La Commission d'Organisation des Régions Fortifiées (CORF) a cessé son activité en décembre 1935, après avoir œuvré à la conception et à la réalisation de la Ligne Maginot depuis 1927. Plus d'une centaine d'ouvrages fortifiés importants, ainsi que des centaines de casemates d'infanterie, d'observatoires, d'abris et de casernements étaient terminés ou en cours d'achèvement, tant dans le Nord-Est que sur le futur front des Alpes.
À l'issue de la période CORF, les partisans de la fortification de campagne ont pu donner libre cours à leurs aspirations, marquant l'ère de la fortification de campagne en dur, parfois qualifiée de "camelote" par comparaison avec la puissante fortification CORF. Chaque Région militaire a pris en charge la poursuite des travaux de défense des frontières, couvrant les intervalles des ouvrages CORF et les secteurs non fortifiés par une multitude de petites constructions, les "petits bétons" de la Ligne Maginot.
Du nord au sud, les secteurs du Nord de la mer à l'Escaut, le segment Sambre-Ardennes, la trouée de Marville, celle de la Sarre, le sud de l'Alsace, ainsi que les positions de 2e ligne du Nord, des Ardennes, de la Meuse et de la Sarre ont été garnis de ces constructions. En réalité, ces fortifications se trouvaient partout le long des frontières, de la mer du Nord au Jura.
De cette deuxième vague de fortifications, il reste encore aujourd'hui des milliers de blockhaus, d'observatoires, d'abris et de PC, dont l'inventaire est encore à faire. Toutefois, avec l'urbanisation et l'industrialisation, cette fortification disparaît peu à peu.
Si sa valeur militaire à l'époque a été discutable, l'étude typologique de cette multitude de blocs présente aujourd'hui un attrait particulier lié à la variété des plans de construction et des solutions adoptées pour les divers éléments métalliques, comme les blindages. Jusqu'à la fin du 20e siècle, bon nombre de ces constructions ont conservé leurs équipements métalliques fixes, dont l'origine est variée. Beaucoup remontent à la guerre de 1914-1918 et parfois même avant. D'autres ont été spécialement étudiés et fabriqués durant les années 1935-1940 à l'intention de la fortification de campagne. Enfin, le système D et la récupération ont souvent pallié l'absence de toute autre solution.
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Nous classerons ces matériels en quatre catégories : trémies et blindages, cloches et guérites observatoires, tourelles, installations et curiosités diverses.
Installée sur de nombreux blockhaus dans le Nord et surtout en Région fortifiée de Metz, la trémie Condé est une embrasure en acier moulé d'une pièce prévue pour la mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm Mle 1914. Sa désignation lui vient du nom du général commandant la 3e Armée qui couvrait la RFM en 1939-1940.
Le côté intérieur, dans la chambre de tir du blockhaus, de cette trémie permet d'en voir les deux demi-volets blindés et leurs poignées de manœuvre. Deux glissières en forme de mâchoires retiennent les deux volets, celle du bas étant en outre munie de rouleaux facilitant le déplacement des volets.
Cette embrasure d'un blockhaus antichar prévu pour un canon de 47 de marine a été dotée d'une protection de plusieurs volets blindés coulissant entre deux glissières. Il s'agit vraisemblablement d'une fabrication locale. Côté intérieur du même blockhaus, le système apparaît plutôt rudimentaire et ne pouvait que protéger des éclats et non d'un coup au but. Un pis-aller quand on sait que de nombreux créneaux canon des blockhaus de complément sont restés dépourvus de tout blindage en 1940…
Dans un certain nombre de blockhaus et casemates STG de 1935 à 1940 où un canon de 25 a remplacé le 47 prévu, et où aucune trémie blindée n'était livrée, l'Inspection du génie adopta comme palliatif un type de bouclier suspendu. Le système est constitué d'une plaque blindée épaisse de 80 mm coulissant sur deux rails et percée de deux ouvertures, l'une pour le tube du canon, l'autre pour la lunette de visée. Les poutrelles sous le plafond permettaient l'installation et la mise en batterie du canon. De rares exemplaires subsistent de nos jours.
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Très répandue, en particulier sur les blockhaus antichars type 1ère Région (Nord) mais aussi dans les R.F. de Metz (de Longuyon à St-Avold) et de la Lauter (de la Sarre au Rhin), cette trémie P.L. est une lourde plaque blindée d'embrasure moulée d'une pièce, de 1,60 m de largeur, 0,70 m de hauteur et épaisse de 8 à 20 cm. Elle est percée de quatre ouvertures équipées de volets coulissants ou à charnière : une embrasure pour canon de 25 ou mitrailleuse, un créneau pour la visée par la lunette de tir du canon, deux petits créneaux ronds pour l'observation ou le tir au FM.
Sur cet exemplaire, les "bosses" des roues du canon ont été noyées dans le béton. Les trois orifices supérieurs sont ici bien obturés.
Sur cette photo intérieure, on voit la banquette de tir destinée à supporter soit un canon de 25, soit une mitrailleuse Hotchkiss. La goulotte centrale sert à l'évacuation des étuis (douilles) vers l'extérieur.
Gros plan sur la même trémie P.L., dont le nom est dû à ses concepteurs, M. Pamart et le Cdt Lemaigre. On voit bien ici les quatre ouvertures de la trémie, ainsi que les évidements pour les roues du canon. Les volets des deux créneaux rectangulaires ont disparu.
Conçu initialement pour les casemates de mitrailleuses CORF, cet engin a finalement été adopté pour les blocs STG mais, commandé et mis en fabrication tardivement, seuls quelques rares exemplaires ont pu être installés. On en voit ici d'une part, dans l'embrasure, le carter blindé du tube, d'autre part le montage d'arme intérieur.
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Conçu et mis au point en 1916 par le capitaine Pamart dans le cadre des travaux de renforcement des forts de Verdun, ce type de cuirassement à deux embrasures pour mitrailleuse a été ré-employé dans les intervalles de la Ligne Maginot. Douze exemplaires non installés auparavant ont en effet été récupérés dans les dépôts du génie et implantés tant dans le Nord-Est que dans le Sud-Est. C'est ainsi qu'on en retrouve dans le Secteur fortifié de la Crusnes, le S.F. de Boulay, le S.F. de Faulquemont et le S.F. d'Altkirch. Dans le Sud-Est, l'ouvrage de Plate-Lombarde, près de Barcelonnette, en possède deux, et la vallée de la Tinée à Valabres, une.
L'une des casemates Pamart de Téting, près de St-Avold. Le cuirassement est scellé sur un petit blockhaus possédant une entrée arrière en puits et un petit local de repos souterrain.
Tout au sud de l'Alsace, l'un des derniers blockhaus de la Ligne Maginot du Nord-Est possède une coupole Pamart, incrustée dans sa façade frontale. A quelques kilomètres de là, c'est une casemate STG allégée qui possède le 2e exemplaire du secteur.
Le petit ouvrage de Plate-Lombarde possède pour seuls blocs actifs deux casemates Pamart dont les créneaux ont été modifiés en créneaux GFM type A pour FM. Au second plan, une cloche observatoire en éléments petit modèle, spéciale aux ouvrages alpins. Compte tenu des impératifs de camouflage, il ne devait pas en être ainsi en 1940 !
Presque invisible sous son excellent camouflage, la casemate Pamart des gorges de Valabres, dans la vallée de la Tinée. Ici aussi les créneaux ont été modifiés en type GFM "A" pour un FM chacun.
Les intervalles du Nord-Est sont encore aujourd'hui sillonnés de tranchées réalisées par les soldats en 1939-1940. En certains points, des postes de guet bétonnés sont équipés de petits boucliers de tranchée qui remontent à la 1ère Guerre mondiale. L'image même de la guerre de positions !
La Section technique du génie (STG) a été à l'origine de la conception et de la fabrication, entre 1935 et 1939, de plusieurs modèles de guérites et de cloches de guet ou d'observation destinées à la fortification des intervalles. Pour en faciliter le transport et le montage, surtout en montagne, ces engins ont été conçus en éléments empilés et superposables, de diamètre décroissant de bas en haut. Ils sont coiffés par une calotte tenue par trois tirants ou boulons, l'élément supérieur étant percé de trois fentes d'observation. Ce modèle de guérite équipe ici un petit blockhaus à fonction d'abri-PC situé sur la berge du Rhin au nord de Strasbourg.
Dans les Alpes, la cloche observatoire en éléments dite "Saint-Jacques" existe sur la quasi-totalité des petits ouvrages d'avant-postes du Secteur fortifié des Alpes Maritimes. Sur ces deux photos celle de l'avant-poste de Castès-Ruines, près de Sospel, émerge à peine de la rocaille qui environne l'ouvrage. Avec un minimum de camouflage elle est totalement indécelable dans le paysage.
On voit ici l'ensemble de l'engin, un exemplaire non installé, avec ses six éléments superposés. Les quatre éléments du bas sont normalement logés dans le béton.
La cloche St-Jacques de l'avant-poste du Planet, dans la haute vallée de la Vésubie.
La cloche de guet et d'observation de l'avant-poste d'Isola, dans la vallée de la Tinée, qu'une coiffe de béton achève d'intégrer dans l'environnement rocailleux.
Exemple même de la récupération d'engins de la guerre précédente ou d'avant, la cloche dite "Digoin" est initialement la cloche réglementaire des forts Séré de Rivières, donc d'avant 1914. Matériel solide, blindé à 20 cm, il se retrouve en au moins cinq exemplaires, non installés jusqu'alors, sur la Ligne Maginot : un à Longuyon et Havange, un à Téting et Guesling-Hémering et un dans les Alpes. Sur cette photo, la cloche Digoin des hauteurs de Longuyon.
La cloche de l'observatoire de Havange, près de Rochonvillers.
En parfait état, la cloche de l'observatoire des hauteurs de Guessling-Hémering. Ces engins sont généralement installés sur un solide blockhaus bétonné et peuvent être dévolus à l'infanterie ou à l'artillerie.
Sur certains types de blockhaus de la 1ère région militaire (Nord) on trouve une cloche observatoire dite " type Valenciennes " qui a un air de famille avec les cloches Séré de Rivières en plus petite. Blindée à 15 cm, elle existe en plus d'une quarantaine d'exemplaires dans les secteurs de Valenciennes et Maubeuge. Ici celle qui surmonte un blockhaus proche de Wargnies-le-Grand.
Un seul exemplaire est connu de cette fabrication probablement sans lendemain d'une cloche observatoire à toiture aplatie. Vraisemblablement un prototype, elle aurait été installée vers 1890-1892 sur l'ouvrage d'Héronfontaine, puis récupérée en 1934 lors de sa démolition. Destinée à l'ouvrage alpin du Gondran-Est mais refusée par le Service des Cuirassements qui en ignorait la composition du métal, elle atterrit finalement à l'observatoire du Tattenholz à Téting où elle est toujours. On remarque l'escalier d'accès à l'entrée du blockhaus-observatoire, dans une fosse à l'arrière de l'ouvrage, et au second plan le blockhaus de défense de l'observatoire.
Dans le cadre des observatoires sous cuirassement, on ne peut manquer de citer les quelques rares exemplaires réalisés sans cloche ni guérite mais sous plaque blindée horizontale. C'est le cas de celui du "Haricot de Valette" ou Rebberg, une hauteur de la trouée de la Sarre au sud de Barst. Totalement enterré sur une petite ligne de crête, cet ouvrage ne possède pour seules "émergences" que deux plaques blindées, boulonnées et percées d'une ouverture rectangulaire. De celle-ci dépasse, pour l'observation, une lunette binoculaire, l'observateur étant juché sur un strapontin au sommet d'un puit...
La ligne Maginot était équipée de divers types de munitions et d'armements, notamment :
Les canons de 25mm, AC47 et AC37 partageaient souvent leur créneau avec un jumelage de mitrailleuses. Le canon de 25mm pouvait être associé aux deux mitrailleuses sur une même rotule de trumelage.
Le FM 24/29 (MAC 24/29) était une mitrailleuse légère automatique typique de la défense rapprochée de la ligne Maginot. On le retrouvait armant des cloches, des créneaux sous béton et des portes.
Le Bloc B7 est la casemate d'entrée du fort, servant d'entrée pour les hommes et les munitions. Il dispose de rails de 0,60m vers l'ascenseur et un vide de 15m, ainsi qu'une cage d'escaliers de 5m/5m. Toutes les tuyauteries (air, gaz brûlés, air vicié) ainsi que les câbles ont disparu.
Ce bloc massif de 29 mètres de largeur de façade sur 27 mètres de long est la casemate d’entrée et d'accès au fort par la galerie souterraine. Ce bloc d’entrée est loin du fort de combat, à un kilomètre dans les bois, en vertu des enseignements au feu qui ont entraîné l'élaboration des règles dites « Dessous 16 ».
Le bloc se compose d’une grande entrée à approvisionnements et munitions, avec un grand sas interne dans lequel un camion peut s'engouffrer et décharger sa cargaison sans danger, et une porte -Hommes (tout à côté).
Le bloc B7 a comme défenses : deux créneaux FM latéraux de façade, un créneau -canon de 47 mm A.C, un FM de porte piétons, et un FM de la salle-sas de déchargement. Le local - RADIO est au RDC, et un autre, au sous-sol.
Les galeries relient les différents blocs de combat aux blocs d'entrées. Elles sont enterrées à une moyenne d'environ 30 mètres par rapport à la surface pour résister aux bombardements les plus intenses. Les ouvrages étaient alimentés en électricité grâce à l'extérieur, mais en période de combats, l'usine alimentait l'ouvrage en électricité de manière autonome, avec des moteurs diesels de marque différente selon les ouvrages.
Le casernement souterrain a pour but d'héberger l'équipage de l'ouvrage en temps de guerre. Il est composé de chambrées, de locaux d'hygiène, d'une infirmerie et d'une cuisine. En régime dit "air pur", l'air est aspiré directement du dehors sans être filtré, tandis qu'en régime dit "air gazé", la salle des filtres filtre l'air extérieur.
Le PC de l'ouvrage coordonne toutes les actions et les tirs effectués. Les communications intérieures relient les blocs de combat au PC, tandis que les communications extérieures relient les différents ouvrages entre eux, ainsi qu'aux troupes d'intervalles.
Il existe quatre types d'entrées :
Les entrées sont toujours situées en retrait par rapport aux blocs de combats, afin d'éviter les bombardements.
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