Jadis, au cours des siècles, les Israélites avaient déjà fait preuve en Palestine de qualités militaires du même ordre, depuis Abraham se lançant à la poursuite de quatre rois jusqu’aux Macchabées et à Bar-Kokhba. Petit peuple vivant dans une région convoitée par des empires, ils avaient dû apprendre à tirer profit d’une main-d’œuvre limitée, à garder l’initiative, à utiliser l’élément de surprise. Une défense statique ne suffisait jamais pour parer les attaques de forces plus nombreuses et puissamment armées.
Le succès stratégique exigeait la formation de petites unités mobiles, munies d’un armement léger. Les Juifs d’Europe ont renoué cette vieille tradition militaire vers la fin du XIXe siècle quand, sous l’impulsion de l’idée sioniste, ils ont recommencé à s’établir en Palestine. Ils ont appris à assurer la protection de leurs villages contre les vols et les agressions. En 1908 leurs gardiens s’organisaient eux-mêmes en un groupe appelé Ha-Shomer (le gardien), fondé sur la discipline militaire.
La défaite des Turcs entraîna de gros changements politiques : le mandat britannique sur la Palestine et la reconnaissance, incorporée au mandat, du droit du peuple juif à créer son Foyer national en Palestine. Mais les aspirations nationales juives ne jouirent pas de l’appui que les autorités mandataires auraient dû logiquement leur accorder ; en fait, les Britanniques leur manifestèrent souvent de la tiédeur ou même de l’hostilité. La Hagana entraine ses membres à l’utilisation d’armes légères et au combat par petites unités indépendantes. Elle fonda des ateliers secrets pour la fabrication et l’entretien d’armes.
D’autres armes furent achetées à l’étranger et secrètement transportées dans le pays. En 1920, 1921 et 1929, les défenseurs de la Hagana protégèrent les vies et les biens des habitants juifs contre des attaques arabes organisées. Pendant la période de troubles continus que les Arabes organisèrent de 1936 à 1939, la Hagana développa, diversifia et intensifia son entraînement.
C’est des compagnies rurales de la Hagana que le capitaine Orde Wingate - ce grand soldat anglais qui aimait Sion et qui devait devenir par la suite une des figures légendaires de la deuxième guerre mondiale - se servit pour former ses fameuses escouades de nuit. Wingate fondait la défense sur l’esprit d’offensive et sur l’initiative des commandants. L’entraînement suivi par les hommes de Wingate devait faire sentir ses effets sur le futur développement de la force militaire juive. Ces soldats et ces soldates se sont distingués dans les troupes du génie, dans l’infanterie, dans les transports et dans les services de ravitaillement en Afrique du Nord, en Grèce et en Italie. En même temps ils ont pu se familiariser avec l’organisation et les règles tactiques d’une armée moderne.
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En Palestine même la coopération entre le gouvernement mandataire britannique et la collectivité juive était faible. Le Livre blanc britannique de 1939 avait imposé des restrictions rigoureuses à la colonisation et à l’immigration juives, et cela à une époque où des centaines de milliers de Juifs européens fuyaient devant Hitler et cherchaient un refuge. Malgré les obstacles et les risques de l’illégalité, la Hagana commença à mettre sur pied une organisation militaire clandestine embrassant tout le pays, avec un quartier général et des commandants à plein emploi.
Une troupe de choc en service permanent, le Palmakh, fut organisée en 1941. Au début ce fut avec l’assentiment des autorités, qui en comprenaient l’importance potentielle au cas d’une invasion allemande. Durant les six dernières années du mandat le Palmakh donna un entraînement complet à 2500 hommes et femmes. Au total la Hagana pouvait utiliser environ 45000 hommes et femmes.
Les Britanniques quittèrent la Palestine le 14 mai 1948. La proclamation de l’Etat juif, qui eut lieu immédiatement, fut suivie, le 15 mai, de l’invasion de la Palestine par six armées arabes bien équipées. Quoique les chances parussent leur être contraires, les forces juives de défense étaient capables désormais d’agir pour la première fois sans les restrictions de l’illégalité. Pendant près de six mois elles avaient été obligées de se battre désespérément, paralysées par ces restrictions : ce furent les mois qui suivirent le 29 novembre 1947, lorsque l’Assemblée générale des Nations unies eut adopté la résolution en faveur du partage de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif indépendant. Au cours d’une série d’attaques les Arabes avaient essayé de prouver que la résolution de l’O.N.U.
Pour Israël et le peuple juif la défense de l’indépendance nationale était une question de vie ou de mort. En termes militaires cela revient à dire, comme un observateur militaire américain l’a déclaré, que le soldat israélien a fait preuve « de courage, d’intelligence, d’initiative, d’ingéniosité et d’endurance. Il a l’esprit assez alerte pour savoir que s’il perd la guerre il perd tout ce qui lui est le plus précieux - son pays, sa liberté, le droit à l’indépendance spirituelle et physique ». Le type de l’officier israélien, tel qu’il s’est formé à l’expérience de la Hagana clandestine, explique assez bien la victoire remportée par de petites forces improvisées sur six armées régulières.
Chaque commandant de section, dans la clandestinité, connaissait intimement la géographie et la configuration physique du pays ; il estimait qu’il était de son devoir de donner lui-même l’exemple à ses hommes ; avec le même sentiment de sa responsabilité il exposait les principes de la politique nationale, les idéaux de la nation, ou préparait et exécutait des opérations militaires. S’il était promu, c’était en raison de ses mérites et de ses actes, et il recevait la même solde que le simple fantassin.
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Avec la victoire l’accent se déplaça, dans le nouvel Etat, des problèmes militaires aux problèmes économiques et sociaux, et avant tout fut mis sur l’absorption des centaines de milliers d’immigrants qui affluaient dans le pays. La menace d’une attaque arabe subsistait et il était nécessaire de veiller à une organisation militaire efficace. Il fallait une armée permanente mais petite et constituée de telle façon qu’elle pût former la nation à l’usage des armes. Le même quartier général dirige les forces terrestres, maritimes et aériennes, l’armée permanente et les réserves.
Le corps des officiers supérieurs d’état-major est composé du chef de la section d’état-major (usuellement nommé aussi adjoint du chef d’état-major), du chef adjoint d’état-major, de l’intendant général d’armée, des directeurs des services de renseignements et d’entraînement, des commandants de la flotte et de l’aviation. Les hommes âgés de dix-huit à vingt-six ans font deux années et demie de service complet, tandis que les hommes âgés de vingt-sept à vingt-neuf ans font deux ans de service. Les femmes célibataires âgées de dix-huit à vingt-six ans font deux années de service ; les jeunes filles de famille religieuse orthodoxe peuvent demander leur exemption. Un ajournement est accordé à un nombre limité d’étudiants qui font leurs études à l’université hébraïque de Jérusalem ou au Tekhnion de Haïfa.
Les réservistes peuvent être appelés sous les drapeaux pour une période de trente jours consécutifs par an, plus un jour par mois ou trois jours consécutifs par trimestre. Ces périodes sont employées à des cours spéciaux d’entrainement ou à l’accomplissement de tâches militaires. Organisée territorialement, chaque formation de réserve dispose de ses propres dépôts. Des exercices de mobilisation ont fréquemment lieu, et des formations complètement équipées conformément au plan d’opérations peuvent se mettre en marche vingt-quatre à soixante-douze heures après le premier ordre d’appel. Cette rapidité est d’autant plus remarquable que les unités de réservistes dépendent dans une forte mesure des transports civils, lesquels doivent être mobilisés en même temps.
Pour pouvoir fonctionner convenablement, l’aviation et la marine emploient essentiellement un personnel régulier. Faisant partie du dispositif de défense. En raison de l’attitude hostile à Israël des Etats arabes voisins, le service militaire n’est pas obligatoire pour les citoyens arabes d’Israël. Depuis 1948 néanmoins de jeunes musulmans. chrétiens et druzes se sont engagés volontairement dans l’armée, dans les réserves et dans le service actif. En réponse à une demande adressée par les chefs de la communauté druze en Israël au début de 1956, le gouvernement a rendu le service militaire obligatoire pour les jeunes druzes ayant l’âge requis.
L’organisations générale des forces de défense d’Israël ne diffère pas beaucoup de celle des autres armées. Israël est le seul pays au monde où la conscription existe pour les femmes en temps de paix. Ce fait traduit non seulement le besoin d’un petit pays entouré d’ennemis d’exploiter au maximum toutes les possibilités pour augmenter le nombre des défenseurs, mais aussi l’égalité et la responsabilité partagées qui sont l’apanage des femmes dans la société pionnière du nouvel Israël. Avant et pendant la guerre d’indépendance, et même déjà au temps du Ha-Shomer, les jeunes filles ont combattu aux côtés des hommes. Pendant la lutte clandestine elles ont participé à de nombreuses actions périlleuses, y compris à des transports d’armes et à des raids contre les positions ennemies. Plusieurs jeunes filles moururent héroïquement dans l’incendie de convois sur la route de Jérusalem.
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Le service militaire sert à donner une formation israélienne à un grand nombre de jeunes immigrantes venant de pays sous-développés qui y acquièrent une conscience civique, le sens de l’indépendance et la confiance en soi. Les femmes dans l’armée se consacrent maintenant à des tâches administratives et auxiliaires, afin de libérer les hommes pour les activités combattantes. Dans des bataillons d’infanterie et d’autres unités combattantes quelques jeunes filles peuvent servir au quartier général. Certaines deviennent emballeuses de parachutes ou vérificatrices d’instruments divers. D’autres font du travail culturel ou social ; d’autres encore deviennent chauffeurs ou mécaniciennes. Beaucoup sont préparées à devenir monitrices. Ces monitrices existent dans toutes les branches du service et sont responsables non seulement de l’enseignement de l’hébreu, mais d’autres branches d’enseignement données dans l’armée et la Gadna.
Des dispositions spéciales sont prises en faveur de la femme-soldat. Aucune unité ne doit comporter moins de quinze jeunes filles. Les missions nocturnes incombent toujours à deux jeunes filles en même temps. Des logements convenables sont assurés. Les femmes-soldats ne sont jugées et punies que par leurs propres officiers. Les jeunes filles dans les unités combattantes sont spécialement choisies.
Les forces de défense d’Israël et le ministère de l’éducation sont responsables de la Gadna, dont les membres sont de jeunes volontaires entre quatorze et dix-huit ans appartenant aux écoles secondaires, aux organisations de jeunesse et aux villages d’immigrants. La Gadna a pour but d’entraîner les jeunes gens à la vie pionnière et à la défense spécialisée. Après la guerre, la Gadna, aidée par les immigrants, a construit une route à Ein-Guedi et a travaillé aux fortifications des villages de frontière, notamment en 1956-1957, où plus de 4 600 membres de la Gadna ont aidé à fortifier les villages frontaliers contre les attaques répétées secondaires ; 35 écoles techniques et 21 écoles agricoles comptent plus de 20 000 jeunes. Chaque année 6000 d’entre eux suivent un cours de dix jours. La Gadna aérienne instruit des pilotes d’appareils légers et de planeurs.
Le Nahal, qui a commencé sous la forme d’un bataillon de la Gadna pendant la guerre d’indépendance, est devenu une formation particulière combinant la vie pionnière agricole, qui est l’idéal et le but des mouvements de jeunesse israéliens, avec le service militaire. Les mouvements de jeunesse, qui ont apporté une contribution valable au développement d’Israël, étaient désorganisés par la conscription de leurs membres. Après quelques mois d’entrainement intensif un groupe du Nahal est affecté pendant un an à un village frontalier. Là, tout en vivant sous la discipline militaire, il s’entraîne à l’agriculture. A la fin de la période d’entraînement le groupe rejoint un centre frontalier ou en crée un, souvent dans une région encore trop dangereuse ou trop difficile pour la colonisation civile normale. Les membres du Nahal ont aussi la possibilité d’assister à des cours supérieurs d’agriculture. Le Nahal et tous les villages frontaliers sont organisés comme des unités capables de se défendre elles-mêmes.
Le manque de profondeur du pays et le minimum de temps indispensable pour la mobilisation des réserves et l’organisation d’une attaque font de la défense territoriale une part importante du système de défense israélien. Les forces de défense d’Israël leur assurent la présence d’officiers capables, les armes nécessaires, des réserves de ravitaillement et d’essence, l’aide médicale, les matériaux de fortification, les abris souterrains, etc. En fait, les villages doivent être pleinement prêts à remplir le rôle qui leur est assigné dans leur propre défense et dans celle du territoire.
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