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La coopération militaire entre la Russie et le Venezuela ne date pas d’aujourd’hui : la Russie est le premier fournisseur d’armes du Venezuela, avec plus de 10 milliards d’euros en 12 ans.

Une relation historique

Tout y passe : Kalachnikovs, Tanks, Avions Sukhoï, avec des manœuvres conjointes à la fin de l’année dernière. En 2006, le Venezuela avait signé un contrat pour la fourniture de 24 Su-30MK2. Un conseiller militaire russe accompagne Nicolas Maduro ; et des mercenaires russes (officiellement membres de sociétés privées) auraient été récemment envoyés en renfort pour protéger le président vénézuélien.

Les défis du complexe militaro-industriel russe

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en évidence les limites du complexe militaro-industriel russe : baisse des exportations, forte dépendance à ses alliés pour la production nationale, difficultés à innover, etc. Au regard des problèmes d’approvisionnement et de la hausse des dépenses militaires, la Russie a dû prioriser ses besoins nationaux au détriment de ses engagements à l’exportation.

En réaction à l’invasion de l’Ukraine dès 2014, les pays occidentaux ont massivement adopté des mesures de rétorsion économique contre l’ensemble des secteurs stratégiques russes. Ces sanctions visent à affaiblir l’économie de la Russie, mais également à priver cet exportateur de technologies et de marchés critiques, dans le but d’affaiblir son armée.

Le complexe militaro-industriel russe (boronno-promychlennyï kompleks, OPK) peine aujourd’hui à se régénérer et à maintenir les stocks de composants critiques, du fait d’une dépendance historique de la Russie aux composants et équipements industriels importés d’Occident.

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En augmentation depuis l’invasion de l’Ukraine, les dépenses de défense russes devraient atteindre un niveau record depuis l’ère post-soviétique, dépassant 6% du PIB en 2024 (plus de 112 milliards de dollars). Cela signifie qu’environ un rouble sur trois du budget russe sera alloué à soutenir l’effort de guerre et l’industrie militaire.

L’OPK souffrait déjà de graves problèmes financiers après l’annexion de la Crimée, dus à une faible rentabilité des ces entreprises d’État, d’une mauvaise gestion de la dette et d’une incapacité à diversifier la production en biens duaux. Les années de sanctions, l’augmentation des dépenses de défense et les alternatives d’approvisionnement limitées ont encore plus mis en lumière les talons d’Achille de l’industrie de défense russe.

Depuis plusieurs mois, la Russie a du mal à tenir ses délais et à respecter ses contrats, ce qui nuit à sa réputation et force ses clients à se tourner vers d’autres exportateurs.

D’après les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les exportations militaires russes ont chuté de 53 % entre les périodes 2014-2018 et 2019-2023, alors que le volume global des transferts internationaux d’armes a diminué de seulement 3,3%. L’Inde, longtemps le plus grand importateur d’armements russes, a réduit ses achats de 37 %, tandis que la Chine, l’Algérie ou l’Égypte ont également réduit leurs commandes ou tout simplement changé de fournisseur.

De l’aviation de combat aux hélicoptères d’attaque, en passant par les systèmes de défense antiaérien, les canons et les missiles, les équipements militaires russes déçoivent à travers le monde.

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En juillet 2023, l’armée de l’air vénézuélienne a perdu son troisième appareil Su-30MK2 de production russe, s’ajoutant aux accidents de 2015 et 2019. Mais en 2020, seuls 11 avions étaient opérationnels, avec des problèmes d’équipement à bord et des cadres métalliques.

« L’équipement militaire russe ne répond pas aux normes de qualité préconisées. Lors des affrontements avec l’Ukraine, ses performances médiocres et les pertes importantes qu’il a subies sont devenues évidentes, réduisant son efficacité à néant. Ces faits renforcent la nécessité […] de se débarrasser de ce matériel obsolète », a déclaré Jorge Serrano, expert en sécurité et conseiller à la commission de renseignement du Congrès péruvien.

Par ailleurs, le Yak-130 n’a pas convaincu le Pérou, qui a annulé en juillet dernier ses plans d’achats de cet avion d’entraînement à réaction subsonique et d’attaque léger. Le général Rodolfo Pereyra Cárdenas, commandant de l’armée de l’air péruvienne, souligne son objectif principal de « renforcer les capacités de défense avec des avions qui offrent des performances de combat avancées ».

Même pour sa propre flotte, la Russie peine à assurer ses commandes, à l’image du contrat pour la production de 76 Su-57 pour fin 2027, signé par le ministère de la Défense en juin 2019. D’après l’expert indépendant Michael Jerdev, l’armée de l’air russe n’aurait reçu que 10 appareils en 2022, et 11 en 2023, soit pas plus d’un tiers du contrat initial.

Ces 10 à 15 unités produites par an ne permettent pas de moderniser la flotte russe comme prévu, du fait de goulots d’étranglement critiques dans les chaines d’approvisionnement et des sanctions internationales. Ceci signifie que même les pays qui voudraient continuer à acheter des avions de combat russes devront attendre que la Russie ait comblé ses propres besoins, ou se tourner vers d’autres pays exportateurs… à moins de se voir livrer de vieux avions datés de la guerre froide.

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Quatre Aero L-39C Albatros, en plus d’hélicoptères Mi-8 soviétiques, ont été livrés à Bamako à la place des avions de chasse promis, qui ne sont arrivés que bien plus tard. Idem au Burkina Faso, où le lot de Sukhoi Su-25 Frogfoot fut remplacé par des vieux Aero L-39C/ZA prélevés sur les stocks russes.

Devant ces défaillances de qualité et de livraison, combinées aux menaces de sanctions des États-Unis en cas de liens commerciaux avec l’OPK, de nombreux pays ont renoncé aux chasseurs russes. L’Indonésie a ainsi renoncé aux 11 Su-35 Flanker E ayant fait l’objet d’un protocole d’accord en février 2018, pour acquérir des Rafales français.

Largement exposées par la guerre en Ukraine, les défaillances du matériel russe ont même « choqué » l’Inde, plus gros client de l’industrie de défense russe. Déjà avant la guerre, l’Inde dénonçait la piètre qualité des matériels russes importés, et notamment des avions de combat MiG-29K. En octobre 2022, la marine indienne perdait son 5e MiG-29K en l’espace de 5 ans. Depuis la guerre, le partenariat stratégique spécial entre les deux pays se dégrade, et l’Inde cherche à réduire ses dépendances en diversifiant ses importations de matériel de défense vers l’Occident.

Ainsi, la Russie est écartée pour les futurs gros achats. Nandan Unnikrishnan, du think tank Observer Research Foundation exclu tout « gros ticket d’achat » de la Russie, tandis que Cowshish, un ancien conseiller pour le ministre de la Défense indien affirme que Moscou n’est « plus en position de répondre aux exigences de l’Inde ».

En témoignent les nombreux articles que la Russie a échoué à expédier ; Rahul Bedi, journaliste spécialisé dans la défense à New Delhi, souligne « l’énorme désordre. […] En plus de Kalashnikovs « la Russie était censée livrer cinq systèmes de défense aérienne S-400 ; il en reste encore deux et aucun progrès n’a été réalisé. »

Ces informations classifiées ont fuité dans l’incident Baumankal leaks, trahissant les vulnérabilités critiques du traitement des informations sensibles par la Russie. Les courriels qui ont fait l’objet d’une fuite comprennent des inventaires détaillés des systèmes S-400, précisant la quantité et les codes de tous les composants, y compris les pièces détachées.

Les armes offensives russes se sont également avérées décevantes, avec un taux de défaillance des missiles allant jusqu’à 60%. De manière générale, la guerre en Ukraine a exposé de manière évidente les piètres performances et les pertes importantes de l’armement russe.

En février 2024, le président équatorien Daniel Noboa qualifiait les équipements militaires russes de « scrap metal », soit de ferraille. « La Russie prétend que c’est du matériel de guerre, de l’équipement de guerre. Nous avons prouvé que c’est de la ferraille. »

Un sentiment qui s’étend jusqu’au Mali, malgré la présence du groupe paramilitaire Wagner. Bamako cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement de défense en achetant brésilien, chinois, turc ou émirati, entre autres. Même les soldats russes se plaignent de la médiocrité des équipements, et des lourdes pertes engendrées.

La situation actuelle apparait ainsi insoutenable pour la Russie ; l’industrie militaire du pays se dirige vers une période de déclin et de stagnation de l’innovation.

La Russie, deuxième producteur d'armes en 2017

En 2017, la Russie est devenu le second plus grand producteur d'armes après les Etats-Unis. L'industrie de l'armement russe représentait 9,5% des ventes des 100 plus gros producteurs mondiaux en 2017. En septembre, le pays a par ailleurs conduit les plus vastes manœuvres militaires de son histoire en Extrême-Orient, dénoncées par l'Otan comme la répétition d'un « conflit de grande ampleur ».

La deuxième place du classement était occupée depuis 2002 par la Grande-Bretagne - rétrogradée à la troisième place (9% de la production mondiale) -. 42 entreprises dans le top 100A eux seuls, les producteurs américains représentaient 57% du total des ventes en 2017, avec 42 entreprises dans le top 100 pour un chiffre d'affaires cumulé de 226,6 milliards de dollars.

Loin derrière le premier fabricant mondial, l'Américain Lockheed Martin (44,9 milliards de dollars de revenus), Almaz-Anteï, première entreprise russe du classement, se place au 10e rang avec un chiffre d'affaires de 8,6 milliards de dollars (+ 17% par rapport à 2016). C'est la première fois que le pays parvient à hisser l'une de ses entreprises dans le top 10.

L'institut souligne également que les ventes des entreprises turques ont bondi de 24% en 2017, reflétant les « ambitions d'Ankara de développer son industrie de l'armement pour répondre à la demande croissante d'armes et devenir moins dépendant des fournisseurs étrangers », selon un autre chercheur de Sipri, Pieter Wezeman.

La France reste quatrième du classement, loin derrière les Etats-Unis, leader incontesté.« Les entreprises russes connaissent une croissance significative de leurs ventes d'armes depuis 2011 », explique le chercheur Siemon Wezeman, dans un communiqué.

Son chiffre d'affaires atteignait 37,7 milliards de dollars (33 milliards d'euros), en hausse de 8,5 % par rapport à 2016, selon le rapport.« Ceci est conforme à l'augmentation des dépenses de la Russie en matière d'achat d'armes pour moderniser ses forces armées », ajoute le chercheur du Sipri.

A eux seuls, les industriels américains de l'armement représentaient 57 % du total des ventes en 2017, avec 42 entreprises dans le top 100 pour un chiffre d'affaires cumulé de 226,6 milliards de dollars.« Les entreprises américaines bénéficient directement de la demande constante d'armes du ministère américain de la défense », a expliqué Aude Fleurant, directrice du programme de recherche sur l'armement et les dépenses militaires.

L'institut note aussi une croissance de 2,5 % des ventes réalisées par les 100 premières entreprises d'armement mondiales en un an, pour atteindre 398,2 milliards de dollars. C'est la troisième année consécutive qu'elles progressent.

Tableau : Évolution des exportations militaires russes (Données SIPRI)

Période Évolution des exportations militaires russes
2014-2018 Référence
2019-2023 Chute de 53%
Évolution globale des transferts internationaux d'armes Diminution de seulement 3,3%

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