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Dès le milieu du 19ème siècle, la montre de poche s’est modernisée et l’industrie horlogère naissante en a fait des instruments de précision, en généralisant la montre à ancre qui a progressivement remplacé la montre à cylindre et en cultivant l’interchangeabilité des pièces, condition essentielle de la réussite industrielle de ce secteur d’activité.

La première guerre mondiale va avoir sur l’horlogerie deux conséquences particulières :

  • Les armées vont se doter massivement de montres jusqu’à étouffer la capacité de production de certaines manufactures notamment aux Etats-Unis.
  • On a coutume de considérer que les montres vont passer de la poche au poignet durant la grande guerre.

Malgré tout, la montre de poche a conservé pour les versions militaires une véritable supériorité lors de la grande guerre. Au cours de la deuxième guerre mondiale, elle resta un outil recherché pour sa fiabilité et sa précision même si elle cohabita avec des montres bracelets officiellement certifiées par les armées.

Les besoins horlogers américains

La fin de la première guerre mondiale vit les Américains débarquer en Europe avec les Signal corps et les Corps of Engineers. Les premiers étaient chargés de rétablir les communications détruites et les seconds d’aider à la reconstruction des ouvrages d’art et des routes, essentiels à la reconstruction des villes en ruines.

Pour les Signal corps, les deux types de pièces furent sollicités auprès des plus grandes maisons. Tissot, Zenith, Omega, Longines, Cyma furent ainsi entre autres manufactures, chargées de livrer les Américains. Pour ce qui est des corps of Engineers, Hamilton fut chargé de répondre à quelques commandes mais l’essentiel des besoins fut réparti auprès des firmes suisses. Zenith, Ulysse Nardin, Vacheron & Constantin et dans une moindre mesure IWC devinrent les fournisseurs attitrés des Corps of Engineers.

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Le volume exceptionnellement imposant et l'urgence affectée aux délais de livraison eut pour conséquence qu’Ulysse Nardin et Vacheron & Constantin se tournèrent vers des sous-traitants pour les aider à produire les commandes en respectant les contraintes calendaires imposées par l'US Army. A l'inverse Zenith, très bien structuré pour des fabrications en volume et qui disposait d'un stock important de calibres, fut en mesure de produire en interne toutes les pièces qui lui étaient commandées, boites comprises.

Les marques devaient livrer aux Corps of Engeeners jusqu'à 200 pièces par mois, ce qui était énorme au regard des commandes qui devaient également être honorées en parallèle. On sait que Vacheron Constantin livra 3289 pièces dont une majorité de chronographes monopoussoirs.

Les cadrans sont marqués de chiffres luminescents au radium et les aiguilles également chargées de radium sont de type ailes de mouche ou de formes permettant d'y placer la matière luminescente. Les mouvements sont tous des 19 lignes, en laiton doré ou rhodié (plus rare), le balancier Guillaume est de type compensé à vis, coupé et le spiral de type Breguet.

Les fonds sont gravés d'un nombre (référence d'inventaire) qui se dissocie de l'ordre de livraison et de fabrication et s'enchaine quelle que soit la marque concernée.

Un petit complément pour signaler que la gravure sur le couvercle de fond des montres est variable et mentionne soit " Property of Corps of Engineers" soit "Corps of engineers" Cela est fonction davantage du hasard que d'une commande formelle.

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Les autres armées passèrent dans le même temps de lourdes commandes tant du coté anglais qui passa contrat avec Rolex (Aegler) et Cortébert que du coté allemand qui se fit livrer par de nombreuses manufactures.

Au cours de la Guerre 14-18, l'industrie horlogère fut bien vite mise à contribution, afin d'équiper les militaires en montres, et ce, pour que ces derniers puissent aisément et efficacement synchroniser leurs actions et mouvements de troupes.

En ce domaine, plus qu'ailleurs, la montre se révélera un instrument précieux, lors de la coordination d'actions de masse. Les manufactures américaines ("Elgin", "Waltham", "Hamilton",…), fortement attachées à la traditionnelle montre de poche (gousset de type Tramway, chemin de fer…), n'avaient pas, en ce début du XXe siècle, la capacité de fournir d'énormes quantités de montres de type "bracelet" ; de volumes suffisants pour équiper l'ensemble des hommes engagés sur les terrains d'opération en Europe et ailleurs (Russie…)

C'est la raison pour laquelle les manufactures suisses et françaises furent mises à contribution de manière jamais égalée afin de compléter l'équipement des Sammies US impliqués dans le Premier Conflit mondial…

Dans les premiers temps de la guerre, enfouies au fond des poches des poilus, les montres furent très rapidement ramenées à hauteur du poignet des soldats, afin d'éviter d'une part de se rendre vulnérable face à l'ennemi, mais encore, d'éviter de plonger une main crasseuse au plus profond d'une poche de manteau ou de pantalon…

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Les poilus furent donc parmi les premiers soldats à hautement apprécier que leurs montres soient de type "à bracelet". Hélas pour eux, les priorités de l'armée française n'était guère orientées sur ce genre d'équipement, en cette période troublée…

Paradoxalement, ce seront des commandes américaines qui porteront un afflux conséquent de commandes au compte des manufacturiers suisses, lorsque leurs troupes seront, à la mi-1917, formées et expédiées sur le sol de France.

Les demandes seront alors à ce point subites et volumineuses, que certaines grandes manufactures, prises au dépourvu par l'ampleur de l'événement, feront emboîter, en leurs ateliers, des calibres qui leur seront livrés par des sous-traitants.

Ce sera, à ce moment là de la guerre, et, pour une période s'étendant jusqu'à nos jours, qu'on comptera l'équipement horloger comme faisant partie intégrante du matériel de base du soldat.

Plus tard, durant le Second Conflit mondial, et, face aux besoins croissants en équipement que la guerre suscitera, l'on observera que certaines firmes américaines seront prêtes à tout bonnement arrêter toute production civile, au profit d'une énergie vouée intégralement aux demandes militaires.

L'armée britannique se fournira également, tout au long de la Première Guerre mondiale, auprès de manufactures suisses.

En certaines contrées, et, par delà les deux conflits mondiaux, la montre à gousset continuera de supplanter la montre bracelet, tant sa solidité, sa fiabilité et la précision des mécanismes qui l'anime demeureront aux yeux de certains militaires, des qualités supérieures entre toutes…

Les soldats choisiront la montre bracelet essentiellement pour des raisons de confort et de sécurité.

Pourquoi avoir fait appel, côté US… et ailleurs, à l'horlogerie suisse de renom ?

En ce qui concerne les USA…Le volume exceptionnellement imposant, et, l'urgence relevant des délais de livraison imposés par l'armée eurent pour conséquence que les maisons horlogères suisses "Ulysse Nardin" et "Vacheron&Constantin" durent se tourner vers la sous-traitance.

Contrairement à ces deux sociétés, la manufacture "Zenith", hautement structurée au niveau de sa ligne de fabrication, et, en terme de volume, qui disposait d'importants stocks en calibres, fut seule, et pour sa part, en mesure de produire, en ses propres ateliers, matière à honorer toutes ses commandes.

"Ulysse Nardin", assembla dans ses montres, pour part ses propres calibres. Il fit toutefois également appel, pour le surplus, à un apport de pièces, et, particulièrement de calibres provenant des sociétés "CBI", "Orion" et "Movado". Mais encore, et, dans une moindre mesure, auprès de la manufacture "Moser".

D'autres armées passèrent, durant cette même période, de grandes quantités de commandes. C'est ainsi que, du coté anglais, ont signa des contrats juteux avec "Rolex" ("Aegler") et "Cortébert".

La période proche de la fin de la Première Guerre mondiale fut également un moment très actif pour l'industrie horlogère. Cette époque dut, non seulement s'adapter à la demande grandissante en montres bracelets, mais aussi, maintenir sa production en montres de poche…, dont la précision demeurait inégalée, face aux montres de plus petite taille portées à hauteur du poignet et de ce fait, plus exposées aux chocs…

En ce qui concerne les quantités produites, et, pour ce qui touche les Américains…

L'industrie horlogère aura été capable de livrer aux Corps of Engineers, jusqu'à 200 unités par mois : un nombre imposant au regard des commandes qui eurent également obligation d'être honorées parallèlement à celle-là.

Les archives anciennes sur la maison "Vacheron Constantin" attestent la livraison de 3.289 pièces, dont une majorité de chronographes mono poussoir.

Des cahiers des charges rigoureux…

Pour les montres de poche chronographes, comme en ce qui concerne les montres "classiques", le cahier des charges du Corps of Engineers US imposa un diamètre des montres à 52 mm, et, dont les boîtes, en argent (900 millièmes), eurent la face externe du couvercle sablée et brunie (antireflet).

Les boîtes, les calibres et les cadrans furent estampés au nom des manufacturiers. Les cadrans furent marqués de chiffres rehaussés de matière luminescente, au radium.

Les calibres seront dimensionnés à 42,845 mm, et, donc de type 19 lignes (1 ligne = 2,255 mm) ; ils seront réalisés dans une masse de laiton doré, et, plus rarement, rhodié. Les balanciers Guillaume seront fendus et compensés au moyen de vis. Le spiral sera de type Breguet.

Le nombre de pièces livrées par Zenith avoisinera les 3.000 unités ; celles fournies par "Ulysse Nardin" seront un peu plus faibles en nombre. Les fonds de boîtiers seront gravés d'un chiffre faisant référence à un inventaire.

Notons pour clore le sujet que la gravure figurant sur le couvercle de fond des montres sera variable et qu'elle mentionnera, selon le cas : "Property of Corps of Engineers - USA" ou "Corps of Engineers - USA".

Il sera également à prendre en considération le fait que les pièces fabriquées chez Zenith ne mentionneront généralement pas cette indication… "Property of".

Tableau récapitulatif des livraisons

Manufacture Quantité approximative Type de montres
Vacheron Constantin 3289 Chronographes monopoussoirs et montres classiques
Zenith ~3000 Montres classiques
Ulysse Nardin Moins que Zenith Montres classiques

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