Le service militaire dû par les sujets garde toute sa réalité à la fin du Moyen Âge dans les régions d’Empire.
On connaît depuis longtemps les milices communales ou bourgeoises qui ont utilisé leurs forces pour arracher droits et privilèges à leurs seigneurs ou servi d’appoint aux armées royales (« Bouvines »). À la fin du Moyen Âge la valeur des milices flamandes ou liégeoises n’est plus à démontrer ; mieux encore la capacité militaire des villes suisses, puisée parmi leurs ressortissants, a fait d’elles une puissance politique et diplomatique qui compte en Occident au XVe siècle et au XVIe siècle encore.
Les petites villes, sans autonomie véritable, ne sont cependant pas en reste et imitent les grandes ; à la différence que le service de la milice est destiné aussi bien à la défense de la ville qu’au profit du seigneur qui garde la haute justice sur la localité.
Le service militaire des ruraux est moins connu. Il figure pourtant parmi les devoirs dont les sujets doivent s’acquitter envers le seigneur haut-justicier, et en France comme en Angleterre à l’époque féodale on y eut recours.
Cette obligation militaire, peut-être tombée en désuétude dans ces deux pays, garde force et vigueur dans les régions d’Empire à la fin du Moyen Âge. Devoir dû au seigneur en raison de son pouvoir général de garde, elle constitue aussi une forme de prélèvement, l’astreinte à fournir armes et armement avec le service étant la règle pour les ruraux comme pour les bourgeois.
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Une des raisons qui imposent les recherches nécessaires à la conception de machines nouvelles et plus puissantes réside dans la transformation radicale des fortifications au début du Moyen Âge. À partir de l’an 1000, les palissades et donjons en bois sont remplacés par des forteresses construites en pierre pour mieux résister au feu. Le château fort est bâti en fonction de guerres féodales opposant le plus souvent des adversaires aux moyens humains et matériels réduits.
C’est aussi, pour les nobles, une façon de «marquer» leurs possessions territoriales et de les défendre en cas de besoin. Dans cette optique il peut être un refuge sûr, ou une base de départ pour une attaque contre les seigneurs voisins.
Plus aléatoire est son efficacité contre les coalitions féodales et les ligues urbaines capables de mobiliser des moyens plus importants car conduire un siège est une opération coûteuse et lourde. A cause des fossés, souvent de la topographie du terrain et des tirs des assiégés, atteindre les murs ou le pont-levis du château est une mission difficile pour les attaquants.
Pour cette raison, on privilégie souvent le blocus ou la prise du château par la ruse. Pour mener le siège et investir la place, on construit des terrassements renforcés par des redoutes de terre (monticules de terre). Si le terrain le permet, on met en place des palissades pour empêcher les assiégés de sortir ou des fortins plantés de distance en distance quand le nombre d’hommes est insuffisant, ce qui ne permet pas un blocus rigoureux.
Les fantassins jouent un rôle important, ils fournissent les rangs de ceux qui montent aux échelles ou assurent des opérations de terrassement. Certaines armes sont destinées à percer, ébranler ou fendre les murailles. Il s’agit tantôt de simples pics, de barres de fer, tantôt de béliers.
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Les mêmes effets peuvent être obtenus grâce à des pierres lancées par des engins appelés pierriers, trébuchets ou mangonneaux. Ces machines de jet constituent une véritable artillerie. Leur impact est considérablement amélioré par l’utilisation de contrepoids à partir de 1180-1220. Pour les plus importants on estime qu’ils pouvaient envoyer jusqu’à 200 mètres une pierre de 100 à 150 kg.
Le trébuchet servait également à lancer des produits incendiaires ou à introduire des épidémies en y plaçant des cadavres d’animaux en putréfaction. Cependant ces machines demandent la mise en œuvre de matériaux spécifiques.
Les machines de jet seront utilisées jusqu’au XVIe siècle, longtemps après l’apparition de l’artillerie à poudre dont l’utilisation s’avère complexe et dangereuse. Le transport, la mise en batterie, le maniement est malcommode, sans parler du coût.
C’est en 1334, au château de Meersbourg sur le lac de Constance en Allemagne qu’on s’est servi, pour la première fois dans cette partie de l’Europe, de canons au cours d’un siège.
La dernière partie du XVe siècle, le début du XVIe sont riches en avancées techniques. La standardisation de la production, l’introduction des roues, la vitesse des boulets et l’augmentation des distances et de la fréquence de tir les amenèrent à supplanter les machines de jet.
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Une distinction commence à s’opérer entre arme lourde et arme légère avec l’essor des armes portatives. Des arquebuses au canon rayé très précises apparaissent à la fin du XVe siècle.
L’introduction de l’artillerie se traduit par un regain d’intérêt pour les châteaux forts de montagne qui offrent un maximum de sécurité. Leur pente ne facilite pas les manœuvres d’approche et rendent difficile la mise en batterie des canons, dont le tir est à faible distance.
Cette amélioration de la défense nécessite des moyens financiers que tous les châtelains n’ont pas. En fonction de l’importance stratégique du site, de la fortune du propriétaire, les aménagements sont plus ou moins importants.
Les murs sont renforcés et on élève en avant de l’ouvrage des murs en général peu épais, inférieurs à un mètre de hauteur et épousant plus ou moins l’enceinte principale. Ces murs portent des noms variés. Les plus souvent usités sont les braies et fausses-braies (Zwingermauern).
Les fausses-braies protègent surtout les murailles principales en masquant leur base et/ou en éloignant les adversaires du noyau fortifié. Cet obstacle rend plus difficile les escalades audacieuses de la muraille au cours d’opérations surtout menées de nuit.
Les progrès techniques des armes à feu dans la deuxième moitié du XV et au début du XVI e siècle (maniabilité, puissance et tir tendu) nécessitent la construction de tours d’artillerie (rondelle / Rundelle). Rondes, demi cylindriques ou en fer à cheval, elles sont en général trapues, ne dépassant guère le niveau des courtines.
En règle générale, les orifices de tir sont suffisamment larges pour pouvoir pousser au maximum la gueule des canons afin de permettre l’évacuation des fumées (certaines sont équipées de cheminées d’évacuation si l’épaisseur du mur le permet, comme au Schoeneck par exemple).
La transformation des archères et arbalétrières en embrasures pour armes à feu est courante dans les châteaux forts d’Alsace (Landsberg, Hohlandsbourg, Ortenbourg). Elles sont agrandies à leur base sous forme d’un trou plus ou moins circulaire en rapport avec le calibre utilisé, tout en laissant une marge pour manœuvrer l’arme.
L’épée est l’arme essentielle de l’armement médiéval. C’est l’arme du chevalier par excellence. Sa lame est conçue pour trancher et parer. Cependant la lance reste la plus répandue, même si ce nom générique recouvre toute une catégorie d’armes diverses dont les chroniqueurs insistent sur le côté tranchant.
Elle est de la taille d’un homme et sert pour des actions individuelles avant l’épée et la hache. Ces armes permettent aux fantassins de couper les jarrets des chevaux, de passer entre les plates des armures ou encore de faucher et piquer les cavaliers. Les chevaliers s’en servent aussi.
L’arbalète et l’arc sont des armes particulièrement utiles pour l’attaque et la défense des châteaux forts. L’arbalète, plus précise et plus puissante que l’arc, est une arme aux effets meurtriers mais avec une cadence de tir lente (2 carreaux par minute contre 12 flèches pour un bon archer).
Son arc est placé sur un arbrier (fût en bois de l’arbalète qui dispose d’une rainure destinée à recevoir et diriger le trait). Le trait (flèche), appelé aussi carreau, est placé dans une rainure de l’arbrier. Les différents types d’arbalètes se caractérisent par le mécanisme pour bander l’arc. Les premières arbalètes se bandaient à la main à l’aide d’un étrier et d’un crochet attaché à la ceinture.
Au XIVe siècle, le perfectionnement des armes contribue à la transformation de l’équipement défensif. Pour la tête, le heaume est progressivement abandonné au profit d’un casque à visière. La généralisation des armes à feu les rendit obsolètes.
Ancêtre du fusil muni d’une mèche, l’arquebuse est la sœur aînée du mousquet, appuyé sur une fourche ou fourquine. Issue de l’hacquebute, placée sur un rempart, l’arquebuse est plus légère et de ce fait plus maniable. D’abord munie d’une mèche placée sur un serpentin puis sur une platine qui deviendra au 17e à rouet.
Le mousquet (nom tiré de moschetto, petit rapace) apparaitrait au début du 16e s. durant les guerres d’Italie et devait s’appuyer sur la fourquine, fourche montée sur un manche et fichée en terre pour maintenir cette arme robuste et pour faciliter la visée.
La littérature de l’époque les confond souvent : l’arquebuse est longue de 120 cm et pèse 6 kg avec des balles de 20 grammes. Le mousquet fait plus de 7 kg et est plus long que 170 cm avec des balles de 40 grammes et demandant beaucoup plus de poudre . Ces armes pouvaient percer une armure à plus de 450 m.
Mais la portée efficace des deux armes serait….de 50 m. Les arquebuses coûtaient moins cher que les mousquets et la solde était plus élevée pour un mousquetaire.
Mais pour les escarmouches et les déplacements rapides, rien n’égalait l’arquebuse et la qualité demandée à l’arquebusier était d’être mobile, vif, prompt à surprendre l’ennemi par des embuscades. Le mousquet servait plutôt comme arme « antichar », à savoir à l’époque la cavalerie lourde.
Seuls les plus trapus et robustes des hommes porteront cette arme. ; Mais au 17e s. le canon du mousquet est raccourci et ne nécessite plus l’emploi de la fourquine.
Les Hollandais inventent le feu de salve sur des champs de bataille : après le feu du premier rang, le second rang s’avance et tire sa salve tandis que le premier rang revenu à l’arrière recharge son arme et on peut aller jusqu’à 10 rangs ; le mousquet va petit à petit supplanter l’arquebuse même si le système de mise à feu par mèche - jusqu’en 1680 - les rapproche.
Mais tous deux seront supplantés par les fusils avec le système de mise à feu par silex, puis les armes à canon rayé. Mais en face, l’utilisation des armures deviendra obsolète.
On sait que la Chine fut la patrie de nouvelles inventions, souvent bien avant la naissance du Christ, il y a plus de 2000 ans comme la poudre noire. La première arbalète (le nu en chinois) classique fut créée il y a 2700 ans et la Chu Ko Nu, l’arbalète chinoise à répétition, vous avez bien lu à répétition ! aurait été mise au point par Zhuge Liang (181-234), un stratège chinois.
Ressemblant à une arbalète classique, elle dispose d’un chargeur à carreaux (nom donné au trait tiré par une arbalète) au dessus du fût. Ce chargeur comporte dans sa partie inférieure une glissière munie d’une encoche qui engage la corde. Par un mécanisme ingénieux, un levier ramené vers le tireur bande la corde et libère aussi un carreau du magasin qui tombe dans la rigole et puis on relâche la corde qui propulse le projectile.
15 secondes suffisent pour déclencher un nouveau trait jusqu’à ce que le chargeur d’une dizaine de traits soit vide. Imaginons cent arbalétriers qui peuvent faire pleuvoir un millier de traits…..efficace jusqu’à 60 m. mais avec une précision aléatoire. Finalement, elle rivalisera difficilement avec l’arc composite sauf derrière un rempart et sur un bateau. Les Coréens créeront un modèle encore plus efficace.
Sa survie irait du IVe s. à 1900 mais face aux armes à feu portatives dans les champs de bataille, elle ne fera plus le poids.
Le médiéviste Alain PARBEAU partage une vie de recherches et de connaissances sur le début de l’arme à feu. Certaines dates sont imprécises et signalées « Vers …… ». Alain a participé à un petit film sur l’origine des armes à feu, et il a utilisé le décor du château de Saint Alban sur Limagnole. Quand la poudre commence à parler !
Au VIIIème siècle après Jésus christ, invention de la poudre noire par les chinois (et peut-être aussi les Indiens). Il s’agit d’un mélange de Salpêtre (nitrate de potassium), soufre, et charbon de bois. Le salpêtre joue le rôle de comburant, apportant de l’oxygène et activant la vitesse de combustion du charbon de bois et du soufre.
Ce mélange, lorsqu’il est de qualité et comprimé dans un canon, brûle à la vitesse d’environ 300 à 600 mètres par seconde (suivant sa granulométrie), ce qui constitue une explosion de type « déflagration » (vitesse d’inflammation inférieure au km/seconde).
Dès 1150, des armées étrangères (Moyen-Orient) intègrent les systèmes à poudre noire dans leurs armements. Elles prennent la forme d’un canon à main, propulsant une flèche. Cette arme (le Madfaa) est l'ancêtre des armes portatives occidentales (arrivée vers la fin des années 1200).
Vers 1280 redécouverte de la poudre en Europe et création de pots de fer à « traire garrot . Ce type de canon primitif, propulse une grosse flèche appelée « Garrot . Il cherche par ce fait à concurrencer l’espringale, sorte de grosse arbalète sur roues.
C’est d’ailleurs en France que le système d’arme à poudre noire connaîtra son baptême du feu en 1324 avec l’utilisation de la bombarde (prédécesseur du canon).
En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol. Son pointage rudimentaire, se fait à l’aide de cales de bois glissées sous le fût.
Tir à la Bombardelle Doc. Bombardelle à culasse mobile : calibre 15 cm, boulet de 3 à 4 kg en pierre puis en fonte de fer, lancé à 200 mètres. La balistique de ce type d’arme est faible, mais son effet psychologique est important.
En 1356, la dernière tour d'assaut roulante fut utilisée en France, rendue obsolète face à l'artillerie que les défenseurs ne manquaient pas de lui opposer.
Cependant, les engins balistiques classiques (trébuchets, mangonneaux) furent utilisés conjointement à la nouvelle artillerie jusqu'au milieu du XVIème siècle.
Vers 1370, l’hacquebute (primitive) : Littéralement « canon à croc » du germanique « hakenbüchse , destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade avec son croc de fer situé en dessous de l’arme pour que le mur encaisse le recul à la place du tireur. Elle comporte un long fût de bois (ou parfois de fer), à l’avant duquel est fixé un canon de fer de courte dimension (20 à 25 cm).
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