Chaque année, plusieurs centaines de jeunes, refoulés des facultés de médecine françaises, tentent leur chance dans d'autres pays européens comme en Roumanie, en Belgique ou en Allemagne. Un non-sens pour l'élu LR, qui souhaite leur retour en France.
À l'origine d'une proposition de loi visant à augmenter le nombre d'étudiants en médecine en France, le député LR Yannick Neuder a organisé un colloque sur la fuite des étudiants en santé à l'étranger. Plusieurs de ces jeunes, désormais carabins en Roumanie ou en Belgique, ont témoigné des raisons qui les ont poussés à partir et des difficultés qu'ils rencontrent pour revenir exercer en France.
Mathis, désormais en première année de médecine en Roumanie, raconte : « En France, je n'ai pas eu médecine à 0,04 point après les oraux [en Pass, NDLR]. Je n'ai pas voulu faire le système LAS, donc j'ai décidé de partir à l'université de Cluj-Napoca pour continuer mes études ». À l'occasion d'un colloque sur la fuite des étudiants en santé organisé mardi 4 juin par le député LR Yannick Neuder, le jeune homme a expliqué les raisons qui l'ont mené à quitter l'Hexagone.
Un sentiment partagé par d'autres étudiants, présents ce mardi à l'Assemblée nationale. Comme Chloé, étudiante en deuxième année de médecine en Roumanie, jointe par visioconférence. « L’éloignement de notre famille, de nos amis et l’aspect financier, car je dois financer mes études … Ce sont des raisons pour lesquelles j’aimerais revenir en France », a avancé l'Auvergnate d'origine, qui rêve de devenir généraliste en milieu rural.
Alors que le système de santé hexagonal manque cruellement de bras, le député alerte sur la situation de ces jeunes, qui peinent à revenir exercer dans leur pays d'origine. Ces aspirant-médecins estiment, en effet, ne pas être les bienvenus sur le territoire français.
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Camil, interne en neurochirurgie à Lausanne (Suisse), qui a réalisé son externat à l'université de Iasi en Roumanie, explique : « Comme la majorité des étudiants qui s’expatrient, mon but était de revenir. Malheureusement, au fur et à mesure des années, on se rend vite compte que ce retour sera très difficile. Dès que l’on part, le système français nous montre que l’on n'est plus les bienvenus et que nous avons décidé de choisir 'la facilité' ou de payer notre diplôme », a-t-il poursuivi, assurant pourtant avoir reçu « une très bonne formation ». « On nous fait ressentir un sentiment de culpabilité, un sentiment de rejet qui se construit pendant le parcours. »
Cette situation est d'autant plus aberrante pour le député Yannick Neuder que « l'on voit d'autres pays faire des propositions aux étudiants français qui étudient en France, mais aussi à ceux qui étudient à l'étranger, ce qui fait que [leur] retour en France n'est plus du tout une évidence », a avancé l'élu.
Selon le député, les départs d'étudiants à l'étranger se sont accentués depuis la mise en place de la réforme de la Paces en 2020. Celle-ci a instauré deux nouvelles - et uniques - voies d'accès aux études de médecine en France : les Pass et les LAS*. Le redoublement est devenu impossible, mais ceux qui se rêvent médecins peuvent - s'ils n'intègrent pas médecine à l'issue de leur Pass ou première année de LAS (LAS 1) - intégrer une LAS 2 sous conditions.
Un objectif salué par Emmanuel d'Astorg, président du collectif de parents d'élèves "Pass/LAS". "Cette réforme du système a fait qu’aujourd'hui un nombre massif d’étudiants sont partis. Ce système, sous prétexte de sortir de 'la boucherie de la Paces', a créé pire", estime-t-il.
Pour aider ces carabins, le député Yannick Neuder, cardiologue de profession, a déposé fin 2023 une proposition de loi visant à réintégrer les étudiants français partis se former à la médecine à l'étranger.
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La proposition de loi portée par Yannick Neuder prévoit de supprimer ce nouveau numerus, en faisant primer les besoins de santé du territoire sur le critère des capacités de formation des facultés dans la fixation du nombre d'admis en deuxième année de médecine.
Craignant que cette fuite de futurs médecins à l'étranger renforce, un peu plus, le déficit de médecins dans les territoires, Gilles Noël, vice-président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), a également tenu à prendre la parole. « Ce sont nos jeunes sur [ces] territoires qui vont à l'étranger », s'est inquiété l'édile.
Selon les résultats d'une enquête réalisée auprès de 286 étudiants français partis en Roumanie, plus de 54% d'entre eux envisagent de s'installer en France à la fin de leurs études ; 33,1% hésitent encore. Toutefois, très peu de ces apprentis médecins indiquent avoir déjà été approchés par des collectivités ou "acteurs de la santé" français dans la perspective d'une installation en France.
Adoptée début décembre en première lecture à l'Assemblée nationale, la proposition de loi du député Yannick Neuder doit désormais passer devant le Sénat.
| Intention | Pourcentage |
|---|---|
| S'installer en France | 54% |
| Hésitent | 33.1% |
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