Le fusil rayé modèle 1854, bien que moins connu que d'autres armes de son époque, représente une étape importante dans l'évolution de l'armement français. Son apparition s'inscrit dans un contexte de transition où les avancées en matière de rayure des canons promettaient une précision accrue par rapport aux armes à canon lisse traditionnelles. Cet article explore l'histoire, les caractéristiques techniques et l'impact du fusil rayé français de 1854.
Pour appréhender pleinement l'importance du fusil rayé de 1854, il est essentiel de revenir sur l'évolution de l'armement et le rôle central de la baïonnette dans l'infanterie. La baïonnette, apparue au XVIIe siècle, est une lame fixée au canon du fusil, transformant ce dernier en une arme d'hast pour le combat rapproché. Son origine est parfois attribuée aux paysans de Bayonne, qui auraient improvisé cette arme en fixant des couteaux de chasse au bout de leurs bâtons. Cependant, des versions antérieures existent, notamment chez les mousquetaires à pied.
L'adoption de la baïonnette à douille, attribuée à Vauban à la fin du XVIIe siècle, fut une innovation majeure. Ce modèle, contrairement aux versions précédentes, ne bloquait pas le canon, permettant ainsi de recharger l'arme tout en conservant la possibilité de se défendre au corps à corps. La baïonnette contribua à la disparition des piquiers, dont le rôle principal était de protéger les tireurs pendant le rechargement.
Au fil du XVIIIe siècle, la baïonnette devint un symbole de bravoure et d'attaque. Des maréchaux comme Souvorov la considéraient comme une arme décisive, capable de compenser l'imprécision des balles. L'entraînement à la baïonnette devint une composante essentielle de la formation des soldats.
L'introduction du fusil rayé à partir de 1854 ne sonna pas le glas de la baïonnette. Au contraire, elle conduisit à un développement de son usage multifonctionnel. Malgré son importance symbolique et son rôle dans l'entraînement, l'utilisation effective de la baïonnette au combat était moins fréquente qu'on ne l'imagine. Des études ont montré qu'elle n'était responsable que d'un faible pourcentage des blessures infligées aux soldats.
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Néanmoins, elle continua à être utilisée lors des charges à l'assaut, même pendant la Première Guerre mondiale. Après 1918, les armées occidentales privilégièrent les baïonnettes courtes. La dernière charge à la baïonnette de l'armée française eut lieu en 1951, lors de la guerre de Corée. Même avec le développement de l'arsenal militaire moderne, la baïonnette a continué à évoluer, avec des modèles intégrant des gouttières pour faciliter le retrait de la lame et des fourreaux multifonctionnels.
Le fusil rayé modèle 1854 s'inscrit dans cette évolution de l'armement. Il bénéficie des avancées en matière de rayure des canons, ce qui lui confère une précision accrue par rapport aux fusils à canon lisse.
Selon le capitaine Rayne, de 1842 à 1853, la commission de Vincennes s'était concentrée sur les armes rayées, ce qui avait ralenti les changements apportés aux fusils lisses. En 1853, un nouveau fusil, le modèle 1853, fut établi, mais il ne différait du modèle 1842 que par des modifications destinées à faciliter l'adoption ultérieure des rayures. Le calibre fut réduit de 18 à 17,8 mm. La masselotte fut déplacée sur la droite de l'axe du canon pour ne pas masquer la ligne de mire, car on prévoyait que ce modèle recevrait une hausse mobile. Enfin, le pan supérieur du canon fut prolongé pour permettre le placement de la hausse mobile.
Les études menées sur les armes rayées conduisirent à leur adoption généralisée pour toute l'infanterie. Le fusil rayé modèle 1857 fut créé, et cette transformation fut appliquée aux autres modèles déjà en service.
Les fusils modèle 1840 avaient été retirés du service et vendus à l'étranger. Pour les fusils antérieurs à 1857, il existait deux types pour chaque modèle, différant par la longueur du canon : fusil d'infanterie et fusil de voltigeurs.
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L'armement de la garde comprenait également deux variétés : fusil de grenadier et fusil de voltigeur, constitué par le :
L'armement spécial des chasseurs à pied, de 1857 à 1866, était formé des modèles suivants :
Lors de l'adoption du système percutant et de la création du fusil Mle 1842, on étudia l'influence de la position de la lumière sur l'inflammation de la charge. Des expériences furent menées avec des fusils dont les débouchés de la lumière étaient situés à différentes distances du fond de l'âme. La distance de 6,9 mm fut adoptée pour le modèle 1842 et les modèles postérieurs.
Le centre du logement de la cheminée était déterminé par sa distance à la tranche de la culasse et par son écartement sur la droite de l'axe du canon. Dans les fusils Mle 1842T, la distance à la tranche de la culasse était de 12 mm, et l'écartement sur la droite était de 7 mm. Dans les fusils Mle 1853T, on rejeta davantage la masselotte sur la droite pour démasquer la ligne de mire, de sorte qu'elle faisait saillie sur le pan latéral droit.
L'inclinaison de l'axe de la cheminée par rapport au pan supérieur était également importante pour optimiser la percussion. Malheureusement, dans les modèles 1842T, l'inclinaison adoptée ne respectait pas ces principes, ce qui entraînait un fort tirage sur la vis de culasse et un ébranlement du corps de platine.
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La hausse fixe et le guidon étaient essentiels pour permettre au tireur de diriger correctement son arme. Les anciennes armes à silex n'avaient pas de hausse fixe, ce qui rendait leur pointage incertain. Son adoption n'eut lieu qu'en 1840. Dès cette époque, les armes transformées à percussion, comme les fusils Mle 1822Tbis, reçurent une hausse fixe rapportée et encastrée dans la queue de culasse à queue d'aronde. Dans les modèles 1842, 1853 et 1857, la hausse fixe était d'une seule pièce relevée de forge sur la queue de culasse.
Le guidon était fixé sur le canon lui-même. La fixation de la hausse fixe sur la queue de culasse était défectueuse, car la ligne de mire pouvait être faussée par le moindre dérangement dans l'ajustage du canon et de la culasse. Il aurait été préférable de placer cette hausse fixe sur le tonnerre en avant de la cheminée, comme cela a été pratiqué pour la hausse mobile de nos carabines.
Les formes et les dimensions du cran de mire et du guidon, ainsi que l'intervalle qui les sépare entre eux et de l'œil du tireur sont liés par certains rapports qu'il convient de prendre en considération lors de l'établissement d'une arme nouvelle.
Une des principales difficultés que l'on rencontre à bien viser tient à l'organisation même de notre œil. Il est presque impossible de bien voir simultanément 3 objets alignés à la suite l'un de l'autre à des distances très différentes. Si le cran de mire se trouve un peu au delà de la portée de la vue distincte, l'expérience prouve qu'il devient possible à l'œil fixé sur le guidon, de recevoir en même temps des impressions non pas très vives mais du moins suffisamment nettes du but et du cran de mire.
Pour les fusils d'infanterie se chargeant par la bouche, la position de la hausse fixe sur la culasse joint à ce que la monture pêche par défaut de longueur, amenait le cran de mire beaucoup trop près de l'œil.
Autant que possible le guidon ne doit offrir au regard qu'une face terne ou du moins sans reflets, et pour cela il faut que sa face postérieure tombe sur le canon perpendiculairement à l'axe. Sur nos armes antérieures à 1866, on avait donné à cette pièce la forme en dos de puce ou demi lune, et l'on ne saurait ne pas critiquer cette disposition ; elle offrait en effet à l'œil du tireur un point lumineux qui rendait très difficile le tir à guidon fin, et ne permettait guère que le tir à guidon découvert, c'est-à-dire le tir incertain. Au point de vue de la commodité et de l'exactitude du pointage, il eût été préférable d'employer la forme d'un triangle dont l'angle supérieur serait tronqué par une ligne droite ou par un petit arc. Ce perfectionnement a été appliqué dans notre fusil Mle 1866.
Quant au cran de mire, sur les fusils du modèle 1822Tbis, elle était celle d'un V, sur les fusils Mle 1842T et ceux postérieurs, d'après l'expérience, on fut conduit à préférer la forme arrondie.
La hauteur relative du guidon et du cran de mire de la hausse fixe, au dessus du canon, fut réglée de telle sorte que, pour toutes les distances comprises dans les limites ordinaires du combat (200 mètres), le soldat n'eût qu'à viser un point quelconque du but pour l'atteindre.
Sur les carabines dont la portée était plus considérable, on avait disposé sur le canon même, en avant du tonnerre, une hausse du genre appelé à curseur mobile. Elle se composait d'un pied en fer brasé sur le canon, et d'une planche mobile en acier sur laquelle glissait le curseur en acier, dans lequel était pratiqué un cran de mire. Un ressort encastré dans le pied de la hausse assurait la fixité de la planche. Sur le côté gauche de la planche étaient marqués, en centaines de mètres des traits indicateurs du tir.
Cette hausse fournissait 4 lignes de mire fixes en principe :
Il existait également un fusil rayé de la garde Mle 1854, dont la hausse fixe avait été établie d'une seule pièce, relevée de forge sur la queue de culasse et d'une hauteur de 11 mm, pour le même but en blanc à 200 mètres.
Parallèlement aux systèmes d'armes mentionnés précédemment, un armement d'essai fut mis en service à l'Escadron des Cent-gardes, ce fut le système Treuille de Beaulieu. Treuille de Beaulieu réalisa un mousqueton de Dragon à Chargement par la culasse qui sera présenté à Napoléon III, le 20 mai 1853. Le 24 janvier 1854, Napoléon III ordonna la mise en fabrication immédiate de 150 Fusils-lances.
En 1851 l'Empereur fixa le cahier des charges d'une arme portative destinée à la cavalerie, il imposa : le chargement par la culasse ; une cartouche portant son amorce ; ouverture de la culasse et armement par le même mouvement ; être rigide pour pouvoir recevoir un sabre-baïonnette de la longueur du sabre de cavalerie. Ainsi débuta l'Histoire du système Treuille de Beaulieu, qui trouva son aboutissement avec la réalisation du « Fusil Lance Modèle 1854 » dit des Cent-Gardes, présenté le 18 Mai 1853 à l'Empereur, c'est un fusil conforme au cahier des charges de 1851.
Le 24 Juin 1854, la première livraison de 30 fusils-lance est mise à la disposition de l'Empereur. Le reste de la commande suivra jusqu'au 24 Décembre 1855.
Le fusil Modèle 1853 T car est un fusil d’infanterie long d’1,421 mètre. Il a un canon rayé de 4 rayures plates de 7 mm de large tournant de droite à gauche avec un pas de 2 mètres. La particularité est que les rayures sont de profondeur progressive de 0,2 mm à la bouche et de 0,5 mm à la culasse. Le calibre du canon en sortie de bouche est de 17,8 mm au plat des rayures. Le canon porte une hausse réglable à planchette articulée et cran de mire sur curseur, portant des graduations de 150 à 900 mètres. La queue de culasse porte le marquage du modèle : Mle 1853 T car. La platine est marquée de la Manufacture Impériale de St Etienne et porte à l’intérieur le millésime 1857. La crosse porte à droite un macaron de réception avec cheville en buis, puis un second macaron et la mention ST ETIENNE parallèle la plaque de couche.
Ce fusil possède les particularités suivantes :
Seuls les fusils transformés T car ont reçu une baïonnette munie d’un grain d’orge.
Il existe également un fusil 1842 T Carabiné, qui est un hybride de 1842 et de 1842 T Car (Transformé Carabiné), destiné à la garde nationale. Il est dans sa longueur d'origine, celle d'un fusil de voltigeur, et possède deux hausses. Les courts pans du canon sont du type 1842, et la hausse à planchette est graduée jusqu'à 1000m. Le canon est rayé (4 rayures de type règlementaire). Le bois est civil, et il n'y a que quelques poinçons.
La platine est du modèle 1840, à vis de bride rapprochées. Le chien est d'épaisseur réduite, caractéristique des armes rayées et à hausse mobile pour ne pas la cacher aux distances intermédiaires.
Les fusils rayés nécessitaient des projectiles adaptés à leurs rayures pour exploiter pleinement leur potentiel de précision. Plusieurs types de balles furent développés à cette époque, chacun avec ses propres caractéristiques et avantages.
La balle Minié, du nom du capitaine Claude-Étienne Minié, fut une invention majeure qui facilita le chargement des fusils rayés tout en améliorant leur précision. Cette balle, de forme conique, était légèrement plus petite que le diamètre du canon et comportait une cavité à sa base. Lors du tir, la pression des gaz dilatait la base de la balle, forçant le plomb à s'engager dans les rayures du canon, assurant ainsi une rotation stable et une meilleure portée.
Avant l'invention de la balle Minié, d'autres systèmes avaient été essayés, comme la balle de Greener, qui était un projectile composite avec une base creuse et un bouchon. Cependant, ces systèmes étaient plus complexes à fabriquer et à utiliser.
L'introduction du fusil rayé de 1854 marqua une étape importante dans l'évolution de l'armement français. Bien qu'il ne fût pas aussi largement adopté que d'autres modèles ultérieurs, il contribua à la transition vers des armes plus précises et plus efficaces.
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