La chevrotine, munition composée de grains de plomb, soulève de nombreuses questions dans le monde de la chasse. Sujet sensible, parfois mal compris, souvent débattu : la chevrotine fait partie des munitions les plus emblématiques de la chasse en France. Utilisée surtout pour le sanglier en battue, elle est à la fois redoutablement efficace… et très encadrée. Munition aussi ancienne que controversée, la chevrotine continue de susciter débats et fantasmes. Trop souvent mal comprise, y compris par certains néophytes du monde cynégétique, elle mérite qu’on remette les pendules à l’heure.
La chevrotine est une munition composée de plusieurs plombs de gros diamètre, généralement utilisés dans un fusil lisse de calibre 12. Chaque cartouche contient entre 6 et 28 projectiles, capables de causer de lourds dégâts à courte distance. Elle est historiquement employée pour la chasse au sanglier en battue, car elle permet de couvrir une zone plus large qu’une balle unique, tout en gardant un bon pouvoir d’arrêt. Cependant, elle ne pardonne aucune erreur de tir. D’où les nombreuses critiques liées à la sécurité de son usage.
Contrairement à une balle, la chevrotine n’a pas une trajectoire précise au-delà d’une certaine distance. Au-delà, la dispersion des plombs devient aléatoire, ce qui rend le tir imprécis et potentiellement dangereux. La question du type de bourre est également cruciale. Une mauvaise utilisation peut mettre en danger les autres chasseurs ou les chiens.
En France, l’utilisation de la chevrotine est strictement encadrée. Par défaut interdite, elle est autorisée uniquement par dérogation préfectorale, dans des contextes cynégétiques bien définis. L’objectif ? Permettre une régulation efficace du sanglier dans des biotopes particulièrement fermés ou difficiles d’accès. Dans chaque département, les modalités d’usage peuvent varier : nombre de grains, distances de tir, types de battue, zones précises, etc.
Jusqu’à présent, elle était autorisée uniquement en Corse et dans les Landes, où les Fédérations Départementales des Chasseurs la jugent efficace pour réguler le grand gibier. Cela a conduit à une réévaluation de sa réglementation à l’échelle nationale. Alors que des règles nationales étaient attendues, ce sont finalement les fédérations départementales qui doivent assumer cette responsabilité.
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Le 1er mars 2023, un accord national a été signé lors du Salon de l’Agriculture à Paris entre les représentants du monde agricole et cynégétique, et les Ministères de l’Agriculture et de l’Écologie. Cet accord vise à réduire les dégâts causés par le grand gibier de 20 à 30 % d’ici 2025. Le débat sur l’utilisation de la chevrotine nécessite une approche complexe et nuancée.
L’arrêté ministériel autorisant l’usage de la chevrotine est sorti tardivement en Isère. Il prévoit que le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) doit fixer les conditions de son utilisation. La Fédération Départementale des Chasseurs de l’Isère a bien émis une demande de dérogation auprès du préfet le 29 janvier dernier, mais elle préfère prendre le temps nécessaire pour une application probable à l’ouverture 2025-2026.
A titre expérimental, par dérogation aux dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 1er août 1986 susvisé, jusqu'au 31 mai 2023, l'emploi de chevrotines est autorisé pour le tir du sanglier en battues collectives dans les territoires du département des Landes.
L'emploi de la chevrotine n'est autorisé que dans le cadre de battues collectives comprenant un nombre minimal de 7 participants.
Seules les chevrotines comprenant 21 grains, dont le diamètre des grains est compris entre 6,20 mm et 6,30 mm et sans billes d'acier, pourront être employées. Lors du tir, la distance entre le tireur et l'animal ne doit pas excéder 15 mètres.
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Toute battue collective au cours de laquelle des chevrotines seront employées devra être inscrite sur un registre retiré auprès de la fédération départementale des chasseurs des Landes. Celui-ci sera renseigné par le responsable de la battue et retourné à la fédération départementale des chasseurs au plus tard le 15 avril 2023. Il devra notamment comprendre les informations suivantes :
Les animaux blessés doivent être recherchés, y compris en utilisant les chiens de rouge. Un bilan des prélèvements, accompagné d'analyses, en termes d'efficacité et de sécurité de la mesure, sera adressé par la fédération départementale des chasseurs des Landes, au préfet des Landes, à l'Office français de la biodiversité et au ministère chargé de la chasse au plus tard le 31 août 2023. L'Office français de la biodiversité établira un rapport sur cette expérimentation avant le 1er octobre 2023.
La chevrotine est une munition dispersante tirée dans un canon lisse, mais elle se distingue des cartouches classiques par la taille de ses projectiles : Chaque cartouche contient entre 9 et 28 billes de plomb (ou substituts sans plomb), des chargement spéciaux à 6 billes existent aussi (chez l’américain Hornady notamment) mais leur usage est à notre connaissance interdit en France pour la chasse. Plus les grains sont nombreux, plus ils sont petits et dispersent vite ; à l’inverse, les charges de 6 ou 9 grains contiennent de gros projectiles capables de réelle pénétration et d’une dispersion légèrement moindre à choke égale. Ces cartouches affichent généralement des charges de 36 à 40 grammes.
Comme vous le savez, la chevrotine n’est pas une munition pour le tir à distance. Son efficacité repose sur des tirs courts et contrôlés. Ainsi, les cartouches 9 grains ont une portée utile de 25 à 30 m , ce qui nous semble le maximum possible avec ce type de munitions même avec des cartouches à bourre à jupes disponibles depuis quelques années chez certains encartoucheurs. Les 12 ou 16 grains doivent être tirées sur un animal à une vingtaine de mètres maximum et l’usage des 21 ou 28 grains doit se limiter à des tirs à 10 voire 15 m .
Le choke du fusil est déterminant pour garantir la précision et la concentration des impacts : Si le 1/2 choke est semble-t-il le meilleur compromis pour la régularité de la gerbe lors du tir de ce type de munitions, certains obtiennent des résultats satisfaisants avec un choke 3/4. Le full choke est quant à lui fortement déconseillé car pouvant engendrer une pression excessive et des dispersions anarchiques.
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L’emploi d’un fusil calibre 12,( les calibres plus petits, 16 et 20, étant interdits pour le tir à la chevrotine dans la majorité des départements) à canon lisse est à privilégier car le tir dans des canons rayés « classiques » entraîne une dispersion rendant la munition totalement inefficace (le fameux « effet donut » : rien au centre de la cible et un cercle de projectiles tout autour).
Peut-on utiliser une arme de catégorie B à la chasse ? Déjà, rappelons qu’il est interdit d’utiliser une arme détenue à titre sportif, en dehors des installations prévues à cet effet. En principe, il n’est pas possible de chasser avec une arme d’épaule de catégorie B pour les mêmes raisons de port interdit que pour les armes de poing. La majorité des anciennes armes à verrou classées en 1e catégorie sont désormais classées en catégorie C, donc autorisées à la chasse.
De toute façon, l’arme et la munition doivent respecter les dispositions règlementaires concernant la chasse. Sont notamment interdits : les systèmes de visée permettant des tirs à plus de 300 m, les balles blindées, le rechargement automatique de plus de trois coups, les visées nocturnes avec amplificateur de lumière électronique, et les cannes-fusils. Tout calibre égal ou supérieur à 20 mm (canon rayé, classé en A4) ou supérieur au calibre 8 (canon lisse, classé en A5 et sauf exceptions) est interdit d’acquisition et de détention, donc évidemment d’utilisation à la chasse (cf. Dans certains cas, le calibre .22 LR reste interdit à la chasse.
Depuis le 1er août 2018, certains fusils à pompe rayés ont été surclassés en catégorie B. seuls les tireurs licenciés qui ont demandé en 2019 une autorisation de détention de catégorie B ont pu les conserver sans modification mais ne peuvent les utiliser qu’en stand de tir. Le décret du 6 mai 1995 avait prévu dans son article 116, la possibilité transitoire pour les détenteurs majeurs de conserver certaines armes surclassées. Pour cela, il fallait déclarer les armes avant le 6 mai 1996 et la préfecture délivrait un récépissé appelé Modèle 13. Cette autorisation était délivrée à vie et personnelle.
Lors d’une battue aux sangliers, si une zone pose un problème de sécurité, le responsable de la battue pourra désigner un ou plusieurs postés pour utiliser la chevrotine. Dans ce cas, les chasseurs concernés ne devront pas utiliser de balle mais uniquement la chevrotine. En zones humides, la règlementation sur l’utilisation du plomb s’applique également pour la chevrotine. Dans ce cas, si le tir à balle n’est pas possible, des chevrotines de substitution devront être utilisées. Attention, outre ces battues organisées (ou battues administratives précisant la possibilité d’utiliser la chevrotine), il est formellement interdit de transporter cette munition.
La chevrotine, mal comprise ou diabolisée, a toute sa place dans une pratique de chasse raisonnée et encadrée. Elle exige de la part du chasseur discipline, expérience et connaissance de son matériel.
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