Chaque année, une centaine de tonnes de munitions de guerre non éclatées, principalement issues des combats de la Première Guerre mondiale, sont récupérées en Nord-Pas-de-Calais.
Le traitement de ces délicats souvenirs des combats de la Grande Guerre n'a jamais été aisé pour les autorités de l'État, surtout au point d'étranglement de la chaîne : le lieu de stockage.
La concentration sur quelques sites de plusieurs tonnes d'engins explosifs en attente de destruction pose un problème évident de sécurité. Ce problème s'accentue encore avec les munitions chimiques et leur menace de nuage toxique.
Si l'histoire des démineurs du Nord-Pas-de-Calais reste à écrire, cet article apporte une contribution à celle-ci en traitant des dépôts de munitions non éclatées du Nord-Pas-de-Calais, des lendemains de la Grande Guerre à l'évacuation médiatique du dépôt de Vimy en avril 2001.
Jusqu'en septembre 1919, l'enlèvement et la destruction des engins explosifs sont assurés par l'armée anglaise.
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Du 1er janvier 1922 au 24 mars 1929, l'exécution de ces travaux est confiée à la direction du parc régional d'artillerie de Douai.
En novembre 1941, l'État crée un service spécial de désobusage pour le Nord-Pas-de-Calais constitué d'anciens militaires.
Ce service, basé à Douai, était rattaché à l’ordonnateur secondaire du service des matériels à Amiens.
Au tout début de l'année 1944, le service est placé sous la tutelle de la direction régionale du service du matériel de Lille ; il a alors son siège à Douai, au 39 de la rue Morel.
Le 21 février 1945, l'ordonnance 45-271 porte la création d'une direction du déminage.
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À compter du 1er octobre 1946 est créée la direction du déminage au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme.
Le siège du service départemental du Pas-de-Calais est alors situé à Arras, avenue des Fusillés.
Au 1er janvier 1963, le service de désobusage devient un service de la Protection Civile (ministère de l'Intérieur), il est composé d'un service central et de 18 centres de déminage répartis sur le territoire (19 centres à partir de 1967).
Les premières opérations de désobusage, jusqu'en 1921, portèrent sur près de 152 000 hectares.
Des dépôts de stockage furent installés le long de l'ancienne ligne de front dans les communes suivantes : Bapaume, Boiry-Notre-Dame, Écoust-Saint-Mein, Gommecourt, Lestrem, Maroeuil, Marquion (L'Espérance), Quéant, Quiéry-la-Motte, Rouvroy, Sailly, Le Transloy, Vaulx-Vraucourt, Vélu, Vis-en-Artois.
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Il semble établi que, jusqu'à la fin de l'année 1941 au moins, la destruction des engins retrouvés ait été rapide, par conséquent les lieux de stockage ne furent que très temporaires.
Les engins paraissant particulièrement dangereux étaient détruits à proximité, dans des champs d'explosion.
Les engins moins dangereux étaient rassemblés avant d'être emportés pour destruction aux usines Pickett, à Dannes-Camiers, et Bois l'Abbé.
Liste des terrains du service de désobusage : Bullecourt, Fampoux, Martinpuich, Puisieux, Wailly, Neuville-Saint-Vaast, Vendin-le-Vieil.
« Un triage des munitions sera préalable à leur destruction. Les engins douteux ou présumés chargés avec des produits toxiques seront stockés à part. Leur destruction sera effectuée en des séances spéciales au cours desquelles des précautions particulières seront prises.
Pendant près de 20 ans, chaque mercredi à midi, les habitants des villages voisins des champs de destruction ont eu l'habitude d'entendre les explosions des fourneaux préparés pendant la semaine par les artificiers.
Dans certains cas, ces champs d'explosion se trouvaient à peine à 700 mètres des premières habitations, lesquelles voyaient leurs vitres vibrer sous le souffle produit.
Par précaution, une demi-heure avant midi, les agriculteurs avaient pris l'habitude de quitter leurs champs situés à proximité.
Avec la Seconde Guerre mondiale, des problèmes apparaissent.
En 1940-1941, l'entreprise Léon Berge procède à la destruction des engins explosifs au seul champ d'explosions de Fampoux.
Le 29 septembre 1941, le champ d'explosions de Fampoux est fermé par les autorités allemandes, suite à l'installation à proximité d’une ligne à haute tension.
En 1944, la situation est difficile.
La pénurie d'effectifs techniciens, le manque de carburant, et la multiplicité des communes qui réclament une intervention pour engins non éclatés, rend les délais d'intervention de plus en plus longs.
Jusqu'en 1954 les terrains de stockage et de destruction se situent sur les territoires de Fampoux (stockage et destruction), Puisieux (destruction), Marck-en-Calaisis (stockage et destruction) et Audinghen (zone rouge).
Les sites ne sont pas sécurisés, entraînant des accidents par la suite d'imprudence commises par les récupérateurs de ferrailles et des enfants s'y amusant.
De 1954 à 1958, la destruction des engins ne s'opère plus qu'à Marck-en-Calaisis (terrain du Fort Vert), suite à l'intervention du maire de Fampoux qui ne voulait plus d'un champ d'explosion dans sa commune.
Toutefois, face à l'accroissement des stocks, le préfet Phalempin décide - sur une proposition du directeur des services départementaux de la reconstruction et du logement - de reprendre la destruction des engins de petits calibres sur le champ d'explosion de Fampoux (notification au maire du 19 mai 1958 [6]).
En 1963, la question du stockage est de plus en plus problématique.
La collecte de 1.000 à 1.500 obus tous les deux jours sur le chantier du Canal du Nord ne permet plus le transport vers Marck.
« Le terrain de stockage de Fampoux, qui est toujours utilisé parce qu'il est matériellement impossible de transporter les engins directement sur le terrain d'explosion, a une superficie d'environ 400 m2 [7].
Ce terrain sert également pour la destruction des engins de petits calibres. Il est entouré d'une clôture en fils de fer barbelés.
La porte d'accès est cadenassée régulièrement après chaque transport de munitions. Actuellement se trouvent entreposés sur ce terrain environ 2.500 engins divers.
Le terrain de Marck-en-Calaisis, sis au lieu-dit La Maison Blanche, se trouve situé au milieu des dunes. Il sert à la fois de lieu de stockage et de champ d'explosion.
Ne disposant pas du personnel nécessaire, ce terrain, de même que celui de Fampoux, ne fait l'objet d’aucune surveillance.
En 1967, le terrain de Fampoux ne peut plus être utilisé comme centre de stockage car il se retrouve sur l'emprise de l'autoroute A1 (Paris-Lille).
Après des recherches, « Il résulte que MM. [[9]] Lucien demeurant 10, rue Faidherbe à Vimy et [[10]] demeurant rue Faidherbe à Vimy consentiraient à mettre à la disposition du service du déminage, les parcelles de terrain en friche cadastrées section D numéro 96 et section D numéro 98 P lieu-dit La France à Vimy, moyennant une location de 4 quintaux à l'hectare [11] ».
Le premier des baux de location est signé le 17 janvier 1968 pour une durée de 9 années entières et consécutives avec effet au 1er août 1967.
Le terrain a une superficie de 19 a 55 (il a la forme d’un trapèze avec les dimensions suivantes : petite base : 29,50 m, grande base : 45 m, hauteur : 52,50 m), il est cadastré au Lieu-dit La France sous partie du numéro 149 de la section ZD (après remembrement).
« Terrain de stockage de Vimy. La clôture du terrain est en bon état. La porte vient d'être remise en état (...) Le stock est évalué à environ 80 tonnes.
Cette opération [d’évaluation] a été rendue difficile par les herbes qui envahissent les tas de munitions. Ce terrain devra faire l'objet d'un sérieux nettoyage.
« Vous rends compte que grâce à collaboration efficace entre chef de centre Arras et chef de centre Amiens, stock engins de guerre entreposés au dépôt de Vimy a pu être résorbé.
Jusqu'en octobre 1993, la destruction des munitions chimiques s'effectue au Crotoy.
Après cette date, la décision est prise d'arrêter les tirs en Baie de Somme, sans que toutefois ne soit trouvée une solution alternative.
De fait, le stock de munitions, en particulier chimiques, s'accumule d'année en année à Vimy [15].
Cette situation résulte, entre autres, d'une résolution internationale prise le 13 janvier 1993 à Paris par la convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques, et sur leur destruction.
Cette convention précise à son article IV, paragraphe 10 que : « Chaque État partie accorde la plus haute priorité à la sécurité des personnes et à la protection de l'environnement pendant le transport, l'échantillonnage, le stockage et la destruction des armes chimiques ».
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