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La tenue vestimentaire permet d’indiquer, toute proportion gardée, une “certaine nature” du pouvoir. En France, la compréhension de la parure s’enchâsse dans l’Histoire.

L'évolution de la parure présidentielle

Dans les différents aspects des apparitions et des représentations présidentielles, il convient de souligner la nécessité de ne jamais se départir non seulement de la maîtrise d’une fonction d’autorité et de la maîtrise d’un personnage, mais aussi de la maîtrise d’une apparence au service d’une gestuelle et d’un style. Au-delà de cette nécessaire prise en considération formelle, il est possible de condenser cette “réalité politique” sous la notion de parure. La parure permet d’offrir une cohérence et une compréhension dont les différentes modalités sont les vêtements (costume de ville, uniforme, habit de cérémonie, smoking, etc.), les ornements (décorations, montres, lunettes, bijoux, etc.), les soins du corps (maquillage, coiffure, manucure, soins corporels au sens large).

Ainsi le vêtement présidentiel ne peut non seulement pas être isolé de l’usage et de la codification des artifices de la parure, mais aussi du contexte de son expression et de sa manifestation. La neutralité de la parure présidentielle pourrait se définir dans la volonté de “plaire sans plaire”. De sorte qu’un tel “excès” de neutralité devient sens à part entière : se distinguer par l’absence de distinctions. Il existe bien “un rayonnement de la parure” pour reprendre l’expression de Simmel, mais qui, dans le cas singulier du président de la République, n’est pas autonome, comme pouvaient relativement l’être les parures monarchiques.

Le corps et la parure

Le passage de “l’état de nature” à “l’état de culture” n’est pas une simple formule. Le corps doit être préparé dans un lieu spécifique, clos, intime, où, au-delà de simples considérations d’hygiène et de propreté, se dessine l’idée d’une transformation du corps. Un corps ne peut s’offrir tel quel aux autres, il doit être préparé. Il s’agit bien d’une véritable métamorphose. Un président de la République n’échappe pas à cet “ordre des choses”.

Ce “souci du corps” est un souci du corps propre, lisse et net. Il est relativement récent dans l’histoire des représentations présidentielles - cela ne sous-entend pas que les présidents de la République furent à un moment de l’histoire sales et négligés. Ainsi la stricte nécessité de l’hygiène s’est déplacée vers un usage codifié et mesuré de la cosmétique, et parfois d’un discret emprunt aux codes de la mode. En général, les soins du corps renvoient à une conception minimaliste, à la fois technique et idéale, que s’en fait l’homme moderne occidental, et leurs normes sont fondées d’une part sur des considérations d’hygiène (techniques) et un modèle de virilité (idéale).

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Mais ce qui constitue une conception du détail et d’un excès de neutralité - tenue rigoureuse du corps, soins du visage et des mains, peu ou pas d’ornement, n’échappe pas à une forme de séduction. Il n’y a pas de contradiction entre une volonté de plaire et la manifestation rigoureuse d’une “image du pouvoir”.

Les traditions vestimentaires contrastées

Les régimes non démocratiques nous donnent à voir des traditions vestimentaires contrastées et parfois cocasses. Hitler et Mussolini oscillent entre l’expression d’un homme viril et martial. Franco et Pinochet sont aussi dans cette lignée de l’uniforme militaire. Staline et Mao opteront pour des tenues plus prolétariennes. L’incongruité parfois la plus débridée peut s’exprimer, avec le cas d’Idi Amin Dada lors de son sacre dont les fastes vestimentaires s’inspiraient directement de ceux en usage sous le 1er Empire. Le colonel Kadhafi, reste un cas d’école, hormis sa traditionnelle tenue de “colonel d’opérette”, il utilisait des compositions étranges mêlant l’incongru d’un folklore (plus ou moins) local et d’une symbolique africaine.

Cette présentation non exhaustive souligne que la tenue vestimentaire permet d’indiquer, toute proportion gardée, une “certaine nature” du pouvoir.

L’Ancien Régime : mise en scène du pouvoir

L’Ancien Régime est sans doute la période de l’histoire de France qui sut porter à son plus haut degré de sophistication le principe de mise en scène du pouvoir. Dans cet ordre du paraître, les manières de se vêtir obéissaient à des règles et des codifications strictes. Tenir son rang sans concurrence et marquer son pouvoir sans partage deviennent la préoccupation du roi et des gens de cour. L’illustration banale retiendra le célèbre tableau de Hyacinthe Rigaud représentant “Louis XIV en costume de sacre”.

En laissant de côté l’esthétique de cette œuvre, un regard sociologique permet de décrire les habits du pouvoir sous la monarchie comme l’expression réelle d’un prestige, et en même temps comme l’instrument complexe d’un pouvoir combinant une autorité humaine et une autorité d’origine divine. De sorte que chaque signe vestimentaire du pouvoir marque d’une certaine manière le caractère “extra-ordinaire” de ce pouvoir : sa rareté avec des soieries, des broderies, des passementeries ; sa richesse avec l’or, l’argent, le diamant, l’hermine ; sa distinction avec des couleurs réservées comme le bleu ou des signes distinctifs avec la fleur de lys ; son autorité universelle avec des “objets-accessoires” comme la couronne, l’épée, le collier de l’ordre du Saint-Esprit, la main de justice, le globe et le sceptre.

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Le vêtement royal est là pour signifier le pouvoir monarchique. Il s’inscrit dans une véritable mise en scène théâtrale offrant un raffinement dans une forme de distinction absolue. Mais il est aussi une vitrine des pratiques techniques d’une époque. Louis XIV est vêtu avec ce que l’on produit de mieux en France.

Si la mode semble parfois une notion propre à notre époque contemporaine, il est essentiel que le roi apparaisse comme un homme de son temps. Il porte donc tout ce qui est ou peut être perçu comme le plus “moderne” pour son époque. C’est le mélange d’une sorte d’exposition d’un artisanat à la française et d’une manière d’offrir les références d’une imitation sociale comme frontière des rapports sociaux de sujétions.

La démocratie et le vêtement

Cette banalisation du vêtement n’est paradoxalement pas banale. Elle rejoint la question centrale concernant toutes les formes de représentation du pouvoir démocratique. Dans ses travaux sur la Démocratie, Claude Lefort a parfaitement posé les enjeux symboliques de la démocratie : “La société démocratique s’institue comme société sans corps, comme société qui met en échec la représentation d’une totalité organique”.

Ainsi la question de l’incarnation du pouvoir devient un perpétuel combat entre le symbolique et le réel. Tout homme politique doit exister comme un élément fédérateur des attentes politiques. Entre essence et existence du pouvoir. L’instabilité inhérente au modèle démocratique et en même temps la garantie d’une certaine manière de son fonctionnement : éviter la personnalisation outrancière et excessive du pouvoir. Ainsi la question de l’incarnation du pouvoir devient une nécessité symbolique et personnelle. Dans le droit fil de cette exigence de tout régime démocratique, il est logique de comprendre que toute manifestation ostentatoire et spécifique dans l’usage vestimentaire ne peut pas être concevable de manière libre. Paradoxalement, la démocratie impose des règles tacites dans les manières de paraître et plus particulièrement de se vêtir pour ses représentants légitimes.

Il n’existe pas au sens strict de vêtements présidentiels, mais seulement par emprunt (la nature du vêtement) et par similitude (les usages sociaux). Dans une utilisation définie par la nature des représentations, le vêtement prend sens comme signe d’une individualité et comme signe à l’intérieur d’une situation donnée.

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Il est facile de constater une pratique constante dans les tenues vestimentaires présidentielles avec la réservation de tels vêtements ou accessoires à telle ou telle situation. Se pose alors le problème de la valeur symbolique de cette pratique. Au-delà de la fonction première de protection du vêtement, il convient d’établir un deuxième niveau de sens affirmant l’importance sociale du vêtement comme le résume parfaitement Edgar Haulotte : “le souci de se vêtir est au centre des préoccupations d’une communauté humaine qui veut se maintenir au niveau des grandes cultures internationales. Très tôt, le port du pagne ne suffit plus. Les princes du peuple, le corps sacerdotal, ceux qui remplissent des fonctions importantes et les notables veulent manifester leur rang par la distinction et par la richesse du vêtement. Son caractère propre est de donner à la personne une représentativité éclatante au premier regard”.

La codification vestimentaire participe à la mise en scène du pouvoir par le simple fait qu’il est vu et qu’il est lu. Il est vu, sous son apparence immédiate, et à ce niveau, propose un ensemble de “micro-indices”, révélateurs d’une position individuelle en termes de différenciation signalétique : sexe, âge, utilité (vêtement de travail ou de sport, par exemple), etc. Il est lu, c’est-à-dire interprété, comme marque d’une position ou d’une “image sociale” : appartenance, rang (hiérarchie), privilège, etc. Ainsi, comprendre le vêtement à partir d’échanges sociaux, en termes de distinctions et d’ordonnancement des groupes sociaux, contribue à dresser une “cartographie” de la gestion et du contrôle des apparences dans un souci de lieu de définition d’une reconnaissance sociale, de mise en œuvre de prérogatives et maintien d’égards et, plus accessoirement, d’une manière de “se poser”.

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