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L'utilisation d'étuis de munitions pour les transformer en objets du quotidien remonte bien plus loin qu’on ne le pense.

L'Origine de l'Art Populaire avec des Munitions

Dans l’imaginaire collectif, les coupe-papiers montés sur des douilles de cartouches de Lebel ou les porte-mines issus de la même munition datent de la guerre des tranchées où, en 14-18, le poilu désœuvré n’avait d’autre occupation que de bricoler des souvenirs pour les générations à venir.

La lecture d’anciens numéros de journaux comme Le Chasseur Français nous apprend que les premiers objets d’art populaire, issus de munitions, datent en fait de la fin du XIXème siècle.

Dans Le Chasseur Français du mois d’octobre 1889, sur la réclame dédiée aux Docks Réunis, on découvre ainsi toute une collection de nouveautés parmi lesquelles figure une « cartouche Lebel porte-mine. Nouveauté « des plus gracieuses… » qui représente exactement la cartouche et la balle du fusil Lebel.

En retirant la balle et en la remettant sur la cartouche en sens inverse, on obtient un superbe porte-mine, parfait en tout point pour la somme modique de 2 Fr.

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Sur la même page, le couteau-cartouche, monté sur étui de fusil Gras ne coûte que 0,75 Fr, mais il est fortement recommandé pour son originalité.

L'Essor de l'Artisanat de Tranchée pendant la Première Guerre Mondiale

C’est effectivement au décours de la Grande guerre que ces souvenirs particuliers vont connaître leur plus grande production et comment faire autrement alors que la matière première couvrait les champs de bataille et que les périodes de repos entre deux passages en premières lignes laissaient effectivement aux poilus du temps pour fabriquer des vases, des coupe-papiers, des briquets ou des porte-parapluies suivant le diamètre des objets récupérés entre deux assauts.

Pendant une bonne centaine d’années, ces souvenirs militaires ont figuré dans le mobilier de très nombreuses familles en France.

Au fil du temps l’Art poilu ou l’Artisanat de tranchées est devenu un thème de collection incontournable pour les amateurs d’Art militaire.

De nombreux musées ont ouvert des vitrines entières consacrées à ce thème et les collectionneurs n’ont pas été les derniers à s’y intéresser.

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La chose était d’autant plus familière que d’innombrables monuments aux morts participaient, à leur façon, à la vulgarisation de ce thème, encadrés qu’ils étaient par une ou deux paires d’obus de fort calibre, dûment neutralisés, qui renforçaient l’aspect martial de la décoration du monument.

L'Artisanat de Tranchée : Une Réponse à la Monotonie de la Guerre

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite.

Sauf lors des sièges, les batailles sont rapides, et les militaires ne restent pas longtemps dans l’attente du combat.

Cette situation inédite donna naissance à un art populaire singulier : l’artisanat de tranchée.

Pour passer le temps, certains poilus se mettent à fabriquer, avec des matériaux communs ou de rebut, des objets usuels, des bijoux ou des artefacts décoratifs qu’ils donnent à leur famille, à leurs amis ou vendent pour compléter leur solde.

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Outre les matériaux à portée de main (bois, tissu), ces créations sont essentiellement réalisées à partir d’éléments récupérés sur le champ de bataille, aux risques et périls des soldats qui s’exposent alors aux balles ennemies.

À l’image du cliché Soldats français affublés de casques allemands à Neufmontiers, où les militaires, coiffés du casque à pointe, posent devant leur butin, le produit de cette collecte constitue souvent une sorte de trésor de guerre, surtout lorsqu’il a été soustrait à l’ennemi.

L’ingéniosité déployée dans l’artisanat de tranchée est en effet d’autant plus étonnante que les poilus n’ont que les « moyens du bord » pour fabriquer ces objets.

L'Industrialisation de l'Artisanat de Tranchée

Au départ très spontané, l’artisanat de tranchée prit rapidement beaucoup d’ampleur.

L’engouement qu’il suscite à l’arrière, parmi les civils, conduit à la création d’une véritable industrie.

Des ateliers dédiés à la fabrication de ces objets sont mis en place dans les campements en seconde ligne, les centres de rééducation professionnels pour les mutilés de guerre produisent des artefacts similaires, des bijoutiers vendent des copies réalisées par des civils.

Des expositions et des ventes sont également organisées pour montrer le travail des poilus et soutenir des actions caritatives.

La Signification de l'Artisanat de Tranchée pour les Civils

Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre.

Avoir sous les yeux des artefacts réalisés avec les matériaux entourant les poilus, et surtout ceux directement liés au combat - munitions, projectiles, armes - leur donne l’impression de partager une partie de l’expérience des combattants.

Marquages sur les Cartouches Lebel

Les marquages sur les cartouches Lebel fournissent des informations précieuses sur leur fabrication. Voici quelques exemples de marquages et leur signification :

  • ART: Direction de l'Artillerie, dont dépendait la fabrication des munitions, avant la création du Service du Matériel, en France, jusqu'à 1918.
  • ART.D: Voir code ART, D c'est bien la balle D.
  • ART. S: S: la compagnie française des métaux de Sérifontaines (fournisseur du métal).
  • VE: Atelier de construction de Valence (fabricant).
  • VIS: Atelier de fabrication de Vincennes (fabricant).
  • DTE. C: Information manquante.
  • Remington: Fabricant d'armes et de munitions américain, cartouche fournie par les USA.
  • VIS.IC: IC étant la société intravis de le Chambon Feugerolles (fournisseur du métal).

Le 1° chiffre allant de 1 à 4 est le trimestre de fabrication. Les deux chiffres étant les deux derniers chiffres de l'année (87: 1887, 16: 1916 etc...)

Ce qui donne pour les 3 VIS:

  • VIS.D: VIS atelier de fabrication de Vincennes (fabricant), D pouvant être la société électromécanique de Dives ou la compagnie du duralumin et du cuivre de Dives (fournisseurs du métal).

Exemples de marquages sur cartouches Lebel

Voici des exemples de marquages sur des cartouches Lebel, interprétés grâce aux informations ci-dessus :

  • ART. DI 3 12 VE. M
  • ART. DI 4 13 A. VE. BS
  • ART. DI 2 06 VE. BS
  • ART. DI 1 15 A. VE. BS
  • ART. DI 4 15 A. VE. S
  • ART. DI 2 07 VE. BS
  • ART. DI 2 11 DTE. C
  • ART. DI 3 14 VIS.D
  • ART. DI 2 16 VIS.S
  • ART. DI 1 17 REMINGTON
  • ART 2 87 VIS. IC

L'Art avec des Munitions Aujourd'hui

Aujourd'hui, l'art avec des munitions continue d'évoluer. Des artistes contemporains utilisent des munitions désamorcées pour créer des œuvres d'art originales et percutantes.

tags: #art #avec #munition

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