L'importance du rôle de l'artillerie est un fait qui apparaît de la façon la plus évidente et la plus lumineuse dans la période de la guerre de positions.
On ne parle pas de réussir le moindre mouvement offensif sans l'avoir préparé minutieusement par de violentes concentrations de feux d'artillerie. Le reste du temps, c'est encore par l'artillerie que chaque parti manifeste sa présence et cherche à imposer sa volonté à l'adversaire par la supériorité de son feu.
Or, l'Artillerie de Campagne voit un grand nombre d'objectifs lui échapper, même lorsqu'ils ne sont pas hors de portée, parce qu'elle ne peut rien contre un objectif très défilé ou trop puissamment retranché. L'Artillerie Lourde d'autre part coûte cher en canons, en munitions, en hommes et en chevaux. Elle est difficile à installer, à déplacer.
L'Artillerie de Tranchée est une artillerie lourde à faible portée. Elle a des munitions d'un transport relativement facile, fabriquées en grande quantité sans difficultés; son installation est généralement simple parce que, non seulement elle utilise tous les défilements, mais encore elle peut s'en créer car son genre de tir lui permet de remplir sa mission du fond d'une excavation appropriée.
Ses puissants effets en ont rendu l'emploi indispensable, et dans bien des secteurs, aux périodes les plus calmes comme aux moments les plus agités, c'est surtout sur l'Artillerie de Tranchée que se concentre l'attention. C'est une artillerie auxiliaire, une arme de plus pour ainsi dire, que les besoins de la guerre ont fait improviser complètement.
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A tout artilleur de tranchée revient l'honneur de servir en toute première ligne, en contact immédiat de l'ennemi. Tous, officiers, sous-officiers, brigadiers et canonniers, ont compris l'importance de cette tâche et sa périlleuse grandeur. Nul d'entre eux n'y a failli, et c'est pour marquer d'une manière particulière les services que rendent chaque jour les artilleurs de tranchée que le Général en Chef a décidé de leur décerner un insigne spécial qu'ils portent au bras gauche et qui honore ceux qui en sont pourvus.
L'histoire et les traditions de l'A. T., pour être récentes, n'en sont pas pour cela moins glorieuses. L'Officier d'A. T. a une tâche particulièrement ardue et pénible, personne ne le conteste.
La vie en première ligne, avec de longues marches dans les boyaux pleins de boue en hiver et torrides en été, où l'on manque parfois de vivres et de sommeil ; les responsabilités graves constamment encourues sans le soutien d'un supérieur immédiat; le souci constant de maintenir une stricte discipline, non seulement dans les éléments d'avant mais encore à l'arrière où la surveillance est naturellement plus difficile ; les préoccupations du ravitaillement en munitions et en vivres ; la collaboration avec le Commandement à ses divers échelons constituent autant de sujets de réelle fatigue.
Les nécessités de l'adaptation perpétuelle du matériel aux circonstances exigent un travail constant de l'artilleur de tranchée. L'ingéniosité de son esprit aura souvent lieu de s'exercer. Enfin s'il faut y ajouter la nécessité de connaître au moins superficiellement les propriétés et le mode d'emploi tactique de plusieurs matériels, fort différents les uns des autres, mais qu'il peut avoir éventuellement à utiliser, on conçoit que la besogne ordinaire du Commandant de Batterie de Tranchée soit au moins aussi importante et peut-être plus rude que celle de ses camarades de l'A. C. ou de l'A. L.
Cependant cette fatigue physique, cette tension morale ont aussi leur récompense et leur contre-partie : L'artilleur de tranchée les trouvera d'abord dans le dévouement admirable, l'entrain prodigieux de tous ses sous-ordres, ensuite dans le puissant intérêt que prendra pour lui son labeur quotidien, lorsqu'il pourra juger des résultats qu'il obtient, en voyant sous ses coups voler en éclats les ouvrages ennemis, fondre les réseaux de fil de fer, se disperser dans les airs les rondins et les terres des abris, sauter les dépôts de munitions; enfin, dans la considération dont il ne manquera pas d'être entouré, s'il sait s'en rendre digne, non seulement auprès de l'Infanterie, mais encore auprès des Chefs avec lesquels il aura à élaborer des plans d'attaque, en y collaborant au même titre que le Commandant de l'A. C. et le Commandant de l'A. L.
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Quant à juger de l'importance des résultats obtenus aujourd'hui par l'A. T, rien ne vaut le témoignage des ennemis eux-mêmes.
Il est intéressant de suivre dès sa genèse l'évolution de l'idée directrice de l'A. T., dont l'importance ainsi qu'il vient d'être dit, n'est apparue que très progressivement au cours de la campagne. Dès que le front s'est cristallisé par suite de l'impossibilité momentanée où nos troupes se sont trouvées de franchir les obstacles et les défenses que l'ennemi opposait à notre progression, la nécessité est apparue de détruire ces défenses par un explosif puissant lancé apportée restreinte. C'est dans les fils de fer notamment qu'il importait de faire brèche.
On commença par y envoyer des sapeurs porteurs de charges de mélinite ; puis un Officier du Génie eut l'idée de fixer un pétard à une baguette légère, comme une baguette de fusée, et de le lancer à la main ; il n'atteignait que quelques dizaines de mètres et l'amorçage du projectile était insuffisamment assuré. Il essaya ensuite de placer le pétard dans une douille de 75 et de le lancer avec une petite quantité de poudre noire, la douille faisant l'office de canon. Mais comme ce canon ne pouvait servir qu'une fois, il eut l'idée d'en faire le projectile : pour cela, sur un mandrin de bois grossièrement taillé, il enfila la douille de 75 contenant 2 pétards de mélinite et de la mitraille ; la charge propulsive était une petite quantité de poudre noire. Ce projectile improvisé n'eut une bonne tenue sur sa trajectoire qu'après qu'on lui eut fixé 3 petites ailettes soudées à l'extérieur. Ces premiers essais eurent lieu sur le front.
On savait bien d'après l'expérience des guerres précédentes qu'il faudrait de temps en temps lancer à courte distance, et en tir vertical, des projectiles explosifs. C'est ainsi que l'on prévoyait l'emploi de mortiers en bronze de divers calibres (15, 22, 27 et 32 c/m) dans l'armement des places fortes, spécialement pour le tir dans les angles morts; ces mortiers avaient été largement utilisés devant Sébastopol et plus tard à Plewna.
Au cours de la présente guerre, on commença par utiliser dès Novembre 1914 des mortiers de fortune, faits d'une bille de bois creusée et renforcée de fils de fer ou de frettes métalliques, ou faits avec le corps cylindrique d'un obus de 77 ou de 150 (fig. 1 & 2); ces engins lançaient des pétards de mélinite réunis en un projectile à peu près cylindrique.
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Puis l'on fit appel au mortier de 15 c/m en bronze fabriqué vers le milieu du XIXe siècle.
Mais les artifices étaient difficiles à conserver au sec et trop souvent les bombes n'éclataient pas. Les variations de portée étaient obtenues par des variations correspondantes de la charge de poudre que l'on mettait en vrac dans le mortier ; ces dosages étaient difficiles à faire dans la tranchée et la poudre noire avait l'inconvénient très sérieux de produire beaucoup de fumée.
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