Comme vous le savez, lors des années précédentes, nous avons déjà passé en revue toute une série de calibres et d’armes d’épaule. Le premier article de cette nouvelle année s’inscrit également dans ce thème général.
En 1886, l'armée française a adopté la première cartouche à poudre sans fumée, la 8x50R, développée pour le fusil Lebel modèle 1886. En 1888, l'armée allemande a adopté le fusil 88 avec sa cartouche M / 88 et dont le diamètre du canon était de 0,318 " soit du 7,92 mm correspondant au diamètre du projectile de .318.
La M / 88 a été initialement chargée avec 226 grains et sortait une balle « ronde » à une vitesse de 2100fps. La cartouche dérivée de la 8x57J est immédiatement devenue populaire auprès des chasseurs allemands, et sous sa forme commerciale, elle a été redésignée comme étant la 8x57I avec la lettre I pour interchangeable.
Pendant ce temps, Peter-Paul Mauser a développé de nouvelles conceptions de fusils gagnant chacun une réputation de supériorité par rapport aux modèles concurrents. Le modèle 1888 de la carabine a servi en Allemagne pendant dix ans.
En 1903, les Etats-Unis ont développé le fusil Springfield 0.30 qui était une copie proche de la conception de fusil Mauser 98 et sa cartouche de 0,30 - 03 reprend également les dimensions de la tête de la cartouche 7x57mm / M / 88.
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La même année que l'Allemagne a adopté le G98 Mauser, des balisticiens français ont encore fait une autre percée dans ce domaine avec la conception d'une balle pointue, beaucoup plus aérodynamique que les projectiles à tête ronde.
Grâce à la capacité du fusil G98 de savoir gérer des pressions de 50.000psi, le 7,9mm a été repensé pour tirer une Spitzgeschoss 154 grains (ogive pointue) avec une énergie de 2880fps. Le diamètre de la gorge de la nouvelle G98 a été porté à 0,323 " soit 8,2 mm tandis que le diamètre du canon G98 est resté inchangé.
La désignation militaire officielle de la nouvelle cartouche devait s’appeler dès lors la 7,9mmS, le « S » se référant à Spitzgeschoss ou balle pointue alors que celle qui était chargée pour le commerce des munitions sportives, portait quant à elle, la désignation 8x57IS (Infanterie Spitzgeschoss). Finalement, la lettre I a été abandonnée en faveur de la lettre J pour la désignation des munitions de sport. La désignation finale des .323 en munitions de sport est devenue la 8x57 JS.
Pour la première fois, le mot Mauser a été attaché à la conception d’une cartouche. Après l'adoption de la charge de 154 grains pour le fusil Mauser G98 en 1905 par l'Allemagne, l'armée américaine a changé le chargement de la . 30-03 à partir d'une balle ronde de 220 grains à 2300fps et d’une balle pointue de 150gr à 2700fps. Tous les fusils .30-03 Springfield ont été rappelés pour être transformés et re-chambrés en fonction de cette nouvelle balle.
Au final, le fusil normalisé a été désigné le K98k et a été adopté en 1935. Pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945), l'armée allemande a changé la charge du 7,9S mm afin d'utiliser un projectile plus lourd. Le nouveau projectile pointu de 197 grains avait un BC de .547. La nouvelle cartouche a été redésignée la 7,9mmsS, avec le « sS » de « schweres » signifiant balle pointue lourde.
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Plus de 80% de la munition de 7,9mm ont été utilisés par les allemands dans les fusils et leurs mitrailleuses K98k pendant la seconde guerre mondiale. En 1921, la société tchèque Ceskoslovenka Zbrojovka a aussi produit le G98 pour la Tchécoslovaquie ainsi que pour des puissances étrangères. En 1924, Ceskoslovenka Zbrojovka a produit sa propre version de la M98 au calibre 7,9mm et qui a été désignée, le VZ24. Cette conception a été suivie par sa variante légère, la VZ33. Deux fusils extrêmement bien faits.
Après la seconde guerre mondiale, les deux modèles M98 tchèques (VZ 24 et VZ 33) ont été produits pour les marchés civils et sont devenus extrêmement populaires comme fusils de chasse.
La cartouche 8x57JS est devenue populaire avec les chasseurs européens peu après son introduction en tant que cartouche militaire. Actuellement, la 8x57JS connaît un regain de popularité. Cette popularité vient de l’intérêt « militaria » porté à la conception du fusil M98 dans sa forme originale, de l'histoire militaire de la 8mm, et du fait que beaucoup de fusils de surplus peuvent, à très bons prix, encore faire la joie des tireurs sportifs pour le tir à l’ordonnance (sans optique).
Ceci dit, il y a également eu des carabines Remington M700 au calibre 8x57JS qui ont été produites en masse durant les années 1990, et encore aujourd’hui, persistent de belles réalisations en matière de carabines de chasse qui emploient toujours ce bon calibre. La Performance sur courte et moyenne distance est bonne. Le .30-06 peut cependant être chargé avec des projectiles de taille supérieure. Par contre, le diamètre de la 8x57JS est seulement de .381mm. Pour certains chasseurs, cela peut être un désavantage.
La cartouche la plus couramment disponible pendant les années 1960 - 70 était la 198 grains HPBT de chez Norma, par exemple. La balle sortant de bouche à 2500fps. Ce projectile était extrêmement souple avec une pointe creuse massive plutôt dédiée au cerf de taille moyenne. Norma l’a finalement remplacée par la HPBT 196 grains à balle semi-blindée classique et la 196 grains Vulcan mais le BC de la balle Vulkan était autour de 0,300, ce qui la rendait plus sensible en vol, et causait une dérive excessive au dessus des 200 mètres.
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Les charges actuelles de Norma incluent le 196 grains Oryx et des 196 grains Vulcan, produisant du 2450fps en fusils de chasse. Il est à noter que les 196-198 grains sont les poids les plus couramment disponibles chez les fabricants européens. Actuellement, les cartouches d'usine les plus facilement disponibles pour le 8x57IS sont celles produites par les géants américains Winchester, Remington, Federal.
Attention, même si elle n'utilise pas un projectile spitzer, une 8x57js reste différente d'une 8x57j en termes de dimensions de la douille et ne peut donc pas être chambrée dans les mêmes armes. Par conséquent, charger un projectile JS (de 8,20 mm) dans une douille destinée à une arme faite pour tirer les projectiles J de 8,08 mm entraînerait une très dangereuse suppression dans le canon qui peut avoir des conséquences dramatiques.
La 196gr HPBT Match Hornady a un BC de .525 qui permet de rejoindre des distances de tir plus longues mais comme vous l’aurez remarqué jusqu’ici, je n’ai jamais souligné la capacité de cette balle pour le TLD bien que la 196gr ait prouvé son efficacité sur une portée efficace d'environ 450 m voire, jusqu’à 600 mètres.
Notons également qu’à part les tireurs d’élites allemands qui l’employaient pendant la guerre dans un K98 monté avec une optique, et son successeur, le CZ Mauser VZ24 Sniper, ou encore le M48 sniper et le très bon Zastava M76, il faut bien dire que depuis, bien que ces armes permettent toujours de faire de beaux groupements, on a fait franchement mieux depuis en arme de sniping.
En effet, vendus à des prix très démocratiques tout comme leurs munitions (8x57JS), ils font la joie de nombreux collectionneurs et amateurs de tir militaria. Comme nous l’avons vu, ce ne sont pas des armes destinées au TLD mais leurs cartouches sont encore utilisées pour la chasse dans de nombreux pays.
Une rapide présentation de ma dernière acquisition, un Deutsches Sportmodell de 1934 produit par Mauser ; un petit "Momo", par conséquent, d'où le choix de mon pseudo. Comme je l'ai annoncé dans le titre de la review, il s'agit ici d'une DSM 34 sporterisée : considérablement allégée par l'ablation d'une bonne partie de sa crosse. Oublié le look martial qui fit autrefois le délice et la fierté d'éventuels jeunes tireurs de la Hitler Jugend !
Car, il faut que je le confesse ici, cette carabine était d'ordinaire utilisée pour l'initiation au tir des jeunes "scouts du Führer" et des membres d'organisations paramilitaires telles que la SA. Les Allemands et, par force, les Alsaciens et Mosellans d'après guerre ayant souhaité fermer définitivement cette douloureuse parenthèse, il y a fort à parier que c'est à cette époque-là que cette carabine a été "démilitarisée" et rendue à la vie civile.
Le numéro de série de cette carabine .22 long rifle la classe parmi les tous premiers exemplaires fabriqués par Mauser à Oberndorf am Neckar en 1934. On remarque que les marquages sont moins lisibles sur leur partie supérieure, stigmates probables d'un décapage du métal suite à l'attaque de la rouille - métal qui, tout aussi probablement, a dû être rebronzé à chaud par la suite.
Outre l'inscription MAUSER-WERKE A.G. OBERNDORF A.N., on repère sans peine les poinçons d'épreuve dits "impériaux" : B et U couronnés, mais aussi un G couronné presque totalement effacé. Ces marquages seront apposés jusqu'au début de l'année 1940 sur les carabines et fusils "commerciaux" (destinés au marché civil ou à l'export) de Mauser. Le "459" que l'on peut lire à proximité de ces poinçons correspond a priori à la désignation du calibre .22 long rifle chez Mauser.
La "bannière Mauser" (Mauser banner en anglais) se laisse tout juste encore deviner ici. Elle aussi est assez caractéristique des fusils et carabines Mauser d'avant-guerre non destinés à la Wehrmacht.
Particularité des DSM 34 précoces, le numéro de série de l'arme est répété à de nombreux endroits : tonnerre, canon et levier d'armement, mais aussi "drapeau de sûreté", "noix de culasse", verrou de culasse, planchette de hausse (en dessous), percuteur et crosse. La désignation du calibre : KAL. 22 LANG FÜR BÜCHSEN. La désignation de l'arme : Deutsches Sportmodell.
Le levier d'armement, de même que l'ensemble de la culasse, sont très similaires à ceux du Kar98k, dont la DSM 34 est en quelque sorte une version "miniature". Cette culasse se démonte à peu de choses près de la même manière que celle du Kar98k ; ce démontage ne posera donc pas le moindre problème à ceux qui connaissent le fusil réglementaire allemand.
La "sûreté drapeau" rappelle immanquablement celle de l'arme de guerre - comme elle, elle est très sécurisante, puisqu'elle offre, au choix, la possibilité de bloquer la culasse ou de pouvoir continuer à la manoeuvrer tout en faisant en sorte que la détente demeure inopérante.
La hausse est encore, je dirais, à mi-chemin entre celle de modèles "sportifs" tels que le Mauser ES340 et celle du fusil militaire dont elle s'inspire fortement. C'est seulement avec le Kleinkaliber Wehrsportgewehr (KKW) que la hausse prendra définitivement la forme qu'on lui connaît encore sur les copies chinoises de la carabine d'entraînement allemande que sont les JW25 (version "full size") et JW25A (version courte) de Norinco.
Le guidon de la DSM 34 est identique à celui du Kar98k, au point que l'on peut légitimement se demander si sa partie réglable n'est pas une pièce de Kar98k utilisée telle quelle pour plus de réalisme dans l'apprentissage du tir... Notez ici la marque incisée pour matérialiser la bonne position du guidon par rapport à la hausse après réglage - pratique tout aussi bien attestée sur les Kar98k pour le réglage de la visée ouverte de l'arme de guerre.
Contrairement à celui de la JW25, trop grossier, la finesse de ce guidon permet des tirs assez précis là où la visée ouverte des JW25 de Norinco s'avère quasiment inutilisable pour des quinquagénaires comme moi. La détente et le pontet. Ce qu'il reste de la crosse... Un noyer de belle qualité, qui fait d'autant plus regretter que cette carabine ait été sporterisée.
La plaque de couche en acier de la DSM 34 paramilitaire a fait place à un bois sombre qui pourrait être de l'ébène (à confirmer !). Les emplacements de l'oeillet de démontage et du passage de bretelle sont encore bien visibles ! On constate malgré tout que cette sporterisation est l'oeuvre d'un professionnel.
Un carton réalisé à 50 mètres avec la visée ouverte de la DSM 34 (munitions : CCI mini-mag) : étant donné le type de visée (militaire), ce n'est pas trop mal pour le tireur très moyen que je suis, je trouve.
En guise de conclusion, je dirais que cette carabine présente un double intérêt : sa qualité de fabrication, bien entendu, qui fait d'elle une carabine précise et fiable, mais aussi sa charge historique et le fait que sa fabrication la situe dans les premiers exemplaires d'un modèle qui sera produit, en ce qui concerne Mauser, à plus de 56 000 (peut-être 60 000) unités de 1934 à 1940, voire 1943. Ce détail fait un peu oublier l'amputation qu'elle a subie (rédhibitoire pour tout collectionneur un tant soit peu pointilleux !), même si le résultat de cette sporterisation n'en demeure pas moins assez plaisant à l'oeil si l'on excepte ces petits disques de bois clair qui viennent trancher avec le beau noyer de la crosse.
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