Envie de participer ?
Bandeau

Les usines de munitions ont joué un rôle essentiel dans l'histoire des conflits mondiaux, en adaptant constamment leurs méthodes de production pour répondre aux besoins changeants des armées. Cet article explore l'évolution de ces usines, en mettant en lumière des exemples spécifiques en France et aux États-Unis.

Les Débuts de l'Industrie Métallurgique et la Fabrication d'Armements en France

En 1869, Jean-Baptiste Boussingault, aidé de Henri Aimé Brustlein, créent le premier laboratoire d’usine, une première mondiale et un tournant dans l’histoire de l’industrie métallurgique avec une orientation de la recherche technique selon une logique scientifique. La guerre de 1870 vint consacrer la puissance de production des Etablissements Jacob Holtzer. L’un de ses chefs, Paul Ménard-Dorian fut ministre de la défense nationale en 1870 et reconstitua l’artillerie de l’armée. La paix revenue et grâce à un éminent ingénieur, M. Brustlein, dont le nom devint célèbre dans le monde métallurgiste, les usines Holtzer se lancèrent peu à peu dans la fabrication d’aciers tout nouveaux à̃ l’époque les aciers spéciaux, dans lesquels les corps les plus différents étaient incorporés chrome, nickel, tungstène.

Pour tous ces aciers les Etablissements Jacob Holtzer furent des novateurs de 1870 à 1914 ces établissements mirent au point la fabrication des obus de rupture pour la marine. Leurs tracés-furent adoptés par la marine française et la plupart des marines étrangères.

La Première Guerre Mondiale : Un Tournant Décisif

2 août 1914. Face à l’imminence du conflit qui se prépare en Europe, la mobilisation générale est décrétée en France. En seulement deux semaines, 3,7 millions d’hommes abandonnent leur poste pour servir leur patrie. Cette mobilisation n’est pas sans effet sur l’industrie, qui perd subitement un quart de sa main-d’œuvre. À la mi-août, la moitié des usines françaises est à l’arrêt.

Il faut attendre la mise en place d’une industrie de guerre à l’automne 1914 pour observer une reprise de l’activité industrielle. Un grand nombre d’usines privées sont contraintes de changer d’activité : la compagnie cinématographique Pathé se lance dans la fabrication de lunettes de protection pour les masques à gaz, tandis que les usines Citroën du quai de Javel, à Paris, produisent des billes de shrapnel.

Lire aussi: Contexte de l'Usine de Munitions Allemande en 1938

Désorganisées par le départ de tous ses chefs et de la quasi-totalité de ses ouvriers au front, ces usines ne tardèrent pas à être remises en activité sur l’ordre du gouvernement. Nous assistâmes au plus formidable effort que puisse produire une usine, ceci sous l’énergique impulsion de son directeur, M. Demazay. En quelques mois le nombre d’ouvriers, qui était de 1800 avant la guerre, atteignit 6,000. L’usine doubla d’importance et l’on vit sortir de ses ateliers les produits les plus divers obus de 75, 140, 155, 280, 370, 400 et enfin 520 mm dont la hauteur dépassait 2 mètres et qui pesaient 2 tonnes, des éléments de canon de 75, 120, 155; de bombes d’aviation de 100 et 200 kilos. Puis encore des pièces pour moteurs d’aviation. On peut dire que la presque totalité, des moteurs d’avion utilisés pendant la guerre furent fabriqués avec des aciers des Etablissements Holtzer.

L'Appel à la Main-d'œuvre Féminine

Pour satisfaire les importants besoins de production, les usines doivent embaucher à tour de bras. On recrute les civils trop jeunes ou trop vieux pour combattre, ainsi que des travailleurs étrangers et coloniaux. 500 000 ouvriers mobilisés sont même rappelés pour prêter main-forte. Mais ce n’est toujours pas suffisant.

À partir de novembre 1915, des circulaires ministérielles incitent les industriels à employer des ouvrières dans leurs usines. Si les Françaises représentent déjà un peu plus d’un tiers de la population active au début du conflit (7,7 millions sur 20 millions), peu d’entre elles travaillent dans les usines, milieu habituellement réservé aux hommes.

La proposition tombe à pic car, si l’industrie a besoin des femmes, les femmes ont elles aussi besoin de l’industrie. Tous les secteurs économiques sont touchés par la pénurie de main-d’œuvre (agriculture, transports, commerce, etc.), mais c’est dans celui de l’industrie de guerre que la demande est la plus importante. En 1918, elles sont 430 000 à travailler dans le secteur, aux côtés de plus d’un million d’hommes (civils, réformés, étrangers).

Peu formées, elles doivent apprendre sur le tas en imitant leurs voisines, et sont placées sous la supervision d’ouvriers qualifiés. Soumises à une stricte division du travail - la fabrication de certains produits nécessitent plusieurs centaines d’opérations différentes -, elles se voient confier des tâches de manutention qu’elles doivent effectuer en série.

Lire aussi: Malchow : Production d'Armement

Étrangères pour la plupart au monde de l’industrie, les femmes découvrent les rudes conditions de travail des usines. Les conditions sont d’autant plus difficiles pour elles que le matériel est rarement adapté à leur gabarit, les machines étant bien souvent trop hautes. Travaillant parfois plus de dix heures par jour, les ouvrières sont exténuées par les cadences infernales, les positions inconfortables, les tâches répétitives et les trop rares jours de repos.

Les conditions d’hygiène sont rudimentaires et les maladies professionnelles récurrentes à cause des poussières, gaz, fumées toxiques et autres produits corrosifs avec lesquels les ouvrières sont en contact toute la journée. Peu équipées et protégées, elles sont victimes de nombreux accidents de travail.

À ces conditions difficiles viennent s’ajouter des inégalités criantes. Bien que leur salaire double au cours de la guerre, les femmes employées dans l’industrie continuent d’être moins bien payées que les hommes. Malgré tous les efforts qu’elles fournissent, les ouvrières continuent de faire l’objet de remarques sexistes.

Si les ouvrières suscitent dans un premier temps l’admiration dans la population, particulièrement chez ceux qui jugeaient les femmes incapables de travailler à l’usine, elles sont également sources de crainte. Tant que la guerre fait rage, la société s’accommode tant bien que mal de cette nouvelle main-d’œuvre, se contentant de critiquer de temps à autres les capacités physiques et intellectuelles des ouvrières, ou bien mettant en garde contre le danger que fait peser la main-d’œuvre féminine sur l’éducation des enfants et la tenue des foyers.

La Démobilisation et l'Après-Guerre

La signature de l’armistice avec l’Allemagne, le 11 novembre 1918, marque le début de la démobilisation des ouvrières. Auparavant célébrées comme des héroïnes, les munitionnettes deviennent soudainement des profiteuses, accusées de voler le travail des hommes partis au front et de faire baisser les salaires. Une circulaire parue le 13 novembre 1918 propose même une prime aux ouvrières des usines de guerre d’État qui accepteraient de quitter leur poste avant le 5 décembre.

Lire aussi: Fallout 4 : Crafting et Colonies

Si la guerre de 14-18 a souvent été qualifiée d’« émancipatrice » pour les femmes, la réalité est plus complexe. Certes, en accélérant les mutations sociales à l’œuvre en ce début de siècle, la guerre a permis aux femmes d’acquérir une plus grande autonomie. Mais celle-ci a été en grande partie perdue lorsque les hommes rentrèrent du front.

Saisissant l’opportunité qui leur était offerte, les ouvrières, tout comme les femmes employées dans d’autres secteurs, prouvèrent pendant la guerre à la société française qu’elles étaient capables d’effectuer les mêmes tâches que les hommes. Nombreux sont ceux à s’en être rendus compte ; beaucoup plus rares ceux à avoir voulu en tirer les conséquences. L’émancipation des femmes françaises n’était pas pour tout de suite.

Remington Arms : Un Exemple Américain

La société Remington a été fondée en 1816 par Eliphalet Remington II à Ilion, dans l'État de New York, sous le nom E. Remington and Sons. Le siège de la société est actuellement à Madison, North Carolina. Il participa à une compétition de tir et finit second. Mais son fusil fait maison impressionna, il recevait pas mal de commandes ce qui lui permit de vivre de son nouveau métier comme armurier.

En 1828, Remington installa sa production près d'Ilion dans l'État de New York. Ce site est toujours en activité de nos jours. En 1865, Remington a été transformé en une société par actions. En 1873, la société ne fabriqua pas que des armes mais aussi des machines à écrire. Cette dernière activité fut vendue en 1886 et devint la société Remington Rand (Remington Typewriter Co.) alors que la partie armes prit le nom de Remington Arms Company. Les machines à écrire Remington étaient les premières à utiliser un clavier QWERTY avec des touches en majuscule.

Remington Arms Co. fabriqua des armes à feu comme des carabines de chasses et leurs versions militaires, des fusils, des pistolets et des munitions. Mais à la fin de cette première guerre mondiale, la firme Remington déchanta vite, car suite à la révolution russe, le paiement d'énormes commandes d'armes et de munitions par le gouvermement impérial est résilié par les Bolchéviques et les sommes dues resteront impayées.

En 1927, la Remington Typewriter Company fusiona avec Rand Kardex Company et fut à nouveau nommée Remington Rand Corp. Pendant la Grande Dépression après 1929, la société Remington Arms fut rachetée par le groupe DuPont qui fut un des plus importants fabricants de poudre à canon.

En 1970, Remington ferma son usine de munitions à Bridgeport dans le Connecticut mais ouvrit en même temps une nouvelle usine à Lonoke dans l’ Arkansas. En juin 2010, la firme Colt, son concurrent, a perdu les droits exclusifs sur les brevets du Colt M4 et toutes les sociétés d’armement peuvent maintenant en fabriquer.

La Production d'Obus et le Rôle d'Albert Thomas et Louis Loucheur

En France, la responsabilité d’organiser la production de guerre incomba au ministre de la Guerre, Alexandre Millerand. Ex-socialiste alors associé avec la droite parlementaire, Millerand était revenu au ministère de la Guerre au début des hostilités, après avoir occupé ce poste en 1912-1913. Il convoqua les principaux industriels le 20 septembre 1914 pour jeter les bases de la production française d’armements pendant la guerre. La décision fut prise de diviser les industries privées d’armement par régions, chacune étant dirigée par un « chef de groupe ». Tous les ordres iraient directement au chef de groupe qui les répartirait parmi les usines appartenant à sa région. Cette mesure permit au secteur industriel privé d’établir son propre organisme et de le faire fonctionner indépendamment de l’Etat. L’organisation des groupes commença dans les jours qui suivirent l’accord de septembre et Millerand, désireux de garder un contact direct avec les industriels, établit des réunions hebdomadaires avec les représentants de l’industrie.

Loucheur fut parmi ceux qui répondirent à l’appel du gouvernement. Mobilisé comme lieutenant d’artillerie lorsque la guerre éclata, il servit d’abord comme officier de liaison entre les armées du front et les arsenaux de l’Etat, mais à l’automne il réintégra le secteur civil, et pendant les deux années suivantes il produisit des munitions en tant que fabricant privé.

Ce fut pendant ces années-là que se fit le travail préparatoire à son apparition sur la scène politique, car il acquit presque instantanément dans les cercles gouvernementaux une réputation d’innovateur dynamique. Quand la France fut confrontée à une grave crise de l’artillerie lourde au printemps de 1916, Loucheur améliora sa réputation auprès du gouvernement en soumettant un plan audacieux pour augmenter la production.

Anticipant les besoins en obus après la bataille de la Marne, Loucheur, suivant la suggestion de son ami et associé Lazare Lévy, conçut un plan pour les produire à grande échelle en utilisant de l’équipement américain et une main d’œuvre non qualifiée. Sur l’invitation de son colonel, et accompagné de Lévy, il se rendit à Bordeaux, où le gouvernement avait été transféré, pour présenter ses idées et demander des soutiens financiers pour les réaliser. Le ministère de la Guerre exprima des doutes : comme Loucheur n’était associé avec aucun des géants industriels français tels Schneider-Creusot, Saint-Chamond, ou La Marine, il aurait fort bien pu ne proposer là qu’un plan pour s’enrichir.

Millerand fit une enquête sur Loucheur. Octave Homberg, un banquier qui venait d’entrer au ministère de la Guerre, émit l’opinion que Loucheur était « un homme intelligent, très débrouillard, très audacieux et peut-être pas très scrupuleux », mais il ajouta que la situation justifiait de l’inclure dans l’effort pour les munitions. En fin de compte, le gouvernement décida d’accorder à Loucheur des fonds substantiels pour lancer son programme de production.

Loucheur se mit immédiatement au travail avec son énergie habituelle. La rapidité avec laquelle il agit est évidente dans sa création d'une importante opération de production d’obus à Lyon dans le cadre de son usine Eclairage électrique. La société signa un contrat avec le gouvernement le 26 novembre 1914 pour la livraison d’obus de 75 mm. Loucheur et ses assistants mirent tout en œuvre pour atteindre un but de production journalier de dix mille obus. L’usine, un hall d’exposition, fut vidée et apprêtée à recevoir l’équipement nécessaire. Des commandes partirent pour l’achat de machines américaines du dernier modèle, qui furent installées dès leur arrivée à la fin de 1914. La transformation rapide du bâtiment permit à l’usine de produire ses premiers obus le 25 février. Si certaines personnes avaient douté que Loucheur pût produire dix mille obus par jour, il n’en fut rien : très vite, il dépassa ce chiffre. A la fin de 1916, le complexe de Lyon produisait trente mille obus par jour.

Le succès de Loucheur était dû en grande partie à ses méthodes, dont un élément clé était d’établir des buts ambitieux. En décembre 1916, il dit à Aristide Briand, « Il faut d’abord commencer par ne pas avoir de programme mesquin, il faut se mettre devant un gros chiffre supérieur au besoin, tout faire pour l’atteindre et alors on a bien des chances de réussir ». Il utilisait également le travail à la chaîne qui lui permettait d’accélérer le rendement et d’utiliser une main d’œuvre féminine.

Il adapta certains principes du système Taylor - un système de gestion d’usine conçu par l’ingénieur américain F. W. Taylor et qui comprenait une étude du temps et du mouvement, ainsi que des primes à la productivité. Alliés à son esprit de décision, à son génie pour l’organisation, et à son choix de subordonnés doués, de telles méthodes mirent Loucheur en tête des fabricants de munitions. Sa prééminence fut soulignée lorsque, à travers sa Société de l’éclairage électrique, il devint un chef de groupe des fabrications d'armements.

Les prouesses de Loucheur pendant l’hiver 1914-1915 furent remarquées par Albert Thomas, homme politique socialiste qui travaillait alors à organiser les fabrications au ministère de la Guerre. En janvier 1915, Thomas visita l’usine d'obus de Loucheur à Paris et signala au ministère de la Guerre que ce que Loucheur avait fait était remarquable :

J’ai visité les établissements de Paris dans l’ancienne usine de la Gallia. Je crois pouvoir dire qu’au cours des longues tournées que j’ai faites, je n’ai jamais vu pareil effort. Le marché passé par M. Loucheur date du 11 novembre 1914. Dans l'usine de la Gallia, il n’y avait absolument aucune installation... Le 26 décembre, on a commencé à tourner. M. Loucheur espère que, samedi prochain 23, il pourra sortir environ 600 obus. A partir de lundi, il y aurait 500 obus de plus, chaque jour, jusqu’au chiffre de 5 000 [le nombre auquel Loucheur s’était engagé dans le contrat]... L’outillage est tout à fait moderne et puissant.

Thomas fut tout aussi enthousiaste lorsqu’il visita les installations de l’Eclairage électrique à Lyon en mars, notant que c’était « véritablement un merveilleux effort ». Ainsi, dès avant la fin du premier hiver de la guerre, Loucheur avait attiré l’attention de Thomas et avait gagné son respect ; Thomas, devait jouer un rôle décisif dans l’entrée de Loucheur au gouvernement en 1916.

Loucheur fournit à l’armée plus que des obus. Il mit en service des usines de poudre à Lyon et à Blancpignon et, après que les Allemands introduisirent des gaz à base de chlore sur les champs de bataille au printemps de 1916, il aida à créer une société appelée Le Chlore liquide pour produire des gaz asphyxiants. Depuis son bureau parisien, il surveilla désormais des usines de production de guerre à Paris, Lyon, Suresnes, Pont-de-Claix, Baux-Roux, Blancpignon, et Saint-Ouen.

Pendant que Loucheur se faisait une réputation dans le domaine de l’armement, Thomas fut chargé de la responsabilité suprême pour la production de munitions. A l’automne 1914, Millerand, un ami de Thomas, l’avait invité à aider le ministère de la Guerre à organiser la mobilisation industrielle en lui confiant une sorte d’inspection des fabrications de guerre.

L’appel à Thomas respectait l’esprit de l’Union sacrée qui mit au début de la guerre des socialistes aux commandes gouvernementales. Le choix de Thomas semblait prudent, non seulement à cause de son influence auprès des cercles socialistes et travaillistes, mais aussi à cause de son patriotisme sur lequel on pourrait compter pour assurer la paix ouvrière. A son entrée en fonction, Thomas commença par voyager à travers toute la France à la recherche de main d’œuvre pour l’armement et d’ateliers pour...

L'Usine de Munitions de Scranton (SCAAP)

Dans des bâtiments plus que centenaires en briques brunâtres, quasiment au coeur de Scranton, ville de Pennsylvanie où le président Joe Biden a vu le jour, des machines de près de 60 ans ans fabriquent de l'artillerie pour des conflits du XXIe siècle, surtout la guerre en Ukraine.

L'usine de munitions de l'armée de Terre de Scranton (SCAAP) fabrique des corps -- tubes creux en acier 100% américain -- pour obus de 155 mm, cruciaux pour Kiev face à Moscou, qui sont ensuite acheminés vers un site de l'Iowa où ils sont garnis d'explosifs.

Ce site, construit en 1908 pour la fabrication et l'entretien de locomotives à vapeur, a commencé sa nouvelle vie dans l'armement après son rachat par le gouvernement en 1953. Il s'agissait alors de fournir des munitions pour la guerre de Corée.

tags: #usine #de #munitions #us #histoire

Post popolari: