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L'acquisition, par les souverains et les communautés urbaines, de grandes quantités d’armes les mettait dans l’obligation de prendre des mesures propres à en assurer la conservation.

La nécessité de les soustraire aux intempéries, aux vols et aux déprédations, rendait primordiale l’organisation d’un lieu de dépôt.

Conservation des Armements

Entreposage

Pour les princes, le choix du local ne posait guère de problème sérieux puisque leur résidence, fortifiée ou non, ou leurs forteresses, étaient tout indiquées pour abriter les instruments de leur puissance.

Palais et châteaux possédaient, en général, une ou plusieurs salles d’armes et celles-ci sont bien connues pour la fin du Moyen Age parce que, depuis 1300 environ, on prenait le soin de dresser régulièrement l’inventaire de leur contenu.

Ces derniers sont des documents fort précieux : il s’agit le plus souvent de relevés minutieux de tous les instruments guerriers (« garnisons ») que renferme un bâtiment, énumérés dans l’ordre topographique de leur entreposage.

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On possède quelques dizaines d’inventaires de ce genre se rapportant à des princes belges.

Celui des armures laissées par le comte de Flandre en son château de Courtrai (1322), celui, très fameux, de « l'armoierie Monsigneur de Haynnau » (1358), ceux des châteaux-forts de Lille, de Beveren et de Rupelmonde (1388) et tous ceux des ducs de Bourgogne, comptent parmi les plus notoires et supportent la comparaison avec d’autres documents étrangers de même portée : les inventaires de la Tour de Londres, de la bastille Saint-Antoine à Paris, du connétable Raoul de Nesle (1302), de Louis X le Hutin (1316), etc.

Sans être desordonnée, la disposition des « garnisons » ne semble pas obéir à un ordre logique très rigoureux.

La seule distinction marquante affecte les armures, qui sont rangées à part, toutes les autres armes, dites « artilleries » étant entreposées ensemble.

Le matériel était parfois accroché aux murs mais, le plus souvent, il reposait en vrac dans les récipients qui servaient habituellement au transport : tonneaux, caisses, coffres, paniers.

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Seules les armures, les épées et certaines armes de poing, bénéficiaient la plupart du temps d’un rangement particulier.

Le coffre, qui constituait le meuble le plus commun au Moyen Age, était naturellement employé pour serrer les harnois.

En 1409, par exemple, le duc de Brabant acheta, à cette fin, un grand bahut en bois d’Irlande, qu’il fit placer dans sa « harnas kamer » du Coundenberg.

Enfin, l’armoire était aussi en usage, comme celle du château de Lille en 1388 ou celle dont Philippe le Bon fit l’acquisition en 1437 pour « tenir nectement » ses épées.

Ces meubles pouvaient atteindre de grandes dimensions : en 1386, un charpentier d’Arras construisit, pour ranger des armures, une armoire de chêne munie de quatre tablettes recouvertes de toile et ne mesurant pas moins de quatorze pieds de long.

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Dans les villes, les arsenaux élurent d’abord domicile dans des bâtiments publics suffisamment spacieux pour pouvoir abriter du matériel militaire, souvent même simultanément dans plusieurs locaux.

Les hôtels de ville, les halles et les maisons scabinales, furent fréquemment affectées à cet usage, et l’on se rappellera que la grande halle de Dinant fut, en 1465, la proie des flammes par suite de la mise à feu accidentelle des poudres qu’elle renfermait.

Il faut noter que les églises, elles aussi, ont occasionnellement fait office d’entrepôts urbains pour cette catégorie d’instruments.

Les portes fortifiées et les enceintes étaient aussi garnies d’artillerie et d’armement.

Certaines tours remplissaient, en fait, le rôle d’arsenal, où l’on entreposait et même où l’on fabriquait des armes et de la poudre.

Bon nombre de machines de jet et, plus tard, de bouches à feu, étaient laissées en batterie sur les murailles, souvent à l’air libre, quelquefois protégées des intempéries par un abri léger.

Pour prendre l’exemple d’une grande ville, Gand, à la fin du Moyen Age, disposait au total de 361 pièces d’artillerie de tous calibres dont plus des huit dixièmes étaient disposés sur les tours et les remparts.

Encore convenait-il d’abriter les poudres, les munitions, les armes de jet avec leurs traits, les piques et autres instruments de défense collective qui ne pouvaient, en temps de paix, rester exposés sur la muraille.

Ce matériel devint, dans les villes, de plus en plus encombrant, surtout depuis l’apparition des armes à feu, et, en beaucoup d’endroits, les lieux accoutumés se révélèrent inadéquats.

L’exiguïté des bâtiments publics entraîna la création des arsenaux au sens moderne, c’est-à-dire d’entrepôts séparés, destinés à la conservation et à l’entretien des armements.

Cependant, cette préoccupation, qui date de la fin du Moyen Age dans nos régions, ne se fit pas jour partout, et nombre de communes n’en éprouvèrent jamais la nécessité.

La ville de Liège offre, dès le XIVe siècle, un des très rares exemples d’une construction entreprise d’emblée pour abriter l’artillerie municipale.

Un document de 1376 nous apprend, en effet, que la cité mosane obtint l’autorisation d’ériger en Gravioule une « grande maison », longue de cinquante pieds et large de vingt-quatre, où elle pourrait désormais remiser son matériel militaire qui, jusqu’alors, se trouvait à l’étroit dans une petite bâtisse sise dans les environs.

On sait d’ailleurs que le pré de Gravioule servit de champ d’épreuve pour les pièces d’artillerie de la ville.

Ces instruments guerriers étaient confiés à la garde d’un responsable qui détenait les clefs de l’édifice.

Le marquage aux armes communales du matériel conservé dans les arsenaux était déjà d’usage courant au XIVe siècle, mais on n’oserait affirmer que cette pratique se généralisa avant l’Epoque moderne.

On trouve en tout cas plusieurs exemples de signes d’identification de ce genre, apposés dans des dépôts publics : des écussons sur les targes de Gand (1336, 1340) et, sur les arbalètes de Lille, des armoiries (1355) ou une estampille à la fleur de lys (1385).

De la même façon, le duc de Bourgogne faisait frapper son poinçon sur les « choses appartenant à l'artillerie ».

Il y a tout lieu de penser que les arsenaux publics, en raison de la diversité de leurs matériels et de la multiplicité des usagers, étaient nécessairement gérés d’une façon plus rationnelle que les armureries privées.

Le seul document qui permette d’étayer cette présomption est cependant fort tardif puisqu’il s’agit de l'inventaire de l’« engienhuis » de Gand, dressé en 1489.

On y lit que les balles et les boulets d’artillerie, - on en dénombrait plus de 7 000, - se trouvaient rangés par calibres dans des coffres et des tonneaux identifiés par des lettres, de A à K, les munitions disparates étant, par contre, entassées pêle-mêle.

De la même façon, les tonneaux de poudre étaient marqués en lettres capitales et ceux contenant du soufre en miniscules.

Sans craindre de défigurer le passé par des préoccupations anachroniques, nous ne voudrions pas manquer de souligner, dans ce cas comme dans d’autres, combien l’introduction des armes à feu força en quelque sorte les esprits à des conceptions empreintes d’une technicité et d’une certaine démarche rationnelle, appelées plus tard à faire leur chemin.

Dans des limites encore modestes, l'artillerie posa à ses gestionnaires des problèmes inédits qu il fallut résoudre en faisant appel à des méthodes nouvelles.

Entretien

L’entretien du matériel militaire était une tache qu’on ne peut en aucun cas mésestimer, tant elle absorba d’énergies, au Moyen Age en particulier, alors que les méthodes de conservation restaient rudimentaires et que le contrôle empirique de la qualité des matériaux employés n’offrait qu’une garantie très relative de longévité.

C’est pourquoi les mentions d’ouvrages de « maintenance » et de réparation sont, dans les sources, beaucoup plus nombreuses que celles des fabrications proprement dites.

On devine cette préoccupation constante de tenir l’armement « cler et net » en luttant contre les deux ennemis de toujours : la corrosion et le pourrissement.

Partout pèse la même menace.

Aussi trouve-t-on, à Chiny et à Etalle, des arbalètes aux cordes « toutes pouries » (1384-1385) et, à Lille, des catapultes qui ne valent guère mieux (1388), tandis que l’on fait protéger les trois grandes bombardes de Namur « par tant qu'elles empiroient » (1407), et que l’artillerie de Philippe le Bon est remise en état, en 1453, parce qu’elle s’était dégradée « par la frescheur du temps ».

Par ailleurs, il est caractéristique de constater que les « consaulx » de Tournai qui décident, en 1461, de faire provision d’arbalètes d’acier, motivent leur initiative par le fait que ces dernières sont non seulement meilleures mais aussi plus durables que celles en bois « lesquelles se diminuent grandement ».

L’action des intempéries s’ajoutait, bien entendu, aux dégradations de toutes sortes résultant de l’usage normal des armes qui nécessitaient d’innombrables réparations tant dans les arsenaux que dans les armureries privées.

Aussi ces dépôts étaient-ils l’objet d’inspections régulières destinées à contrôler l’état de conservation du matériel.

Cette responsabilité incombait normalement, dans le domaine privé, aux armuriers et fourbisseurs attitrés des grands personnages.

Dans le domaine public, celui de l’artillerie urbaine, par exemple, toutes les bouches à feu, catapultes et armes de jet entreposées dans l’arsenal ou sur les remparts des villes subissaient au moins une inspection annuelle par les soins du Magistrat et des ouvriers spécialistes.

Au niveau de l’administration bourguignonne, ce rôle, auquel on attribuait une grande importance, était exercé par le maître de l’artillerie et ses lieutenants ou par les contrôleurs de l’artillerie.

Ces « visites » répétées et la vigilance dont les préposés étaient censés faire preuve, entraînaient l’adoption de quelques mesures préventives que l’on retrouve invariablement dans toutes les sources.

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