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Mis en fabrication dans les usines Leitz de Wetzlar le 1er Février 1932, le Leica II apporte une innovation majeure à la géniale invention d’Oskar Barnack : l’adjonction d’un télémètre intégré au boîtier, couplé avec les objectifs standardisés. Sans changement de forme ni de volume, l’esthétique intemporelle du petit appareil photographique est analogue mais l’efficacité et l’agrément d’utilisation sont considérablement améliorées. C’est le modèle abouti comportant les éléments essentiels et fondamentaux que l’on retrouvera sur tous les appareils qui suivront ; il donnera ses lettres de noblesse au Leica.

Cette nouvelle amélioration du boîtier originel de 1925, après la mise en place de l’interchangeabilité des optiques en 1930, et leur standardisation permettant l’utilisation d’objectifs de sept distances focales allant du 35 au 135 mm, devait assurer la pérennité de ce qui prendra au fil du temps le nom de procédé Leica reposant sur un nombre de plus en plus important de boîtiers en dérivant, d’accessoires aussi abondants qu’ingénieux, et d’optiques de qualité calculées par le physicien Max Berek.

L’histoire nous apprend que le cahier des charges rédigé par Barnack prévoyait que ces améliorations donnant naissance au Leica II ne devaient s’accompagner d’aucun changement de prix par rapport au Leica Standard modèle E, (très proche du modèle C) livrable en Octobre 1932 avec un télémètre indépendant. On sait aussi qu’il y eut deux prototypes ; l’un se retrouva sur le stand Leitz à la Foire de Leipzig, l’autre fut confié à l’importateur Leitz de New-York. Le succès immédiat de ce boîtier innovant précipita, durant la foire même, l’ordre de mise en fabrication industrielle !

Jusqu’alors les télémètres de Leitz (FODIS et FOFER de base 83 mm) étaient placés en position verticale, engagés sous la griffe porte-accessoires ; ils étaient encombrants et peu pratiques. Souhaitant rendre son appareil plus fonctionnel et plus maniable, Barnack eut l’idée d’incorporer un télémètre au boîtier en position horizontale, protégé par un capot le jumelant au viseur. Il fallut nécessairement réduire la base à 38,5 mm afin de loger ce télémètre entre le barillet du réglage des vitesses et le bouton permettant de rembobiner le film exposé.

Le Télémètre Couplé : Une Innovation Majeure

L’esprit inventif de Barnack lui fit imaginer un système mécanique permettant à la came cylindrique prolongeant la rampe hélicoïdale de l’objectif en place de prendre appui sur un galet fixé sur un levier entraînant le déplacement d’une bielle, sur laquelle est placé à demeure un prisme situé dans l’axe optique de l’oculaire du télémètre ; cet ingénieux système est nommé "télémètre couplé".

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Remarquer la réunion des deux axes optiques permettant la superposition des deux images télémétriques vues à travers l’oculaire du télémètre : celui de droite subit deux réflexions (dans le prisme mobile puis sur le miroir semi-réfléchissant) tandis que celui de gauche traverse ce miroir sans être dévié. Ces deux axes optiques ne sont pas parallèles, sauf à l’infini. Ainsi, on remarquera un « 0 » gravé (en position à midi) sur la platine où vient se visser l’objectif : cette gravure signifie que le boîtier est apte à recevoir des optiques standardisées.

Chaque boîtier était ainsi contrôlé et finement calé en usine, avec de minces lamelles de papier noir glissées sous la platine, de telle sorte que la distance entre cette bague normalisée marquée « 0 » et le film soit précisément de 28,8 mm. Le marquage spécifique « 0 » disparaîtra avec le IIIc inaugurant la nouvelle série des Leica dits "longs", la ceinture passant de 133,4 à 136,2 mm.

Viseur et Obturateur

Indépendant, le viseur clair (de type lunette de Galilée inversée) est identique à celui des boîtiers précédents ; il est prévu pour la focale standard de 50 mm. Noter les deux œilletons de visée indépendants l’un de l’autre et espacés de 20 mm : le photographe procède au réglage de la distance par visée télémétrique (à gauche) puis observe le champ photographié par le viseur incorporé (à droite). Son diamètre passe de 15 à 12 mm, cette diminution étant rendue nécessaire par la proximité du capot couvrant le bloc viseur-télémètre.

Strictement identique à celui des Leica I, on retrouve le même obturateur à rideau en tissu caoutchouté et vulcanisé ; les vitesses d’obturation sont le 1/20ème, 1/30ème, 1/40ème, 1/60ème, 1/100ème, 1/200ème, 1/500ème de seconde, et la pause "Z" (pour "Zeit" signifiant "temps", l’équivalent de la pause "B").

Présentation et Esthétique

La silhouette générale et l’encombrement du Leica II ou "Couplex" restent similaires à ceux du Leica I. Il n’y a toujours pas d’œillets de courroie de transport : ils n’apparurent que sur le Leica III. On note, raffinement suprême, que les parties supérieures du bouton d’armement, du capot du bloc viseur-télémètre, du barillet des vitesses et du bouton de rembobinage sont exactement dans le même plan, si bien qu’un boîtier placé à l’envers sur une table demeure parfaitement stable : le chargement et le déchargement du film en sont facilités.

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La première année (1932), les boîtiers furent livrés en noir laqué avec des commandes nickelées et équipés d’objectifs à montures nickelées. Dès l’année suivante apparurent pour la première fois chez Leitz, avec le "Couplex", des boîtiers chromés satinés avec des commandes chromées elles aussi, mais brillantes. Ces boîtiers furent alors présentés avec des optiques chromées, les premières possédant cette finition.

Rares sont les boîtiers noirs équipés de commandes chromées : ces modèles étaient fabriqués sur commande spéciale, destinés à l’exportation. La première année de fabrication, les modèles reçurent un barillet de sélection des vitesses de diamètre 15,5 mm, qui diminua à 13,5 mm l’année suivante. De même, si durant l’année 1932 la partie du capot de télémètre surmontée du barillet des vitesses était arrondie, en forme de « siège de WC » selon une appellation étonnante mais ayant cours outre-Manche (à cette époque ce siège était rond !), le capot des Leica II fabriqués ultérieurement présenta à ce niveau des facettes en "pan-coupé".

Ce discret changement d’aspect apparut en 1933 avec le Leica III, constituant une amélioration du Leica II par adjonction des vitesses lentes, ajout qui imposa cette légère modification du capot. On remarquera aussi, sur les premiers boîtiers, un filtre jaune fixé à demeure sur la "pupille" gauche du télémètre améliorant le contraste des images vues en coïncidence.

Le "Couplex" n’échappa pas bien sûr au fameux « code chinois », le code Leitz comportant cinq lettres. LYKAN fut réservé au boîtier noir laqué de 1932 à 1934 et LYKAN CHROM pour le boîtier chomé. Le n° 71200 fut celui du premier appareil construit. Le n° 111551 est celui du premier boîtier en finition chromée. Le code changea en 1934 attribuant le nom d’AIROO au boîtier noir et AIROO CHROM au chromé.

Le Leica II fut fabriqué jusqu’en 1948. Chant du cygne du "Couplex", un lot de 200 boîtiers chromés furent assemblés par la filiale Leitz New York : 50 exemplaires fin 1947 et 150 en 1948, aisément identifiables par une pastille chromée, fixée par trois vis sur la face antérieure de la ceinture, à l’emplacement occupé par le barillet de commande des vitesses lentes chez d’autres modèles de Leica. Il fallut donc obturer la découpe destinée à accueillir ce barillet.

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Optiques Standardisées et Interchangeables

La standardisation du tirage, déjà apparue avec le Leica I (modèle C), et le couplage du télémètre permirent à Leitz de proposer une gamme variée d’objectifs normalisés interchangeables, élargissant ainsi le "champ visuel" du Leica… ou le rétrécissant, puisque les longues focales firent aussi leur apparition ! Les noms de ces objectifs possèdent diverses origines : les deux premières lettres d’Elmar font référence aux initiales d’Ernst Leitz (le fondateur de l’entreprise), Summar évoque le sommet de la qualité optique, quant à Hektor… c’était le nom du chien de Max Berek, l’opticien-maison !

La vocation de reportage en conditions souvent difficiles du Leica s’affirma avec la conception des objectifs Hektor f:2,5/5 cm et Summar f:2/5 cm, dont l’ouverture permet de photographier en lumière assez faible ; ce dernier est à l’origine d’une lignée qui conduisit vers l’apothéose du Summicron f:2/5 cm, dont le descendant est disponible actuellement.

Conclusion

Le Leica II ou "Couplex" est un modèle extrêmement important dans l’évolution de l’appareil photographique Leica, innovant par l’atout majeur du télémètre incorporé couplé aux montures normalisées de tous les objectifs Leitz. L’intégration de cette pièce maîtresse a augmenté de façon très nette les performances d’un appareil déjà révolutionnaire et a accru sa facilité d’utilisation.

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