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L'histoire des armes soviétiques et russes est un sujet fascinant, tant pour les passionnés d’histoire militaire que pour les collectionneurs. L’approche soviétique de la conception d’armement privilégiait la production de masse et la standardisation, permettant ainsi la création d’un arsenal impressionnant qui continue d’influencer le développement militaire mondial.

Les Premiers Pas Vers le Fusil d'Assaut Soviétique

Contrairement à une idée répandue, le célèbre fusil Kalachnikov ne doit pas grand-chose au Sturmgewehr allemand (StG 44 ou MP 44), car le mécanisme des deux armes est totalement différent. L’étude des archives russes prouve que d’autres ingénieurs soviétiques travaillaient sur le concept du fusil d’assaut dès 1943.

L'AS-44 de Soudaev

L’AS-44, conçu à la mi-1944 par Soudaev, à qui l’Armée rouge doit déjà le pistolet-mitrailleur PPS-43, est l'un des premiers exemples. Cette arme est chambrée pour la nouvelle munition intermédiaire M43 de 7,62 x 41 mm, mise au point par Alexeï Soudaev. Cette munition était inspirée de la 7,92 mm kurz allemande. À l’instar du MP 44 allemand, ce fusil d’assaut utilisait le même système de culasse que celui mis au point par les Tchèques sur leur fusil-mitrailleur ZB-26 et un chargeur de 30 cartouches. L’AS-44 était lourd (un peu plus de 5 kg) et nécessitait l’emploi d’un bipied, un critère exigé par l’Armée rouge. Une petite série d’une dizaine d’exemplaires fut achevée au printemps 1945 et testée lors de l’opération « Tempête d’août » en Extrême-Orient. Jugé trop lourd et moins précis que le fusil Mosin-Nagant, l’AS-44 vit son développement suspendu, d’autant que Soudaev tomba malade en 1945 et mourut l’année suivante.

Les Prototypes de Tokarev et Korovine

Fedor Tokarev proposa, dès le 21 novembre 1943, une évolution de son AVT-40 (version automatique du fusil semi-automatique SVT-40) en fusil d’assaut, tirant également la nouvelle munition M43. L’arme pouvait utiliser la baïonnette du SVT-40 et recourait à un système de tir automatique très simple reposant sur la position de la gâchette pour sélectionner le type de tir (semi- ou automatique). Un premier exemplaire définitif de l’AT-44 fut présenté le 7 mai 1944. Toutefois, malgré sa conception proche de celle de son prédécesseur et l'utilisation d'un bipied, l’arme ne franchit pas la phase des tests en raison de son manque de précision et de fiabilité.

Le Korovine AK-44 resta également un prototype, vraisemblablement doté uniquement d’un mode automatique.

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Autres Prototypes et l'Ascension de Kalachnikov

Gueorgui Chpaguine, père du célèbre PPSh-41, travailla également sur une conversion de son pistolet-mitrailleur en fusil d’assaut, également baptisé AS-44. Le Bulkin AB-44, avec son chargeur positionné au-dessus de la boîte de culasse à la façon du BREN britannique, fut un autre prototype singulier.

Mikhaïl Kalachnikov, pendant sa rééducation après sa blessure durant la bataille de Briansk, fabriqua à la main le prototype d’un pistolet-mitrailleur à crosse repliable, qui fut rejeté car dépassé face au PPS-43. Son talent attira l’attention du comité de l’Artillerie qui l’affecta au polygone d’essais de Kourovo. En 1944, Kalachnikov réalisa le prototype d’un fusil semi-automatique qui ne fit pas le poids face au SKS de Simonov. Néanmoins, inspiré par ce dernier et par un exemplaire capturé d’un fusil d’assaut MK 42(H) allemand (StG 44), Kalachnikov réalisa à la main, sur la base des croquis de son épouse Katia, une arme révolutionnaire : le fusil d’assaut AK-47.

Les Armes Emblématiques

Plusieurs armes se distinguent dans l'histoire des fusils mitrailleurs russes, chacune ayant marqué son époque par ses caractéristiques et son utilisation.

Le Mosin-Nagant

Le Mosin-Nagant était un fusil militaire à 5 cartouches utilisé par les forces armées de la Russie impériale et plus tard par l’Union soviétique et différents pays du bloc de l'Est. Il a été le premier à utiliser la cartouche de 7,62 x 54 mm R. En service sous différentes formes de 1891 aux années 1960, il fut finalement remplacé par les fusils SKS. Conçu dans des matériaux robustes, hêtre massif et acier laminé, cette carabine résistait très bien au dur traitement qu'elle pouvait subir dans la jungle vietnamienne. Avec la nouvelle cartouche M43 de 7,62 x 39 mm, elle offrait un tir puissant et une portée utile de 450 m, idéale pour les embuscades.

Le PPSh-41 (Pistolet-Pulemyot Shpagina)

Le PPSh-41 (Pistolet-Pulemyot Shpagina) était une arme soviétique inventée par Georgi Shpagin en 1941. Peu cher et de fabrication simple, il disposait d'un sélecteur de tir et fut l'une des armes de l'armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale. Plus de 6 millions d'exemplaires furent produits avec de nombreuses copies.

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Genèse et Développement

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la révolution d’Octobre, la place du pistolet-mitrailleur fut longuement débattue au sein de la toute jeune Armée Rouge. Ici comme dans la plupart des autres nations, le constat que l’arme de poing n’apporte rien de plus qu’une capacité de défense personnelle et que le fusil d’infanterie n’est pas adapté au combat rapproché fût rapidement établi.

Paradoxalement, c’est la fin de ce développement qui déclencha les travaux sur les premiers PM en Union Soviétique en 1925. Ainsi, le premier PM de conception locale testé cette même année par les Soviétiques est l’œuvre de Fedor Tokarev. L’auteur Russe D.N. Bolotin rapporte à ce titre que F. Tokarev n’envisagea pas la conception d’un PM avant que les travaux de Fedorov soient arrêtés : il semblait évident au concepteur du TT-33 que la solution qui s’imposerait serait celle explorée par le vénérable Fedorov, c’est-à-dire celle d’une arme remplissant le vide entre l’arme de poings et le fusil d’infanterie !

Ce premier PM de Tokarev, en calibre 7,62×38,5 Nagant, relève plus d’une « carabine automatique » que d’un véritable PM. Notons que la munition employée pour cette arme dispose d’une extrémité avant arrondie et non tronconique pour faciliter l’alimentation dans une arme à chargeur. Cette première arme sera suivie par une arme proposée par V.A. Degtyarev (en 1929), S.A.

L’arme de Korovin, encore plus « classique », fonctionne à culasse non-calée « simple », mais a comme originalité (pour un PM de cette période) de disposer d’un système de mise à feu par chien. L’évaluation des 4 armes (celles de Tokarev étant évaluées dans chaque calibre) fut lancée en 1930. Aucune arme n’apportant totalement satisfaction, les concepteurs sont renvoyés à leur planche. Le 11 février 1931, 500 PM Tokarev en calibre 7.62×38.5 seront tout de même commandés pour des essais en corps de troupe.

De son côté, V.A. Degtyarev repense complètement son arme, en abandonnant les réminiscences du DP-28. Il en résulte une arme au dessin plus conventionnel pour un PM. C’est finalement cette arme qui sera adoptée par l’Armée Rouge sous l’appellation Pulmet Pistolet Degrtyarev 1934 ou PPD-34 (Pistolet Mitrailleur Degtyarev 1934). L’arme ne donna pas entièrement satisfaction et fut modifiée en 1938 pour devenir la PPD-34/38. Ces armes utiliseront un chargeur tambour de 71 coups avec un long « cou », source de nombreux enrayages.

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Née en 1897, Georgiy Semenovich Shpagin travailla à Kovrov où officiaient également Fedorov et Degtyarev. G.S. Shpagin est présenté par l’auteur Russe D.N. Bolotin comme une personne particulièrement concernée par les problématiques de productivité et avant-gardiste en la matière. La simplicité mécanique semblait être au coeur de sa créativité…un trait finalement très commun chez les concepteurs soviétiques qui est sans doute inspiré par la doctrine soviétique ! Le début des années 1940 marquera un tournant dans l’utilisation de la tôle pliée et de la soudure électrique.

Cette même année, l’arme de Shpagin va être confrontée au PPD-40 et à une arme conçue par Boris Shpitalniy. Cette dernière, sans être dénuée de qualité, se révéla moins conforme aux attentes d’une arme de guerre (coût de production, simplicité d’emploi et d’entretien…). Au terme de cette compétition, l’arme de Shpagin est adoptée le 21 Décembre 1940 sous l’appellation Pulmet Pistolet Shpagin 1941 soit PPSh-41…tout juste 6 mois avant l’opération Barbarossa. Son acronyme - PPSh - est prononcé « Pépésha » en russe, d’une façon très proche à « Papasha », un mot familier signifiant « Papa » de façon plutôt positive dans le contexte.

Caractéristiques Techniques et Conception

La fabrication de l’arme recourt donc à l’emploi de tôle pliée pour la construction d’une grande partie de ses pièces. Les tôles employées sont sensiblement différentes de celles habituellement rencontrées : elles font entre 2,5 et 3,1 mm d’épaisseur contre, le plus souvent environ 1 mm d’épaisseur sur d’autres productions, notamment plus tardives. La PPSh-41 va également initier une construction qui fera date - car reprise sur les PPS-43 et même les AK - celle du boîtier tôle en forme de « U ».

Cette approche est très novatrice en comparaison des autres PM : souvent, ceux-ci recourent à un boîtier cylindrique (MP-18, 34, 38 et 40, KP-31, Beretta M38, STEN…et bien évidemment la PPD-34/38). Le boîtier cylindrique permet de réaliser une bonne partie des pièces en tournage, approche rationnelle avec les moyens de production de l’époque, car plus rapide et plus simple que de multiples opérations de fraisage. Pour la modernisation de la production du MP-38, les Allemands avaient adopté un boîtier en tôle, mais toujours de section cylindrique.

Sur le PPSh-41, la culasse sera de section parallélépipédique sur sa portion inférieure et légèrement arrondie sur sa partie supérieure. Ce choix est sans doute dicté par une simplicité dans la maitrise de la mise en forme de la tôle, où une forme parallélépipédique est sans doute plus aisée à obtenir avec des tolérances convenables, qu’un boitier de section cylindrique.

La carcasse de l’arme est fabriquée en deux pièces : un boîtier inférieur et un boîtier supérieur tout deux réalisés en tôle pliée de forte épaisseur. Ils sont articulés autour d’un axe à l’avant, et verrouillés par un crochet actionné par un poussoir à l’arrière. Le boîtier inférieur accueille la culasse, le système de mise à feu, la crosse et le puits de chargeur, dont les spécificités sont très étroitement liées à la PPD-40…et quelque part au KP-31 ! Le boîtier supérieur accueille le canon et les organes de visée. Ce dernier, orientant les gaz vers le haut et sur les côtés, officie en tant que frein de bouche et compensateur de relèvement. Le boîtier inférieur attire tout particulièrement l’attention : ses formes complexes témoignent d’une conception réfléchie.

En effet, le PPSh-41 sans chargeur accuse les 3,875 kg à notre balance…plus lourd qu’un AK-47 Type 3 à crosse fixe…3,8 kg, lui aussi sans chargeur…oui, une des deux variantes à boitier forgé / usiné ! Le boîtier du mécanisme de mise à feu est également réalisé en tôle. Sur 17 pièces constitutives (de façon un peu abusive, nous comptons ici le corps de platine comme une seule et même pièce, car celle-ci est en réalité faite de plusieurs morceaux de tôle soudée), seules 3 sont usinées : la gâchette, la détente et le séparateur. Il s’agit des pièces soumises à des contraintes mécaniques : choc, frottement. Cela demeure une performance, surtout pour un dispositif qui propose un tir sélectif.

Ses flancs sont évidés pour faciliter sa circulation dans le boîtier de culasse en présence de corps étrangers. Le percuteur, une pièce rapportée, y est emmanché / goupillé. Ceci constitue un plus pour la fabrication et pour la maintenance. L’arme dispose d’un amortisseur de culasse.

Surtout qu’on peut noter que la course de culasse est très courte : elle ne dépasse que légèrement le chargeur afin de prendre en compte une munition. Ceci explique une cadence de tir impressionnante (annoncée à 1000 coups par minute par le manuel soviétique, et mesuré à 1086 cpm sur la vidéo disponible en fin d’article). Comme évoqué précédemment, l’arme est adoptée seulement 6 mois avant l’opération Barbarossa. Ainsi, à l’entrée en guerre de l’URSS, l’arme n’est clairement pas à « maturation ». Il en va ainsi de la quasi-totalité des armements mis en service : il est toujours nécessaire de faire des ajustements.

Dans ces dimensions, le PPSh-41 reste une arme d’infanterie « longue » et lourde. Avec 842 mm de long, il est moins de 30 mm plus courts qu’un AK-47…à crosse fixe !

Au cours de l’année 1942, c’est une mouture plus apte qui est mise en production. La plupart des modifications ne sont pas directement palpables par l’utilisateur (épaisseur des tôles, dimensions de certaines pièces). En revanche, l’adoption d’une hausse basculante à deux positions en lieu et place de la hausse tangentielle précédemment rencontrée (qui permet un réglage jusqu’à 500 m) sur des fusils d’infanterie témoigne d’une rationalisation du concept d’emploi.

Production et Utilisation

L’arme va être rapidement mise en production en Union Soviétique. Dans un premier temps, elle va être produite dans plusieurs usines, recourant notamment à la technique de la sous-traitance. La plupart de ces usines n’étaient pas initialement dédiées à la production d’armement. Le PPSh-41 a été fabriqué entre 1941 et 1949, avec une production dépassant les 6 000 000 d'exemplaires. Ironie de l'histoire, alors que les Allemands adaptaient à de nombreuses reprises le PPSh-41 aux munitions 9 mm Parabellum, les Soviétiques faisaient de même avec les MP40 capturés en raison du mauvais approvisionnement en munitions de l'Armée rouge.

Le Fusil d'Assaut Kalachnikov

Le fusil d'assaut le plus connu, le plus utilisé, considéré par les experts comme la meilleure arme individuelle jamais fabriquée. Créée en 1945 par Mikhail Kalaschnikov, inspiré de la STG 44 allemande, la Kalachnikov équipa et équipe encore toutes les forces soviétiques et alliées de l'URSS dont notamment le vietcong et l'ANV.

En 1984, les services de renseignements français parviennent à se procurer plusieurs exemplaires améliorés de l’AK-74 et, lors d’essais effectués à Satory, ils ne peuvent que constater sa qualité. Toutefois la version ancienne de la kalachnikov, la bonne vieille AK-47, demeure indétrônable au sein de nombreuses armées, milices et guérillas. Au fil des ans, on retrouve l’AK-47 en Irak, en Afghanistan, au Liban, en Somalie, en Amérique Latine, etc. Et aujourd’hui en Syrie, au Mali, en Centrafrique… Partout où la poudre parle.

Autres Armes Soviétiques

Outre les modèles mentionnés ci-dessus, d'autres armes ont joué un rôle important dans l'arsenal soviétique.

  • Le revolver Nagant M1895 était une arme à 7 coups inventée par l'industriel belge Léon Nagant pour l'empire russe en 1895.
  • Le Tokarev TT 33 est un pistolet semi-automatique en simple action développé en URSS pour l'armée rouge qui l'utilisa à partir des années 30.
  • Le Makarov PM est un pistolet semi-automatique en double action qui fut généralisé dans les années 50 en russie pour remplacer le Tokarev TT 33.
  • Le Dragunov SVD est un fusil de précision semi-automatique équipée d'une lunette de visée de fabrication russe mis en service au début des années 60.
  • La mitrailleuse DP Light Machine Gun (DP LMG), parfois désignée DP-27 ou DP-28 portait le surnom de "Record Player" à cause de son chargeur rond en forme de disque.
  • La RPK, Ruchnoi Pulemyot Kalashnikova, entra en service en 1961.

Tableau Récapitulatif des Armes Mentionnées

Arme Type Année d'introduction Calibre Description
Mosin-Nagant Fusil militaire 1891 7,62 x 54 mm R Fusil à 5 cartouches utilisé par la Russie impériale et l'Union soviétique.
PPSh-41 Pistolet-mitrailleur 1941 7,62 x 25 mm Arme soviétique peu coûteuse et de fabrication simple, largement utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale.
AK-47 Fusil d'assaut 1947 7,62 x 39 mm Fusil d'assaut le plus connu et le plus utilisé au monde, conçu par Mikhail Kalachnikov.
Tokarev TT-33 Pistolet semi-automatique 1930 7,62x25 Tokarev Pistolet semi-automatique standard de l'Armée rouge avant d'être remplacé par le TT-33.
Makarov PM Pistolet semi-automatique 1951 9x18 mm Makarov Pistolet standard des forces armées et de la police soviétique pendant des décennies.

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