Le métier d’ambulancier est très ancien. Dès l’Antiquité, au VIe siècle, un corps de cavaliers romains était chargé d'évacuer les blessés lors des combats.
Au XVIe siècle, lors des guerres de religion, pendant le règne d’Henri IV, l’armée inventa les premières ambulances : les caisses d’artillerie, tirées par des chevaux et qui amenaient les munitions, servaient ensuite au transport des blessés quand elles étaient vides.
Des soldats étaient donc affectés au relevage et au transport des blessés.
Deux siècles plus tard, en 1794, le chirurgien militaire Dominique Larrey crée les premières « ambulances volantes » qui accompagnaient les soldats jusque sur le champ de bataille et prenaient immédiatement en charge les blessés.
Le premier projet date de 1768. Rédigé par Ravaton (auteur de CHIRURGIE d'Armée, ou Traité des Playes d'Armes à Feu et d'Armes Blanches), chirurgien militaire qui s’illustra à Fontenoy, il fut oublié dans les cartons du ministère de la Guerre.
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Ravaton voulait « former des brigades destinées à suivre les gros détachements de l’armée qui vont en guerre, afin que, en cas d’affaire, les troupes puissent avoir des secours prompts et assurés ».
Chaque brigade devait comprendre :
(1) : plumaceau : terme de Chirurgie; arrangement de plusieurs brins de charpie, qui se fait beaucoup plus large qu'épais, propre à être mis dans une plaie ou à la couvrir. Les plumaceaux doivent être proportionnés à la grandeur de la plaie. Ce mot vient du latin pluma, plume; parce que les anciens cousaient des plumes entre deux linges pour le même usage. On couvre les plumaceaux d'onguents, de baumes, & autres médicaments de consistance molle, ou on les trempe dans des liqueurs appropriées à l'état de la plaie ou de l'ulcère sur lequel on les applique.
Le 15 avril 1792, Dominique Larrey reçoit du Conseil de Santé l’ordre de réquisition suivant :
Il est donc affecté à l’Armée du Rhin qui sera sous les ordres du Général Houchard (2). C’est le début d’une très grande aventure.
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Il essuie le baptême du feu le 29 septembre 1792 à Spire près du Rhin, cela lui permet d'appliquer les principes de la chirurgie navale.
Il brave l'interdiction interdisant aux officiers de santé, sur terre, de se tenir à moins d'une lieue des combats et à attendre leur fin pour secourir les blessés, très vite avec quelques infirmiers il se même aux combattants pour les soigner.
Au nom du règlement il est mis aux arrêts, mais « au nom de l’humanité » il est nommé chirurgien aide-major principal par le général Custine (3) après la prise de Mayence.
À la bataille de Limbourg, le 10 novembre 1792, il observe à la lorgnette, la rapidité avec laquelle les batteries d'artillerie à cheval se déplacent et imagine les « ambulances volantes », à laquelle son nom sera désormais attaché, capables de suivre les combattants et de les secourir jusqu'au cœur de la bataille.
Chaque ambulance comprend un chirurgien-chef, deux assistants et un infirmier. Ils sont montés sur des chevaux dont les fontes et les portemanteaux portent des pansements et des instruments de premier secours.
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Les évacuations vers l’arrière se font au moyen de chevaux et de mulets bâtés de grands paniers.
(2) : Jean Nicolas Houchard (Forbach, le 24 janvier 1738 - Paris, le 17 novembre 1793), En 1792, il est colonel d'un régiment de chasseurs à cheval dans l'armée de Custine, Il est nommé commandant en chef de l'armée de la Moselle le 11 avril 1793. Jean Nicolas Houchard va remplacer le général Custine qui vient d'être destitué et sera guillotiné. Le 11 août 1793, Houchard prend ainsi le commandement suprême de l'armée du Nord. Accusé de ne pas avoir tiré, de la victoire de Hondschoote, tous les avantages qu’elle présentait, il est destitué et arrêté à Lille, le 24 septembre 1793. Il est convoqué par le tribunal révolutionnaire pour répondre de ses actes. Houchard fût guillotiné le dimanche 17 novembre 1793 (26 brumaire an II).
(3) : Comte Philippe de Custine (Metz, 1740 - Paris, 27 août, 1793), général placé à la tête de l’armée du Rhin en 1792, suspect de la Convention, on lui offre le commandement regroupé des armées du Nord, de Moselle et des Ardennes, il sera destitué le 22 juillet 1793 et guillotiné le 27 août 1793.
Le Ministre de la Guerre Pache (4) lance un concours, le 12 novembre 1792. Il est organisé pour la création de voitures spécialement destinées au transport des blessés.
Dominique Larrey participe à ce concours. Son projet reçoit l’appui du Commissaire de Guerre Villeneuve.
L’armée du Rhin peut se doter d’ambulances volantes. Dans un rapport adressé, fin de l’année 1793, au Conseil de Santé, il propose que son « ambulance volante » se compose de 12 officiers de santé, d’un nombre conséquent d’infirmiers et de deux voitures.
Le Général Vicomte Alexandre de Beauharnais (5) est séduit par les avantages psychologiques de cette conception pour les soldats et pour la nouvelle organisation possible du service de santé.
Mais « l'opposition des administrateurs », qui donnaient leurs ordres au service de santé, ne permet pas la réalisation de ce concept. Celui-ci ne se fera que cinq ans plus tard, en 1797 à l'armée d'Italie du Général Bonaparte.
(4) : Jean Nicolas Pache (Paris, 1746 - Thin-le-Moutier, 1823) ministre de la guerre du 18 octobre 1792 au 2 janvier 1793. Il perd son poste ministériel ayant abandonné le parti girondin pour la Montagne.
(5) : Vicomte Alexandre de Beauharnais (Port-Royal de la Martinique, le 28 mai 1760 - Paris, le 23 juillet 1794), A la fin de l'Assemblée Constituante, il devint adjudant-général et partit pour l'armée du Nord ; il commanda le camp de Soissons, sous les ordres de Custine. Le 7 septembre 1792, il fut promu maréchal de camp (général de brigade) et le 8 mars 1793, général de division. Le 23 mai 1793, il devenait général en chef de l'armée du Rhin. Le 13 juin 1793, il fut nommé ministre de la Guerre, mais il refusa. Après la perte de Mayence, il démissionna et rentra chez lui. Arrêté en janvier 1794, il comparut devant le Tribunal révolutionnaire pour trahison et complicité de conspiration dans la prison des Carmes, fut condamné à mort et guillotiné cinq jours, avant le 9 Thermidor.
Sous la première république, le chirurgien en chef des armées de Moselle, François Percy, experimenta un corps ambulant de chirurgiens militaires pour soigner les blessés sous le feu de l’ennemi. Il les fit accompagner de soldats d'élite chargés de relever les blessés et d'aider aux soins.
Mais la transformation d'une expérimentation en l'organisation d'un corps d'infirmiers et brancardiers fut très longue.
Percy réclame à Napoléon, ému par le spectacle désolant du champ de bataille, la création d'un vrai corps d'infirmiers militaires.
Un premier " bataillon de soldats d'ambulance " verra le jour en Espagne, en 1808. Puis, un décret impérial du 13 avril 1809 créera un corps d'infirmiers militaires, formé de 10 compagnies composées de 125 hommes chacune et commandées par un centenier.
Cinq compagnies seront levées à Vienne, en septembre 1809, deux en Italie et trois en Espagne. Leur rôle consiste à enlever les blessés du champ de bataille, à les évacuer vers les hôpitaux de l'arrière, à les convoyer et à les défendre si cela devient nécessaire.
Chirurgiens et infirmiers étaient transportés au cœur même des combats, sur des véhicules qui étaient des caissons de munition modifiés.
Cette voiture d’intervention rapide, attelée à quatre ou six chevaux, était précédée par le chirurgien major qui décidait du lieu d’intervention. Le caisson, nommé wurtz, renfermant les appareils et instruments chirurgicaux était conduit par deux postillons. Il transportait les infirmiers, les chirurgiens et, éventuellement, des blessés légers.
"La Wurtz de Percy est surtout un moyen rapide d'amener du personnel sanitaire en un point du champ de bataille pour commencer à panser les blessés avant de les évacuer vers l'ambulance (nom de l'hopital de campagne).
C'est vers 1799, à l'armée du Rhin, que Percy utilise le Wurtz (saucisse en allemand). Il s'agit d'un petit caisson allongé, utilisé par l'artillerie pour le transport des munitions ; le dessus de celui-ci est couvert de cuir arrondi pour servir de siège aux aides majors et aux infirmiers à l'aller et aux blessés au retour. L'intérieur du caisson est rempli d'objets de pansement et de chirurgie ainsi que de brancards.
Le caisson attelé de six chevaux emmène à califourchon huit chirurgiens et/ou aides qui vont commencer à panser les blessés sur le champ de bataille et à les ramasser à l'aide de brancards contenus dans le caisson. Cette ambulance, nécessitant beaucoup de chevaux, peu confortable pour le personnel sanitaire ou les blessés légers, ne permettra pas d'évacuer les blessés graves.
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