L'efficacité grandissante de l'aviation à la fin de la Première Guerre mondiale crée la demande pour une artillerie capable de la contrer. Cet article explore l'évolution et les caractéristiques techniques des canons anti-aériens, en particulier ceux de calibre 90 mm, en mettant en lumière leur rôle crucial dans la défense aérienne à travers différentes époques.
Le canon anti-aérien QF 3.7 pouces fut largement utilisé par la Grande-Bretagne pour défendre Londres contre les bombardements et sur le Continent. Il fut même capturé par les Allemands. Ce canon a été retenu pour ce qui lui convenait le mieux, à savoir le rôle AA, et cette excellente arme n'a donc jamais vraiment eu la chance de faire ses preuves en tant qu'équivalent britannique du 88 mm allemand.
Il fut utilisé à l'occasion comme pièce de campagne à longue portée et même, à un moment de la guerre, comme canon de défense côtière. Il était basé sur le canon naval Vickers QF de 3 pouces (76 mm) du début du siècle, qui a subi des modifications apportées par les ingénieurs d'artillerie pour le compte du ministère de la Guerre en 1914. Au fil du temps, l’affut a été repensé pour devenir plus maniable. Ce ne fut donc qu'en 1937 que le canon QF 3.7 fut mis en production en série.
Au 1er janvier 1938, les défenses aériennes britanniques ne disposaient que de 180 canons anti-aériens de plus de 50 mm, dont la plupart étaient des canons de 3 pouces plus anciens. Ce nombre est passé à 341 en septembre 1938 (accords de Munich), à 540 en septembre 1939 (déclaration de guerre) et à 1 140 pendant la bataille d'Angleterre. Les roues étaient soulevées du sol ou retirées lorsque le canon était mis en action.
Le Vickers Mk III Anti-Aircraft Predictor est un ordinateur analogique conçu pour tracer la position, la route et la vitesse actuelles des avions entrants ainsi que pour étalonner et viser les canons antiaériens. Il permettait de déterminer les angles de pointage du canon sur la base de données sur la position et le mouvement de la cible, les paramètres balistiques du canon et des munitions, ainsi que la vitesse du vent.
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Le premier exemplaire du canon allemand de 88 mm est fabriqué en 1928, sous l’appellation 8,8cm Flak18 L56, ce dernier chiffre définissant la longueur du tube (soit 56 fois le calibre). Il est utilisé avec succès pendant la guerre d'Espagne, mais on constate des défauts mineurs et un poids trop important qui exige deux essieux.
En mai 1940, il est utilisé horizontalement et brise l'offensive des blindés Matilda britanniques et B1bis français dans le nord est de la France. Il équipe le Tigre I et ensuite sous différentes versions le Nashorn, l’Elefant, le Jagdpanther et le Tigre II. Jusqu’au début de 1945, sa version PAK 43 n’a qu’un homologue à peu près à son niveau chez les Alliés, le 76/55 britannique qui équipe le Sherman Firefly et le chasseur de char Achilles.
Les États-Unis mettent alors en ligne le 90 mm du M26 Pershing et les Soviétiques la série des JS avec des calibres atteignant 122 mm, ce dernier, n'ayant pas été conçu comme canon antichar, était moins performant en perforation de blindage que le 88mm L/71.
L'utilisation principale du canon de 88 mm est liée à la lutte anti-aérienne (Flak en allemand). Les recherches entreprises dès la Première Guerre mondiale (premier « acht-acht » en 1916) en matière de canons antiaériens aboutissent à la création du Flak 18 (1933), puis du Flak 36/37 (avec bouclier, en 1936) de calibre 88 mm, d'une longueur de 56 calibres (88L56) et doté d'un pied cruciforme.
Vers 1940-1941, à une époque où le calibre standard des Pak (canons antichars) est de 37 mm, le "88" à grande vitesse initiale utilisé en tir tendu s'avère être le meilleur antichar disponible. Les obus sont alors construits en version antichar (panzergranate) et une version modifiée du 88 voit le jour en 1942: le Flak 41, doté d'un affût allégé, plus spécifiquement antichar et antiaérien. Une autre version modifiée est destinée au char Tigre : le KwK 36. Enfin, un canon totalement antichar sera adapté : le Pak 43 long de 70 calibres.
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Le Flak 36/37 et 41 demeurera tout au long de la guerre le canon DCA standard de la défense du Reich, épaulé par une version plus lourde, le Flak 40 de 128 mm.
Prévu pour remplacer les vieux canons de 76,2 mm M3, les ingénieurs américains se mirent à concevoir un canon de 90 mm en 1938. Il entra en service en 1941 sous le nom « 90 mm Gun M1 on Antiaircraft Mount M1A1 », il fut tout de suite commandé en grosses quantités. Cet assemblage était une excellente arme, mais son affût était très complexe et coûteux à produire.
Une version avec chargement d’obus amélioré baptisée M1A1 fut rapidement lancée, pour remplacer la version M1. En juillet 1941, il fut décidé d’améliorer le canon M1 en le rendant plus facilement transportable et plus performant. L’affût M2 était d’un design très moderne, très efficace, mais très complexe. Le nouveau canon fut également baptisé M2 et il avait été revu du tout au tout.
Un nouveau système de chargement et de tir permettait un tir plus rapide et précis, il pouvait tirer 27 fois par minute. Avec le développement des obus de proximité, cette arme devenait redoutable. En 1944, un canon M2 abattit un Focke-Wulf Fw-190 par un coup au but, une prouesse pour un canon lourd. Ces nouveaux obus permirent également de détruire des fusées V1.
De 1918 au milieu des années 1930, l’artillerie antiaérienne française fait l’objet de mesures générales de réduction de format, sans connaître de modernisation dans ses matériels ou d’évolution dans sa doctrine d’emploi. Victime de l’opposition entre l’armée de Terre et l’armée de l’Air nouvellement créée, la défense contre aéronefs (DCA) de l’entre-deux-guerres est l’objet de toutes les convoitises mais fait toujours figure de parent pauvre au sein de son arme de rattachement.
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De 1935 à mai 1940, en raison de l’entreprise de réarmement de l’Allemagne nazie, la DCA connait l’amorce timide d’un redressement et voit la conception et le début de fabrication de nouveaux matériels. Toutefois, ce sursaut est trop tardif. Les efforts de financement et de production qui sont consentis ne suffisent pas à rattraper le retard technique et à masquer les imperfections de la mobilisation. En février 1940, la nouvelle appellation de « Forces terrestres antiaériennes » qui est donnée à la DCA ne change rien à son état.
Le 13 mai 1940, l’attaque allemande sur Sedan est appuyée par une composante aérienne jusqu’alors inédite : durant toute la journée, plus de 1 500 avions des Ier et IIe Fliegerkörper bombardent Sedan et les défenses interdisant le passage de la Meuse. Principalement engagées sur les secteurs belges et néerlandais, les chasses aériennes française et britannique ne peuvent réellement intervenir, tandis que la défense contre aéronefs (DCA) est submergée.
Contrairement à celle de la Grande Guerre, l’artillerie n’a fait l’objet que de peu de travaux et d’études historiques pour la Seconde Guerre mondiale, souvent occultée par l’intérêt porté aux chars d’assaut et à l’aviation. Au sein même de ces études, ce constat s’applique particulièrement à l’artillerie antiaérienne dont l’hétérogénéité des matériels en service et l’absence de considération de la part du haut-commandement français ne facilitent pas l’appréhension.
Dès 1906, les sections techniques de l’Artillerie et du Génie lancent l’étude d’un matériel et d’une méthode de tir contre les aéronefs. Le projet aboutit à l’adoption de projectiles spécifiques - obus à balles modèles 1911, d’une structure d’affût modifiée pour assurer la défense antiaérienne des ouvrages fortifiés en 1911 et d’un auto-canon de 75 mm en 1913 ; tandis que le capitaine Eugène Pagézy définit les premiers principes du tir contre-aéronefs. Alors qu’aucune structure dédiée et moins d’une dizaine de pièces antiaérienne sont en service à l’été 1914, l’artillerie française compte 830 canons antiaériens répartis dans cinq régiments d’artillerie de défense contre les aéronefs (63e, 64e, 65e, 66e et 166e RADCA) à la fin de la Grande Guerre.
À partir du printemps 1919, la démobilisation défait très rapidement cette organisation issue du temps de guerre, suivant les principes énoncés le 16 janvier 1919 lors d’une réunion présidée par le général Pont, major général de l’armée. La sous-direction comprend également les postes de DCA fixes, constitués par un réseau de postes de guet, d’altimétrie et de tir. Le 25 août 1922, une décision ministérielle décide du transfert de l’intégralité de la sous-direction de DCA à l’Artillerie.
Depuis l’Armistice, les matériels n’ont pas évolué et le canon de 75 mm sur remorque, plate-forme fixe ou automobile reste de loin le matériel principal. Le rattachement de la DCA à l’Artillerie conduit les artilleurs à proposer un programme de modernisation des matériels en 1923. Adopté le 15 mai 1923, ce programme d’études repose sur l’idée que l’artillerie antiaérienne doit être dotée d’armes spécifiques au regard de chaque type de menace aérienne (bombardement, reconnaissance, chasse…), mais n’est guère suivi de réalisation faute de budgets alloués.
Les années 1920 sont en effet caractérisées par la réduction du format des armées et celle-ci n’épargne pas la DCA : en 1929, ses quatre régiments restants (le 404e RADCA a été dissout) ne regroupent plus que dix-huit batteries de canons de 75 mm. En cas de conflit, le plan de mobilisation prévoit théoriquement une rapide montée en puissance de ces régiments, qui doivent mettre en œuvre jusqu’à 84 batteries. Quant aux matériels, les canons de 75 mm hérités de la Grande Guerre doivent parer à toutes les missions.
Dans le cadre de la politique de défense française, idéologiquement défensive, la protection de l’espace aérien du territoire n’est pas jugée suffisante par le haut-commandement. Afin de la mettre à niveau, un plan de défense aérienne du territoire (DAT) est adopté le 27 février 1929. La DCA est l’une des deux composantes de cette défense antiaérienne du territoire - celle qui se bat depuis le sol - l’autre étant l’aviation, que gère l’Aéronautique.
Ce plan de défense intègre aussi bien les mesures de défense active, du ressort des ministères de la Guerre (incluant l’Aéronautique) et de la Marine, et les mesures de défense passive, du ressort du ministère de l’Intérieur, des municipalités et des industriels. Il prévoit la création de onze zones de défense antiaérienne, la fabrication et le déploiement de 495 batteries de DCA, de 798 sections de mitrailleuses, de dix escadrilles de chasse et de quinze groupes de projecteurs que serviront 3 300 officiers et 160 000 sous-officiers et soldats.
En 1939, les missions de la DCA sont clairement définies et s’organisent autour de deux grands principes : surveillance et protection. Le premier consiste en la fourniture de renseignements sur l’activité aérienne de l’ennemi ; le second, en lien avec l’aviation de l’armée de l’Air, est la lutte contre l’ennemi aérien. Pour ce faire, la DCA comprend six régiments de défense contre aéronefs, ainsi que quelques embryons d’unités au sein de certains régiments d’artillerie de campagne.
Au moment de la déclaration de guerre, les premières tranches des commandes passées dans le cadre des plans d’armement de 1936 et 1938 commencent à peine à être déployées dans les unités. L’état de guerre permet d’accélérer les cadences de fabrication dans les usines, mais les industries - qu’elles soient nationales ou privées - atteignent vite leur limite de production. En outre, comme toutes les armes spécialisées, les canons antiaériens et leurs munitions, accessoires de paramétrage des cibles et de calcul de tir, équipements de surveillance, d’alerte et de conduite de tir, et réseaux de communications les reliant forment un système d’arme dont chaque composante est indispensable.
Depuis le retrait des missiles sol-air de courte portée Roland et celui des canons de 20mm de type 53T2, la capacité de défense aérienne dans les « basses couches » de l’armée de Terre repose exclusivement sur les missiles MISTRAL [missile transportable anti-aérien léger], notamment mis en oeuvre par le 54e Régiment d’Artillerie [RA] ainsi que par certaines sections d’autres régiments [comme au sein du 35e RAP, du 68e RAA ou encore du 11e RAMa].
Seulement, et comme le démontre le retour d’expérience de la guerre en Ukraine, marquée par des attaques saturantes de munitions téléopérées, le MISTRAL ne suffit plus pour assurer la protection des unités dites de mêlée. « Le retour du canon est le seul moyen de traiter les menaces saturantes de type drone. Et cela à un coût acceptable car l’un des enjeux de la défense sol-air, c’est de ne pas tirer un MISTRAL à 150’000 euros contre un drone à 2’000 euros. Cela, le canon seul permet de le faire », a fait valoir M. Thiériot.
Aussi, et alors qu’il est question d’un investissement de cinq milliards d’euros au profit de la défense sol-air dans le cadre de la prochaine Loi de programmation militaire [LPM], les deux députés estiment que la « remise à niveau » des capacités de l’armée de Terre à contrer les menaces dans les « basses couches » doit être une priorité. Il s’agit de développement une « artillerie sol-air digne de ce nom », a insisté M. Thiériot.
Cela étant, l’an passé, la Section technique de l’armée de Terre [STAT] a terminé l’évaluation de l’ARLAD [adaptation réactive pour la lutte anti-drones], un système installé sur un Véhicule de l’avant blindé [VAB], doté d’un radar de détection. Initialement, ce dispositif devait reposer sur une mitrailleuse de 12,7 mm [qui n’a pas été conservée par la suite, car jugée inefficace] ainsi que sur une capacité « Airburst », via un lance-grenade de 40 mm.
Mais pour les deux parlementaires, il faut aller plus loin, en dotant l’armée de Terre du canon RapidFire de 40 mm, dont Nexter et Thales ont récemment finalisé la version destinée à certains navires de la Marine nationale. Cependant, a souligné M. Thiériot, des « financements doivent encore […] être trouvés pour développer une munition ‘Airburst' », qui explose à proximité de la cible et non à l’impact. C’est un « enjeu opérationnel pour nos troupes » mais aussi un « enjeu industriel » dans la mesure où, a-t-il expliqué, il faudra « faire admettre le [calibre] 40 mm comme standard de l’Otan », ce qui « n’est pas le cas aujourd’hui », sauf pour le domaine naval.
Pour rappel, le système RapidFire repose sur le canon 40CTA de 40mm qui, développé par CTAI, la filiale commune à Nexter et à BAE Systems, équipe déjà l’engin blindé de reconnaissance et de combat [EBRC] Jaguar. Il peut tirer en temps réel cinq types de munitions, automatiquement sélectionnées en fonction de la menace, dont la nouvelle A3B [Anti-Aeriel AirBurst], qualifiée « d’intelligente ».
Par ailleurs, les deux rapporteurs préconisent de renforcer le 54e RA… voire de créer un second régiment dédié à la lutte anti-aérienne. Si la recommandation de M. Thieriot et de Mme Pouzyreff est retenue [et il y a des chances pour qu’elle le soit…], le RapidFire pourrait être installé sur un véhicule blindé multirôles [VBMR] lourd [Griffon] ou léger [Serval]. Voire sur le TITUS 6×6, Nexter ayant en effet dévoilé un véhicule de ce type doté d’un RapidFire lors du salon IDEX, en février 2021, aux Émirats arabes unis.
Quoi qu’il en soit, une telle idée n’est pas neuve… Dans les années 1970, le projet VADAR proposait de monter une tourelle bitube de 20 mm et un radar sur un Véhicule de l’avant blindé [VAB]. Mais il fut finalement abandonné.
| Canon | Calibre | Utilisation Principale | Pays d'Origine |
|---|---|---|---|
| QF 3.7 pouces | 94 mm | Anti-aérien | Grande-Bretagne |
| Flak 18/36/37/41 | 88 mm | Anti-aérien, Antichar | Allemagne |
| Flak 40 | 128 mm | Anti-aérien | Allemagne |
| 90 mm Gun M1/M2 | 90 mm | Anti-aérien | États-Unis |
| RapidFire | 40 mm | Anti-aérien | France |
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