Le viseur d’un appareil photo est l’endroit où vous posez votre œil pour cadrer votre photo avant de déclencher. Bien souvent les photographes quelque peu expérimentés ne jurent que par les appareils photo équipés d’un viseur (il permet de gagner en stabilité en calant l’appareil contre le visage et de cadrer sans être ébloui par le soleil). La majorité des acheteurs n’y prêtent pas attention mais c’est une erreur. Le viseur est important et vous devez comprendre ce à quoi faire attention lors de votre achat.
Dans cet article je m’attache dans un premier temps à lister et à expliquer les caractéristiques techniques ayant une influence sur la qualité du viseur. La seconde partie de l’article est constituée d’un grand tableau qui liste les principales caractéristiques des viseurs par modèle d’appareils photo numérique (APN). Seuls les modèles récents, en vente à la date d’écriture de cet article, sont listés dans le tableau.
Mise en garde et conseil : Même si je vais vous donner des clés de décryptage, nous verrons qu’évaluer le confort de visée à partir des seules caractéristiques données par les constructeurs n’est pas si simple (interactions entre les différentes caractéristiques parfois difficiles à appréhender, informations manquantes…)… C’est pourquoi, et j’insiste sur ce point, même après une bonne évaluation de la fiche technique d’un viseur, rien ne remplacera une prise en main directe de l’appareil photo pour constater de visu le confort de visée, pour savoir si le viseur est vraiment agréable ou non !
Aujourd’hui, il existe essentiellement deux grands types de viseurs :
(pour en savoir plus sur ces deux types de visée, je vous invite à lire ou relire la partie principe de fonctionnement de l’article Viseur électronique Vs viseur optique).
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Lorsqu’un appareil est équipé d’un viseur optique, la lumière que vous y voyez entre par l’objectif, rebondit sur le miroir qui se trouve devant le capteur de votre appareil puis passe dans un penta prisme (ou penta miroir). Ce dernier élément permet de retourner l’image, pour qu’elle ne soit pas inversée (le haut en bas) quand vous regardez dans le viseur.
Dans le cas d’un viseur électronique, la scène à photographiée est affichée par l’intermédiaire d’un mini-écran placé derrière l’œilleton. Le viseur électronique ne fonctionne pas comme le viseur optique. L’image que vous voyez s’afficher dans le viseur est passée par le capteur de votre appareil, a été transformée en données numériques et est affiché sur un petit écran LCD qui se trouve à l’intérieur de votre boitier, juste devant votre viseur.
Avec cette technologie de viseur, il n’y a pas de souci de luminosité : le manque de lumière due à une scène peu éclairée et/ou à un objectif peu lumineux pourra aisément être compensé électroniquement (au moins dans certaines limites) par ajustement automatique de la luminosité de l’écran. Cet automatisme fait que ce que l’on voit dans le viseur ressemble constamment à la photo finale que l’on pourrait obtenir après déclenchement.
Avec un viseur électronique, vous voyez l’image comme elle sera créée, avec les réglages que vous avez paramétré sur votre boitier, ce qui n’est pas le cas d’un viseur optique. Avec un viseur optique, on voit toujours l’image créée avec l’ouverture la plus grande disponible sur votre objectif. Difficile par exemple de se rendre compte de la profondeur de champ obtenue avec une faible ouverture et un viseur optique.
Si vous décidez de prendre une photo en noir et blanc et de confier ce traitement à votre boitier, vous verrez dans votre viseur l’image en noir et blanc. Avec un viseur optique, vous verrez l’image en couleur.
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Un viseur électronique permet de zoomer lors de la mise au point en mode manuel. Cette fonction est de plus en plus répandue sur les boitiers équipés de tels viseurs. Les viseurs électroniques peuvent également afficher des indications de couleur pour que vous puissiez visualise l’endroit exact ou se fait la mise au point.
Bref, comme vous le voyez, beaucoup d’avantages à choisir un boitier équipé d’un viseur électronique, si tant est que l’affichage est de qualité. Et pour le savoir, voici les informations à regarder lors de votre achat :
Pour le tester, vous pouvez faire une petite expérience avant d’acheter votre boitier. Allumez-le, regardez à travers le viseur et bougez rapidement votre appareil de droite à gauche. Si l’image que vous voyez ressemble à ce que vous avez devant les yeux, la vitesse de rafraichissement est importante. Si vous avez l’impression que l’image est saccadée, le rafraichissement est lent.
Dans le cas d'un viseur électronique, la scène à photographier est affichée par l'intermédiaire d'un mini-écran placé derrière l'œilleton. Bien souvent, le problème de ce type de viseur se situe plutôt dans le manque de naturel et les contrastes excessifs de l’image affichée.
L’écran LCD (« Liquid Crystal Display » en anglais, que l’on traduit en français par « Affichage à cristaux liquides ») : les premiers viseurs électroniques utilisaient des écrans LCD. Aujourd’hui (fin 2018) ce type d’écran tend peu à peu à être supplanté par des écrans OLED. Sur les 47 modèles d’appareils récents à viseur électronique listés dans le tableau de la seconde partie, seuls six sont de type LCD, soit un peu moins de 13% du panel.
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Dans les années 2000, les APN bridges proposaient des viseurs LCD étriqués, mal définis, peu fidèles et peu réactifs. Ce n’est heureusement plus le cas aujourd’hui même si les dalles LCD présentent encore parfois des couleurs un peu vives, pas toujours très fidèles. La luminosité et les contrastes sont également plus prononcés qu’avec la technologie OLED.
Mais surtout, la majorité des écrans LCD utilisent une technologie d’affichage des couleurs qui peut provoquer un effet arc-en-ciel (apparition de franges de couleurs rouges, vertes et bleues dans les images en mouvement). Et même si en théorie les dalles Ultimicron d’Epson (principal fournisseur de dalles LCD) sont exemptes de cet effet arc-en-ciel, des testeurs du site de référence www.lesnumeriques.com affirment le contraire et vont jusqu’à déconseiller la technologie LCD aux porteurs de lunettes et tout particulièrement aux personnes sensibles à l’effet arc-en-ciel. Ce serait avant tout une question de physiologie : nous ne serions donc pas tous égaux face à ce problème d’affichage.
L’écran OLED (acronyme anglais signifiant « Organic Light-Emitting Diode » ou, en français, diode électroluminescente organique) : Il a un certain nombre d’avantages. Il n’est pas sujet à l’effet arc-en-ciel décrit ci-dessus. Et s’il y a quelques années les écrans OLED étaient moins définis que les LCD, à quelques rares exceptions près, ce n’est plus le cas maintenant. A ce sujet, il faut en plus préciser que, par rapport au LCD, à définition égale, l’image OLED apparaitra plus fine et douce.
Et puis l’annonce récente de Sony montre bien que la définition n’est plus un problème : son nouveau micro-afficheur ECX339A de type OLED de 0,5’’ atteint la définition de 1 600 x 1 200 pixels, soit 1,92 millions de pixels ou 5,76 millions de points pour reprendre la notation usuelle.
Étrangement, la définition des écrans des viseurs est donnée en nombre de points (et non en nombre de pixels) . Les constructeurs ont en fait gardé la méthode de décompte anciennement utilisée pour les écrans cathodiques couleurs qui utilisaient un tube par couleur rouge, vert et bleu. A taille égale, plus l’écran sera défini (en millions de points ou de pixels), plus la résolution sera élevée et donc plus l’image affichée sera fine et détaillée.
Pour ma part, les écrans de viseurs OLED de 2,36 millions de points que j’ai pu utiliser jusqu’ici présentent une résolution, une finesse qui ne me permet pas de distinguer le moindre pixel. Et lorsque l’on regarde le tableau regroupant la plupart des appareils photo récents à visée électronique (cf. seconde partie), on s’aperçoit que cette définition de 2,36 millions de points est devenue, à 2-3 exceptions près, la norme minimale.
Il s’agit de la diagonale de l’écran du viseur exprimée en pouces (pour rappel, 1 pouce = 2,54 cm). Cette information est très intéressante puisqu’elle donne la taille physique de l’écran. Un grand viseur permettra de mieux distinguer des détails dans l’image et facilitera une mise au point manuelle (même si dans ce domaine, avec les viseurs électroniques, il existe des aides bien pratiques, comme nous avons pu le voir dans l’article Viseur électronique Vs viseur optique).
Parmi les caractéristiques importantes pour essayer d’évaluer le confort de visée d’un viseur électronique, il est intéressant de tenir compte du taux de rafraichissement. Si ce taux est trop faible, lors d’un mouvement de balayage d’une scène ou bien en observant des sujets bougeant rapidement, l’image risque de présenter des flous et/ou des saccades désagréables. A l’heure actuelle, il semble que le taux de rafraîchissement le plus fréquent tourne autour des 60 images / seconde.
Dans ce domaine, les performances de calcul sans cesse à la hausse des processeurs des appareils photo vont permettre que la situation progresse peu à peu. La nouvelle dalle Oled ECX339A pour viseur électronique, présenté par Sony en mai 2018, garantit quant à elle une vitesse de rafraichissement par défaut de 120 i/s.
Cette caractéristique d’un viseur indique si l’image visible dans le viseur correspond parfaitement à l’image finale après prise de vue. Autrement dit, cela permet de savoir si le viseur vous donne bien le cadrage total (100 %) ou bien s’il manque une partie des bords de votre photo finale (moins de 100%). En revanche, pour des questions d’économies et de compacité (taille réduite du miroir et du pentamiroir), les appareils photo reflex d’entrée de gamme ont assez souvent une couverture partielle qui tourne autour de 95%.
Par convention, le facteur de grossissement du viseur de l’appareil photo est égal au rapport entre les dimensions du sujet vu dans le viseur avec un objectif de 50mm de focale, mise au point réglée sur l’infini et un réglage dioptrique sur -1 dioptrie et les dimensions de ce même sujet vu à l’œil nu. Cette méthode de mesure est valable quelle que soit la taille du capteur de l’appareil photo. Un grossissement de 1x indique que l’image d’un objet visible dans le viseur a une taille identique à celle de l’objet vu directement à l’œil nu. Si vous passez de la visée de l’appareil à l’observation directe de la scène, l’objet ne paraitra pas plus gros ou plus petit dans le viseur que dans la réalité. Il apparaitra de même taille.
Si on prend un appareil comme le Canon 5D mark III qui a un grossissement de 0,71x, cela signifie qu’avec un 50 mm, l’image sera plus petite dans le viseur que dans la réalité. Est-ce que cela voudrait dire que le viseur du 7D mark II (grossissement de 1x) est plus grand que celui du 5D mark IV (grossissement de 0,71x)… et bien non, le grossissement du viseur donné par les constructeurs ne permet de faire des comparaisons qu’entre boîtiers de même taille de capteur.
Quel serait le grossissement équivalent 24×36 mm minimal conseillé pour un bon confort de visée… c’est toujours un peu difficile de généraliser car si cette valeur donne une approximation intéressante de la taille du viseur, plus grand ne signifie pas nécessairement plus confortable en fonction de ce que l’on recherche (voir la partie suivante). Ce que l’on peut dire tout de même c’est qu’un grossissement (en équivalent 24×36 mm) de 0,5 environ me parait plutôt insuffisant pour le confort de visée. Il y a de fortes chances d’avoir l’effet « trou de serrure » que les photographes n’apprécient pas à juste titre. Si le confort de visée est important pour vous, il sera préférable de regarder plutôt vers les appareils photo proposant un grossissement 24×36 au-dessus de 0,6.
Ce grossissement équivalent 24 x 36 mm (ou 35 mm) donne une bonne idée des tailles relatives des viseurs des appareils photo. Ainsi pour reprendre l’exemple précédent, le grossissement 24 x 36 mm du 7D mark II est de 0,63 (1/1,6) et celui du 5D mark IV de 0,71 (pas de changement car le 5D possède un capteur plein format). Toujours dans le but de comparer les tailles des viseurs, concernant les appareils photo dont la couverture n’est pas à 100%, pour être plus précis, il faudrait encore réduire le grossissement équivalent en multipliant par le pourcentage de couverture.
De manière générale, pas de secret, plus votre appareil photo sera cher et plus son viseur sera imposant et confortable à l’usage. Cette règle quasiment toujours vérifiée avec les appareils reflex (viseurs optiques) est toutefois plus fréquemment mise à mal avec la génération des hybrides.
Les viseurs se caractérisent aussi par leur dégagement oculaire, qui correspond à la distance entre la pupille de l’œil et le centre de l’oculaire de visée avec un réglage dioptrique de -1 dioptrie. Mais même avec un dégagement oculaire assez important, il faut savoir que le confort de visée avec des lunettes est moindre car les lunettes empêchent d’avoir l’œil collé à l’œilleton.
Nous avons vu que le grossissement et le dégagement oculaire sont normalement donnés avec un réglage de -1 dioptrie. Dans la très grande majorité des cas, le viseur d’un appareil photo dispose d’une molette sur le côté du viseur (ou d’un système de glissière comme sur certains appareils photo Pentax) autorisant le réglage dioptrique. Cette commande manuelle, en faisant coulisser la lentille de l’oculaire, fait varier la vergence du système optique (par exemple de -4 à + 3 dioptries) et adapte ainsi la visée à votre vue. Vous opterez pour une valeur dioptrique négative si vous êtes myopes ou pour une valeur positive si vous êtes hypermétropes. Autrement dit, vous pourrez voir parfaitement nette l’image affichée dans le viseur sans avoir à porter vos lunettes.
L’image projetée sur le verre de visée (viseur optique d’un reflex) ou affichée sur un écran (viseur électronique) est amenée jusqu’à l’œil du photographe par un mini système optique. Ou encore, concernant le Nikon Z7, il est dit que le viseur électronique « s’inspire des technologies optiques et de traitements d’images supérieurs de Nikon pour garantir une vue claire et confortable permettant de réduire les aberrations et la fatigue oculaire, même pendant les longues sessions de prise de vue ».
L’œilleton, la partie directement en contact avec l’œil ou le verre des lunettes pour ceux qui prennent des photos avec, pourra être plus ou moins confortable et accueillant. S’il est étriqué et mal dessiné, l’expérience sera beaucoup moins immersive qu’avec un œilleton large et bien profilé (cet inconvénient sera encore aggravé si vous portez des lunettes).
Vous avez pu constater que les critères pour essayer de juger du confort de visée d’un viseur, qu’il soit optique ou électronique, sont assez nombreux et pas toujours évident à appréhender, notamment lorsqu’il y a interaction entre eux (par exemple, la taille du viseur et son dégagement oculaire).
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