Visionnaire et novateur, Fred Lip lance la montre Dauphine en 1957. Un clin d'œil en hommage à la réussite de la voiture Dauphine produite par Renault et vendue, de 1957 à 1961, à des millions d'exemplaires. Dans le contexte d'après-guerre, l'économie se développe et galvanise les Français qui peuvent à présent concevoir un meilleur niveau de vie. Avec cette collection LIP s'adresse à des clients désireux de trouver des valeurs simples mais élégantes et sûres. Pour Fred Lip ce fut une inspiration d'instinct, une confiance prémonitoire sur le succès de cette montre au style soigneusement habillé. On reconnaît le talent sobre et classe. Dauphine s'affirme sur des modèles au féminin et se déploie avec aisance au masculin.
Depuis le XIXe siècle, la marque Lip s’est imposée comme un symbole d’excellence à la Française. Elle a marqué plusieurs générations par ses prises de risques en terme de design et de défis technologiques mais aussi par son attachement à l’horlogerie traditionnelle.
Avant de livrer l’histoire de ce mouvement, il faut nous replonger brièvement dans l’histoire Lip de la Seconde Guerre Mondiale à la Victoire de 1945, puis à la période de prise de pouvoir, à la tête de l’entreprise familiale, par Frédéric LIPMANN. Nous l’avons vu dans l’article présentant le mouvement « de guerre » Lip I.24, la Seconde Guerre Mondiale va éclater l’entreprise Lip en une multitude d’entités. Ernest LIPMANN (seconde génération, père de Fred LIP) est emprisonné puis assassiné en 1943, le frère et le cousin de Frédéric se sont exilés aux Etats-Unis, ce dernier est entré dans la clandestine résistance Française et l’entreprise Lip est aux mains des Allemands.
Deux jours après la libération de Besançon, le 10 Septembre 1944, Fred LIPMANN retrouve l’usine Lip de la Mouillère (Quartier de Besançon), en chasse les derniers occupants illégitimes et se proclame Président de LIP Société Anonyme, en l’absence de son père (et dans l’espoir que celui-ci ne soit pas mort). Le Calibre R25 va mûrir sous l’Occupation, puisqu’il est l’oeuvre de Jean-Georges LAVIOLETTE, ingénieur Lip et très proche de Fred LIPMANN avant, puis pendant la guerre. LAVIOLETTE va imaginer, alors que le second conflit mondial fait rage, le mouvement R25, mais également l’outillage et les conditions techniques nécessaires à sa fabrication.
Lors de la fuite de l’Occupant Allemand, ce dernier emporte les machines et l’outillage de l’usine Lip le 29 Août 1944 / Source : Lip des Heures à conter, M.P. COUSTANS et D. GALAZZO, photographie de H.J. Enfin aux commandes de l’affaire Lip, Frédéric ne perd pas de temps. Il mobilise le savoir-faire qu’il a acquis avant guerre à l’École d’Horlogerie de Besançon et sur les chaînes de montage Harley-Davidson aux Etats-Unis, pour relancer avec vigueur la manufacture familiale. Entourée de son équipe d’ingénieur, « le Fred » fait moderniser les méthodes de travail, l’outillage, fait fabriquer par ses services internes de nouvelles machines, plus précises, plus complexes, et va jusqu’à créer le premier véritable Service de Métrologie interne d’une usine en France (Science des mesures). Avant toute mise en production, des appareils conçus par Lip permettent de mesurer les ébats, les hauteurs, les distances, la planéité, les épaisseurs, au 1/10 000e près.
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C’est en 1948 seulement, 3 années après la fin de la guerre que le mouvement R25 est enfin commercialisé, en sein d’une gamme de montre très variée. Ces longues années nous renseignent sur l’effort qu’il a fallut fournir pour redresser l’entreprise, et l’adapter à un nouveau marché, celui de l’après guerre. Au delà des considérations techniques et technologiques, ce calibre symbolise également une avancée inédite de part le monde (en horlogerie), puisque Frédéric LIPMANN crée une vaste chaîne de montage semi-automatisée, une première en horlogerie que les plus importantes firmes Suisses tarderont à mettre en place. Cette première chaîne va permettre l’assemblage d’une partie du mouvement en quelques minutes, au sein d’une seule et unique pièce, offrant confort, gain de temps et qualité accrue à la production.
Destiné à une clientèle largement masculine, ce calibre de 25 mm de diamètre est immédiatement plébiscité pour sa précision, sa fiabilité et le grand soin apporté à l’habillage des montres qui le renferment. Techniquement remarquable, Lip va doter son mouvement d’innovations piochées dans son histoire, éprouvées par le temps. Ainsi, le R25 se pare d’une calotte en fer doux pare-poussières, à l’instar du T18, produit dès 1933. Cette dernière permet un encrassement largement diminué du mouvement par les fines particules de poussières en suspension dans l’air, mais également de faire face à une problématique assez récente, celle de l’influence du magnétisme sur une montre. En effet, le développement de l’électricité et des moyens de communication l’utilisant, crée un environnement émetteur de champs magnétiques plus ou moins puissants, qui viennent aimanter le spiral des montres par exemple. La calotte en fer doux ne sera plus systématiquement montée à partir du milieu des années 1950, les matériaux en usage pour les boîtiers étant suffisamment protecteurs. Ce cache en fer doux protège ainsi le mouvement en ne laissant pas passer ces champs magnétiques.
Plus spécifique, le balancier est de grand diamètre, un cliquet à grand recul permet un meilleur bandage du ressort de barillet, et la platine dispose d’un tube solidaire qui accueil la tige de remontoir, afin de garantir une meilleure étanchéité aux éléments extérieurs. L’échappement est à ancre (et donc de qualité), comme sur tous les mouvements que Lip va manufacturer. Ainsi, le R25 adopte la seconde moitié de l’année 1950 plusieurs systèmes d’amortisseur de chocs sur l’axe de balancier, pour supprimer une grande partie des causes d’arrêts des montres d’avant guerre suite à un choc. Parallèlement à l’apparition d’un antichoc, et Lip étant en lien étroit avec la firme Américaine Elgin au sujet de l’Electronic, le R25 va recevoir, vraisemblablement dès 1951, un ressort de barillet « Incassable » selon la réclame de l’époque, réalisé dans un alliage nouveau et inaltérable, l’Elgiloy. De ce fait, certaines montres équipées de ce ressort porte cette mention habituellement sur le cadran, parfois sur le fond de boîtier, et au moins jusqu’en 1953 - 1954. Dans la plus stricte tradition des mouvements et montres en étant équipées, Fred LIP et ses équipes vont toujours chercher à démontrer la qualité de la production de la Manufacture Lip.
Tout d’abord, et dans un lien étroit avec la Grande Histoire de l’Horlogerie mondiale, seul un juge de paix impartial peut témoigner des qualités d’un mouvement lorsque celui-ci est proposé au public, l’un des 3 Observatoires Chronométriques de part le monde. C’est ainsi que le R25 est aisément certifié Chronomètre par l’Observatoire de Besançon, à l’instar de la quasi-totalité des mouvements manufacturés par Lip depuis 1899. Ceci prouve l’excellence de ces mouvements conventionnels mais particulièrement bien construits. Les épreuves chronométriques sont très sévères, et les écarts moyens de marche sur diverses positions sont extrêmement ténus en ce qui concerne un Chronomètre. Par exemple, la marche moyenne d’une montre, sur 24 heures, ne doit pas retarder de plus de 5 secondes et avancer de plus de 6 secondes, et cela sur 5 positions.
Nombres de R25 seront confiés à l’Observatoire de Besançon, après un réglage minutieux au sein de l’atelier de chronométrie interne de la manufacture Lip. Autre fait d’arme, le R25 sera le premier mouvement à vaincre un sommet de plus de 8000 mètres, au poignet de Maurice HERZOG et de toute l’expédition Française sur l’Annapurna (8091 mètres d’altitude), que Lip équipe comme fournisseur officiel. Des montres spécialement créées, sous la direction de Fred LIP, sont testées, poussées aux limites de ce que l’être-humain peut supporter. Devant résister à des températures caniculaires à l’approche de la montagne, puis glaciales au sommet, à l’humidité et à l’activité intense des alpinistes, le R25 marquera 14 heure, heure de la Victoire au sommet de l’Annapurna. Avec ses 1600 points de contrôle, de la matière brute à la montre livrée à l’horloger revendeur Lip, le R25 connait une longue carrière.
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Remplacé dans sa version trotteuse centrale par le R23 après 1955, le R25 reste produit en version petite seconde à 6 heure. Ceci permet à Lip de rentabiliser sa création sur une très longue période, tout en proposant des montres traditionnelles à un prix plus intéressant que le R23, ce dernier étant plus novateur. Fort d’un succès indéniable, renforcé par une production de plusieurs centaines de milliers de montres pourvues d’un calibre R25 sur la période, la production va lentement décliner au début des années 1960, pour cesser totalement après 1963. Caractéristique par la forme de ses ponts, le R25 va permettre de relancer la manufacture Lip après les lourdes pertes engendrées par la guerre. Il symbolise également le décollage de Fred LIP, qui consacrera sa vie à l’entreprise Lip. Anglages spécifiques des ponts et de la platine qui permet l’emploi de boîtes galbées et fines.
Quand on parle des montres emblématiques LIP, on pense tout de suite à la Dauphine et à la Stop, mais il y a d’autres montres aussi connues que les célébrités qui les ont porté ou utilisé, la Type 10 de Jean Mermoz, la T18 de Winston Churchill, l’Himalaya de Maurice Herzog, l’Electronic du Général de Gaule et celle d’Eisenhower, la Nautic Ski moderne d’Eric Tabarly.
La Dauphine est née comme une sous marque de LIP. C’est une gamme de montres imaginée pour l’entrée de gamme. Aujourd’hui très recherchées, les Dauphine ont pris de la valeur.
Cette montre est la Dauphine de LIP. Dauphine était une sous-marque de LIP, créée en 1957, et permettait à cette marque 100% Française de proposer des montres moyenne-gamme à ses clients. La mention « LIP » était absente sur le cadran au départ de la fabrication, mais face au succès de cette « nouvelle » gamme, la mention "Dauphine - Lip" puis "Lip - Dauphine" apparaît ensuite sur les modèles. Pourquoi un tel succès pour cette gamme ordinaire ? « Dauphine » est un mot extrêmement tendance à cette époque et tout le monde pense avant tout à la petite dernière de chez RENAULT. C’est un énorme succès automobile et la voiture est alors un symbole de liberté et de vacances et Fred LIP l’avait senti publicité d'époque. Il voulu donc créer une sous marque puis ensuite estampiller sa production de ce nom symbole de succès et de réussite automobile.
Cette sous-marque qui disparaît en 1972 avait donc marqué une génération. Mais pour la petite histoire, l'estampillage LIP Dauphine arrivera après que Fred LIP ait racheté le nom « Dauphine » à son propriétaire légitime un industriel horloger de Puteaux : Henri BASQUINC’est seulement après menace d'un procès...de vives discussions…. et d’un bon dédommagement que les cadrans purent être estampillés des 2 noms. Pour identifier la période cela devient simple : A partir de 1959, Dauphine et LIP en-dessous… et de 1960 à 1972 LIP au-dessus de Dauphine.
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Les mouvements étaient nombreux dans ce modèle avec l’appellation « Dauphine »:
Les calibres propres à LIP dans la dauphine est le R 17, R 148 et quelques rares R 184.
Des dimensions classiques pour l'époque : 33 pour la boite et 35 avec la couronne. plexi obligatoire qui a été changé. Les cornes sont fine et pointues pour acceuillir un bracelet cuir.
Bien choisir sa montre Lip peut être un choix compliqué compte tenu de la variété de mouvements, de styles et de matériaux que la marque propose. Les calibres utilisés pour les montres rondes Lip portent la référence « R » pour les montres rondes et la référence « T » pour les montres dites de forme « Tonneau ». Beaucoup de mouvements parmi ces références Lip ont été produites dans des usines en Allemagne, en Suisse et en France, hors de la manufacture de Besançon. La plupart de ces mouvements sont fiables bien que leurs propriétés techniques, n’équivalent pas celles des mouvements manufacturés Lip en terme de fiabilité, de précision et bien souvent de finitions à part les mouvements Suisses. Tout vendeur sérieux pourra vous communiquer la référence exacte du mouvement de la montre.
Chaque modèle a sa propre histoire, à vous de déterminer laquelle est la vôtre. Certains préfèrent les montres sport comme la Lip Nautic-Ski, d’autres des montres plus « Luxe » comme les Lip Genève. D’autres plus attachés à l’horlogerie française où à l’histoire opteront pour une T18 ou un R25 ou un R23 dans leur montre ronde. Les amateurs ou amatrices de Design se procureront une Mach 2000, ou une Lip classique avec la seule mention « Lip » sur le cadran des années 40.
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