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Stupeur, indignation, répulsion… L’éventail des réactions publiques provoquées par le clip de 1er pocheton (référence à un sachet en plastique contenant de la drogue), du groupe de rap Sarcelleslite, témoigne du rejet dont il fait l’objet.

Deux mois après sa publication sur YouTube, où elle frôle les 120 000 vues, la vidéo se retrouve au centre d’une polémique qui dépasse largement le cadre du grand ensemble de Sarcelles, où le clip a été tourné.

Le député-maire socialiste de la ville, François Pupponi, a annoncé vouloir saisir la justice. Une enquête est ouverte, qui pourrait conduire à des procédures pour détention d’armes, incitation à la débauche et apologie du crime.

Le Contexte et les Réactions

Un clip du groupe Sarcelleslite met en scène de très jeunes rappeurs avec des armes à feu et des billets de banque. Le maire de Sarcelles a déclaré vouloir saisir la justice. Une enquête est en cours.

Pourtant son réalisateur, un jeune homme de 25 ans, a fait part de sa surprise : « On parle de drogue, comme dans les films. Mais ce ne sont pas des dealers, ils vont tous à l’école. Il n’y a rien de méchant, c’est que de la comédie, que des comédiens ».

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Nier la capacité des rappeurs et de leur public à prendre du recul est une attitude couramment répandue. « On refuse systématiquement la possibilité du second degré au rap, c’est une constante depuis plus de vingt ans, analyse le sociologue Anthony Pecqueux.

La Violence et le Rap : Une Histoire Complexe

De fait, de nombreux clips violents ont fait l’objet de diffusions restreintes, voire d’interdictions. « Ce fut le cas de J’appui sur la gâchette de NTM en 1993, qui a été interdit de diffusion avant minuit, ou d’Hardcore d’Ideal J en 1998, dont le clip était construit à partir d’extraits très violents du journal télévisé, et qui a été sujet à censure », rappelle Olivier Cachin.

Le cas le plus similaire à l’affaire du clip de 1er pocheton remonte à 2011. A l’époque le groupe de rap Cirdo a été poursuivi en justice pour incitation à la violence et outrage à policier dans le clip de Y’a qu’les putes qui écartent.

Un homme attaché sur une chaise y est lynché puis jeté dans le canal. Le maire (UMP) de Cavaillon (dans le Vaucluse, ville d’origine du groupe), s’était porté partie civile. Les deux jeunes avaient été déclarés tous les deux coupables de “fabrication d’un message violent, pornographique ou contraire à la dignité de la personne”.

Le premier a été condamné à 4 mois de prison ferme et 500 € d’amende, et le second à 4 mois de prison avec sursis et 500 € d’amende.

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Pour condamner les auteurs de 1er Pocheton, il faudrait commencer par prouver que les armes figurant dans le clip ne sont pas factices, et que le fameux pocheton ne contient pas du romarin.

De même, les contre-plongées rappellent le clip de Zoo, dans lequel des rappeurs se baladent en pleine rue avec des armes à l’épaule dans une ambiance de guérilla urbaine.

« Ce clip est tout compte fait assez anecdotique, il reprend l’esthétique des clips de gangsta rap français, et illustre assez bien le propos de la chanson Petit frère de IAM : ils veulent jouer aux cow-boys et aux indiens », estime Olivier Cachin.

En s’inscrivant précocement - sans préjuger de la qualité de leur flow et de leurs paroles - dans les pas de leurs aînés, le crew des Sarcelleslite leur reprend aussi des motifs éculés dans le rap hardcore français, où drogues, flingues et misogynie sont courants.

« Ce n’est pas nouveau, Scarface continue d’être une référence dans les quartiers populaires depuis des années, les jeunes aiment jouer des rôles de méchants », explique le sociologue spécialiste du rap Anthony Pecqueux, qui a pu le constater lors d’une étude ethnographique à Villeurbanne.

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Les ennemis invétérés du rap en général s’en réjouissent, d’autant plus que les auteurs sont très jeunes.

Parallèles et Références Culturelles

Le fléau des armes à feu, le racisme contre les Noirs américains, les violences policières, la société du divertissement et du paraître à l’ère des réseaux sociaux… Le dernier clip de l’artiste Childish Gambino, de son vrai nom Donald Glover, « This is America », portrait très sombre de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui, a rassemblé plus de 60 millions de vues depuis sa mise en ligne, samedi 5 mai.

Il continue de nourrir le débat sur les réseaux sociaux et dans les médias américains, qui tentent d’en disséquer les nombreux messages et références, plus ou moins explicites et ouverts aux interprétations.

Le New York Times et le magazine britannique Dazed & Confused, notamment, ont décortiqué plusieurs des messages qui y apparaissent. Comme le fait que les armes soient mieux traitées que les hommes : après la violente scène où un chanteur noir est abattu d’une balle dans la tête, on peut ainsi voir le corps de la victime être traîné, tandis qu’un homme vient soigneusement récupérer l’arme à feu dans un tissu rouge.

La scène de la fusillade d’un chœur d’église composé de chanteurs noirs américains fait, elle, plus explicitement référence à la tuerie raciste d’une église épiscopale de la communauté noire à Charleston, en 2015. Son auteur Dylann Roof avait alors déclaré vouloir déclencher « une guerre entre les races ».

Au-delà de la dénonciation du racisme et des armes à feu, le clip se veut aussi une attaque en règle de notre société du divertissement et du paraître, exacerbée à l’ère des réseaux sociaux, où la quête du succès et de l’argent empêche d’ouvrir les yeux sur l’oppression et la violence.

Ainsi, si l’on se concentre sur les scènes festives au premier plan, on pourrait facilement en oublier le chaos qui figure à l’arrière. Une courte scène montre aussi un groupe de jeunes en train de filmer les émeutes sur leur smartphone, faisant penser à la série Black Mirror, relève Dazed.

Le clip se termine sur Childish Gambino poursuivi par la foule, les yeux exorbités. Une fin qui, là encore, laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations. La scène a, en tout cas, rappelé à beaucoup d’internautes le film Get Out, qui traite également du racisme.

Le Rap comme Expression et Contestation

« Pour moi, le rap est la forme artistique la plus libre, et peut-être la plus complète : j’y joue un personnage, j’invente un scénario et je compose ma bande-son. »

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