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Les armes chimiques, instruments de terreur, ne blessent pas seulement le corps, mais nuisent également à la santé mentale des soldats et des populations menacées. Elles sont incluses dans la classification des armes de destruction massive, regroupant les armes nucléaires, radiologiques, bactériologiques et chimiques. Ces poisons potentiellement mortels peuvent être disséminés sous forme de gaz, d’aérosols ou de liquides, frappant de manière indiscriminée et incontrôlée tant les troupes que les civils.

I. Les Armes Chimiques : Une Inspiration Naturelle

La nature, de par sa diversité, est une source intarissable d’inventions. Depuis toujours nous observons la nature et tentons d’imiter ce qui existe. Quand il s'agit de confronter un ennemi ou une proie, la nature nous présente un large éventail de possibilités. L’un des plus efficaces, autant défensivement qu'offensivement : le poison. Les armes chimiques de fabrication humaine s’inspirent de ces armes naturelles dans leur fonctionnement ou leur composition. On suppose qu’elles existent depuis toujours. Pendant la préhistoire, les chasseurs-cueilleurs ont par exemple pu utiliser du poison pour leurs flèches.

II. La Première Guerre Mondiale : Un Tournant dans l'Utilisation des Armes Chimiques

La Première Guerre Mondiale, ou la Grande Guerre, est le premier des conflits les plus meurtriers dans notre Histoire : c’est la première guerre industrielle. Civils comme soldats sont mobilisés pour l’effort de guerre. Pendant que les hommes valides sont envoyés au front, les femmes se mobilisent pour réaliser toutes les tâches nécessaires à la vie quotidienne des populations. Au début de la guerre, l'État-Major Français estimait que le conflit serait de courte durée, c’est pourquoi la fabrication d’armes et de matériel pour les soldats n’est que très peu augmentée. Suite au constat de l’étalement de combat, on réalise que la production est très loin d’être suffisante et il faut trouver un moyen d’augmenter les capacités de production. Afin de résoudre ce problème, de nombreuses usines, publiques comme privées, vont être mobilisées afin de participer à l’effort de guerre.

La 1ere Guerre Mondiale a été le théâtre de la conception d’un grand nombre de nouveautés en matière d’armement. La course à l’amélioration poussait chaque camp à suivre les créations de l’ennemi, et même à les utiliser, afin d’établir ou de conserver sa supériorité dans les affrontements. Parmi ces innovations, les armes chimiques ont été l’un des outils les plus puissants. En plus d’avoir une efficacité impressionnante à donner la mort à des groupes entiers de soldats, les gaz possédaient une autre vertu : la peur. Leur simple existence et leur possible utilisation terrifiaient les soldats de chaque camp et infligeait de sérieux dommages au moral des soldats déjà fatigués.

La Bataille d'Ypres : Un Exemple Tragique

La bataille d’Ypres a eu lieu au Nord de la ville du même nom, en Belgique. Ce fut le premier endroit à voir l’utilisation des gaz comme armes de masse, sur une échelle aussi importante. Le 22 avril 1915, les tranchées françaises sont submergées d’une fumée jaune-verte, du gaz de chlore est lancé par les Allemands, un poilu racontera "Le nuage s’avançait vers nous, poussé par le vent. Presque aussitôt, nous avons été littéralement suffoqués (…) et nous avons ressenti les malaises suivants : picotements très violents à la gorge et aux yeux, battements aux tempes, gêne respiratoire et toux irrésistible". Ces gaz ont provoqué de nombreuses lésions internes, des vomissements, malaises et la mort de millier de soldats. C’est plus de 150 tonnes de chlore en gaz qui a été déversé sur près de 6km dans le ciel Belge ce jour-là. Le 24 avril au matin, les Allemands lancèrent une nouvelle attaque de gaz dans les tranchées canadiennes.

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Nous pouvons prendre pour exemple, la bataille pour la forteresse d’Osovitse en Pologne qui a marqué les esprits sous le nom de “L’attaque des hommes morts”. Les Allemands ont lancé des gaz toxiques dans la forteresse pour tuer les soldats Russes qui étaient dedans, pourtant près de 7000 hommes en sont sortis, comme à Ypres, le visage dans des tissus pour atténuer la douleur des gaz sur leurs peaux et leurs poumons. Ils ont chargé malgré tout, et ont fait fuir les Allemands qui croyaient avoir tué tout le monde. D’après les témoignages, les soldats crachaient du sang, et titubaient comme des revenants, ce qui a effrayé leurs ennemis. Les survivants ont fini par succomber de leurs blessures quelques heures ou jours après.

III. Types d'Armes Chimiques et Leurs Effets

Il existe de nombreux types d’armes chimiques ayant différents effets. Les agents chimiques peuvent être classés en quatre catégories principales :

  • Agents suffocants ou asphyxiants (chlore, phosgène…) : Ils provoquent une irritation des voies respiratoires et endommagent les poumons en y causant la formation d’œdème (ils se remplissent de liquide). Un des suffocant les plus utilisés pendant la Première Guerre mondiale est le Dichlore. Il se présente sous la forme d’un gaz jaune-vert qui sent très mauvais. Il a pour effet de réagir avec l’eau présente dans les muqueuses et par réaction chimique de créer des acides qui vont attaquer les tissus.
  • Agents sanguins (cyanure d’hydrogène, chlorure de cyanogène gazeux, etc.) : Ce sont des poisons puissants et à action rapide et diverse. Ils peuvent bloquer la respiration au niveau des cellules et, partant, empêcher le fonctionnement des organes vitaux. Ils peuvent également attaquer des enzymes, ces protéines qui catalysent presque toutes les réactions biologiques du corps. Ce qui paralyse la synthèse des molécules utilisées comme source d’énergie, et entraîne des vomissements, des vertiges, une perte de conscience et la mort.
  • Agents vésicants (ypérite sulfureuse, ou gaz moutarde, la léwisite…) : Profondément irritants, ils brûlent et endommagent la peau, les yeux, les muqueuses - comme à l’intérieur des poumons - et d’autres tissus du corps. Les vésicants sont des armes chimiques qui étaient utilisées afin de provoquer de graves blessures au contact de la peau, le gaz moutarde par exemple provoque des brûlures chimiques après un contact avec la peau ou les yeux. L’exemple le plus connu est l’ypérite (aussi appelée gaz moutarde), qui peut causer hémorragies internes, externes qui mènent à des œdèmes pulmonaires qui mettaient environ 1 mois pour tuer ceux ayant eu la malchance d'inhaler ce gaz. Une des particularités du gaz moutarde est qu’il n’est pas nécessaire de l'inhaler pour en subir les effets. Il peut tout simplement se déposer à un endroit , tout en continuant d’être un danger pendant des dizaines de jours.
  • Agents neurotoxiques ou innervants : Ils sont divisés en deux groupes : les agents de la série V (pour venimeux) et les agents de la série G (car produit à l’origine par IG Farben, en Allemagne). Même en faible concentration, ils peuvent blesser en provoquant essoufflement, déficience visuelle, etc. Au sein de la série V, l’agent le plus connu est le VX, poison mortel qui pénètre dans le corps par contact avec la peau. Les agents de la série G comprennent notamment les gaz soman (GD), sarin (GB) et tabun (GA). Ils provoquent principalement la mort suite à leur inhalation.

Les Sternutatoires

Les sternutatoires sont des gaz généralement utilisés en complément avec d’autres gaz, ils servaient à forcer les soldats à enlever leurs masques à gaz et ainsi à respirer les autres gaz auxquels ils étaient mélangés. Le Trihydrure d’arsenic par exemple, était souvent utilisé dans les obus chimiques, il était diffusé sous forme d’aérosol assez fin pour pouvoir passer les masques à gaz de l’époque, il causait lors de son inhalation toussotement, éternuements et vomissements forçant ainsi les soldats à retirer leur masque.

IV. Protection Contre les Armes Chimiques

Dans les tranchées, les masques à gaz étaient utilisés pour lutter contre les gaz. Mais selon les gaz utilisés, les masques n’étaient pas efficaces, l'ypérite par exemple traverse le caoutchouc naturel, et donc s'infiltre jusqu’aux voies respiratoires malgré tout. De plus, les soldats n’étaient pas tous équipés ou préparés pour les attaques. Ce qui les obligeaient à improviser, avec des bouts de tissus ou des linges imbibés d’urine pour tenter de se protéger. L'ammoniac contenu dans les urines créait une réaction face au chlore, ainsi les effets du gaz étaient légèrement diminués. Ce n’était qu’une solution alternative pour se protéger de ceux-ci, mortels, même si elle n’était pas très efficace et ne protégeait pas pleinement les soldats sur les champs de bataille.

Au fil des conflits et de l’évolution de la connaissance des agents chimiques, de nombreuses techniques sont apparues. Lors de la guerre du Golfe de 1991, les troupes américaines se protégeaient ainsi à l’aide d’équipements tels que des masques à gaz, des casques, des gants en caoutchouc, des survêtements de combat (ou BDO, pour « battle-dress over-garment »), des cagoules et des surbottes. Le BDO est une combinaison (manteau et pantalon) composée d’une couche intérieure de mousse de polyuréthane imprégnée de charbon destiné à absorber et piéger les agents chimiques, et d’une couche extérieure de coton avec des marques de camouflage. S’il confère une bonne protection, le port du BDO limite considérablement la capacité de combat - surtout s’il est porté longtemps.

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V. Interdiction Internationale des Armes Chimiques

Suite à cette guerre et la seconde quelques années plus tard, une convention pour l’interdiction des armes chimiques a été signée à Genève en 1993 par la convention Internationale. Elle entra en vigueur le 27 avril 1997. Les négociations de la Conférence du désarmement en 1989, ont débouché sur la signature, à Paris, de la Convention pour l'interdiction des armes chimiques le 15 janvier 1993.

La Convention comprend un préambule, 24 articles et des annexes portant sur les produits chimiques, sur la vérification de la Convention et sur la confidentialité. Elle prévoit la destruction dans un délai de 10 ans, par les États parties, des armes chimiques détenues sur leur territoire ou abandonnées sur le territoire d'autres États parties ainsi que la destruction des installations destinées à leur fabrication. Les produits chimiques toxiques et leurs précurseurs sont classés en quatre catégories (trois tableaux et la classe complémentaire des produits chimiques organiques définis) en fonction de leur niveau de toxicité et des utilisations qui peuvent en être faites. Avoir des activités en relation avec ces produits induit la nécessité de se soumettre au régime de vérification. Pour les activités commerciales, le transfert des produits chimiques des tableaux 1 et 2 vers des États non parties à la CIAC (Etats n'ayant pas signé et/ou ratifié la Convention) est interdit.

En sus de ces mesures de vérification des installations déclarées, destinées à contrôler l'industrie et le commerce chimique, la Convention possède également différents outils pour détecter et sanctionner tout manquement au respect des dispositions du traité.

VI. Toxicité de Quelques Agents de Guerre Chimique

Nom CT L 50 DL 50 CT I 50
Vésicants
Ypérite 1 500 inhalations Quelques mg 100-200 vapeurs voie oculaire
HN3 1 500 inhalations Quelques g
Léwisite (L) 1 500 inhalations/300 voie oculaire 500 voie cutanée
Sesqui-ypérite (Q) ?/300 mg
Agent T ? 400 mg
Suffocants
Chlore 11 000 à 19 000 mg 1 800 mg
Phosgène 3 200 mg 1 600 mg
Hémotoxiques
Acide cyanhydrique (AC) 2 000 à 4 500 mg/?
Neurotoxiques
Tabun (GA) 400 mg 200
Sarin (GB) 70 mg 35
Soman (GD) 40 mg 25
VX /5 à 15 mg DI 50 : 0,2 à 5 mg

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