Les paysages du Jura franc-comtois, bien que moins imposants que ceux des grandes chaînes montagneuses, possèdent un charme unique et une variété d'aspects inégalables. Les puissantes masses calcaires de la chaîne jurassienne recèlent des merveilles moins accessibles, d'une beauté incomparable, et dont certaines n’ont encore été contemplées par nul œil humain; des rivières et des lacs limpides sur certains desquels nul esquif n’a encore flotté.
Ce monde souterrain si intéressant et si étrange, dont une partie seulement nous a été révélée par les récentes explorations spéléologiques, réserve aux touristes plus hardis, épris de spectacles imposants et grandioses, et aux chercheurs que les difficultés matérielles ne découragent pas, un vaste champ d’investigations, joignant à l’attrait de l’imprévu et de l’inédit celui d’un certain péril à affronter et d’obstacles à vaincre.
Il y a plus d’un siècle, le professeur Eugène FOURNIER commençait ses grandes explorations sur les plateaux de Franche-Comté. En fait, c’est Edouard-Alfred MARTEL qui inventa le concept moderne de Spéléologie en 1888 dans les grands Causses du Massif Central.
Les autorités ne disposent même pas de l’inventaire de l’énorme stock d’obus jeté dans le gouffre en 1923 par l’autorité militaire. Il est donc parfaitement légitime que le trou de Jardel, situé en amont des sources de la Loue, continue de soulever craintes et interrogations. Ce fut encore le cas à l’occasion des hécatombes piscicoles de la Loue au printemps 2010.
Une nouvelle visite par la Sécurité Civile de ce dépôt, accompagnée de prélèvements à fin d’analyses avait été réalisée avec l’aide des spéléos du Doubs au mois d’octobre 2010. Des prélèvements d’eau et de sédiments ont été réalisés afin de déceler d’éventuels polluants, en particulier d’acide picrique .
Lire aussi: Pistolet de massage Nature et Découvertes : Test complet
Selon l’A.R.S, « l’acide picrique ou acide carbo-azotique ou mélinite est le terme commun pour le composé chimique 2,4,6-trinitrophénol. C’est un composé très réactif utilisé comme explosif dans les munitions et obus de la première guerre mondiale. Tous les résultats d’analyse sont normaux, inférieurs au seuil de détection analytique du laboratoire.
Les démineurs ont effectué des prélèvements dans des obus brisés lors de la chute. Par ailleurs, deux obus de 75 mm ont été transportés vers le terrain de destruction du centre de déminage de Colmar, et ouverts à l’aide de charges pyrotechniques afin d’effectuer des prélèvements d’explosif.
L’examen visuel des obus a permis de constater que l’oxydation était très peu marquée, notamment pour ceux qui sont à l’air libre ou dans l’eau. L’examen et les prélèvements effectués ont mis en évidence la présence de mélinite dans les culots des obus brisés il y a 87 ans, ce qui confirme bien la faible solubilité de cet explosif dans l’eau froide et donc une forte dilution au cours des années.
Pour d’autres projectiles, la chute a endommagé les gaines, entraînant une perte d’étanchéité et la formation d’exsudats bien visibles sur plusieurs exemplaires situés hors eaux au moment de la mission d’exploration.
Voici les détails concernant les explosifs et les matériaux utilisés dans les munitions :
Lire aussi: Votre première expérience au stand de tir.
Pour la nature des enveloppes, les obus explosifs peuvent être en acier, fonte ou fonte aciérée, à l’exclusion de tout autre métal. Il est à noter l’absence de tout dispositif d’amorçage sur les munitions.
La mission du 5 au 18 octobre 2010 a permis de mettre en évidence la présence de 17 types de munitions de 9 calibres différents (de 65 mm à 220 mm) et de 14 longueurs différentes (240 à 813 mm). Il convient en outre de préciser que la surface du fond du gouffre n’est pas clairement établie, des éboulis étant présents en grande quantité.
Quoi qu’il en soit, ces projectiles militaires, n’ont rien à faire au fond de ce gouffre. Et l’État ne devrait -il pas donner l’exemple en programmant le nettoyage de sa décharge sauvage explosive?
Depuis fin août, plusieurs cas de pêche à l’aimant , activité qui peut se révéler très dangereuse, ont été recensés au bord du Doubs. Le 30 août, à Besançon, deux adolescents ont sorti un morceau métallique rouillé à l’aide d’un puissant aimant. Tentant d’ouvrir l’objet, ils l’auraient jeté par terre. Heureusement, aucune explosion n’est survenue.
Le 1er septembre, à Besançon, un jeune homme a pêché deux engins ressemblant à des obus. Leur poids avoisinait les 10 kg chacun. Le pêcheur a rapporté ses trouvailles chez lui, sans aucune protection.
Lire aussi: Analyse balistique
Dans les deux cas, les services de déminage ont été alertés. Malgré un important travail de déminage réalisé depuis la Seconde Guerre mondiale, il reste toujours, enfouies dans la terre ou dans les cours d’eau, des munitions, pouvant, malgré leur ancienneté, se révéler très dangereuses. Ces obus rouillés peuvent exposer ceux qui les extraient à de graves blessures en cas d’explosion.
La fin de la Première Guerre mondiale c'est aussi la naissance d'une nouvelle industrie militaire : comment se débarrasser d'immenses quantités de munitions et matériaux, souvent toxiques? Les surplus et déchets ont été enfouis sous terre ou jetés à l'eau par centaines voire par milliers de tonnes.
Cent ans après, les conséquences écologiques et sanitaires éclatent, sans qu'aucune véritable mesure en termes de prévention ou de dépollution soit prise. Seuls quelques panneaux dissuasifs balisent des sites hautement dangereux.
Les combattants ont utilisé des quantités incalculables de munitions innovantes, performantes, perforantes, insidieuses et polluantes. Le Nord-Pas-de-Calais, la Lorraine, la Champagne-Ardenne, l’Ile-de-France, la Picardie, l’Alsace et la Franche-Comté sont des terroirs de guerre superposées.
Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres équivalant à 15 millions de tonnes de métaux ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat.
Les munitions chimiques ne sont pas les seules à polluer. Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols. Une corrélation est relevée entre les teneurs maximales et les régions les plus sinistrées par les deux dernières guerres.
En cours de dégradation, ils libèrent dans l’environnement des substances toxiques, écotoxiques, herbicides, insecticides, biocides, solubles dans l’eau. Il ne faut pas oublier le mercure. Un seul détonateur d’obus de la Première Guerre mondiale contenait 2 grammes de mercure.
Les études sur les pollutions résiduelles et les effets de la guerre sur les espèces animales et végétales autour de Verdun sont rares. Elles décrivent l’extinction des salamandres, la raréfaction et la recolonisation très lente par les tritons, les crapauds, les grenouilles et les reptiles.
Voici quelques exemples de découvertes de munitions dans la région :
Face à ces risques, il est crucial de respecter les consignes de sécurité et de signaler toute découverte suspecte. La police appelle les adeptes de la pêche à l’aimant à la prudence.
En Haute-Saône, l’activité est interdite par arrêté préfectoral du 13 juillet. Dans le Doubs, elle reste autorisée mais soumise aux règles encadrant la détection d’objets enfouis.
Pour éviter tout problème, mieux vaut composer le 17 en cas de découverte de munitions (obus, grenades…), d’arme ou d’engin suspect.
tags: #decouverte #munition #gouffre #jura #histoire