Envie de participer ?
Bandeau

L'histoire de l'armée italienne est souvent négligée, mais elle est riche en événements importants, notamment en ce qui concerne les troupes alpines.

Origines et Création des Troupes Alpines

Animé par les aspirations nationalistes qui traversent l’Europe en cette seconde moitié de XIXe siècle, le royaume d’Italie poursuit son unification et gagne en puissance au fil des années.

Dès les années 1870, plusieurs personnalités militaires et politiques françaises s’inquiètent de la création des chasseurs alpins (Cacciatori delle Alpi) italiens (chasseurs des Alpes) en 1872.

De son coté, l’Italie, qui vient de terminer son unité, met sur pied, le 15 octobre 1872, quinze compagnies alpines. Elles vont rapidement grossir en nombre et en organisation, jusqu’à devenir une subdivision d’arme spécifique.

En 1887, il existera vingt deux bataillons, renforcés de neuf batteries d’artillerie de montagne.

Lire aussi: Le Chasseur Tireur Breton en détail

Le recrutement local de montagnards, connaissant parfaitement le milieu alpin, favorise une aptitude à vivre en altitude et une mobilisation rapide des réservistes en cas de conflit.

Le 24 septembre 1876, général baron Berge, chef du service de l’artillerie au ministère, de retour d’une inspection sur la frontière, adresse au ministre de la guerre, un rapport alarmant sur la situation. L’Italie a pris de l’avance sur la France.

Son réseau de voies ferrées arrive à une étape de la frontière à Coni, Saluces et Pignerol. Les compagnies d’alpini parcourent sans cesse la frontière. La mobilisation française entraînera tous les hommes en age de porter les armes vers les centres de regroupement situés dans les basses vallées.

Avant leur retour, tous les cols importants seront aux mains de l’ennemi.

Face à cette menace, il est décidé de créer une armée des Alpes, avec les troupes des XIVe et XVe corps, qui, en cas de conflit, même avec l’Allemagne, devront tenir les Alpes en attendant de connaître sérieusement les intentions transalpines.

Lire aussi: Aperçu Détaillé : Fusil de Chasse

Si notre infériorité numérique ne permet pas de défendre la frontière même, il faut disputer à l’ennemi le terrain le plus en avant possible avec un maximum de forces. Pour cette raison, il faut créer des troupes analogues, capables de se battre en montagne.

La Première Guerre Mondiale

Au cours de la Grande Guerre, sur le front italien, une guerre montagneuse se déroula entre 2000 et 3000 mètres d’altitude, rapidement baptisée « guerre blanche », car la neige était abondante.

La configuration italienne du théâtre des opérations courrait en effet sur 600 km, du Stelvio (à la frontière italo-austro-suisse) à la mer mais le relief de montagnes représentait les deux tiers de la ligne de front.

Les Italiens connaissaient la guerre en montagne. Au cours des siècles, les forces du duc de Savoie puis celles du royaume de Piémont-Sardaigne s’étaient battues dans les Alpes, lors des guerres de Succession d’Espagne et d’Autriche et encore entre 1792 et 1796 contre les Français.

Puis au XIXe siècle, au moment des guerres du Risorgimento, les Piémontais et les Chemises rouges garibaldiens avaient évolué en 1848 et en 1859 dans la région des lacs alpins en Lombardie. En 1866, un corps de volontaires de plus 30 000 hommes commandé par Giuseppe Garibaldi avait affronté les chasseurs tyroliens autrichiens dans le Trentin.

Lire aussi: Le Tireur de Précision Chasseur Alpin en action

Puis les troupes de montagnes, ou Alpini, créées par le décret royal du 15 octobre 1872 avaient connu leur baptême du feu en Afrique orientale entre 1885 et 1896, en menant des opérations en altitude mais dans des conditions bien différentes de celles des Alpes, leur zone de prédilection.

Pour autant, jamais les combats n’avaient connu une grande intensité, et jamais ils ne s’étaient déroulés l’hiver. Or au cours de la Grande Guerre, le commandement italien dut adapter la tactique et les modes de combat à la géographie et aux contraintes du milieu.

Le front montagnard suivait grossièrement un S articulé autour de deux saillants orientés en sens inverse l’un de l’autre : le Trentin et le Cadore-Frioul.

Dans le Trentin, les routes du Stelvio (empruntant la Valteline), du Tonale et de la Giudicaria (haute vallée de l’Oglio), ainsi que du val Sugana (haute vallée de la Brenta) permettent de pénétrer dans la vallée de l’Adige par l’ouest et par l’est.

Dans le Cadore, une route latérale suit la haute vallée de la Piave par Auronzo. Plus à l’est, aucun col carrossable ne franchissait les Alpes Carniques.

Jusqu’en 1914 en effet, la doctrine d’emploi des forces des troupes alpines ne fut jamais très développée. Le « Règlement d’instruction et de service interne pour l’Infanterie », datant de 1892, laissait aux Alpini toute latitude pour s’adapter aux conditions du terrain en montagne sans précision.

Puis l’importance des Alpes devint telle que la doctrine d’emploi des forces de montagne fut remodelée dans les années 1900.

En 1914, les huit régiments Alpini (52 bataillons, 192 compagnies), réunis en 1910 en trois brigades, normalement armées de mitrailleuses, constituèrent les avant-gardes mobiles (avec des détachements de skieurs créés officiellement en 1902) occupant les fortifications qui verrouillaient les voies de passage. L’artillerie de montagne (trois régiments) et l’artillerie des forteresses les soutiendraient pour mener des opérations défensives ou retardataires permettant de concentrer des troupes dans la plaine padane.

Par ailleurs, les Alpini avaient l’habitude de passer l’hiver dans leurs villages et les brigades n’avaient ainsi aucune expérience de la guerre en montagne l’hiver.

À partir de 1914, les choses changèrent. Le général Luigi Cadorna, chef d’État-major général (le futur Comando supremo) adopta en effet, dans un mémoire daté du 21 août 1914, une tactique dans les Alpes, à la fois défensive et offensive.

La guerre devait désormais se faire été comme hiver et l’objectif fut de contrôler les sommets comme le précisa encore la circulaire n° 2324 du Comando supremo en date du 29 avril 1917 : « L’art des fortifications se soumet au terrain, et non le terrain à l’art. […] Pour obtenir un front le moins développé avec la plus grande économie de forces, la défense doit être portée sur les hauteurs » avec des flanquements, occupées par des mitrailleuses installés dans des cavernes creusées dans la roche et des « raccordements » (allacciamenti) ou cortine passant par les vallées, sous la forme de tranchées.

Encore fallait-il s’emparer de ces hauteurs au moyen de l’offensive frontale.

Les ordres d’occuper les cols et les sommets donnèrent naissance à une guerre de coups de main et d’exploits menées par de petites unités (escouade ou compagnie). Dans cette façon de faire la guerre, les alpini devinrent les troupes d’élite.

Le plus célèbre des coups de main exploitant au mieux le milieu physique fut sans nul doute la prise du Monte Nero le 16 juin 1915, à 2 245 mètres, dans les Alpes juliennes, objectif militaire pour s’assurer une meilleure position dans la cuvette de Caporetto et pour continuer l’action vers Tolmino.

Six compagnies alpini des bataillons Exilles et Susa prirent d’assaut le mont de nuit, après avoir grimpé une paroi rocheuse à pic (la face sud-est du Vrata, à 2014 mètres), pour atteindre une position d’où elles s’élancèrent à la baïonnette et à la grenade, prenant par surprise les Autrichiens.

Ces épisodes restaient cependant rares, car la guerre blanche fut surtout une guerre de position ou une guerre de l’intendance et du génie plus qu’une guerre opérationnelle.

Les tranchées en montagne conformément à la circulaire n°250 du 10 février 1915 devaient être soutenues par une artillerie lourde, des canons de 149 mm et de 210 mm, installés de préférence sur les flancs ou au sommet des angles rentrants, en terrain dominant.

Il fallait également ravitailler l’hiver les troupes restées en altitude, aussi bien en nourriture, qu’en armement, matériel et renforts.

Ce fut le tour de force du génie qui sut aménager 6500 km de routes (dont des routes dans les flancs des montagnes) et 700 km de chemin de fer type Décauville, construire des téléphériques dont celui de Enego au Monte Tomba long de 40 km, aménager des abris creusés dans la roche et des baraques en altitude pour abriter les hommes, surtout à partir de 1916.

Au pied se trouvent les baraquements, les tranchées et les barbelés italiens.

Or cette guerre « blanche » ne fut pas menée uniquement par des alpini, mais par des centaines de milliers de fantassins qui bien souvent voyaient pour la première fois de leur vie, les Alpes.

Mal équipés et mal entraînés, ils firent ce qu’ils purent en étant commandés par des officiers qui ignoraient la guerre en montagne et qui appliquèrent la guerre qu’ils pratiquaient sur l’Isonzo.

Le champ de bataille en montagne ressemblait en effet à celui du Carso.

La neige tombait en effet en abondance, et pouvait atteindre des épaisseurs de 4 à 5 m en altitude en étant permanente jusqu’à 200 jours par an. Les avalanches constituaient alors une sorte d’épée de Damoclès.

Celle du 13 décembre 1916, sur les pentes du Tofana, dans les Dolomites, déplaça quatre millions de mètres cubes de neige et bloqua la route d’accès à la chaîne de montagne au point qu’il fallut faire une tranchée de dix-huit mètres de haut pour rétablir la circulation.

Une centaine d’artilleurs périrent dans l’avalanche, mais leur corps ne fut retrouvé qu’en mai-juin 1917, à la fonte des neiges.

Les températures en haute montagne, en moyenne entre -5° et -20° pouvaient descendre à -35°, -40°. Les gelures aux mains et aux pieds furent donc fréquentes, et les hommes ne disposaient pratiquement pas de remèdes sauf du gras et des pommades que l’on passait sur les mains et les pieds.

En outre, la tactique de l’assaut frontal, totalement inadaptée au terrain provoqua des hécatombes. D’une manière générale, les Autrichiens contrôlaient les hauteurs, et les Italiens les fonds de vallée.

Il fallait donc partir à l’assaut des sommets en gravissant les pentes abruptes des versants et cela bien souvent à découvert.

Les états-majors lancèrent en effet des offensives massives sans tenir compte des contraintes du milieu montagneux. Lors de la Strafexpedition (l’expédition punitive) en ... Durant la Grande Guerre, les chasseurs alpins furent utilisés comme troupe de choc, prioritairement en milieu montagneux mais pas exclusivement.

La Seconde Guerre Mondiale

L’histoire de l’armée italienne est négligée en France, où l’on garde en mémoire le « coup de poignard dans le dos » de juin 1940, mais on s’intéresse peu à la terrible anabase qui a suivi la bataille de Stalingrad ni au renversement d’alliance qui a fait naître, en 1943, une dure résistance italienne contre l’occupant allemand.

L’Allemagne s’engage donc seule, en 1939, et l’Italie n’intervient que lorsque la France semble vaincue, le 10 juin 1940.

Alors qu’elle stationnait en défense des frontières, l’armée reçoit l’ordre de passer à l’attaque et franchir les Alpes pour occuper les vallées, de l’Isère à la Durance, tandis que les colonnes motorisées allemandes avancent vers le Sud-Est, après avoir passé le Rhône à Lyon.

À l’automne suivant, Mussolini escompte que la Grèce fera un adversaire facile, qu’on attaquera depuis l’Albanie. On devrait l’emporter, cette fois, sans devoir s’aligner sur l’Allemagne.

Pourtant, la résistance inattendue des Grecs (soutenus par la Grande-Bretagne) ne sera réduite qu’après l’intervention de la Wehrmacht.

Mario Rigoni Stern s’engage à 17 ans et suit la formation dispensée aux alpini à l’école de montagne d’Aoste.

tags: #chasseur #alpin #italien #histoire #et #armement

Post popolari: