Les manifestations en France, notamment celles des « gilets jaunes », ont été marquées par des tensions et des violences, soulevant des questions sur l'usage des armes par les forces de l'ordre et les blessures infligées aux manifestants, en particulier aux étudiants.
Le samedi 8 décembre, le mouvement des « gilets jaunes » a rassemblé 136 000 manifestants sur l’ensemble du territoire. Pour ce quatrième samedi de mobilisation, 89 000 membres des forces dites « de l’ordre » ont été mobilisés, dont 8 000 à Paris, appuyés par 14 « VBRG », véhicules blindés à roue de la gendarmerie. Une vague massive d’interpellations a eu lieu ce samedi 8 décembre, quatrième samedi ou acte IV de la mobilisation du mouvement des « gilets jaunes ».
Des interpellations au cours desquelles la police confisque des fioles de sérum physiologique, apportées pour aider et soulager les gens asphyxiés par les gaz lacrymogènes, des masques de protection, des casques de cycliste, etc. Dérober le matériel de protections aux manifestants suscite l’indignation et jette de l’huile sur le feu. Finalement, sur la seule journée du samedi 8 décembre, les forces de police ont interpellé 1 723 personnes participant au mouvement, dont 1 082 rien que sur Paris, lesquelles ont débouchées sur 820 gardes à vue.
En attendant, les plaintes déposées s’accumulent alors qu’on célèbre, ce 10 décembre, le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 9 stipule : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé. »
Le samedi 1er décembre, alors que des manifestations ont lieu dans toute la France, Zineb Redouane, une femme de 80 ans, se trouve dans son appartement au quatrième étage du 12, rue des Feuillants, adjacente à la Canebière à Marseille. Soudain, elle s’apprête à fermer ses volets et reçoit une bombe lacrymogène au visage, tirée lors d’incidents sur la Canebière après les manifestations. Elle décède quelques heures plus tard, au bloc opératoire de l’hôpital de la Conception, le dimanche 2 décembre.
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Quelques jours plus tard, des jeunes du lycée Simone-de-Beauvoir, à Garges-lès-Gonesse manifestent le 5 décembre 2018 contre Parcoursup devant leur Lycée. L’un d’entre eux, Issam, un élève de Terminale de 17 ans, est touché par un tir tendu de flash-ball et s’effondre devant son professeur Mathieu Barraquier, il a la joue déchiquetée (1). Le même jour, Oumar, 16 ans, a été grièvement blessé par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), à la porte du lycée Jacques-Monod à Saint-Jean-de-Braye, près d’Orléans.
Le 6 décembre, l’arrestation de 151 jeunes de Mantes-la-Jolie choque. Deux jours plus tard, Fiorina, une étudiante de 20 ans originaire d’Amiens, et Thomas, 20 ans aussi, un étudiant nîmois sont grièvement blessés au visage par des balles en caoutchouc sur les Champs-Élysées.
Lors du rassemblement à Bordeaux ce 8 décembre, Antoine, 26 ans, a été amputé de sa main droite après l’explosion d’une grenade qu’il essayait de renvoyer sur « les forces de l’ordre ». 32 autres manifestants seront blessés. Antoine a vraisemblablement été mutilé par une grenade explosive de type GLI-F4, une arme composée de 25 grammes de TNT et d’une charge lacrymogène, qui tutoie les 165 décibels lorsqu’elle explose, soit plus qu’un avion au décollage et que seul la France utilise en Europe dans ses opérations de « maintien de l’ordre ».
Pourtant, dès le 30 novembre, un collectif d’avocats de personnes blessées par ce type de munitions adressait une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, dans laquelle ils l’appelaient à cesser l’usage de cette grenade en vue de la nouvelle mobilisation prévue le 1er décembre. Le collectif prévoit d’introduire des recours devant le tribunal administratif.
Quatre syndicats de journalistes ont demandé à être reçus « en urgence » par Emmanuel Macron après des « dérapages inadmissibles » des forces de l’ordre, notamment à Paris, contre des reporters de terrain et des photographes en marge de la manifestation des gilets jaunes. Les hôpitaux de Paris ont pris en charge 170 blessés contre 162 le 1er décembre. En tout, depuis le début du mouvement, mi-novembre, près d’un millier de personnes ont été blessés et parfois très gravement.
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« C’est Christophe Castaner qui est responsable », affirme Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne syndicale et démocratique (UNL). On ne compte plus le nombre de blessés par des tirs de flash-ball lors des manifestations de gilets jaunes. Les faits se sont déroulés à Paris en fin de journée. Louis Boyard est sur la place de la République pour participer à l’acte 12 du mouvement des gilets jaunes, placé sous le signe de la lutte contre les violences policières.
Dans un courrier adressé le 11 avril à l'ONU, le gouvernement s'est de nouveau défendu de tout « usage violent et excessif de la force », ce qu'avait critiqué l'institution internationale.
Le texte transmis par la France ajoute que « tant que les enquêtes en cours n'auront pas abouti, il n'est pas possible de déterminer, à ce jour, si les personnes blessées par des tirs de LBD l'ont été dans une situation justifiant le recours à cette arme, avec les conséquences malheureuses qui s'y attachent, ou dans une situation d'usage abusif, critiquable ».
Interrogé par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale le 22 janvier dernier, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait lui-même reconnu que « quatre personnes ont eu des atteintes graves à la vision [depuis le début de la mobilisation des Gilets jaunes], certains pouvant effectivement perdre un œil ».
Le Défenseur des droits demande l'interdiction du LBD, mais le ministère de l'Intérieur refuse.
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En 2018, 25 personnes ont souffert de blessures oculaires, causées par les lanceurs de balle de défense, contre seulement une l'année précédente et deux en 2016.
Le ministre de l’intérieur évoque « quatre personnes qui ont eu des atteintes graves à la vision ». Un chiffre très contesté par les observateurs des violences policières, qui parlent plutôt d’une quinzaine d’éborgnés.
Selon les précisions données au Monde, Christophe Castaner se cantonnait aux cas ayant donné lieu à une saisine de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), soit donc 4 cas sur 81 saisines au total.
Je me suis retrouvé un coup avec la marche pour le climat, un coup avec les gilets jaunes. Tout était mélangé. On s’en fichait. Quand j’ai vu cette grenade qui atterrissait entre mes deux pieds, mon seul réflexe… Elle envoie de la lacrymo avant d’exploser, c’est trompeur. Les CRS étaient hallucinés de voir le résultat de la grenade GLI-F4 […]. Je me suis rendu compte qu’il y a un niveau de violence, un niveau d’horreur tel que les excuses ne suffisent plus : tout ce qu’il reste, c’est la culpabilité. Dans le chaos, même les policiers sont soumis au stress et ne lancent parfois pas comme il faut : au pied des manifestants, dans des groupes et causent des dégâts monstrueux.
Il désigne ceux qu’il considère comme responsables, les « marionnettistes » : le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le préfet de Gironde et le sous-préfet. Je ne veux pas savoir qui a lancé cette grenade. Je ne veux pas connaître son nom : je pense que je tomberais trop facilement dans la haine gratuite et je n’en ai pas envie. Je ne sais pas s’il s’en veut. Mais si un jour il me lit, je tiens à le lui dire : pour moi, ce n’est pas de sa faute. Il n’a probablement pas fait exprès de m’exploser la main. En tout cas, j’ose l’espérer. Et oui, je lui pardonne.
C’est une blessure de guerre : il a fallu que le chirurgien en chef du service, qui était en vacances, revienne pour l’opération. Il a fait un boulot extraordinaire : ils ont réussi à sauver mon poignet. Je ne suis pas Antoine Boudinet, animateur socio-culturel : je suis juste Antoine, 26 ans, étudiant qui a perdu sa main. Au sein du collectif bordelais contre les violences policières, les victimes tentent de se coordonner et ont déjà organisé plusieurs rassemblements en parallèle des manifestations des Gilets jaunes, pour alerter sur un bilan local déjà bien sanglant : au moins deux mains arrachées, une mâchoire fracturée et un œil perdu.
Je n’en reviens pas d’avoir à le dire à voix haute : on n’envoie pas de la TNT sur des citoyens. Je n’ai pas anticipé qu’il pouvait y avoir des armes pareilles. Qui fait que j’ai ramassé cette grenade. Est-ce que j’ai été stupide, comme le disent les commentaires sur Internet ? Je ne sais pas. Je pense en tout cas avoir été très naïf.
| Année | Nombre de Blessures Oculaires |
|---|---|
| 2016 | 2 |
| 2017 | 1 |
| 2018 | 25 |
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