme et de partage gratuit. C’est dans ce contexte que naissent les NTIC (nouvelles technologies de l’information et la communication) et les médias d’information et de communication à distance comme l’informatique, l’Internet, la téléphonie mobile.
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Ces nouvelles technologies font naître un nouvel espace social. L’Internet permet de dépasser les clivages à la fois géographiques et sociaux. Ces nouvelles technologies redonnent à la démocratie ses valeurs d’origine c’est à dire la liberté d’expression, l’égalité d’accès aux débats publics, l’existence même d’un débat public, la gratuité.
Ainsi, l’Internet serait l’emplacement idéal de la démocratie c’est à dire un espace dans lequel chacun aurait le droit de dire ce qu’il pense sans distinction de sexe, d’âge, d’origine sociale ou technique. L’Internet suscite de grands espoirs notamment avec le cyberespace, évoquant un rêve technologique. Cependant et a contrario, il génère de grandes craintes puisqu’il est aussi perçu comme étant une jungle anarchique engendrant la peur, et appelant la protection de la loi.
Selon Jiri Pragman, l’« Internet est une toile où se projettent les passions comme les fantasmes, des pans de vie réelle et des réalités virtuelles, un réseau ou se côtoient contestation et aliénation, fatalisme et fanatisme ».
Comment la frontière auparavant linéaire entre espace public et espace privé s’est-elle effacée sur l’Internet pour donner lieu à une reconstitution de ces deux espaces ? Pour répondre à cette interrogation, il est possible d’affirmer que le développement de l’Internet a représenté un nouvel enjeu de redéfinition entre l’espace public et l’espace privé.
Cette rupture de la frontière entre ces deux espaces a été vectrice d’effets ayant un impact sur les définitions classiques relatives à ces deux sphères. S’il est flagrant aujourd’hui d’observer une publicisation de l’espace privé sur l’internet, il est aussi possible de déduire une certaine porosité de la ligne de partage entre espace public et espace privé.
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L’espace public traditionnel, à savoir celui de la presse, de la télévision, de la radio ou encore du livre, est caractérisé par une contrainte, celle à la distanciation. Celle-ci concerne une obligation culturelle des individus à l’autocontrôle, au comportement rationnel. Autrement dit, à l’argumentation ainsi qu’au détachement vis à vis des intérêts particuliers, de soi-même et de ses propres émotions.
Il est possible d’affirmer que cette contrainte à la distanciation a longtemps été vue comme étant un instrument d’exclusion pour de nombreuses autre formes de prise de parole qui s’avèrent être plus subjectives notamment. Cependant, cette notion de distanciation va peu à peu disparaître au profit d’une expression directe, sans limites. L’Internet a donc été porteur d’un nouveau langage du sensible.
Le concept d’espace privé, est né au XVIIe siècle sous la plume de juristes tel que Louis Brandeis et Samuel Warren. Selon eux, l’espace privé peut être défini comme étant une étendue physique au sein de laquelle ce qui se déroule est inaccessible aux regards extérieurs. La définition issue de cette tradition libérale anglo-saxonne en fait le droit donné à chacun « d’être laissé tranquille ».
Avec le développement de l’Internet, cette définition n’est plus en vigueur car des dispositifs techniques ont fait irruption dans l’espace privé. Ce sont autant de fenêtres que chacun peut ouvrir pour se pencher sur la vie des autres ou pour les laisser accéder à sa propre intimité. Ceci est la conséquence de l’apparition des médias sociaux non numériques, à l’instar de la télévision scolaire apparue dans les années 1950, qui ont rendu possible une publicisation de l’espace privé.
Deux thèses concurrentes convergent dans une même annonce de la fin de la vie privée. D’une part, certains acteurs industriels, tel que Vint Cerf de Google, voient dans la notion de vie privée une parenthèse historique, légitimant ainsi les offres de service des sociétés du numérique. D’autre part, des scientifiques et des acteurs de la société civile s’alarment de sa disparition, soulignant les risques pour nos libertés.
Pourtant, les données empiriques démontrent que les utilisateurs n’entendent pas renoncer à leur droit à une vie privée. Au contraire, ils recherchent constamment de nouvelles stratégies pour contourner les dévoilements forcés auxquels les géants du Web voudraient les soumettre. Les enquêtes les plus récentes indiquent que les utilisateurs sont de plus en plus conscients des risques liés à la publicisation de leur vie et qu’ils sont capables de développer des formes d’« obfuscation » pour se protéger.
Il s’agit notamment de réglages stricts des paramètres utilisateurs, faux profils, détails délibérément erronés, ou encore l’utilisation de pseudonymes.
Ainsi, l’essor des plateformes des réseaux sociaux a fait entrer l’Internet dans l’ère de la personnalisation et de la massification. Depuis la moitié des années 2000, est apparue la notion de « Web 2.0 », un nouveau Web dans lequel il y aurait une facilité à publier des contenus avec pour effet de faire évoluer les pratiques.
Aujourd’hui les juristes français constatent que la frontière entre sphère privée et sphère publique s’est distendue en raison de l’apparition de nouveaux usages de sociabilité sur l’Internet avec l’apparition des réseaux sociaux et des interactions entre utilisateurs. En effet, si ces réseaux sociaux sont des espaces publics sur l’Internet, les utilisateurs y publient des données relatives à leur sphère privée.
C’est à partir de ce constat qu’une véritable interrogation se pose, celle de la place de l’espace intime des utilisateurs ainsi que la protection de leurs droits dans ce vaste espace public que sont les réseaux sociaux.
En effet, si la liberté d’expression des salariés a été reconnue par la jurisprudence, notamment dans l’affaire Clavaud en 1988, cette notion connaît malgré tout des limites, particulièrement en cas d’abus du salarié (ce qui a engendré de multiples licenciements pour faute). Il s’agit notamment des cas où le salarié tiendrait des propos injurieux, diffamatoires ou excessifs à l’égard de l’entreprise ou de son représentant.
En revanche, lorsqu’il s’agit d’un abus de la liberté d’expression de la part du salarié, ce principe suppose que les propos diffamants ou injurieux aient un caractère public pour justifier la faute et le licenciement d’un salarié. Il est possible de citer pour exemple un arrêt de la Cour d’appel de Besançon du 15 novembre 2011 dans lequel les juges ont confirmé la position du Conseil des Prud’hommes qui a validé le licenciement d’une salariée d’une grande enseigne d’ameublement pour avoir dénigré son entreprise.
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