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À la fin du XIXe siècle, l'armée française était équipée du fusil Lebel Modèle 1886, une arme révolutionnaire à son époque. Développé rapidement sous la pression du ministère de la Guerre dirigé par le général Boulanger, ce fusil combinait des éléments éprouvés : la culasse inspirée du Chassepot Modèle 1866 et le système d’alimentation tubulaire du Kropatschek Modèle 1878.

Les Limites du Fusil Lebel et l'Émergence du Berthier

Cependant, malgré ses innovations, le Lebel présentait des limites. L’armée française, consciente des besoins spécifiques des troupes montées et des unités d’artillerie, envisagea une version raccourcie du Lebel. Malheureusement, les essais de cette version modifiée s’avérèrent décevants.

Après l’adoption « à la hussarde » du Fusil Lebel 1886 par le Général Boulanger, il convenait néanmoins de compléter ce fusil Lebel avec une carabine courte destinée aux cavaliers et artilleurs.

Berthier eut l’intelligence pratique d’utiliser un maximum de pièces se trouvant déjà dans le fusil Lebel et d’utiliser sa cartouche aussi. C’était sans doute l’élément le plus archaïque du système Lebel.

L'Ingéniosité du Système Berthier

Dans son système, un très simple clip-chargeur en tôle de cinq coups, très économique de fabrication et de consommation, était maintenu en place par un modeste crochet, un élévateur poussant les cartouches vers le haut. Quand le tir des cinq cartouches était terminé le dit clip-chargeur tombait tout simplement par terre par une ouverture situé sous le magasin pour être remplacé illico par un nouveau clip garni de cartouches.

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Introduction du chargeur, tir, éjection du dit chargeur et remplacement par un nouveau clip garni de munitions, tout allait très vite. La cadence de tir et de rechargement s’en trouvait très élevée.

Berthier pris son courage à deux mains et l’impudent Chef de Bureau de chemins de fer coloniaux osa présenter son projet de carabine au Comité d’Artillerie (Comité en charge des choix techniques en matière d’armement et de munitions pour les armées). Le bel André ne se découragea point et revint à la charge en 1888 après quelques améliorations.

Le Comité d’Artillerie dut cette fois reconnaitre que l’adaptation d’un système d’alimentation Mannlicher sur le concept Lebel était assez bien réussi. Il autorisa donc la fabrication d’un prototype qui se révéla prometteur. On finit par faire une dizaine de prototypes. Bien sûr, le Comité d’Artillerie, sans doute dans l’ahurissant projet “d’économiser” les munitions en cas de conflit majeur, une idée fixe de la plupart des états-majors dans l’avant guerre, ajouta sa patte.

Mais l’arme était réussie et la famille Berthier s’agrandit très rapidement avec un mousqueton de Gendarmerie, puis d’artillerie. Consécration suprême, on en extrapola une série de fusils dès avant 1914 et en parallèle au Lebel dont la production avait cessé, avec d’abord le rarissime Fusil 1902 de Tirailleurs Indochinois (court), puis un fusil de Tirailleurs Sénégalais 1907 (long, lui).

Divers mousquetons et carabines ont été fabriqués pour l’armée ou la gendarmerie. Ce mousqueton a été fabriqué par Saint-Etienne en 1893. Le mousqueton Berthier est une arme assez compacte et facile à prendre en main. Quand on veut tirer, on insère le clip, on ferme la culasse et on appuie sur la queue de détente. Le recul est puissant avec son faible poids et son canon court. Les organes de visée sont sommaires bien que réglables jusqu’à 2000 mètres... Si on utilise un clip en bon état, la manipulation de l’arme est agréable.

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Le Berthier Pendant la Première Guerre Mondiale

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l'arsenal de fusils Lebel s’avère insuffisant pour équiper toutes les troupes. De plus, les lignes de production du Lebel, arrêtées en 1904, ne peuvent être relancées rapidement. L’armée française décide donc de privilégier la production des Berthier, plus simples et rapides à fabriquer. Ces armes sont produites par plusieurs manufactures françaises : Châtellerault, Saint-Étienne et Tulle.

Puis vint l’été 1914. Il fut très chaud. A tous points de vue. Les Lebel fondirent comme neige au soleil à la mesure de l’épouvantable amaigrissement forcé des armées françaises - 250.000 hommes tués entre août et octobre. 370.000 au total entre août et fin décembre. La pénurie de Lebel devint aiguë et, quitte à refaire des fusils, on préféra extrapoler en 1915 un fusil d’infanterie standard en remplacement de ce dernier à partir des très satisfaisants fusils Berthier 1902 et 1907.

Ce fût le très beau fusil Berthier 07/15 qui remplaça le Lebel 1886 et devint le fusil standard de l’armée française à partir de cette date. Une première version - rarissime - à culasse à levier d’armement coudée (et différente des culasses coudées qui équiperont le Mousquetons Modèle 1916.

Courant 1916, on en revint à l’idée initiale de Berthier contre le Comité d’artillerie, qui voulait une arme à lame-chargeur de cinq et non trois coups. Ce fût la dernière version pour 14-18 : le fusil Berthier 07/15 modifié 1916 parfois dit « Fusil Berthier 1916 en cinq coups ».

C’est justement un beau fusil d’infanterie du premier système 07/1915 à trois coups que nous vous proposons ici. Le canon est sorti des Établissements Delaunay Belleville en 1917 (Marquage « EDB 1917 »), fabricant d’automobiles avant la guerre de 14 et qui fabriquera pas mal de chars Renault FT en plus des fusils Berthier pendant le conflit. L’arme a aussi été assemblée aux établissements Delaunay Belleville.

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Que le canon et l’arme sortent du même endroit n’est pas si évident sur les Berthier - des canons pouvaient être façonnés dans un arsenal genre St Étienne et montés sur l’arme dans un autre arsenal en fonction des disponibilités de pièces.

Modifications et Marquages

L'appropriation à la balle D est un sujet compliqué, exécuté par étapes, pour plusieurs raisons. La supériorité de la balle D se tenant surtout aux longues distances, elle était surtout intéressante pour le fusil d'infanterie, le Lebel. C'est donc lui qui a été approprié en premier, les notes décrivant les divers travaux à exécuter étant rédigées en 1904 et 1905.

Les armes courtes (carabines et mousqueton Berthier) ne sont traitées qu'ensuite, d'autant que les unités qui les utilisent sont pourvues de larges stocks de cartouches Mle 1886-M. Les instructions destinées à guider les chefs-armuriers sont rédigées en 1908 pour le mécanisme et en 1910 pour la hausse.

Les opérations sont distinctes car les modes opératoires sont très différents. L'adoucissement de certaines arêtes internes du mécanisme se fait principalement à la main, tandis que le retaillage des gradins de hausse nécessite une petite machine spécialement conçue. A ce stade tous les gros travaux mécaniques sont faits mais la hausse est encore réglée pour la cartouche 1886-M.

Pour passer en balle D il ne reste qu'à remplacer la planche et le curseur par des pièces neuves fournies par les manufactures ; l'opération est rapide (au chasse-goupilles) et certains documents indiquent qu'elle a parfois (ou souvent ?) été remise à plus tard (au moment où l'on recevrait des cartouches à balle D, peut-être). Car en 1914, bon nombre d'unités étaient encore approvisionnées en cartouches Mle 1886-M.

Ceci pourrait expliquer pourquoi, à un moment ou un autre, on aurait jugé utile d'apposer un marquage indiquant l'exécution de tout (ou partie ?) de ces travaux. En tous cas la note de 1908 n'en souffle pas un mot... Il se peut que les notes de 1910 en parlent ... on verra quand on les aura.

Pour la crosse, on dirait effectivement une carabine de cavalerie 2e type transformée mousqueton (modification réglementaire à partir de 1915). Ou une crosse de mousqueton pourvue d'une grenadière à pontet "cavalerie 2e type"...

Concernant la bretelle, elle semble de couleur fauve, alors avec sa boucle à ardillon ce serait une bretelle de carabine de cavalerie 1er type, qui aurait ensuite été retouchée au bout pour passer dans une grenadière à pontet (largeur 25 mm) de carabine cavalerie 2e type. Or la carabine 2e type était normalement pourvue d'une bretelle spécifique, à double-boucle sans ardillon.

Bien sûr, durant la guerre de 14 ils ont été obligés de faire feu de tout bois, et le matériel ne correspondait pas forcément aux descriptions théoriques... Autre piste, selon un intitulé de document (article de BO en 1905) il y aurait-eu déjà avant guerre des modifications d'anciennes bretelles en dotation, pour les adapter à des carabines de cavalerie nouvellement perçues. Seulement je n'ai pas le document lui-même ! Je peux donc uniquement signaler que peut-être, cette bretelle pourrait illustrer un document de ce genre ... ou pas ...

PS: on dirait que le côté "chair" (pelucheux) est à l'extérieur, est-il possible de confirmer ? La position des trous d'ardillon, la longueur de la bretelle, permettraient aussi d'en cerner l'origine ...

tags: #bretelle #fusil #berthier #marquages #et #histoire

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