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Nous ne reviendrons pas dans ce premier papier -qui sera suivi par d’autres contributions en tant que de besoin- sur les événements tragiques se trouvant à l’origine de la révolte actuelle du peuple tunisien pour le travail, la dignité, la liberté et la justice sociale.

Mohamed BOUAZIZI, l’immolé par le feu le 16 décembre 2010, décédé des suites de ses brûlures le 5 janvier 2011, ne s’est pas « sacrifié » en vain.

Insurrection, Insoumission, Rébellion, Devenir révolutionnaire, Révolution… voilà bien des mots « incongrus » qui feront tressaillir -de peur- plus d’un.

Nous souhaitons modestement contribuer à fonder sur un triple plan moral/éthique, juridique et politique, le droit de résistance à l’oppression, en tant que droit fondamental qui consacre la légitimité de l’opposition -qu’elle soit défensive ou offensive- à l’oppression.

Laquelle oppression survient « lorsqu’une loi viole les droits naturels civils et politiques qu’elle doit garantir. Il y a oppression lorsque la loi est violée par les fonctionnaires publics dans son application à des faits individuels. Il y a oppression lorsque des actes arbitraires violent les droits des citoyens… » (Condorcet, Déclaration non reprise dans le texte de la Constitution de la Première République, du 23 février 1793)

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Il s’agirait pour nous de briser, à travers un acte de transgression mûrement réfléchis, un tabou politico-juridique qui pose, de manière absolue tout autant qu’arbitraire, l’interdit d’aborder (et, pire encore, d’envisager concrètement) le droit/devoir de résistance à l’oppression.

Nous nous attacherons donc à rétablir ce droit au rang qui lui sied, à savoir celui de garant ultime du respect des autres droits imprescriptibles de l’homme.

Ce droit-soupape-de-sûreté de l’ensemble des autres droits a été, concédons-le, ternis par la « terreur » révolutionnaire (française) et souillé par Poujade, mais rien ne le disqualifie intrinsèquement.

La Tunisie bénéficie d’un atout majeur lui permettant d’adhérer à cette tradition constituante immunitaire contre l’oppression. Sa population est, en effet, composée en majeure partie de jeunes instruits, très ouverts sur le monde et l’universel, plutôt tolérants, et surtout assoiffés de liberté.

Que cette jeunesse ait pu être sacrifiée sur l’autel de l’ordre dictatorial honni, l’habilite avec encore davantage de détermination et de force à bannir toute possibilité de reproduction de la servitude.

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On pourrait faire remonter le droit de résistance à l’oppression à la scène originaire du contrat social, en ce qu’il est une fiction fondatrice prometteuse d’une « vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes » (P. Ricœur) dans le cadre de l’« Etat civil » succédant au présumé « Etat de nature ».

La délégation de Pouvoir qui y est associée n’est nullement synonyme d’un blanc-seing accordé à ceux qui en sont les dépositaires et dont ils peuvent user et abuser impunément. Le droit de résistance à l’oppression est inaliénable.

Voici, en effet, un pouvoir politique usurpé qui s’est ingénié, depuis plus de deux décennies, à déposséder le peuple de l’ensemble de ses droits inaliénables, au premier rang desquels figure celui à « l’autodétermination », ou si l’on veut le droit au libre choix des gouvernants.

Une gigantesque opération de pillage des richesses du pays s’est alors mise en place, qui va aboutir à l’appauvrissement allant en s’aggravant de toute la moitié ouest de la Tunisie (Sidi-Bouzid et Gafsa en font partie), c’est-à-dire les villes de l’intérieur, par opposition à celles du littoral.

Et en dépit du fait, par exemple, que Sidi-Bouzid est le premier pôle agricole du pays (op.cit., p. 108-109) elle ne bénéficiera d’aucun « retour » en termes d’investissements de la part de l’Etat, encore moins des particuliers, qui ne disposent pas, même s’ils le souhaitaient, des infrastructures nécessaires leur permettant d’y développer une industrie agroalimentaire (Exemple : seulement 357 km de routes ont été construites à Sidi-Bouzid au cours des 19 dernières années ! op.cit., p.

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Le Rôle de l'Internet et des Cyberdissidents

Dans un pays privé de liberté d’expression, avec une presse écrite et des médias audiovisuels aux ordres, la Toile a représenté un espace de liberté inconnu jusqu’alors, et permis une efficace diffusion de l’information. Le régime ne s’y est pas trompé, qui a pourchassé, et arrêté, dès le début du mouvement, plusieurs internautes. « Il était devenu plus grave de se promener avec un ordinateur qu’avec un cocktail Molotov », ironise Ichem.

Les noms de Slim Amamou ou d’Abdelaziz Amami sont désormais plus connus en Tunisie que ceux de leaders syndicaux. La banderole a cédé la place à la caricature virtuelle, le slogan que l’on scande est remplacé par la phrase que tout le monde lit d’un clic.

Les autorités tunisiennes qui espéraient que le mouvement s’essoufflerait en fermant les établissements scolaires ont vite déchanté. Les jeunes se sont retrouvés encore plus nombreux sur l’Internet.

Les images de la répression, particulièrement féroce dans la ville de Kasserine, à l’ouest de la Tunisie, ont fait le tour du monde en quelques jours. Les premiers comités de vigilance, organisés par les Tunisiens pour se défendre contre les policiers et les miliciens fidèles au régime, sont nés ici, à Kasserine, sur les conseils d’internautes. Aussitôt diffusés, aussitôt mis en place.

« On a même organisé le nettoyage des rues, la nuit, avec des tracteurs, car plus aucun service public ne marchait », affirme Ichem. Plus tard, le soir de 13 janvier, alors que les heurts entre manifestants et policiers étaient très violents dans tout le pays, les « cyberdissidents », comme ils se désignent eux-mêmes, n’ont pas hésité à lancer un appel comminatoire aux trois opérateurs tunisiens de téléphonie mobile pour qu’elles créditent les comptes de leurs clients d’un dinar afin qu’ils puissent, quelle que soit leur situation, passer « un appel de secours ».

Apparus en Tunisie en 2004, les réseaux sociaux ont pris de l’ampleur en 2009. C’est ici aussi que les langues, après plus de vingt ans de régime autoritaire, ont commencé à se délier, et que les Tunisiens, protégés par des pseudos, ont osé s’exprimer. « Trop tard, s’esclaffe Khaled.

L'Implication d'Anonymous

Après le suicide de Mohamed Bouazizi, 26 ans, qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010, un autre phénomène est entré en lice, Anonymous. Ce collectif de militants, qui s’était fait connaître en harcelant l’Eglise de scientologie, puis en prenant la défense du créateur de WikiLeaks, Julian Assange, a lancé une vaste opération contre les sites officiels tunisiens.

Le 2 janvier - veille de la rentrée scolaire après les vacances de fin d’année -, huit sites, dont ceux de la présidence ou du gouvernement, ont été ainsi « bombardés » et mis hors d’état de marche en quelques minutes. Le principe est simple : chaque membre reçoit un petit logiciel à télécharger mis au point par des hackers, accompagné d’une date de rendez-vous. A l’heure dite, un petit boîtier avec un bouton apparaît.

Lorsque le compte à rebours est terminé, il suffit d’appuyer sur le bouton rouge « Fire » (« feu ») qui s’allume, pour contribuer à noyer sous un flot de faux envois les sites destinataires et saturer les ordinateurs. Les Tunisiens s’en sont donné à coeur joie. Une semaine plus tard, c’était au tour de la télévision nationale, TV7, de faire les frais d’attaques.

Les autorités tunisiennes ont bien essayé de riposter en mobilisant les 2 000 employés de l’Agence tunisienne d’Internet (ATI). Des batailles homériques ont été livrées sur la Toile, entre Ammar, le système de censure officiel affublé de ce vieux prénom par les Tunisiens, et Anonymous. Mais, de partout dans le monde, des membres du collectif ont réagi en envoyant leurs recettes (des « proxys », des serveurs Internet qui permettent d’accéder à des sites à partir d’autres pays).

« Cela a été comme une libération, on s’est aperçus que nous n’étions plus seuls, s’enthousiasme Ichem. Du coup, de plus en plus de jeunes Tunisiens nous ont rejoints.

L’opération « Tunisia » a pris une ampleur inattendue. Alors qu’ils n’étaient qu’une cinquantaine de militants Anonymous au printemps 2010, en Tunisie, ils sont aujourd’hui plus de 4 000… Ce groupe, né aux Etats-Unis, réunit des personnes de tous horizons, dans le monde, sans contraintes. « Il n’y a pas d’organigramme, pas de leaders, explique Eric, un Parisien, membre du réseau. N’importe qui peut adhérer, du moment qu’il défend la liberté d’expression sur l’Internet. » Seule règle imposée : les attaques ne doivent pas détruire les sites visés.

En Tunisie, il y a eu des précurseurs. Takriz regroupe, depuis 1998, des militants déterminés, considérés comme des « extrémistes du Net », qui ont subi une dure répression par le régime de Ben Ali. La chute de l’ancien chef de l’Etat, qui a régné sur le pays pendant vingt-trois ans, le temps d’une génération, a constitué l’objectif des « cybermilitants ».

Mais ces derniers ne comptent pas s’arrêter là. C’est désormais le parti du pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique, le RCD, qui se trouve dans leur collimateur.

Réaction Internationale et Soutien à la Transition

Notre pays est aussi à l’origine du lancement du partenariat de Deauville. Exerçant la présidence du G 8, il a décidé d’inviter l’Egypte et la Tunisie au sommet qui s’est tenu à Deauville en mai 2011, et a pris l’initiative de ce partenariat qui vise à soutenir la transformation politique et économique en Tunisie, en Egypte, en Jordanie et au Maroc.

En septembre dernier, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et les Émirats arabes unis ont rejoint les membres fondateurs du partenariat, auquel participent aussi neuf institutions financières internationales et régionales. Le montant total disponible pour appuyer les efforts de réforme dans les quatre pays dits « du partenariat » a ainsi été porté à 38 milliards de dollars américains.

Pour des pays dont l’activité économique, notamment touristique, a fortement ralenti en 2011, alors que les besoins et les attentes des populations sont immenses, le temps nécessaire à la mise en route de ces instruments de financement apparaît inévitablement trop long : leur impatience est légitime, mais les choses avancent.

Incertitudes et Défis Post-Révolution

Bien entendu, de nombreuses incertitudes subsistent. La première série d’incertitudes porte sur l’avenir des régimes politiques confrontés aux aspirations de leurs peuples. A l’origine, on pouvait penser que seuls les régimes des pays les plus pauvres seraient sérieusement menacés et que les bénéficiaires de la rente pétrolière seraient épargnés, mais en fait tous, même les plus traditionnels, doivent prendre en considération l’aspiration au changement.

Le monde arabe n’est pas un bloc homogène ; rapidement, il est apparu qu’il n’y avait pas « un » printemps arabe mais plusieurs et que les révolutions connaîtraient des fortunes diverses. Il apparaît également que le processus est infiniment plus complexe dans les pays traversés par des clivages ethniques ou religieux, que les monarchies peuvent faire preuve d’une plus grande souplesse d’adaptation que les dictatures en place, que des régimes comme par exemple la République d’Algérie sont protégés par la mémoire encore vive de la guerre civile.

En dépit de ces incertitudes, un optimisme raisonnable paraît fondé. De la Tunisie à l’Egypte, en passant par la Libye, la transition démocratique est en cours, et les difficultés qu’elle rencontre sont parfaitement normales ; elle s’amorce au Yémen, enfin libéré du président Saleh.

Plusieurs pays, dont les régimes ont subsisté, se sont lancés dans des réformes afin de satisfaire les revendications populaires : tel est le cas, à des degrés divers, de la Mauritanie, de l’Algérie, du Maroc, de l’Arabie saoudite, de la Jordanie. Là encore, beaucoup reste à faire, mais un mouvement allant dans la bonne direction est enclenché.

On peut espérer que la chute, dans plusieurs pays de la région, de dictateurs sourds aux aspirations populaires servira d’aiguillon aux autorités de ces Etats pour poursuivre ces réformes.

La seconde série d’incertitudes tourne naturellement autour de la question de l’islam politique. Il ne fait guère de doute que les partis islamiques sont - et seront, dans les pays où ni la révolution ni la réforme n’ont encore triomphé - les grands bénéficiaires du changement. Il est exclu d’enfermer l’islam dans un déterminisme culturel qui le supposerait radicalement étranger aux valeurs de la démocratie, mais le passé tout comme certains positionnements ou ambiguïtés présents justifient que l’on s’interroge.

Les forces politiques qui émergent sont encore mal connues ; de nombreux analystes insistent sur les clivages internes qui les traversent. Il conviendra de les juger à leurs actes. Un élément devrait toutefois tempérer les inquiétudes : la revendication commune à tous les peuples qui se sont soulevés au cours de l’année écoulée, de la Mauritanie à la Jordanie, en passant par les Etats du Golfe, portait sur le respect de la démocratie.

Certes, même dans les pays ayant une très longue tradition démocratique, les retours en arrière sont toujours possibles, aussi les avancées observées dans les pays arabes devront elles être consolidées et confirmées.

Dans ce domaine, c’est la Tunisie qui a franchi le plus grand nombre d’étapes vers l’établissement d’un système démocratique : une assemblée constituante a été élue le 23 octobre, laquelle a adopté une loi sur l’organisation provisoire des pouvoirs début décembre et a élu un nouveau président de la République.

En Egypte, la chambre basse du Parlement a été élue et le processus d’élection des membres de la chambre haute est en cours : lorsque le Parlement sera entièrement constitué, il lui appartiendra de désigner les membres du comité constitutionnel chargé d’élaborer une constitution pour le pays ; un président de la République devra aussi être élu.

Deux constats peuvent néanmoins être faits : dans ces deux pays, les élections se sont déroulées dans des conditions correctes, et les résultats n’ont pas été contestés ; elles ont été un succès pour les partis islamistes, alors que les partis fondés par les révolutionnaires n’ont pas obtenu des résultats à la hauteur de leurs espérances.

La manière dont les vainqueurs des élections vont diriger leur pays est aujourd’hui un objet d’interrogation majeur : dans quelle mesure auront-ils à cœur de donner à la religion une place marquée, dans les règles constitutionnelles et/ou dans la société ? Seront-ils tentés de remettre en cause les principes démocratiques et les droits fondamentaux des citoyens, notamment des femmes, pourtant au cœur des revendications révolutionnaires ? Quelle sera leur attitude vis-à-vis de ceux qui appartiennent à une autre communauté religieuse ?

L’un des premiers effets concrets des révolutions arabes sur les populations est la dégradation des conditions de vie, déjà très difficiles pour beaucoup. L’aspiration à une répartition plus juste des fruits du développement économique, longtemps détournés par les élites liées aux anciens régimes, a joué un rôle considérable dans les printemps arabes : elle doit être satisfaite, ce qui suppose la relance des économies des pays concernés.

Les conséquences géopolitiques des printemps arabes sont un autre sujet de préoccupation. Comment une Egypte dirigée par les Frères musulmans, avec des ministres salafistes, va-t-elle réorienter sa politique étrangère, en particulier à l’égard d’Israël et des Territoires palestiniens ?

Si la dénonciation du traité de paix israélo-égyptien de 1979 semble exclue, du moins à court terme, il ne fait guère de doute que, dans un proche avenir, les autorités du Caire, majoritairement issues du mouvement des Frères musulmans, se montreront bienveillantes à l’égard du Hamas, que le régime de Moubarak combattait et qui partage l’idéologie des Frères.

La volonté égyptienne de jouer un rôle régional semble en tout cas entière : les efforts en faveur de la réconciliation inter-palestienne se sont poursuivis, non sans succès. Quelles seront les conséquences de la ligne adoptée par Israël face aux printemps arabes ?

Depuis le début des printemps arabes, l’Arabie saoudite a joué un rôle déterminant, principalement par l’intermédiaire du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe et de la Ligue arabe. Après avoir acheté le retour au calme sur la scène nationale, elle a aidé les autorités de Bahreïn à rétablir l’ordre chez elles, avant de prendre le parti des opposants au régime de Bachar el-Assad, dont elle n’a jamais été proche.

Si l’évolution du positionnement géopolitique des différents Etats de la région sera progressive, certains effets des printemps arabes sont déjà très sensibles en matière de sécurité, particulièrement dans la zone sahélienne. La chute du régime de Kadhafi a été suivie par le départ de Libye d’un nombre important de combattants touaregs qui y avaient trouvé refuge, souvent depuis plusieurs décennies : rentrés armés dans leurs pays d’origine, ils ont contribué à la reprise de la rébellion touarègue dans le nord du Mali.

La plus grande inquiétude concerne désormais la Syrie, victime d’un régime autoritaire, devenu sanguinaire. La situation en Syrie est décisive pour la stabilité d’une zone particulièrement complexe, mais le président el-Assad a définitivement perdu toute légitimité en utilisant la force la plus brutale contre son peuple : le point de non-retour a été franchi depuis longtemps. Il est urgent que lui-même et ses alliés en tirent les conséquences.

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