Le site de Chabaud-Latour, situé près de Condé-sur-l’Escaut, est un lieu emblématique où l’histoire de l’homme et la nature se rencontrent. Autrefois marqué par l'exploitation minière, il abrite aujourd'hui une biodiversité riche, notamment grâce à ses plans d'eau qui accueillent une avifaune variée, qu'elle soit nicheuse ou migratrice.
Le Marais de la Canarderie est un paysage de campagne agricole traditionnelle, composé essentiellement de prairies humides, mais aussi de quelques champs cultivés, étangs, taillis marécageux, peupleraies… La zone, située à l’écart des bourgs et des axes de communication, est uniquement accessible par quelques chemins ruraux et un circuit de randonnée. Le paysage peu remanié semble “hors du temps”. Le marais est séparé de Condé-sur-l’Escaut par le site minier de Chabaud-Latour et ses grands étangs.
Le marais du Val de Vergne est une vaste zone humide de la vallée de l’Escaut de près de 50 hectares gérée par le Parc naturel régional conjointement avec la commune d’Hergnies. Autrefois, le marais était intégré dans la vallée de la Vergne et représentait un ensemble de prairies humides inondables constituant de vastes zones d’expansions de crues naturelles où l’élevage d’oies était pratiqué. Au XVIIIème siècle, le Jard fut canalisé et la Vergne aménagée afin de drainer et assécher les terres en rejetant les eaux dans l’Escaut.
Aujourd’hui, le Marais du Val de Vergne reste le support d’une activité agricole maintenant tournée vers l’élevage bovin et la production de foin. Il a également acquis un intérêt en tant qu’espace de loisirs avec la présence d’étangs de pêche, de nombreux chemins de promenade et de randonnée. La chasse au petit gibier de plaine y est aussi pratiquée. D’autre part, le marais est fréquenté par plusieurs associations locales menant des actions de sensibilisation sur la biodiversité et également sur les déchets.
Le Marais du Val de Vergne abrite une grande diversité d’espèces végétales et une faune tout aussi riche. L’eau omniprésente marque l’identité de ce site. La lente colonisation naturelle des espaces gérés par l’activité minière a permis la formation d’un grand plan d’eau, de roselières, de boisements et prairies et d’un bois humides. Par ses nombreux cheminements, il offre de nombreux points d’observations de l’avifaune nicheuse et hivernante.
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Du centre de l’étang vers l’extérieur, on reconnait les plantes aquatiques comme les utriculaires, le petit nénuphar. Les roselières sont constituées de plantes herbacées comme la massette ou les laîches.
Thivencelle, autrefois marquée par l'industrie minière et le canal Condé-Pommerœul, offre aujourd'hui une vaste zone de 20 hectares où nichent de nombreux oiseaux. Mouettes rieuses, grèbes, martins-pêcheurs, canards souchets, fuligules morillons… C'est un lieu idéal pour l'observation ornithologique.
Au coeur du site Ramsar, les marais de la fosse Saint-Pierre ont été façonnés par l’homme, héritiers à la fois de l’exploitation minière qui s’étira ici sur près d’un siècle et du creusement du canal ordonné par Napoléon Ier. À l’observatoire aménagé pour admirer les volatiles à l’œil nu ou à la jumelle, on accède par le chemin de halage longeant le canal de Condé-Pommerœul où Voies navigables de France (VNF) a entrepris de colossaux travaux de désenvasement (1,3 million de m3 de sédiments doivent en être extraits) et d’élargissement.
Les plaines de la Scarpe et de l’Escaut constituaient dans le passé une riche terre d’aquaculture. En effet, rivières, marais et étangs permettent l’élevage, la chasse et la pêche d’espèces variées : poissons (carpes, brochets, anguilles, esturgeons), crustacés (écrevisses), oiseaux d’eau (oies, canards, cygnes).
A partir du Moyen Âge central, la pêche en rivière, en eaux vives, se double d’une pêche en étangs, c’est-à-dire en eaux stagnantes, qui résulte de nouvelles conditions hydrologiques des cours d’eau et de l’introduction de la carpe en Europe occidentale à partir de 1200. Dès lors, les viviers connaissent un développement important et marquent désormais le paysage fluvial médiéval en France et dans les régions septentrionales des anciens Pays-Bas (Flandre, Artois, Hainaut, Brabant), au coeur du bassin de l’Escaut . Le développement de ces réseaux d’étangs piscicoles est souvent concomitant à l’implantation des abbayes et du pouvoir seigneurial dans la région.
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Les archives nous renseignent sur les modalités de gestion de la ressource animale dans les plaines de la Scarpe et de l’Escaut, avec des témoignages exceptionnels de pratiques aquacoles on ne peut plus originale (canardières, etc.) en Europe du Nord-Ouest.
A partir du XIIe siècle, d’importants chapelets de viviers marquent le paysage de la Scarpe et de l’Escaut. Ces réseaux d’étangs sont la propriété des abbayes (Anchin, Marchiennes, Vaucelles, Saint-Aubert, Crespin), des comtes (Ostrevant, Flandre, Hainaut) et des seigneurs locaux (seigneurs de Condé, Bernissart, Mortagne). Ainsi, une vingtaine d’étangs sont comptabilisés sur l’Escaut dans le Cambrésis et presque autant dans le Valenciennois, sur l’Escaut, la Haine et l’Hogneau.
C’est grâce à des documents exceptionnels conservés dans différents centres et dépôts d’archives européens (Archives départementales du Nord, Archives nationales, Archives des Croÿ) qu’il est possible de retracer l’histoire de ces pratiques piscicoles sur la longue durée, entre les XIIIe et le XVIIIe siècles.
Tout d’abord, au XIIIe siècle, le Quemdam librum continentem redditus de Mauretania nous renseigne sur le “pueplage des viviers”, c’est-à-dire sur les modalités d’empoissonnement dans les viviers de Mortagne (Vivier de Rodignies, Vivier du Bruille), à la confluence Scarpe-Escaut. Ensuite, entre 1455 et 1552, les comptes des étangs de Vinchy nous fournissent une description détaillée de la gestion des ressources piscicoles à la fin du Moyen Âge, à travers les pêches et rempoissonnements annuels effectués pendant près d’un siècle dans les étangs piscicoles de Crèvecoeur-sur-l’Escaut.
Ces systèmes piscicoles forment des socio-écosystèmes complexes marqués par des structures et des modes de gestion spécifiques. Ces pratiques aquacoles illustrent une attention particulière portée à la conservation et au renouvellement de la ressource piscicole à la fin du Moyen Âge.
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La canardière ou eendenkooï (eenden = canards ; kooï = piège/cage) prend ainsi la forme d’un élevage avicole mêlé aux oiseaux nicheurs, faisant cohabiter l’avifaune domestiquée et l’avifaune sauvage. L’étude fine de la gestion du gibier d’eau à la canardière de Condé a été permise grâce aux 65 cahiers de comptes, de plans et d’autres documents conservés aux archives de Croÿ à Dülmen (Allemagne). La canarderie de Condé, vers 1650, Pierre de Navarre, Antiquité de Valenciennes, Bibliothèque municipale de Valenciennes, Ms 1205, f°201v°-202r°.
La canardière de Condé illustre donc un dispositif hydraulique particulier de gestion des oiseaux d’eau qui nécessite des pratiques spécifiques de conservation du gibier d’eau qui a laissé une empreinte paysagère forte à l’échelle locale. De surcroît, cette gestion particulière touche aussi le gibier d’eau présent dans les rivières, et notamment les cygnes qui constituent un élément essentiel du pouvoir seigneurial et comtal au Moyen Âge.
Dès le XIIIe siècle, le comte de Hainaut dispose de droits de chasse sur les oiseaux d’eau, notamment sur les oies et les cygnes, qui représentent un prestige et dont la consommation constitue l’apanage des élites seigneuriales.
Un document assez extraordinaire, conservé dans les Bulletins de la Société Historique et Littéraire de Tournai (Volume 4), nous renseigne sur le marquage des oiseaux de rivière au XVIe siècle. Il s’agit d’une ordonnance de Charles Quint datée du 29 janvier 1546, c’est-à-dire approximativement à la même époque que la vue de Valenciennes, et qui porte sur les pratiques de marquage des cygnes circulant sur le cours de la Scarpe et de l’Escaut au XVIe siècle.
Chaque abbaye et seigneurie disposait donc de sa propre marque pour identifier les oiseaux qui leur appartenait. Ces pratiques illustrent les modes d’appropriation de la ressource animale par l’autorité seigneuriale, intégré à leur prérogatives, aux droits d’eau et de chasse privilégiés de ceux-ci dans les rivières, marais et étangs de leur juridiction.
Les différentes recherches menées en France montrent que l’archéologie environnementale et l’archéozoologie fournissent une contribution essentielle à l’étude de la pisciculture médiévale. Toutefois, celle-ci reste a fait l’objet d’encore peu d’études pour les étangs piscicoles du nord de la France, et en Scarpe-Escaut. L’étude la plus importante à ce jour est celle de Chloé Deligne sur la vallée de la Scarpe.
L’étude historique de ces réseaux d’étangs peut être complétée par des investigations archéologiques, dans une région où l’archéologie préventive et programmée est très développée, avec d’importantes opérations archéologiques menées en Scarpe-Escaut (Saint-Amand-les-Eaux, Condé-sur-l’Escaut, Vaucelles). Ainsi, la campagne archéologique programmée du Château de l’Arsenal de Condé a permis la fouille partielle de l’ancien étang intérieur à la forteresse, avec la mise à jour des anciennes structures liées à l’étang (clayonnages, fosses à baquet, canalisations en bois).
Les zones humides contemporaines s’inscrivent dans un territoire construit sur la longue durée résultant d’interactions multiples entre les sociétés et leur environnement qu’il est nécessaire de comprendre et de contextualiser. Par l’approche géo-historique, l’objectif de cet article est de retracer l’évolution sur le temps long des zones humides de la vallée de l’Escaut, du Moyen Âge à l’actuel à travers l’étude des paléo-usages, des évolutions morphologiques et des enjeux successifs (pratiques, inondations) qui ont régit ces mutations de longue durée.
Intégrée aux réflexions actuelles, l’étude géo-historique appliquée constitue un outil riche pour les gestionnaires et acteurs de l’environnement afin de mieux circonscrire et gérer les zones humides d’aujourd’hui, appréhendées en tant que paysages hérités. L’étude diachronique de la métamorphose des zones humides apporte des éclairages sur les dynamiques contemporaines, la nature des problèmes posés, les enjeux de gestion futurs (préservation, restauration, valorisation) afin d’établir des prospectives et des projets de territoire en adéquation avec ces héritages et enjeux.
La chasse au gibier d’eau telle que pratiquée dans la zone humide française limitrophe entre Condé-sur- l’Escaut et Saint-Aybert prélève chaque année un contingent important d’anatidés séjournant sur ce site. Même si ce fait est connu de longue date, aucune étude n’a encore été menée jusqu’à présent pour tenter d’estimer, même partiellement, son impact sur cette zone humide majeure de Wallonie.
Deux méthodes de chasse aux oiseaux d’eau sont pratiquées : celle à la hutte et celle à la passée. La première consiste à tirer sur les canards, principalement à la tombée de la nuit, lors de leur arrivée sur un plan d’eau où ils sont attirés à l’aide d’appelants et de leurres en plastique disposés face aux ouvertures de tir. La seconde, également appelée à l’affût, consiste à tirer, dissimulé dans la végétation le long d’un cours d’eau ou d’un étang, sur le gibier d’eau en vol lors des dé- placements crépusculaires.
Ces derniers également appelés « passées », débutent deux heures avant le lever du soleil pour celle du matin tandis que celles du soir se terminent deux heures après le coucher du soleil. En 2016, dans le but de dénombrer les jeunes de Spatules blanches Platalea leucorodia à l’envol, un point d’observation entre le site de nidifica- tion situé à Hensies et les lieux de gagnage (lieu d’alimentation) en France fut recherché.
Les observations ont cependant montré que la toute grande majorité était des Colverts accompagnés de quelques individus d’autres espèces : Sarcelles d’hiver Anas crecca, Sarcelle sp., Chipeaux, Souchets Anas clypeata, Fuligules sp. Seuls les coups de feu des passées vespérales de l’ouverture de la chasse du gibier d’eau furent dénombrés.
Pour fixer et renforcer une population locale d’anatidés aux fins d’augmenter le tableau de chasse, le chasseur à la sauvagine (celle dédiée aux oiseaux d’eau sauvages) recourt à diverses pratiques. La plus efficace est celle de l’agrainage qui consiste en un apport de nourriture, exclusivement de céréales (maïs, lentille cultivée, avoine, blé…). Dès qu’un canard sauvage a trouvé un étang où cette ressource alimentaire est présente en quantité et facile à atteindre, il y retournera tous les soirs.
Compléments indispensables pour attirer les canards sauvages, des appelants issus de captivité ou des formes plastique sont disposés sur les plans d’eau (Photos 9 et 10). Les appelants vivants sont majoritairement des femelles de Colvert sélectionnées sur base de critères de vocalisation bien précis.
| Date | Nombre d'oiseaux | Nombre de coups de fusil |
|---|---|---|
| 21 août 2016 | 750 | 879 |
| Été 2018 | Max 44 | - |
| 2019 | 137 | - |
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