L'histoire de la Belle et la Bête est un conte universel, classé par les spécialistes dans le thème du « fiancé-animal », un motif récurrent dans presque toutes les sociétés. Toutes les histoires appartenant à ce type mettent en scène une jeune fille qui se retrouve malgré elle mariée à une bête, souvent sanguinaire et terrifiante : selon Bettelheim, elle sert d'allégorie au mariage et à la découverte de la sexualité, de cet « autre » qu'est l'homme, qui peut se montrer tour à tour prince ou monstre.
Dans cette réécriture, nous faisons la connaissance de Sybil, une jeune fille qui vit avec ses deux sœurs et son père dans un village près d'une forêt abritant une Bête. On suit l'histoire à travers Sybil, une jeune fille qui vit avec ses deux soeurs et son père dans un village. Près de chez eux se trouve une forêt qui abrite une Bête. Sybil souhaite venger sa mère qui s'est faite tuer par la Bête et décide de la traquer à travers la forêt.
« La Bête est insaisissable. Elle se glisse dans les sous-bois quand tombe silencieusement la nuit. Elle rampe, rugit d’une rage sourde, prête à ravager les alentours de sa fureur meurtrière. Et nul ne la rencontre sans en mourir. La Bête n’a pas d’ombre. Elle ne laisse aucune trace après son passage, si ce n’est que le corps massacré de sa pauvre victime. Dans la pâle lumière du soir, sa fourrure se marie à l’absence de couleurs. Depuis qu’elle a décimé sa famille, Sybil n’a qu’une obsession : tuer la Bête et trouver enfin la quiétude dans la vengeance. »
Depuis qu’elle a décimé sa famille, Sybil n’a qu’une obsession : tuer la Bête et trouver enfin la quiétude dans la vengeance. Moins coquette que ses sœurs, moins prompte à se marier que les autres filles de son âge, la belle, éprise de liberté, préfère s’exercer aux arts de la chasse et manie l’arbalète avec courage. Retenue au village par l’amour qu’elle porte à son père défaillant, elle finit par répondre à l’appel obsédant de la forêt le jour où la Bête frappe de nouveau.
L'auteure a délibérément enlevé toute allusion au mariage dans son roman : l'héroïne, comme souvent dans la littérature d'imaginaire dernièrement, est une guerrière qui tire à l'arc et ne s'en laisse pas conter, mais il n'est jamais question, à aucun moment, qu'elle épouse la Bête, ou même qui que ce soit. Or, ici, ce thème est détourné. L'auteure a délibérément enlevé toute allusion au mariage dans son roman : l'héroïne, comme souvent dans la littérature d'imaginaire dernièrement, est une guerrière qui tire à l'arc et ne s'en laisse pas conter, mais il n'est jamais question, à aucun moment, qu'elle épouse la Bête, ou même qui que ce soit. Ici, nous avons plutôt affaire à une histoire d'amitié entre deux femmes, assez jolie, mais absente du matériau originel.
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Le texte est composé de deux récit entremêlés, un conte avec le Prince Espérance qui reçoit comme dons des fées une qualité et un défaut choisis par ses parents, l'Esprit et l'Orgueil. En parallèle, Nina Gorlier relate les aventures de Sybil, une jeune femme dont la mère a été tuée par un monstre cruel, surnommé la Bête. Si, au départ, les bases de l'intrigue se mettent doucement en place Sybil décide notamment de se venger de la Bête -, j'ai vu le rythme ralentir progressivement.
C'est une nouvelle attaque de la Bête qui lance Sybil dans sa quête pour traquer le monstre au coeur de la forêt armée de l'arbalète de son grand-père, seule arme à avoir blesser la créature. Perdue, elle fera d'étranges rencontres dont celle de Rose qui lui apprend que la forêt est vivante et joue avec la raisons de ceux qui se perdent sous sa ramure. Sybil Lockart est notre héroïne principale, elle est déterminée à se venger de la Bête. Rose est une jeune femme amnésique, elle oublie absolument tout quasi instantanément et Sybil deviendra son point d'ancrage.
La forêt est une entité vivante à part entière, elle change et perd les gens sous sa frondaison où même les rayons du soleil ont du mal à pénétrer. Les gens qui y vivent n'ont jamais entendu parler de la Bête ce qui est tout de même curieux depuis le temps qu'elle frappe les villageois. Au fil des pages on rencontre plusieurs personnages de divers contes en plus de celui qui est réécrit : le petit Chaperon rouge, La Belle au bois dormant, le Petit Poucet et Blanche Neige pour ceux que j'ai repéré.
Pour faire simple, la Belle fait diverses rencontres durant son périple, ce qui lui permet d'en apprendre plus sur la Bête, mais chacune demeure éphémère. Heureusement, Sybil finit par s'attacher à un personnage en particulier, et c'est grâce à ce dernier que j'ai réussi à tourner les pages dans les moments creux, assez nombreux. Je ne vous en dirai pas plus, car même son nom constituerait un spoil, mais sachez que je l'ai apprécié !
C'est la première chose qui m'a marquée en débutant ce livre ; elle est tout simplement magnifique ! de plus, le style est fluide, sans lourdeurs, alors qu'il respecte ce côté féérique, poétique même, que l'on retrouve systématiquement en merveilleux. Dès les premières lignes, nous sommes totalement immergés dans l’histoire. L’auteur ne tient pas un stylo, mais un pinceau : chacun de ses mots prend vie sous sa plume pour donner un merveilleux tableau. Plume qui apporte une ambiance digne de celle des anciens contes : les autres réécritures que j’ai pu lire avaient une atmosphère très contemporaine. Ici, on a l’impression que le conte date des temps anciens, grâce à un vocabulaire soutenu et ce malgré une narration au présent, et c’est l’une de ses nombreuses originalités.
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L’autrice reprend bien évidemment les éléments classiques du conte de fées tels que les personnages typiques, magiques et enchantés, la magie omniprésente, les thèmes du deuil, de la vengeance, du pardon et de la quête initiatique du personnage principal qui l’amènera à grandir et évoluer. On retrouve également une vision très manichéenne au début, comme dans de nombreux contes, à la différence que cette distinction très nette entre le bien et le mal s’estompe au fur et à mesure, rendant les personnages encore plus humains, car comme dans la vraie vie, tout n’est pas que blanc ou noir.
Ce qui fait l’originalité de l’intrigue, c’est qu’elle est totalement revisitée : là où beaucoup d’auteurs - dans leurs réécritures -, se contentent seulement de modifier quelques éléments tels que la temporalité, ou le genre du livre, ici, Nina Golier a totalement réinventé l’histoire de la Belle et la Bête. Bien que celle-ci reprend le conte de base, l’auteur va y mêler, de manière plus ou moins explicite, de nombreux éléments, références et personnages d’autres contes de fées, en faisant un récit extrêmement riche en intertextualités et surprenant. Impossible de deviner la fin. Du génie !
L’histoire commence par celle du Prince, là aussi, quelque peu modifiée par rapport au conte d’origine, mais très plausible et on pourrait presque croire que c’est celui-là, le conte de base. On a toujours ce Prince qui devient arrogant et prétentieux et qui sera puni pour ça. Mais les conditions ne sont pas les mêmes que dans le conte d’origine et on peut tiquer sur la justesse d’un tel châtiment donné par le personnage de l’enchanteresse, censée être une entité juste et impartiale, mais remise en question ici.
Puis on enchaine avec l’histoire de Sybil, une jeune femme farouche et indépendante, profondément affectée par le meurtre de sa mère par la Bête, des années plus tôt. Bien qu’elle soit un personnage de conte, Sybil est vraiment humaine et réaliste, loin de la jeune fille clichée qu’on retrouve souvent dans ce genre de récit. Elle a ses qualités et ses défauts, et surtout ses blessures et ses peurs ! Il est très rare de trouver un personnage principal qui a peur et le reconnaisse, et c’est ce qui est particulièrement plaisant et la rend attachante : on peut plus facilement s’identifier à elle, compatir pour elle. C’est un personnage féminin fort et très inspirant.
Aveuglée par sa soif de vengeance, elle se lance dans une quête périlleuse à la recherche de la Bête afin de la tuer. Persuadée de réussir là où de nombreux autres ont échoué, elle va vite se rendre compte qu’elle s’est surestimée et que le chemin sera semé d’embûches. La forêt dans laquelle elle se rend pour retrouver la Bête est tout sauf bienveillante.
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Les lecteurs comprendront très vite qu’il s’agit d’une allégorie de la vie, un labyrinthe dans lequel on peut se perdre facilement, parfois trompeur, où surmonter les obstacles fait partie du jeu pour avancer et évoluer. Une quête pour le pardon qu’elle a tant besoin et attendait désespérément de la part des autres avant de comprendre qu’elle était la seule à pouvoir se l’accorder et se libérer. Le pardon et la rédemption sont des thèmes majeurs de cette histoire et on les retrouve aussi pour le personnage du Prince.
| Personnage | Description |
|---|---|
| Sybil Lockart | Jeune femme déterminée à venger la mort de sa mère tuée par la Bête. |
| Rose | Jeune femme amnésique qui devient le point d'ancrage de Sybil dans la forêt. |
| La Bête | Monstre cruel qui terrorise les villageois et est la cible de la vengeance de Sybil. |
Pendant la guerre, Jean Cocteau éprouve un besoin d’évasion qu’il n’aura de cesse de vouloir partager, cherchant à transposer la poésie sur pellicule. Il relit La Belle et la Bête, le conte de Madame Leprince de Beaumont, et décide de l’adapter au cinéma. Il coupe, modifie, ajoute un personnage, en estompe d’autres, limite les dialogues pour laisser place au merveilleux, et achève une première ébauche en mars 1944.
Malgré le contexte difficile, la Gaumont est d'abord séduite, mais se désengage bientôt du projet. Cocteau ne renonce pas, et grâce à André Paulvé, le film commence à prendre vie tandis que le réalisateur réfléchit avec enthousiasme à sa future équipe.
Cocteau a dû surmonter de nombreux défis techniques et artistiques pour donner vie à sa vision de La Belle et la Bête. Voici quelques exemples :
Cocteau a su créer un univers visuel unique, mêlant réalisme et féérie, pour transporter le spectateur dans un monde de rêve et de poésie.
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