Entre 1938 et 1945, pour faire tourner leur économie de guerre, les dirigeants nazis ont employé la méthode forte : 13 millions de jeunes femmes et hommes originaires de toute l’Europe ont été déportés vers l’Allemagne et les territoires occupés par le Reich pour y travailler. Il est important de comprendre le contexte de la production de munitions en Allemagne à partir de 1938.
L'origine de l'activité munitionnaire tient à l'achat en 1922 d'une installation moderne de production de cartouches de petits calibres en Allemagne. L'industrie d'armement allemande est démembrée selon les clauses du traité de Versailles.
En raison de l'évolution de la situation politique de l'Allemagne en 1927, et dans le cadre d'un plan de modernisation de l'Armée Française, l'Etat demande à l'entreprise d'installer une cartoucherie et une laitonnerie au Mans. En effet, compte tenu de la nécessité de faire fonctionner l'installation en temps de guerre, le site retenu doit être très éloigné de la frontière allemande. Cette usine destinée à produire des cartouches de petit calibre (8 puis 7,5mm) commence ses fabrications en 1927.
Cependant l'usine de Mulhouse Bourtzwiller continue à produire des munitions et des douilles de différents calibres.
L'évolution politique en Europe laissant présager une nouvelle guerre, en 1936, l'Etat demande à Manurhin de transférer sa production dans une ville moins exposée en cas de conflit. Comme pour Le Mans, une localisation très éloignée de la frontière allemande est retenue : Vichy.
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De plus, quelques kilomètres plus à l'ouest, deux terrains très proches l'un de l'autre seront acquis sur deux autres communes, d'une part à Bellerive-sur-Allier au lieu-dit " Mont pertuis" pour l'atelier de changement et d'autre part, à Venda, le " Bois de Panazol" pour entreposer les munitions finies en attente d'expédition.
L'usine est édifiée en 1936 et la cartoucherie de Mulhouse Bourzwiller s'y installe avec son personnel. Les deux établissements de la banlieue de Vichy commencent à produire en 1938 des cartouches de moyen calibre.
Pour mener à bien une guerre totale et remplacer les hommes partis en masse au front, il faut de la main-d’œuvre, beaucoup de main-d’œuvre, que ce soit dans les usines, les champs, les ateliers, les chantiers, et même dans certains foyers.
Parmi ces travailleurs forcés, on estime à 2,5 millions le nombre de morts à force de mauvais traitements. Un crime de guerre de masse, longtemps oublié, ignoré, que ce passionnant documentaire en trois parties a le mérite de décrypter avec minutie à l’aide d’archives filmées inédites et de nombreux témoignages d’enfants et de petits-enfants de victimes, mais aussi de bourreaux.
Longtemps après la guerre, la population allemande est restée aveugle face aux traitements infligés à ces travailleurs forcés. Aujourd’hui encore, certains persistent à croire qu’« après tout, ils n’étaient pas si mal traités », alors que la réalité développée dans ce documentaire vient fracasser cette thèse.
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Ce que révèle le documentaire, c’est aussi une hiérarchie dans la souffrance : un ouvrier agricole polonais était moins bien traité qu’un prisonnier soviétique dans une mine, mais moins bien qu’un ouvrier français dans un atelier ou qu’une aide-ménagère ukrainienne.
Autre aspect souligné : beaucoup de familles allemandes ont profité du travail forcé, puisque près de 200 000 foyers ont exploité des aides-ménagères venues de l’est, notamment d’Ukraine.
Français du STO (service du travail obligatoire), Italiens piégés, Polonais et Tchèques raflés, Soviétiques esclavagisés, les destins sont multiples, mais tous et toutes ont vu leur jeunesse brisée par ces années de travail obligatoire en territoire hostile.
« Nous avions 18, 19, 20 ans. Et on nous a volé notre jeunesse », résume Josef, alors jeune Polonais mis au service d’une famille d’agriculteurs du sud de l’Allemagne et victime de mauvais traitements.
Pour loger ces millions d’« invités » très spéciaux dans les villes allemandes, tous les moyens sont bons : baraques dans des camps, mais aussi hangars à bateaux ou caves de brasserie. On estime à 30 000 le nombre total de camps de travail durant la guerre sur le territoire du Reich.
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Fondée en 1938 par Fritz Todt, L’Organisation Todt (OT) est une organisation de génie civil et militaire du Troisième Reich. Elle a accompagné la montée d’Adolf Hitler au pouvoir dans tous ses grands projets d’urbanisme et d’infrastructures militaires.
Fritz Todt est un personnage prépondérant du Troisième Reich quand on aborde l’ensemble des projets d’infrastructures et de construction réalisés pendant cette période de l’histoire allemande. Cet ingénieur, National Socialiste de la première heure (1922) va occuper plusieurs postes dès la montée au pouvoir d’Hitler jusqu’à devenir mandataire général pour la régulation de l’industrie du bâtiment (Generalbevollmächtigter für die Regelung der Bauwirtschaft).
Il est nommé ministre du Reich pour l’Armement et les Munitions en 1940. Il meurt dans l’explosion de son avion le 8 février 1942, accident dont l’origine n’a jamais pu être déterminée de façon certaine.
Lorsque Fritz Todt se voit confier le projet de construction des autoroutes allemandes, il y voit une belle opportunité de mettre en avant ses compétences d’administrateur. Il met en place un véritable conglomérat capable de concevoir et de diriger les vastes projets d’Adolf Hitler. Les fondations de l’organisation Todt sont posées entre 1933 et 1938.
Fritz Todt, inspecteur général des routes allemandes, mène le vaste projet de construction des autoroutes allemandes, le projet Autobahn. Il s’appuie sur le Service du Travail Obligatoire du Reich (Reichsarbeitsdienst) pour trouver de la main d’oeuvre pour ses projets.
Jusqu’en 1938, le programme Autobahn aboutit à construction de 3000km d’autoroute qui en font l’une des vitrines technologiques du Reich (bien qu’initiée sous la République de Weimar en 1926).
A partir de 1938 et la création officielle de l’organisation, les projets deviennent presque exclusivement militaires et concernent surtout la construction d’usines d’armement, de bases sous-marines et des fortifications intérieures ou de côte. Face à la Ligne Maginot, il construit la ligne Siegfried dès 1939 mais en 1941 l’organisation se voit confier un projet d’une toute autre ampleur : le Mur de l’Atlantique.
Après la mort de Fritz Todt, l’organisation prend en charge en 1943 un nouveau projet, ceux des V1 et v2 puis rapidement du v3.
Avec à sa tête Fritz Todt puis Albert Speer dès 1942, l’organisation est une « coquille vide » qui ne compte dans ses rangs que des fonctions de haut niveau, d’encadrement, d’études et de recherche/développement.
L’organisation utilise au départ des entreprises extérieures mais très rapidement elle va puiser sa main d’oeuvre dans le programmes du travail obligatoire allemand (1.750.000 jeunes allemands enrôlés et rémunérés entre 1938 et 1940).
A partir de 1940, elle va recourir majoritairement aux étrangers contraints au travail, aux prisonniers de guerre volontaires et aux internés des camps de concentration. En 1944, on comptera jusqu’à 1.400.000 ouvriers étrangers sur les chantiers de l’organisation TODT (travail forcé & STO).
| Période | Projets Principaux | Main-d'œuvre |
|---|---|---|
| 1933-1938 | Construction des autoroutes allemandes (Autobahn) | Service du Travail Obligatoire du Reich |
| 1938-1945 | Usines d'armement, bases sous-marines, fortifications (Ligne Siegfried, Mur de l'Atlantique), V1, V2, V3 | Travail obligatoire allemand, étrangers contraints au travail, prisonniers de guerre volontaires, internés des camps de concentration |
A partir de 1940 et la nomination de Fritz Todt au poste de ministre du Reich pour l’Armement et les Munitions, l’organisation Todt fait totalement corps avec l’appareil d’état Nazi.
Lorsqu’à la fin de la guerre le service du Travail Obligatoire allemand est transformé en service d’entrainement militaire, Albert Speer doit se priver d’une partie de sa main d’oeuvre. Le chef de l’organisation Todt a alors recours très massivement à l’ensemble des forces disponibles principalement des prisonniers de guerre et des travailleurs des pays occupés.
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