Les armements utilisés en Ukraine font l’objet de nombreux commentaires, mais aussi de questions qui montrent leur méconnaissance. Notre société s’est (beaucoup) désintéressée des questions militaires et la culture du silence de l’armée française a réservé à de rares initiés la compréhension de l’affrontement opérationnel qui se joue en Ukraine. Je propose d’apporter quelques explications simples, que les experts en armement me pardonneront, pour permettre de juger par soi-même de l’importance et du sens de certaines informations, notamment sur les livraisons d’armes.
Le mot « artillerie » apparaît avec Joinville au XIIIe siècle pour désigner l'ensemble des engins de guerre. Les Russes utilisent en Ukraine une artillerie dévastatrice, qui repose sur deux types d’armement, des canons et des lance-roquettes.
Les « canons d’artillerie » propulsent des obus qui - pour simplifier - sont des bombes de 5 à 50 kg chargées d’explosifs. Ces obus commettent des dégâts d’autant plus importants qu’ils sont tirés en salves par des « batteries d’artillerie », regroupements de 5 à 10 canons (ou mortiers) bombardant la même cible. A ce jour, aucun système ne permet d’intercepter les obus en vol. Une fois partis, la seule protection contre eux consiste à dégager de la zone ou à trouver un abri (tranchée, cave, bunker) qui permette de ne pas être soufflé, explosé ou criblé d’impacts.
Ces tirs sont redoutables, relativement imprécis (de 10 à 100 m près), et avec un pouvoir de destruction important du fait de leur multitude. Tout ce qui est en surface ou exposé se retrouve détruit ou abîmé, ce qui est enterré peut y échapper sauf en cas de coup direct (l’obus directement sur l’abri).
Les roquettes sont des fusées non guidées qui transportent aussi une bombe. Les Russes ont développé depuis des décennies des lance-roquettes multiples qui envoient un « panier » de roquettes pratiquement en une seule salve, l’équivalent d’une batterie de canons qui tireraient quasiment en même temps. Le résultat est très impressionnant, l’arrivée des roquettes s’entend, un sifflement inquiétant, avant qu’elles ne s’écrasent en vague sur leur cible. Leur précision est inférieure aux canons car leur vol est plus lent et sans possibilité de correction de leur trajectoire.
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Les HiMARS (High Mobility Artillery Rocket System) sont des lance-roquettes multiples (LRM) qui ne tirent que des missiles. Dans le cas spécifique du HIMARS, le système d’arme est monté sur un camion tandis qu’il existe en quasi équivalent sur chenilles appelé LRM dans l’artillerie française. Ces batteries d’artillerie, de canons ou de lance-roquettes, ont à peu près la même portée, quelques dizaines de km. Leurs tirs ne sont pas interceptables, restent moyennement précis et commettent de gros dégâts sur toute la zone visée.
Dans cette guerre, compte tenu de leur portée, les batteries d’artillerie russes se situent largement en territoire ukrainien et elles sont difficiles à défendre, car il faudrait pour les Russes sécuriser de très larges zones pour empêcher de les approcher.
Par ailleurs, ces batteries d’artillerie - canons ou lance-roquettes multiples - ont pour caractéristique d’avoir besoin d’une logistique considérable, les munitions utilisées étant lourdes et encombrantes. Ce sont en fait des milliers de tonnes qu’il faut acheminer depuis des stocks d’armement jusqu’au lieu de déploiement de ces batteries.
Techniquement, les missiles sont des roquettes guidées, c’est-à-dire que leur trajectoire est corrigée pendant le vol pour les « guider » avec beaucoup de précision sur leur cible. Les Russes ont développé toute une panoplie de missiles, tirés du sol à partir de camions, lancés de navires voire de sous-marins, ou à partir d’aéronefs (avions et hélicoptères). Au contraire des armes de saturation (canons et roquettes), les missiles sont des fusées sophistiquées qui vont chercher à détruire un objectif précis. Leur portée va de quelques km à plusieurs milliers, puisque leur système de guidage leur permet de voler sur de longues distances s’ils sont équipés du propulseur adapté.
A ce jour, il existe très peu de systèmes de protection capables d’intercepter efficacement des missiles en vol, et un peu plus de dispositifs pour brouiller leur guidage (on parle souvent de « leurrage »).
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La médiatisation par les Russes de l’emploi de « missiles hypersoniques », c’est-à-dire volant à des vitesses de plusieurs dizaines de fois la vitesse du son (Mach) change seulement le fait qu’ils sont encore plus difficiles à intercepter (ou à leurrer). Ce qui est déterminant dans un missile est ce qu’il transporte.
L’aviation utilise toute une série de bombes qui vont de 125 à 1,000 kg. Elles sont puissantes en comparaison des 45 kg d’un obus classique d’artillerie mais elles ne sont efficaces que si elles sont guidées.
Je vais détailler deux armements qui sont livrés par les Etats-Unis aux Ukrainiens depuis janvier 2023.
Les roquettes comme les missiles peuvent aussi embarquer des « sous-munitions », un paquet de bombes plus petites qui sont dispersées au-dessus de la zone visée et qui sont censées exploser en grappe lorsqu’elles sont répandues. Dans la réalité, ces « sous-munitions » se transforment en mines dès lors qu’elles n’ont pas explosé immédiatement, ce qui est souvent le cas, devenant un danger permanent pour toute personne devant traverser cette zone.
Les Etats-Unis, qui n’ont pas signé non plus la convention d’Oslo, décident en juillet 2023 de fournir des munitions de ce type aux Ukrainiens… qui utilisaient déjà celles d’origine soviétique. Si ces munitions sont employées sur les lignes de front érigées par les Russes pour empêcher les Ukrainiens de reconquérir leur pays, elles rajouteront quelques mines supplémentaires sur une zone abondamment minée par les troupes de Poutine. Notons enfin que ces armes à sous-munitions ne constituent pas une « sur-arme », mais provoquent une dispersion plus grande des explosions dans un bombardement, avec une efficacité relative si les unités visées sont protégées, dans des tranchées ou des bunkers par exemple.
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Dans la guerre contre l’Ukraine, ou contre les pays qui apporteraient une aide déterminante à leur résistance, les forces russes pourraient utiliser des charges nucléaires « tactiques », c’est-à-dire destinées à faire bataille : leur puissance est alors limitée à « quelques » kilotonnes - une kilotonne équivalant tout de même à 1000 tonnes de TNT - alors que les bombes classiques les plus puissantes ne dépassent pas quelques tonnes… Une arme nucléaire tactique détruirait l’intégralité d’une base militaire, sous deux mètres de profondeur et dans un rayon de quelques km. Elle produirait en plus une pollution radioactive, là aussi « limitée », mais tout est relatif.
Si l’OTAN avait accepté la proposition de la Pologne de faire décoller de la base de Ramstein en Allemagne des avions de combat prêtés à des pilotes ukrainiens, il est probable que les Russes auraient frappé cette base militaire avec des missiles classiques, faisant au minimum des dizaines de morts. Les Russes auraient pu aussi lancer une arme nucléaire tactique (que personne n’a jamais utilisée jusqu’à ce jour) pour vitrifier cette base de l’OTAN en Allemagne.
| Type d'Arme | Calibre/Poids | Puissance (équivalent TNT) | Portée |
|---|---|---|---|
| Obus d'artillerie | 5-50 kg | Faible (dépend de l'explosif) | Quelques dizaines de km |
| Bombes aériennes classiques | 125-1,000 kg | Modérée (dépend du type) | Dépend de l'aéronef |
| Missiles GLSDB | 125 kg | Modérée (guidée) | 150 km |
| Arme nucléaire tactique | Variable | Quelques kilotonnes (1 kt = 1000 tonnes TNT) | Variable, destruction rayon de quelques km |
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