L'histoire globale s’intéresse tout particulièrement aux techniques, qu’elles concernent la production, les transports, l’armement, le commerce ou la finance. Il s’agit d’abord évidemment de savoir où ces techniques ont été inventées et, le cas échéant, se sont mues en innovations en donnant lieu à un usage massif et standardisé.
La poudre semble avoir été connue en Chine, au moins dès le 9ème siècle de l’ère conventionnelle, comme un sous-produit des recherches menées initialement par les alchimistes. Dès le 11ème siècle, les formules de la poudre sont codifiées mais celle-ci n’est utilisée que dans des projectiles incendiaires ou à explosion feutrée, par ailleurs mécaniquement catapultés. Ce n’est qu’au début du 12ème siècle que la proportion minimale de salpêtre pour obtenir une détonation brutale est acquise, permettant d’abord de catapulter des bombes réellement explosives, mais aussi d’envisager de tirer plus efficacement n’importe quel projectile.
Les bombes explosives sont transmises aux Mongols vers 1241, puis développées par les Arabes et utilisées contre les croisés en 1249. Parallèlement les armées musulmanes développent l’usage du lance-flammes, lui aussi d’origine chinoise, et consistant à incendier une poudre située à la sortie d’un fût métallique monté sur un axe en bois. C’est en 1288 que les Mongols apparaissent pour la première fois sur le champ de bataille avec une véritable arme à feu, sorte de lance flammes mais avec ignition de la poudre à la base du fût et projection de flèches ou d’autres projectiles.
Les conquêtes mongoles ne sont donc pas seulement dues à la légendaire habileté de leurs cavaliers mais à la possession de ces tout premiers « fusils »… Et l’on comprend alors que ce type d’arme soit passé en Europe via la Russie et la Scandinavie, sur les traces des Mongols. Dès 1326 à Florence, il se transforme en véritable canon à tirer des projectiles métalliques.
Mais parallèlement à ces transferts spectaculaires, aller et retour, entre l’Est et l’Ouest, c’est dans la Turquie ottomane que le développement des armes à feu sera le plus significatif. Se basant aussi sur des expérimentations anciennes dans le monde musulman, les Turcs deviennent producteurs et exportateurs d’armement à poudre dès les années 1360. Lors de la prise de Constantinople par ces derniers (1453) il apparaît évident que « le canon est devenu une arme de siège des plus efficaces » [Pacey, 1996, p.74]. Parallèlement le mousquet à mèche, arme manuelle, progresse de façon similaire en Turquie et en Europe, avec semble-t-il un avantage à la première pour ce qui est des techniques de mise à feu [ibid., p.75].
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Au 16ème siècle, la diffusion des mêmes armes performantes dans l’empire Moghol en Inde (1526-1756), l’empire Ottoman (1299-1922) et la Perse Safavide (1501-1722) crée une certaine homogénéité de puissance entre ces trois pouvoirs. Hodgson [1975] considère que ces « empires de la poudre à canon » ont en conséquence été incités à centraliser le pouvoir afin de trouver les ressources en cuivre et en étain, contrôler leurs arsenaux, financer leurs unités d’artillerie.
Autrement dit, la technologie militaire exercerait un certain déterminisme sur les structures du pouvoir et la modernisation de l’Etat. Au-delà de cette thèse discutable, force est de reconnaître l’avance prise par ces trois puissances à l’époque : ainsi l’Inde est-elle la première à réaliser des fûts en laiton, matériau idéal pour les petits canons ; ce même pays produit le wootz, acier de grande qualité, tandis que la Turquie développe la fabrication de tubes de mousquets dans ce matériau.
Au total, pour ce qui concerne les techniques destructives, l’Europe constitue pour les orientaux, et notamment les « empires de la poudre à canon », un partenaire utile certes, un lieu évident de perfectionnement d’innovations (cas de Florence au début du 14ème siècle), mais surtout un pâle concurrent qui reste longtemps à la traîne et ne se hissera que lentement aux standards requis.
Décrivant les affrontements entre chrétiens et musulmans pendant les croisades, des chroniqueurs et historiens occidentaux apportent une appréciation sur l’armement de chacun. Dans l’Estoire de la guerre sainte, composée à la fin du XIIe siècle, le trouvère normand Ambroise juge ainsi que les musulmans sont « désarmés », autrement dit mal armés, alors que les Cristien sunt mult armé [1].
A la fin du XIVe siècle, l’historien Jean Froissart, dans le quatrième livre de ses Chroniques, émet le même jugement lorsqu’il affirme que les Sarrazins ne sont point si bien armés ne si fort, comme sont les crestiens [2]. Ce type de jugement relève plus d’une stratégie discursive que de la fidèle description ; d’autant que les mêmes auteurs savent reconnaître en certaines occasions l’efficacité redoutable des combattants musulmans. Il est clair que dans les sources occidentales, les chrétiens sont les héros et constituent la norme, tant au niveau des codes chevaleresques que de l’équipement [3].
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Le sabre oriental ou l’épée courbe (sayf en arabe), pourvu d’un seul tranchant et d’une courbure, est une arme caractéristique des musulmans. Le terme « cimeterre », plus précis, venu du persan (chamchir) en passant par l’italien (scimitara), n’apparaît que dans le courant du XVe siècle. Avant, les auteurs sont relativement silencieux sur cette arme spécifique et le vocabulaire utilisé témoigne d’un difficile effort de distinction.
Dans la Chanson d’Antioche par exemple, célèbre épopée versifiée du XIIe siècle, l’atabeg de Mossoul Kurbuka (« Corbaran d’Oliferne ») est décrit armé d’un « fauchard » : le poète a recours à la comparaison pour nommer l’arme du « chef sarrasin » et choisit le nom d’une arme occidentale à cause de la courbure de sa lame [4]. Des approximations persistent dans les récits plus tardifs et pourtant bien documentés, tels que les récits de voyage : en 1384, Leonardo Frescobaldi tente de décrire le cimeterre à la façon d’« une espèce d’épée, mais plus courte, un peu tordue à l’anse et sans pointe » [5].
Les auteurs connaissent donc l’arme, sans savoir la désigner par un lexique stable. Les artistes qui représentent les musulmans dans les manuscrits enluminés la connaissent également, mais ils hésitent sur sa forme, l’essentiel étant qu’elle s’oppose toujours aux épées droites et effilées placées entre les mains des croisés. En outre, dans les combats mis en scène, les cimeterres et les épées ont la même fonction militaire et se manient de la même façon. Les qualités spécifiques prêtées à chacune des deux armes ne sont pas suggérées : les artistes ne montrent pas que les cimeterres servent surtout à couper la tête ou les membres des adversaires ! En revanche, l’aspect du cimeterre s’uniformise à la fin du Moyen Age : la lame, assez large, se termine par une pointe courbe et acérée et l’arme se dote parfois d’une garde composée de crochets inversés [6].
Dans plusieurs sources occidentales, l’arc turc, qui fit la force et la renommée des armées seljoukides et mamloukes, est qualifié d’arc turquois [8]. Sa nuisance est un topos de la littérature de croisade. Tantôt avec stupeur, tantôt avec humour, les auteurs utilisent des expressions imagées servant à décrire son action redoutable.
L’auteur de la Conquête de Jérusalem, épopée qui prolonge la Chanson d’Antioche, raconte que les archers, armés de leurs arcs de sorbier, décochent des flèches « plus drues que la neige qui tombe en février » et qu’ils tirent « plus vite que le vent ne chasse la paille » [9]. Dans sa chronique des croisades et des Etats latins d’Orient, Guillaume de Tyr évoque l’obscurcissement du ciel sous la densité des flèches projetées [10]. Ernoul, auteur de l’Eracles, rapporte leurs offensives pendant le siège de Jérusalem par Saladin (1187) et les traits si drus qu’aucun assiégé n’ose « montrer le doigt » [11] !
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Au cours de la septième croisade (1248-1254), Jean de Joinville, auteur au début du XIVe siècle de la Vie de saint Louis, évoque aussi les traits drus des archers et raconte comment il doit se protéger des flèches avec une veste épaisse ayant appartenu à un musulman [12]. Dans les récits plus tardifs, les auteurs usent toujours de mêmes métaphores climatiques : Sébastien Mamerot, dans les Passages d’Outremer rédigés en 1473, retrace avec emphase l’offensive de trente mille archers à Nicopolis (1396) qui tirent des flèches plus groupées que des gouttes de pluie [13] !
Les historiens arabes eux-mêmes louent les vertus de cette arme. Ainsi, ‘Imâd ad-dîn décrit, dans une poésie toute guerrière, comment les arcs « bourdonnent » et les cordes « chantent » au combat ; il rapporte avec dérision la façon dont les croisés se transforment en hérissons sous le nombre des flèches fichées dans leur armure [14]. Les historiens actuels usent aussi d’une formule suggestive, telle que la « tactique de l’essaim », pour traduire les salves de flèches tirées par l’archerie turque, tournoyant à cheval lors des batailles [15].
Les archers sont donc omniprésents dans les gestes épiques et les récits de croisades, qu’ils opèrent depuis les murailles des villes assiégées, en contrebas des fortifications pour protéger le travail des mineurs ou en première ligne des combats. En revanche, dans les manuscrits peints, leur rôle est sous-estimé. Seuls quelques artistes, à la fin du Moyen Age, illustrent le rôle de l’archerie dans l’infanterie et dans la cavalerie ; certains évoquent des manœuvres tactiques, tels ces archers musulmans qui se retournent sur leur monture pour atteindre un poursuivant [16].
Parmi les armes spécifiques décrites dans les sources occidentales, figure le javelot. Le terme arabe « mizrâk » est à l’origine du mot « museraz » trouvé dans quelques chroniques [18]. Toutefois, cette arme est mentionnée avec une terminologie variable dans les textes dès le XIIe siècle. Guillaume de Tyr fait ainsi référence aux canes forz et roides maniées par les cavaliers arabes et turcs.
Ambroise connaît aussi cette arme, décrite comme une cane bien aceree [19]. Dans les Grandes Chroniques de France, chronique officielle de la royauté française, on lit que les musulmans lancent seetes et darz et gaveloz espessement, ou ailleurs qu’ils lancent et jettent javeloz et menu dars pour esmouvoir les croisés [20]. Dans sa vaste compilation historique, Sébastien Mamerot cite aussi cette arme, en reprenant les mêmes termes que ses prédécesseurs : à l’occasion du débarquement de Louis IX dans le port de Damiette (1249), par exemple, il décrit les musulmans lançant sayette, javelotz et aultres traitz moult espessement [21].
Ces armes sont également observées par les voyageurs, qui nous livrent une impression négative : elles sont jugées frustes et indigentes. Vers 1384, Leonardo Frescobaldi, voyageur déjà cité, en a vu entre les mains des Bédouins, « quasi nus et sans armes sauf quelques-uns qui avaient de petites lances plus misérables que des flèches. Et cet épieu de bois fiché dans le fer ressemblait à une canne de roseau » [22]. En 1418, le pèlerin Nompar de Caumont note aussi que les Bédouins n’ont pas d’armement, sauf une petite verge en la main avec ung petit fer qui ne vaut guieres [23] !
Une fois de plus, on observe un net écart entre la description littéraire et sa figuration, puisqu’on ne rencontre régulièrement cette arme que dans les productions artistiques du XVe siècle. Elle est figurée par souci de réalisme, mais pas seulement… De par sa forme et son maniement, cette arme s’oppose radicalement aux lances utilisées par les chrétiens ; l’usage du javelot révèle donc une pratique guerrière différente, mais aussi archaïque pour les Occidentaux [24], voire fantaisiste dans le traitement que certains artistes lui réservent.
Enfin, parmi les armes fréquemment signalées, citons les projectiles incendiaires. Les témoignages textuels accordent une large place à la grenade à feu grégeois que les savants musulmans empruntent aux Byzantins [25]. Elle est fréquemment utilisée lors des sièges, mais aussi à l’occasion de certaines batailles, et ce dès la première croisade (1095-1099).
Guillaume de Tyr raconte ainsi la destruction par le feu, poiz, huile et sain (saindoux), des engins croisés lors du siège de Nicée (1097) ; mais l’historien ne cite pas que les projectiles incendiaires : il décrit aussi les musulmans jetant des pierres sur les assaillants ou usant simultanément de pierres et du feu pour venir à bout des engins croisés [26]. Sous la plume de Jean de Joinville, décrivant les croisades de Louis IX, le feu grégeois est comparé à la foudre et à un dragon tant les dégâts causés sont importants [27]. Pourtant, bien que souvent décrite, cette arme n’est pas facilement identifiable dans les peintures car ses effets ne sont pas nettement représentés [28].
C’est à partir du Moyen-Age que l’on retrouve les ancêtres des armes à feu et des canons moderne. Ce matériel de guerre s’est développé dès le début du XIVe siècle grâce à l’utilisation de la poudre à canon venue tout droit de Chine. En effet, son utilisation par les Chinois remonte au VIIe siècle, durant la dynastie des Tang. Certains historiens avancent que les premiers canons auraient été utilisés en Europe dès 1118, lors du siège de Saragosse. Des bouches à feu auraient alors été employées par les Maures contre leurs adversaires espagnols. Plus tard, lors du siège de Cordoue en 1280, ces derniers auraient retourné ces redoutables armes contre leurs anciens agresseurs.
L’utilisation de la poudre noire a bien évidemment permis l’essor des armes à feu. Sa recette aurait été transmise de la Chine vers le monde musulman puis vers l’Europe. On retrouve ainsi des recettes de poudre au XIIIe siècle. Les chimistes du Moyen-Age utilisait alors trois ingrédients fondamentaux : le salpêtre, le soufre et le charbon de bois. Cette innovation est considérée par bon nombre de contemporains comme de la magie d’alchimiste ou encore comme étant une arme du diable.
Par exemple en 1360 tout un quartier de la ville de Lübeck sera pulvérisé par des apprentis sorciers. C’est pourquoi des mesures de préventions ont été mises place. Mais la poudre sans son canon ne serait pas grand-chose. Les tous premiers engins sont des pièces de canon en bois cerclés de cuir et de fer, tirant des boulets de pierre. Par la suite, au milieu du XIVe siècle, les canons sont des assemblages de lames de fer inspirés des tonneaux. Certaines de ces pièces, les veuglaires, se chargeait par la culasse. Au tout début le canon était appelé pierrier car les premiers boulets étaient en pierre.
L’arme était garantie pour 400 coups puis devait être rapportée pour être révisée ou refaite. L’artisan qui voyait sa pièce revenir et qui avait rempli son contrat s’exclamait : « Ha ! Pendant longtemps, la majorité des pièces fut de faible dimension (entre 40 et 400 livres). Mais, certains seigneurs ont la folie des grandeurs tel que le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Petit à petit, on renonce aux pièces géantes très coûteuse et très peu mobile.
Tout au long du XVe siècle les techniques s’améliorent, et les forgerons utilisèrent des pièces en fer fondu. Avec ces mêmes moules on pouvait normaliser les calibres pour produire en série. Le bronze fut aussi utilisé comme pour les cloches. Ainsi, les nouveaux canons sont dotés d’un train de roulement et pèsent de moins en moins lourd. Cela les rend beaucoup plus mobiles. Concernant les munitions, au milieu du XIVe on utilisait du plomb et du fer. Puis rapidement on passa aux lourds boulets de pierre (grès, marbre, albâtre…)
La nouvelle arme se répand rapidement, et dès 1360-1370 beaucoup de villes et pratiquement toutes les grandes puissances européennes possédaient leur arsenal. Lors de sièges, l’un des rôles de l’artillerie était de protéger les pionniers et les sapeurs pendant qu’ils creusaient les tranchées. Mais ces pièces disposaient d’une piètre portée, il fallait donc les protéger par des fagots ou d’épais manteaux de bois munis parfois d’ouverture mobile. Cependant les canons furent aussi utilisés contre l’infanterie. Les frères Bureau à la fin de la guerre de Cent ans purent mettre au point des canons plus petits et plus mobiles. Ceux-ci ont permis de mettre fin au conflit qui nous opposait aux Anglais lors de la bataille de Castillon en 1453.
Pour ce qui est des différents modèles d’armes, on retrouve bien sur la bombarde qui est le premier véritable canon de l’Histoire. Puis au XVe siècle, on retrouve des pièces plus petites et plus maniable comme le fauconneau une pièce de petit calibre (3 pouces).
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