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Le clip "This is America" de Childish Gambino est une œuvre marquante qui dépeint une vision sombre et complexe de l'Amérique contemporaine, abordant des thèmes tels que le racisme, la violence armée et la culture du divertissement.

Une figure historique réincarnée : Jim Crow

Pour démontrer tout cela, Childish Gambino incarne tout au long du clip - et sous différents aspects - une figure historique de la culture américaine : Jim Crow. Ce personnage créé aux États-Unis en 1828 a été popularisé par les minstrels, ces spectacles racistes où des acteurs blancs se grimaient en Noirs pour les ridiculiser et divertir les populations blanches.

Le personnage de Jim Crow était supposé incarner l’homme noir tel qu’on le voyait au 19e et 20e siècle : stupide, faible, paresseux, sournois, incompétent, indigne de confiance, etc. Il était vêtu de guenilles, parlait avec un accent grossier et se dandinait de manière saccadée. Mais le Jim Crow de Childish Gambino se veut un peu plus actuel, comme pour mieux illustrer à quel point il correspond encore à la représentation que l’Amérique se fait de l’homme noir en 2018.

L’artiste l’incarne d’abord à travers la danse, seul puis entouré d’enfants. Cette apparente « black joy » révèle surtout que le constat reste le même qu’au siècle dernier : aux yeux de la société américaine, les Noirs et leur culture restent cantonnés au champ du divertissement.

La violence omniprésente et la place du divertissement

Pendant toute la durée du clip, la caméra ne se focalise que sur les danses et mimiques de Childish Gambino et des enfants qui l’entourent, tandis que des scènes de chaos se trament en arrière-plan. Entre les suicides, les émeutes et les arrestations, on aperçoit même la représentation biblique de la mort, représentée par un homme sur un cheval blanc suivie par une voiture de police.

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Cet effet technique aide à représenter la visibilité qu’à l’Amérique blanche des violences auxquelles sont soumis les Afro-Américains. S’il lui est impossible de ne pas la remarquer, il lui est malheureusement permis de ne pas s’en soucier, pour plutôt se concentrer sur le divertissement que les Noirs leur offre à voir à travers leur culture. La réalité est même présentée comme un divertissement.

La place prise par les vidéos de smartphones est évoquée dans le clip, à travers des enfants qui filment ses faits et gestes. Toujours dans son interprétation de Jim Crow, Childish Gambino enchaîne les séquences où il passe d’un homme dansant à un homme menaçant et meurtrier.

Les armes à feu et la vie des Afro-Américains

Entre deux déhanchés, Childish Gambino tue onze personnes dans « This is America ». Toutes noires. L’un des premiers aspects que ses meurtres suggère est que, dans l’imaginaire américain, seul l’homme noir tue. La violence n’est vue que du côté des Afro-Américains alors même que les tueries de masse aux États-Unis ont été majoritairement le fait d’américains blancs.

Pour illustrer cela, la scène de la chorale que Childish Gambino fusille - avant de passer devant une voiture de police sans se faire arrêter - est une référence à l’attentat perpétré le 17 juin 2015 dans une église de Charleston, où neuf afro-américains avaient été tués par Dylan Roof, un suprémaciste blanc. En écho à cela, une référence au « black on black crime » peut être également vue dans ces scènes de meurtre.

Le deuxième aspect à relever des différentes fusillades du clip est que l’Amérique a plus de considérations pour ses armes que pour la vie des Afro-Américains. Quand les corps des personnes tuées sont traitées sans aucun respect (traînés parterre ou tout simplement laissés là), les armes, elles, sont récupérées avec la plus grande attention. À chaque fois, c’est à un enfant noir qu’elles sont confiées.

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On constate également qu’un corps noir désarmé est plus effrayant qu’une arme. Childish Gambino tue ces onze personnes sans que personne ne bouge et ne devient qu’une réelle menace que lorsqu’il mime une arme avec ses mains. En 2014, Tamir Rice, jeune garçon de 12 ans, mourrait des balles de la police alors qu’il s’amusait dans un parc avec une arme factice.

Violences policières et invisibilité des femmes noires

Dans la scène qui suit, c’est presque une chronologie des violences policières contre les Afro-Américains lors de contrôles routiers qui est proposée. Le nombre de voitures et la diversité d’époques des véhicules symbolisent la longue liste des victimes non seulement de contrôles routiers abusifs, mais plus généralement des violences policières. Cela indique que ces violences-là font parties de l’histoire américaine.

C’est également à ce moment qu’apparaît un autre élément de cette peinture de l’Amérique de 2018 : la place des femmes noires. La chanteuse SZA fait un bref acte de présence à 40 secondes de la fin du clip. Son apparition est furtive, muette et à l’écart du centre d’attention. Comme si les femmes noires ne pouvaient prétendre à autre chose que quelques secondes à la fin d’un speech où elle n’ont pas la parole.

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