Si l'infanterie a pour mission d'assurer la conquête, l'occupation et la défense du terrain, l'artillerie est restée pendant longtemps la reine des batailles. Si aujourd'hui son action est conjuguée avec celle de l'aviation de bombardement et d'assaut et avec la précision des missiles, pendant longtemps elle seule pouvait emporter la décision. Plus d'un assaut ennemi d'infanterie a été cloué, voire écrasé sous le feu roulant de l'artillerie.
En 1940, aucun secteur de la Ligne Maginot pourvu d'artillerie de forteresse n'a été forcé par l'ennemi. Les Allemands ont vainement tenté d'attaquer de front et à revers les Secteurs fortifiés de Haguenau, de Boulay, de Thionville et de la Crusnes bien pourvus en artillerie. Il en a résulté l'implantation ça et là de casemates d'artillerie de complément à une ou deux pièces de 75 ou 155. À titre d'exemple, dans le Secteur défensif puis fortifié d'Altkirch dans le sud de l'Alsace, région du Sundgau, ont été réalisées sept casemates à deux pièces de 75 de ce type.
Le terme casemate viendrait de l'italien casa, maison, et matta, folle. Initialement, une casemate était un abri plus ou moins enterré destiné à loger la troupe ou à entreposer de la poudre ou des munitions. Au 16e siècle, les Italiens utilisaient auparavant le terme capannati, certaines chambres de tir fortifiées ressemblant à des cabanes.
Pendant des siècles, les canons étaient simplement installés à l'air libre sur les dessus des forts, sans réelle protection sinon celle de remblais de terre et de parapets. La faible portée et la précision toute relative de l'artillerie amie comme adverse dans ces temps n'en imposait pas plus. Deux révolutions techniques allaient sonner le glas de cette conception.
Vers 1860, la crise dite de l'artillerie rayée voit s'accroître brusquement la portée et la précision des canons, ainsi que la puissance des projectiles. La réalisation d'une rayure hélicoïdale dans l'âme des canons, lisse auparavant, était à l'origine de cette "crise".
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Un nouveau coup de tonnerre éclate vers 1880-1885 avec la crise de l'obus-torpille. C'est un ensemble de perfectionnements techniques qui vont avoir des conséquences majeures sur la conception de la fortification. Tout d'abord apparaît l'obus à mitraille muni d'une fusée à double effet qui permet de faire éclater en l'air le projectile, à une hauteur réglable à l'avance, rendant désormais impossible le service des pièces de rempart à l'air libre.
En outre, en 1885, Turpin met au point en France un explosif à grande puissance, la mélinite, qui allait remplacer la poudre noire et donner aux obus une puissance de destruction beaucoup plus considérable. Finis les ouvrages en maçonnerie, place au béton.
La conséquence immédiate de ces innovations va être la mise sous abri des pièces d'artillerie des forts. Ainsi allait se généraliser le principe de la casemate d'artillerie et des tourelles blindées. En même temps, les forts, construits jusqu'alors en pierre de taille et en terre, vont se couvrir après 1888 d'une carapace de béton de ciment, d'abord non armé puis, après 1897, armé.
Le principe de l'abri casematé n'était cependant pas nouveau. Vers 1527 déjà, un certain Albrecht Dürer - le graveur bien connu - proposait un type de "casemates à canon en maçonnerie, surmontées de plates-formes sur lesquelles on peut aussi établir de l'artillerie à ciel ouvert. Les casemates sont percées de larges tuyaux d'aérage pour l'évacuation de la fumée et des gaz de la poudre".
L'illustre Vauban (1633-1707) construisit des tours à canon casematées mais pendant longtemps le terme de casemate était réservé aux seuls organes de flanquement des fossés qui entouraient et protégeaient les forts. Montalembert (1714-1800) s'inquiétait de la vulnérabilité de l'artillerie à découvert et prônait de l'abriter sous casemates. Dans les faits, pendant longtemps et en particulier au 19e siècle, tout local protégé, abri ou casernement, était désigné casemate.
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Le général et ingénieur français François Benoît Haxo (1774-1838) conçut un type d'abri à canon spécifique qui portera son nom - casemate à la Haxo - et préfigurait les futures casemates d'artillerie. Il s'agissait d'une alvéole dans les parapets recouverte par une voûte en maçonnerie et une couche de terre. La pièce tirait frontalement par une grande embrasure et la casemate était ouverte à l'arrière pour l'introduction du canon et l'aération.
En 1865 apparaît en Allemagne une casemate Schumann, du nom d'un capitaine de l'armée prussienne. Dérivant de la casemate Haxo, elle était faite de couches de rails et de fers en T et d'un peu de béton, tandis que l'embrasure recevait une pièce en fer forgé.
Après la défaite de 1870, la France se lança dans l'édification le long de ses frontières terrestres et maritimes d'un gigantesque système fortifié connu sous le nom de fortification Séré de Rivières, du nom du général du Génie (1815-1895) qui en conçut et en dirigea la construction. De 1874 à 1885, du Nord à la Méditerranée, seront édifiés 196 forts, 58 ouvrages secondaires et 278 batteries. Les plus connus dans le Nord-Est seront ceux des places de Verdun, Toul, Epinal et Belfort.
Malheureusement, à peine achevés en 1885 et construits essentiellement en maçonnerie et en terre, soumis à l'avènement des nouveaux projectiles et de la mélinite, ces ouvrages s'avèreront d'un coup totalement périmés et vulnérables. La solution sera de recouvrir les œuvres vives d'une épaisseur de béton et de généraliser les "cuirassements", c'est-à-dire les blindages. Mais le coût de cette vaste opération a fait que seule une partie de ces forts et ouvrages a pu être ainsi traitée et nombre d'entre eux - souvent situés en 2e ligne - sont restés dans leur état initial.
L'artillerie disparaît donc des superstructures des forts pour être placée sous tourelle et en casemate.
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L'une des innovations des forts Séré de Rivières fut l'adoption en 1899 des casemates de Bourges. Il s'agit d'organes placés sur les côtés du massif central du fort, donc relativement protégés des coups directs, abritant sous béton deux canons de 75 et un observatoire, et dont la mission est la défense des intervalles avec les forts voisins, les rendant quasiment (et théoriquement) infranchissables. Les casemates d'artillerie de complément de la Ligne Maginot (et en particulier celles du Sundgau) découlent presque directement des casemates de Bourges de Verdun, Toul, Epinal et Belfort de 1899 à 1914.
Lors de la construction de la Ligne Maginot à partir de 1930, l'artillerie a été exclusivement placée sous tourelle (canons de 75, mortiers de 75 et 81, obusiers de 135) et en casemate (canons de 75, mortiers de 81, obusiers de 135). Les casemates sont alors de grosses unités puissamment bétonnées, reliées par puits, escaliers, monte-charges et galeries à un ouvrage important (fort), et comportant 1, 2 ou 3 embrasures pour canon. Dans les Alpes, les casemates d'artillerie à deux niveaux, canons de 75 au 1er niveau, mortiers de 81 en sous-sol, prédomineront sur les rares tourelles.
Le bloc 6 du grand ouvrage du Hochwald, dans le nord de l'Alsace, en 1939-40 et de nos jours, est le type même de la casemate d'artillerie puissante de la Ligne Maginot. Construit en 1932 et 1933, il abritait trois canons de 75 modèle 1929 d'une portée de 12 000 mètres.
À la première phase de réalisation de la Ligne Maginot (celle de la CORF, 1927-1935) succède une période durant laquelle la quantité prévaudra sur la qualité (1935-1940). Des milliers de petits blockhaus, plus ou moins solides, sont coulés par les Régions militaires d'un bout à l'autre du front à l'avant, à l'arrière et dans les intervalles des ouvrages de la première série. Des casemates d'artillerie dites STG (conçues par la Section technique du Génie) et nettement plus solides viennent cependant renforcer cette multitude. Elles abritent un ou deux canons de 75. Les casemates du Sundgau - ex Secteur fortifié d'Altkirch, dans le sud de l'Alsace - sont issues de ce programme.
Tout au nord de l'Alsace, dans l'ex-Secteur fortifié de Haguenau, le grand ouvrage CORF du Hochwald possède six importantes casemates avec artillerie, les blocs 1 (1 x 135), 6 (3 x 75), 12 (2 x 75) et 13 (1 x 135), auxquels s'ajoutent les blocs 3 et 16, deux coffres doubles (2 x 75 chacun) en défense des fossés. Ces casemates restent encore parfaitement visibles aujourd'hui.
Le Mont des Welches est connu pour abriter l'ouvrage d'artillerie du Mont des Welches (A21) et est devenu célèbre grâce à une géocache nommée "Le chemin des sangliers". Cette cache, bien que maintenant archivée, était une des plus populaires de France, attirant de nombreux visiteurs dans les entrailles de béton du fort.
La cache débutait par une balade nocturne dans la forêt avant de plonger dans le fort. L'entrée était initialement complexe, nécessitant de se glisser par une "fenêtre" et de s'encorder pour passer au dessus d'un vide. L'intérieur était balisé par des réflecteurs menant à un indice caché dans une salle de stockage d'armes.
Bien que la cache soit archivée, l'histoire et l'exploration du Mont des Welches continuent d'attirer les passionnés d'histoire militaire et de géocaching.
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